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LES LE NAIN. - SEBASTIEN BOURDON

savons gré aux Le Nain d'éveiller la compassion (fiR. 414 a 417. 419).

Anciens décorateurs de Fontainebleau, portraitistes a la flamande, pasticheurs des styles italiens, élevés des Carraclie ou de Caravage, les peintres de chez nous montrent quelque incertitude dans cette formation de notre style national. Des artistes plus adroits que sincères, comme La Hire ou Sebastien Bourdon, enferment dans leur œuvre toutes ces disparates. Ce dernier était capable de fignoler une bambochade " à la flamande et de pasticher tout aussi bien le style de

Poussin, son dessin à facettes et ses paysages simphfles. Mais il n'a pas les ressources pittoresques des petits maitres du Nord, et sa pensée n'est jamais assez forte pour retrouver la vigueur de composition de Poussin ; son pinceau nerveux, incisif même, disperse au lieu de ramasser. Dans ses portraits, il a été bien servi par son habileté de main et son esprit d'observation. Ce sont parfois de fort belles figures que nulle gentillesse de couleur ne vient égayer et que les ombres de Caravage enveloppent de teintes fauves et fumeuses (fig. 423, 425, 430). De cette fusion du Nord et du Midi, comment une école française va-t-elle se dégager ? C'est dans l'œuvre de Poussin ( 1 594- 1665) que notre esprit classique prend peu a peu conscience de luimême. A mesure qu'il se développe, nos peintres montrent moins d'indécision ; au milieu du W'il^ siècle, tous le reconnaissent pour leur maitre.

Fig. 423. — Boi'RDON. — Hai.te de boiié.mifiMitsce du Louvre.) (Clielié Hachette )

Fui. 424. — \'oiTET. — La RiniKssE iMiisée du Louvre.) (Cliché Hachette)

La pensée de Poussin habite l'antiquité. 11 s'est donne pour but de placer sous nos yeux les acteurs de 1 histoire et de la mythologie grecoromaines. Aussi n'a-t-il jamais pu séjourner qu'a Rome ; ce n'était pas pour s'y mêler à la société un peu bruyante des artistes accourus de loin a la foire aux tableaux, mais pour y vivre dans la contemjjlation de ces statues que l'on sortait chaque jour du sol et de cette campagne encore toute hantée par les Mânes d'autrefois. La seulement il se sentait parmi les souvenirs, les monuments, toutes les reliques qu'il enveloppait dans une dévotion fervente. Là il dessinait pieusement les ruines et mesurait les statues pour découvrir le secret de leur beauté ; un jour qu'il se promenait avec un étranger, " il ramassa parmi l'herbe un peu de terre, avec des débris de chaux, des miettes de porphyre, de la poussière de marbre, et dit : " Tenez, rapportez ceci dans votre musée et dites : voici l'ancienne Rome. " Aussi ne put-on l'en arracher. 11 voulut vivre et mourir sur ce sol ou sommeille un monde, dans cette atmosphère lourde de souvenirs dont il recueillait la grave poésie. 11 a véritablement pensé a donner l'image de la vie antique ; il lisait les anciens auteurs pour y trouver des traits de moeurs ; ce n est pas à la légère qu'il place dans les mains d'un prêtre un bàlon à tète d'epervier, mais pour indiquer que ce prêtre est d'Egypte, et la procession que l'on voit au loin dans les tunérailles de Phocion sert

Fhî. 425. — Sébastien Boi'rdon. —

Knfants yri dessinent.

iMusie de Montpellier.) (Cliché Hachette.)

FiG. 42Ô. — Courtois. Choc de cavalerie. (Miisi^e du Louvre.) (CMché Hachette.)

L'ANTIQUITÉ DANS l/ŒUVRli DE POUSSIN

à dater la mort du héros athénien. Il est toujours satisfait quand sa science archéologique l'empêche d'inventer. Mais surtout, raconter des événements antiques, c'est naturellement reprendre les formes de la sculpture grecque. Les hommes de Plut irque et de I ite-Live ont, sur les figures modernes, l'avantage de nous apparaître avec 1 élégance de la statuaire antique. Ainsi se concilient les soucis de vérité et de beauté qui sont au fond de la pensée classique. Ces peintres n'ont jamais distingué l'art et l'histoire. Alexandre et Apollon.

11 lui fallut pourtant travailler pour la religion de son temps, montrer quelques martyres ou miracles. Mais les peintures d église demandent une grandiloquence oratoire, et Poussin devait forcer sa voix pour parler de loin à la foule. Il a préféré condenser en de petites compositions la pensée d'un texte de la Bible ou de l'Evangile. 11 a traite les livres saints comme la littérature profane, sans plus de tendresse ou de mysticisme, avec le même souci d'être parfaitement intelligible. Il demande seulement, pour être compris, que Ion ait lu le texte dont il s'inspire. Sa manière n est pas nouvelle absolument, c'est celle de Raphaël, peintre des " Cartons " et des Loges '. Raphaël avait invente cette iconographie où étaient utilisées les decouvertes plastiques, psychologiques, archéologiques de la Renaissance.

Aussi Poussin admirait-il Raphaël à l'égal de J'antique. il a ignore le jeune Ombrien, celui des madones radieuses en de lumineux paysages ; des Chambres du

Fio. 427. — Le Sueur. —

-Mei.po.mé.ne, Erato et Polymnie.

iMustedti Louvre.) (Cliché Hachette.)

KiG. 428. — Le Sueur Sainte ScolastiqueetSaini Benoît (Stiisce du Louvre.) tCliclii Hnclictlc )

Vatican, il n'a guère retenu que de belles attitudes et le groupe des Muses sur le Parnasse. Mais il a pénétré a fond l'art narratif des Loges et des Cartons. C'est dans ^ Jfc V^MU^ .^^^^^ cette Bible illustrée " qu'il apprit r ^^IG&H^^^^^^^^l comment on raconte une histoire xckr^KZM i^^^^^B oyçQ des attitudes, des physionomies et des draperies agitées, qu encadrent des paysages et des architectures.

Poussin n'est donc pas, comme quelques-uns de ses contemporains, Rubens ou Rembrandt, le créateur d'un monde pittoresque ; son originalité réside surtout dans lart d organiser ; son génie presque tout entier est dans sa puissance de composition, composition pittoresque qui combine étroitement des lignes et des plans de lumière ; composition morale qui soumet à une même idée des attitudes et des physionomies variées. Une forte intelligence a domine l'exécution. Même quand le peintre est le plus inspire, jamais il ne pcuait entraine par sa verve ; point de ces morceaux de bravoure si fréquents chez l'Italien et le Flamand, qui s'émerveillent devant un bel effet et s'abandonnent au plaisir de le rendre avec virtuosité. Son vocabulaire même présente un caractère abstrait. Il dessinait beaucoup d'après l'antique ou d'après nature, mais ne peignait point avec un modèle sous les yeux. Rien chez lui ne fait jamais sentir le contact de la réalite ; nul accent ne révèle l'allégresse du peintre qu'enthousiasme un beau spectaole. A contempler les statues, il avait pris le goût des formes arrêtées, des plans simples, des poses équi-

Fio. 429. — Le Sueuk. —

Prédication de Saint Paul.

A Ephèse.

iMuscc du Louvre.) (Clichi Hachette. j

FlCi. 43o. — SÉBASIIE.N BCL'KDON. — FOUQUET.

iMusi'e de Versailles./ (Cliché Ilachclte i

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