‹ FranceChapitre 132 sur 244 · COYSEVOX. — TO.MBEAL" DE MaZARIN. (Stusée du Louvre · texte numérisé non relu

COYSEVOX. — TO.MBEAL" DE MaZARIN. (Stusée du Louvre

montrait f)ue la peinture doit parler a l'intelligence, tandis qu'au Louvre, aux Gobelins et a Versailles, il était obligé de parler aux yeux.

Les grandes compositions de Le Brun, maigre une réelle puissance d'invention, plaisent peu. parce qu'elles sont étrangères aux voluptés de la peinture ; elles supposent au contraire tout un travail de raison sur lequel on ne songe point a méditer quand on suit une galerie magnifique. Mais Le Brun n'était pas seulement peintre ; il inventait la décoration entière de ses plafonds, et la splendeur qu'il ne savait pas mettre sur sa toile passait dans ses encadrements de stuc dore, les statues et les mosaïques. Aussi les galeries qu'il a peintes, celles d'Apollon au Louvre et la grande Galerie des glaces à Versailles, égalent-elles la splendeur du palais des Doges. Les Batailles d'Alexandre "montrent comment il aimait a peindre quand il ne racontait pas Louis Xi V et ne décorait pas ses palais (fig. 488) ; de vagues rapprochements entre Alexandre le Grand et Louis le Grand, une légère ressemblance de visage ont suffi pour le libérer de l'inévitable panégyrique royal et lui permettre de faire à son 1 gré de la peinture d'histoire '. Il a commence par étudier les textes et les monuments, Quinte Curce et la colonne Trajane. Il a ensuite applique ses doctrines sur les proportions du corps humain et sur I expression psychologique. Le Brun savait grouper clairement un „ ., , ... ,/'r'',^' ~, "^ ^■^'^■''■- grand nombre de figures ;

llliitel de Ville de Lyon.) = . .

(Cliché Hachette.) son imagination a SU ani-

FiG. 45o.

FiG. 457. — Desjardins. — Bustk

DE PlKRRE MlGSARD.

(Muai'e du l.uttvre.) iClichc ll.ichellc )

mer ces vastes machines". Maisson art trop abstrait manque de charme ; les batailles d'Alexandre devraient tout d abord amuser la vue ; elles sont d une monotonie lourde et triste. De chaque côte des épisodes principaux, des corps de vaincus ou de blesses s'amoncellent pour emplir les angles de la composition, et ces parties sacrifiées, perdues pour l'expression morale, qu'un décorateur relevé d'accessoires magnifiques, se noient en des ombres rousses et terreuses. Quand certains morceaux présentent quelque charme pittoresque, c'est qu'il en a laisse l'exécution a ses aides, la plupart du temps peintres flamands. Genoels a illumine parfois un lointain horizon ; les chevaux au pelage satine, brillant, sont d'une couleur trop fraîche pour qu'on n'y -

reconnaisse pas la palette de Van der Meulen.

Le Brun avait un rival et un ennemi. Pierre Mignard (1610- 1695), qui arriva trop tard pour prendre la place de premier peintre et ne vécut pas assez pour l'occuper longtemps après la mort de Le Brun. C'était un artiste facile, superficiel, prêt a se charger de toutes les taches et capable de s en tirer avec honneur. Il avait vécu si longtemps en Italie et copié tant de tableaux romains, bolonais, ou même vénitiens, que plus tard les souvenirs lui en revenaient naturellement. 11 dut aussi déployer de vastes décorations, à la coupole du Val-de-Gràce et au château de Saint-Cloud, qu'il peignait pour Monsieur, pendant que Le Brun travaillait pour Louis XIV dans

l"io 458. — CoYSEvox.— Buste

1>K I A DICHESSE DE Boi'RGOGNE.

(Mitsèe de Versailles.)

iClich^ H<nhellc •

l'Il.HKI. MICWIKI) ET LES PO Kl R A I T I STES

ia galerie de Versailles. La décoration du Val-dc-Grace est une Composition gigantesque, mais diffuse, dispersée, de couleur délayée et plate, sans richesse pittoresque, sans effet lumineux pour en rassembler les innombrables personnages. Très homme du monde, Mignard avait toutes les qualités pour pliure a la cour, et il était fort en faveur dans la société aristocratique.

C'est lui qui exécuta les portraits mondains, avant Largillièreet Rigaud.

Entre les personnages graves et rigides de Philippe de Champaigne et les figures nerveuses ou pimpantes de Rigaud et Largilliere, se placent les figures de Mignard, dont le faste est parfois pesant ; les visages sont fins, mais la perruque in-folio" J est bien massive, et les robes sont de tissu trop riche et trop roide pour ne pas alourdir les attitudes (fig. 474-475).

Les portraits de Claude Lefebvre, au début du règne, sont parmi les meilleurs de notre école. Us n ont pas encore la noblesse, la majesté impersonnelle des courtisans de Versailles. Les modèles n'ont pas encore ete uniformises par le goût monarchique, et l'artiste dépourvu

de toute ambition à peindre

l'histoire " se contente d'être un bon observateur et un très habile exécutant, a la flamande (tig. 467). Le dessinateur-graveur Robert Nauteuil croquait d'après nature des portraits qu'il gravait ensuite avec tant de souplesse qu'ils sont vivants et colores autant que des peintures ; Edelinck, de même, imitait avec du noir et du blanc l'éclat fort et chatoyant des portraits de Largilhère et de Rigaud.

hiG. 459. PUGET. — BrSTI

PRÉSL'.MÉ DE Louis XI\'.

IMus.ee d'Aix.t

(Cliclié llacliclle )

Fig. 4611. — CoYSEvox. — Buste du grand Condk.

(Mus^e du Louvre. ) (Cliché Hachette.)

FlO. 461. Pt'GET. MlLON

DE Crotose.

(\liisik' du Louvre.) (Cliché ll^iLheltc.i

Le l^run inventait aussi pour les ■culpteurs de Versailles. Giraitli)n ( I 628- 1715) est celui qui a le mit ux compris les intentions du premier peintre. Son marbre prend naturellement la mollesse facile et redondante des formes chères a Le Brun. Le Louis XIV qu il avait exécute pour la place des Conquêtes (place Vendôme) chevauchait avec majesté (fig. 449).

Pour la grotte d"Apollon, il avait sculpté avec Tubi et de Marsy un triple groupe de nymphes, de chevaux et de tritons, au milieu desquels le Dieu du Soleil descend de son char, élégant et froid comme l'.Apollon du Belvédère. Dans les figures allégoriques qu'il a placées sur quelques tombeaux, — le plus illustre est celui de Richelieu (fig. 453), — les lignes des draperies et des corps tournent avec des rondeurs aimables ; c'est l'éloquence d'un orateur disert et sans passion, mais dont le ton noble ou gracieux est toujours approprié. Pourtant, à Versailles, dans le bassin du Nord, un bas-relief de plomb révèle une robuste sensualité, sous 1 éloquence continue rlu style décoratif. Des nymphes s'ébattent dans l'eau, et, cette fois, Girardon a mis dans leur corps une souplesse alerte et comme une chaude tendresse de la chair (fig. 452).

Coysevox (1640-1720) est, au contraire, un artiste trop original pour être noyé dans l'œuvre collective de Versailles. Comme les autres, il a étendu des fleuves et des nymphes aux margelles des pièces d'eau et des vertus allégoriques au pied des tombeaux ; mais ses ligures ont une distinction nerveuse, il a le 1ig.4<^2. - Puget. -Hercule goût du vrai et connaît la puissance ,,, /j''*','^'

° • 1 1 r n !• (Musie au Louvre. >

expressive de la forme. Peu d artistes (CHehe Hachette 1

CIRAHOON, COYSEVOX

f'iO. 463. — PUGET. — PORIE ET BALCON

DE l'Hôtel de Ville de Toulon.

(ClicM Hachette.)

JK^LÂ.

FlG. 464. — PUGET. — DlQGÈNE

ET Alexandre.

(Musée du Louvre.) (Cliché Hachette )

ont modelé avec autant de sûreté et d'audace. Sous la perruque, !e jabot de dentelle, et tout l'attirail de gala, ses têtes sont de type fortement accentué. Quand le modèle est énergique, le sculpteur retrouve l'accent martelé des Florentins du XV« siècle. L'image de

FiG. 465. — J. JoirvENET. — Portrait

DE Fagon.

(Mufée du Louvre.) (Cliché Hachette.)

Fig. 46Ô. — Le Brun. — Portrait

DE Tl'renne.

(Musée de Versailles.) (Cliché Hachette.}

FiG. ^t">7- — LF.FEnvRi:. — L'n maîiiu-

F.r SON ÉLÈVE.

(Miiscc du Louvre.) (Cliclti^ llciclwtic I

FRtNCE

Condé, taillée hardiment dans le bronze, luisante d'eclairs subits, fixe le regard d aigle, le grand bec de proie dans un visage raviné (fig. 460-469). Coysevox traitait, au contraire, le marbre avec une douceur caressante et sensuelle ; sa nymphe a la coquille ", sa duchesse de Bourgogne en Diane ne montrent pas seulement de belles attitudes décoratives ; les chairs et les étoffes enferment de la vie frémissante (fig. 458). Ce fut le charme profond des Florentins, ce fut celui de quelques sculpteurs français, Germain Pilon, Coysevox, Houdon, de ne pas demander seulement a la sculpture, la majesté ou l'élégance, mais d animer subtilement le marbre et le métal.

Les grands sculpteurs de Versailles se sont distraits parfois de la décoration du parc pour d'illustres tombeaux. Jamais le siècle ne fut plus qu'alors religieux. Les familles puissantes élèvent dans les églises des monuments majestueux sur la sépulture de leurs grands morts. Richelieu à la Sorbonne (fig. 453), Mazarin au Collège des Quatre-Nations (fig. 455), Colbert a Saint-Eustache, Turenne aux Invalides... Autour du sarcophage qui sert de socle à la statue du priant, des figures de deuil rappellent ses vertus ou les regrets qu'il a laissés. Dans son oraison funèbre de Michel Le Tellier, Bossuet décrit et traduit l'une de ses sépultures quand il évoque la sagesse, la fidélité, la justice, la modestie, la prévoyance, la pitié, toute la

, FiG. 468. — MartinDesjardins. — Le passage

troupe sacrée des vertus ^^ j^,„j^

qui veillaient, pour ainsi Oluscc du Louvre.) (Clkhi ILnhctte) .. 226 ■ ;

FiG. 469. — COYSEVOX. —

Louis XIV.

(Un tel Carnavalet.

(Clichi Hachette )

— — l'iLHRf: PUGirr

dire, autour de lui... ". C'est généralement Le Brun qui donnait le plan et le dessin des figures. Dessinant le monument de sa mère, que Tubi et Collignon exécutèrent a Saint-Nicolas-du-Chardonnct, il imagine une scène émouvante de la Résurrection. Du tombeau que l'ange vient d'ouvrir, se levé une pauvre vieille figure apeurée, implorante, mal dégagée du linceul, mal réveillée du néant. La tendresse filiale a remplacé l'allégorie d'oraison funèbre par le pathétique humain (fig. 450). Un seul grand artiste, Pierre Puget ( 1 622- 1 694), est resté à l'écart de l'œuvre de Versailles ; il n'envoya qu'un groupe pour le parc, le Milon de Crolone, et ne quitta guère Toulon, où Colbert l'utilisa pour la décoration des galères royales.

Travaillant loin de la cour, sans relation avec l'école de Le Brun, Puget a pris figure d'exilé ou d'opposant et y a gagné

une sorte de popularité posthume. En réalité, il n'est en rien une ^ victime de l'art officiel ; mais il tient

de plus près a Bernin et aux successeurs italiens de Michel-Ange qu'aux décorateurs paisibles que dirigeait Le Brun.

Sa fougue puissante se fût difficilement disciplinée dans l'harmonieux ensemble de Versailles. Son groupe pathétique du Milon de Crotone, crispé par l'effort et la douleur, devait, dans le parc, surprendre les divinités enjouées ou sereines dont il était entouré (fig. 461). Et dans le relief du Diogene, vaste tableau de marbre, tumultueux comme un Rubens, des muscles trop gonflés, des gestes trop violents montrent que toute cette impétuosité de génie ne pouvait se discipliner aux lignes calmes d'un décor d'architecture (fig. 464). Quand

Fig. 470. — Le Brun. —

i^k bénédicitk.

(Musée du Louvre.) (Cliché Hachette.)

FiG. 471. — TofRNIER.

Page 1