LES ARTISTES MONDAINS DE LA REGENCE
— — 1 les fondateurs de l'Académie; la
plupart d'entre eux appartiennent à la société mondaine et prennent part à la vie élégante de leur temps. Les portraits que ces artistes ont laissés d'eux-mêmes nous les montrent devant leur chevalet, mais en costume de ville et en perruque de gala. Une main tient la palette ou l'ébauchoir, l'autre s'agite pour accompagner les paroles d'une vive causerie. La figure est intelligente, aimable ; elle quête, en souriant, l'approbation. La physionomie réfléchie et distante de Poussin ou Philippe de Champaigne paraîtrait morose au milieu de ces artistes beaux parleurs. L'un d'entre eux, Antoine Coypel, était même écrivain ; il y avait en lui une manière de Boileau qui versifia la poétique de la peinture. Cg3 peintres littéraires ne manquaient pas de traduire dans leurs tableaux, non sans excès d'esprit, les intentions de Virgile et de Rucme. Cette société saturée de littérature cherchait dans la peinture d'histoire ' le même agrément intellectuel qu'elle demandait à la lecture.
A la fin du règne de Louis XIV, existait donc une école de
Paris ". Elle n'est pas de même nature que celles d'Italie et de Flandre, pendant le Moyen Age et la Renaissance ; elle tient moins à des traditions d'atelier qu'a la solidarité morale d'une même société. Le style qui la caractérise est aussi plus complexe a définir ; les éléments sont parfois disparates, car les techniques et les tempéraments les plus varies peuvent
se faire agréer par le goût pari- (Musée du Louvre.»
FiG. 490. — JOUVENET. —
Descente de croix.
(Cliché Hachette.)
Fir,, 5oo. — De la Fosse. —
Tenti're des .métamorphoses.
Le retour des chasses de Diane.
(Cliché Fenaille)
sien ; les transformations y sont rapides parce qu'un public affiné et attentif se lasse vite ; sous la succession des "modes", il y a pourtant de la continuité et de l'unite dans la diversité des individus.
Les principes académiques n'avaient plus assez d'autorité pour s'imposer à une société qui ne voulait pas être ennuyée. Tandis que Louis XIV allait à Marly ou à Trianon se reposer de la majesté de Versailles et demandait à ses artistes d'être aimables et riants, à Paris, noblesse et bourgeoisie se faisaient aménager des hôtels distribués avec ingéniosité et décorés avec élégance pour encadrer leur vie mondaine. La transformation du mobilier montre l'habilete avec laquelle les ouvriers comprirent les goûts de la société et les exigences du confortable ; chaises, tables, bureaux ont trouvé les formes qui concilient le mieux l'utilité et la grâce ; les dossiers et les bras de fauteuils s'infléchissent pour accueillir le corps humain ; les sièges ingénieux qui furent alors imaginés semblent avoir retenu les attitudes de la conversation. Pour fabriquer des tables solides et de silhouette nerveuse, l'ébéniste s'est associé au ciseleur ; il a collaboré avec le tapissier pour faire des sièges confortables ; les formes arrondies et les lignes affinées sont passées du mobilier à la décoration des appartements. Les pilastres, colonnes, attiques, entablements, toute cette architecture a fait place à la menuiserie ; au lieu du marbre et des stucs épais,
1 IL' Fio. Soi. — Antoine Coypel. —
des panneaux de bois ^^^^^^ ^^ Assuérus.
peints de teintes claires, (Musée du Louvre.) (Cliché Hachette)
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