‹ FranceChapitre 125 sur 244 · LA COMPOSITION CHEZ. POUSSIN · texte numérisé non relu

LA COMPOSITION CHEZ. POUSSIN

librees ; ses nymphes et satyres apparaissent avec une élégance de forme et d'attitude qui suppose une longue éducation plastique ; ils ont ete façonnes par l'art antique et celui de la Renaissance. Ce dessin est d'une élégance virile ; les formes sont un peu martelées, taillées par méplats, et, maigre la couleur parfois inconsistante, elles montrent cette énergie serrée, cette densité particulière aux grandes figures que l'on voit en petit. C'est a peine si quelque Bacchanale ou Triomphe de Flore prouve que parfois le peintre s est animé, rechauffe a l'ardeur de Titien ; alors des nudités plus ambrées ou plus rousses s'étalent sur l'herbe sombre, et un crépuscule d or éclate sous le bleu obscur et profond du ciel. Mais ce ne fut qu un moment dans sa vie ; Poussin, en général, n'attend pas de la couleur un enrichissement de sa pensée. Il groupe mentalement des attitudes dans un paysage très simple. La lumière s'epand par larges nappes, construit en quelques plans les masses du sol et des fabriques et sculpte les personnages en opposant nettement les faces d'ombre et de clarté. Quand la pensée de son tableau est au point, il n'a plus d'inquiétude pour la réaliser, il peint d'une main paisible, sans nervosité et sans adresse, mais le tissu de couleur n'est pas aussi serre que la structure de la lumière et du dessin.

Aussi, quand la main vieillie se mit a trembler, les tableaux y perdirent peu ; la force de conception restée entière maintenait la cohésion de morceaux peints mollement.

C'est dans sa vieillesse qu'il a com-

l"io. 431. — Le Sueur. —

Mort de Saint Bruno.

(Miisce du Louvre.)

FiG. 4^2. — Poussin. —

Son portrait par lui-.mé.mi;.

(Musée du Louvre.) (Cliché llaclullc j

posé ses plus nobles paysages.

L'harmonie des lignes s'élargit et se calme quand elle n'est pas encombrée par les gesticulations d'un drame humain. Nature sans fraicheur et d'une majesté austère ; nulle fantaisie de lumière ou de couleur ; tout éclat s'éteint pour mieux dénuder l'architecture des arbres et du sol. Aux grands nuages suspendus répondent les plans smiples du terrain et des feuillages massifs. De cet équilibre se dégage un sentiment deternite sereine.

Cette campagne où dorment des ruines, c'est aussi celle dont parle Virgile, quand Saturne régnant sur le Latium n'avait pas encore abandonné la terre aux mortels. Les humanistes du XVii' siècle ne s'étonnaient point de rencontrer au bord d'un chemin, attardes sur les rives du Tibre, les dieux, les satyres, les nymphes, ou quelque Meuve accoudé sur l'urne de sa source.

Bien qu'il n'y eût guère vécu. Poussin comptait à Paris les plus ardents admirateurs. A peine sa gloire fut-elle consacrée à Rome et son œuvre connue chez nous qu'il n'eut pas de rival en France. Des amateurs l'accablaient de commandes ; c'était une grande faveur d'obtenir un tableau et, dès qu'il en arrivait un a Paris, la petite société

de ses fervents entrait en émoi. On s'assemblait devant la peinture nouvelle pour en détailler les mérites. L'importance de ces i)etites œuvres est considérable dans 1 histoire de 1 esprit français. D'abord, Poussin satisfaisait notre appétit d'antiquité, il s'était assimile tout ce

„„ ,, in • qu'on en pouvait savoir ou

FiG. 433. — Poussin. — Le JKiNi; PvRRHLs SAivE. j . ' ,, . , ,

(Musée du Louvre.) (Ciiciié iiachcite.) deviner et 1 avait condense

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