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LE PARC

FiG. 484.

V'ersaii.i.es. F.e Tapis V'frt.

IClichÉ llachette.)

vases et trophées pour rompre la ligne monotone de la balustrade supérieure. Au pied s'étale une terrasse nue, car rien ne doit offusquer l'orgueil de cette architecture.

Deux larges bassins reflètent chaque soir les flammes que le soleil couchant allume dans les fenêtres du château. De grandes figures de bronze, les rivières et les fleuves de France, venus là pour faire au Roi l'hommage de leurs eaux, s'allongent sur les margelles, dociles a l'impérieuse horizontalité du sol. Puis, de tous côtes, le terrain fléchit, isolant dans sa splendeur hautaine le château. Du fond du parc, au détour d'une allée, entre deux massifs de feuillage, il apparaît parfois, blanc, lumineux, léger, avec un aspect féerique, comme un décor du jardin d'Armide.

De la terrasse, le regard domine l'immense parc, l'œuvre merveilleuse de Le Notre : a gauche, vers le sud, un parterre où les fleurs

et les buis font ramper sur le sol ,

un dessin de broderie ; puis en contre-bas, l'orangerie et la pièce d'eau des Suisses. A droite, vers le nord, les parterres en pentes étagees, descendent vers le bassin de Neptune. Devant, vers le couchant, s'ouvre une large avenue tapissée de gazon, bordée par une muraille de feuillage dense ; elle va du bassin de Latone, à nos pieds, jusqu'au bassin où Apollon accourt sur son char, au galop de ses quatre chevaux ; par delà s'étend le miroir tranquille du grand canal, et le regard va se perdre hors du parc de Le Nôtre, vers l'horizon illimité.

FiG. 485.

- Versailles. La galerie

DES Glaces.

rC/ii/if ILichette I

FiG. 486. — Versailles. Parterre de l'orangerie.

(Clichc Hachette.)

De chaque côté du lapis de verdure, dansées massifs compacts de feuillage.

Le Notre a trace son labyrinthe de bosquets ; la régulante ^ n'apparaît que sur un plan ; le promeneur se perd dans ce réseau. Au carrefour des allées, est placé un bassin ; au milieu, sont couchées des figures de bronze mouillées et luisantes et qui, les yeux en 1 air, | regardent filer un jet d'eau. Une population de statues blanches anime le décor de feuillage ; statues antiques ou modernes, ou simples copies, elles font la haie de chaque côte des avenues ; du haut de leur socle, elles ont vu passer le Roi et son cortège. Les grands seigneurs de Rome, les premiers, aimèrent ainsi a laisser dans leurs " vignes " les statues sorties du sol. Les hommes du XVlh siècle ne s'étonnaient pas de rencontrer des naïades et des divinités agrestes. Lorsque Cotelle, un mauvais peintre, s'essaie à fixer quelques perspectives du parc, il les anime de figures mythologiques, comme si les statues, quand elles sont seules, quittaient leur socle pour jouer j sur le sable des allées, chevaucher les nuées ou s'ébattre dans les pièces d'eau. La Fontaine aimait à peupler la mélancolie majestueuse des grands parcs avec la figure de Flore, Pomone, des nymphes, dont il avait perçu les formes blanches parmi les rameaux verts.

Comme les peintures des appartements, les statues du parc ne furent pas un décor indiffèrent ; elles entrent dans l'iconographie générale du culte monarchique. A l'entrée du château, les deux groupes entre les-

FiG. 487. — Palais dc Louvre. Galerie

I) Apollon.

(Cliché Hachette.)

LE SYMBOLISME DE l I. K.S A I LI.I.S

Vin. 48S. — I.E BniN. — Le triompiif.

i> Alexandre. Tapisserie des Gohei.ins.

fCliché l'enaille.)

quels pénétrent les visiteurs rappellent le triomphe de la France sur l'Espagne et l'Empire, et les figures sculptées cjui domment la cour de marbre sont les images des vertus royales. Au temps ou Louis XIV ne venait a Versailles que pour se reposer, Girardon a sculpte Apollon, au terme de sa course quotidienne, et les nymphes empressées à le servir. Apollon sur son char - - - ~~]

réapparaît au centre du parc, Latone, les saisons de l'année, les heures du ]our,les parties du Monde, les éléments de la matière gravitent autour de la divinité solaire. Une allégorie constante donne à cette mythologie un sens et de l'unité ; un même sentiment anime ce monde de statues. Aujourd'hui, ces immenses galeries aux peintures assom- bries, ces allées aux sta-

tues rongées de rouille, aux membres desoudes, ne montrent plus qu'un temple déserte et les accessoires uses d'un culte disparu ; la beauté toujours jeune des arbres et des fleurs ne peut dissiper la mélancolie qui pesé sur ce merveilleux décor d'une fête a jamais interrompue.

FiG. 400. — Li: BiuN. l.ons .\1\ \i>ii.\.nt t^ 1 J J

11U.4JU. Ue plus, nous ciemandons

LES GoBELiNS. Tapisserie. , .,

(i-hotu Manufacture des Gobfiins.) aux œuvrcs de 1 art mo-

Fio. 480. — Le Brun. — Chasse de MÉLÉAr,:»E.

Tapisserie des Gobelins.

(Cliché l'enaille.)

IRANCE

FiG. 491. — Van der Meulen. —

Entrée du Roi a Arras.

(Musée du Louvre.) (Cliché llaclietic )

derne une expression raffinée de sentiments personnels. Ici, les sculpteurs et les peintres ont travaille par équipe, sous la direction de Le Brun, et il nous est bien difficile de distinguer dans ces figures des manières originales.

11 faut donc, dans ce palais comme dans les vastes entreprises du Moyen Age, ne pas chercher l'expression individuelle et se laisser prendre à l'inspiration diffuse. On doit, par l'histoire ou la sympathie, ressusciter bien des sentiments éteints pour évoquer la grandeur émouvante de Versailles. Il n'est de faux dieu que celui dépourvu de fidèles. Pour communier avec cet art, il faut penser comme la France monarchique, qui s'adm-rait elle-même dans l'image de son Roi et souleva Louis XIV sur un socle colossal pour le trouver plus grand.

L art d'ailleurs ne fut pas seulement décoratif ; a-t-on jumais construit plus qu'alors des édifices utiles } Colbert aménageait des ports, Vauban armait les frontières, et leurs maçonneries ne sont point toutes hors d'usage. Colbert fit bâtir le premier observatoire, et ce même Claude Perrault qui, pour le Roi, avait dessine une colonnade majestueuse, sut éviter toute ornementation inutile et trouver la beauté dans la seule convenance. Louvois hospitalisa les blesses de l'armée dans 1 hôtel des Invalides ; Libéral Bruant ne chercha point à dissimuler la sévérité de ses façades sous un revêtement d'ordres classiques ; il s'est préoccupé

Le Brun. — Tenture des saisons.

L'Uivf.r.

(Cliché Fenaille.)

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