LABORIEUSE
(Musée du Louvre.) n^liché Hachette )
FiG 566. — Chardin. —Le Bénédicité.
(Musée du Louvre.) (Cliché Hachette.)
mêlée d'ombre et de lumière, exprimaient l'intimité d'un intérieur et le mystère familier de son atmosphère. Les peintres de Hollande ont aide Chardin (1699-1779) à deviner la poésie des petites choses du ménage. Comme eux, il était un modeste artisan, sans
FiG. 567. — Chardin. — Portrait
DE l'artiste.
(Musée du Louvre.) (Cliché Hachette.)
FiG. 568. — Chardin. — M.me
Chardin.
(Musée du Louvre.) (Cliché Hachette.)
Fio. 56q. — Chardin. — La lettre.
(Collection de l'iimpereur d'Allemagne.) (Cliché Société photographique Berlin, Paris.)
culture scolaire ; il ignorait la littérature classique ; il n'avait point vu les ruines romaines, ni dessine d après l'antique ; dans son imagination vide de mythologie purent s'installer les humbles accessoires et figures de la vie commune. Pourtant, il avait aussi commence par des natures mortes presque ambitieuses, visant a l'effet, tout comme des fleurs de Monnoyer ou du gibier de Desportes. Mais il prit bientôt un ton plus simple pour faire parler les choses de l'office. Les peintures hollandaises n'en éveillent pas mieux l'âme secrète ; les légumes et les fruits, les cuivres et les verres y brillent d'une propreté plus apprêtée et d'un éclat plus pittoresque. Les objets de Chardin n'ont pas été peints d'un pinceau si fin, ni d'une couleur si limpide ; ils paraissent réfléchis sur un miroir d'un tain plus fatigue ; mais ils font mieux sentir leur intimité silencieuse et la sympathie diffuse dans l'atmosphère qui les enveloppe. Quand Chardin mit des figures dans ses petites compositions, elles ne devaient guère en déranger la discrète tranquiUite ; il nous montre la servante a l'office ou la maîtresse de maison dans sa chambre. Le milieu qu'il peint est celui de la petite bourgeoisie, celui dans lequel il a vécu ; le maitre de la maison n'est jamais la : pour le peindre, il faudrait le suivre au dehors, à son travail, montrer le comptoir, l'atelier ou la rut ; dans les intérieurs de Chardin, les voisines
même ne pénètrent pas : la ser-
dhiG. 570. — Chardin. — . es prov.sions, La Pourvoïeuse.
1 enfant qui s apprête pour aller à (Mmée du Louvre.) iCUché Hachette.)
J.B.SIMLON CHARDIN
Fk; 571. — Chardin. — L'Enfant au toto.n.
iMusce du Louvre.) (Cliché Hachette >
Técole font seuls penser a la vie extcrieurc. Quelle existence paisible derrière ces portes closes ! C'est a peine si la maîtresse de maison s'agite et parle plus que les accessoires de son ménage :
les êtres habitues a vivre ensemble se comprennent en silence. La vie dont Chardin les anime ne se traduit point par des gesticulations ou des jeux physionomiques ; elle se dégage d'attitudes naturelles, accoutumées, et leur pensée tout entière tient dans la direction de leur regard. La maman attend paisiblement que ' le bénédicité " soit dit pour remettre l'assiette de soupe à son enfant, et l'enfant s'applique de toutes ses forces à trouver les mots de sa prière (fig. 566). " La mère laborieuse et sa fille, devant un canevas de tapisserie, se perdent dans une délibération muette sur une question de laine a assortir (fig. 565). La gouvernante ", furieuse, brosse le chapeau de l'écolier, et lui,
tout rechignant, n'attend que sa coiffure pour détaler. C'est le même qui, lorsqu'il a été enfermé pour faire ses devoirs, sort de sa poche un toton et oublie l'univers, absorbé par la contemplation de sa toupie qui tourne (fig. 571).
Aucun de ces personnages ne soupçonne qu'on le regarde. Ils sont eux-mêmes, avec simplicité, sans plus poser que leurs meubles.
Pour de tels aspects, si communs dans notre existence, inconnus dans notre art, il fallait un langage nouveau, et, en effet, Chardin parlait une langue inventée par lui. Sa peinture ne ressemble à aucune des méinières admi-
FiG. 572. — Grel'ze. — La Cruche