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LA PEINTURE SOUS LOUIS XVI

Elle sut emprunter à la peinture flamande l'éclat de couleur qui pouvait le mieux donner a ses modèles la fraîcheur du teint, la douceur humide du regard et des lèvres. Marie-Antoinette posa en " mère bien-aimee ", au milieu de ses enfants, alors qu'au temps de Nattier

on n'aurait pas osf placer Marie Leczinska dans un grou[)e familial, parmi ses innombrables hlles.

Mme Vigée-Lebrun n'a pas manqué de se peindre elle-même et de faire admirer combien elle chérissait sa fille et combien elle en était chêne. Son pinceau facile et sa tendre couleur ont fixe des images d'une ressemblance un peu molle, les femmes de l'entourage de Mane- Anloinette, ces femmes de l'emigration ou de la guillotine, qui hnontreront sur l'echafaud " leur cou blanc comme delà chair de poulet ".

La littérature encore aida ces générations sentimentales à découvrir une autre source d'émotion ; des romanciers, Rousseau, puis Bernardin de Saint- Pierre, leur apprenaient comment la rêverie s'exalte dans la solitude de la nature, et que l'eau, les arbres, la tempête ou les ténèbres paraissent s'animer et participer à nos passions ; à cette humanité, il fallait montrer des ruines, des cascades et des naufrages. La peinture de paysage en reçut une faveur prodigieuse. Quelques peintres tentèrent de fixer ces spectacles d'où levaient déjà les méditations et les rêveries romantiques. Mais la peinture ne sut pas donner au public ^"'o- 584. — Mme Labille-

les images dont il avait besoin ; le re- (^^'^^°- - Mme Elisabeth. ... ^\/i(st>e de Versailles.)

gard de ces peintres amuseurs ne savait (CUchè Hachette.)

FiG. 583. ^ RosLiN. — Jeune fii.i.e.

(Musée du Louvre.) (Cliché Hachette )

— J. Vernet. — Vue du pont et du chateai

Saint-Ange, a Rome.

iMiisOc du Louvre.) (Cliché Uachetle.)

point contempler les choses avec recueillement. Joseph Vernet (1714-1789) avait d'abord copié non sans conscience les sites romains, les -J colorant d'après na- Fio. 585. — J. Vernet. — Vue du pont et du chateai ture, avec des teintes

un peu plâtreuses et d'ailleurs sincères. Il en retenait le pittoresque sans y mêler de poésie, sans donner aux rives du Tibre cette majesté qui ennoblit les compositions de Poussin (fig. 585). Quand il vint à Pans, le public lui demanda des orages, des naufrages, des effets de nuit. 11 fut le premier fournisseur du Romantisme, qui s'annonçait des lors grand consommateur de tempêtes et de clairs de lune. Malgré son sincère désir de vérité, il ramenait ces aspects variés a des effets habituels, conformes aux pauvres moyens des peintres de ce temps ; capable de rendre dans la composition décorative le vif bariolage des riches étoffes, la couleur devenait énervée, monotone, pour imiter les harmonies délicates du plein air. Les poètes aussi échouaient souvent à rendre une impression juste ; ils pensaient trop aux paysages de Virgile, et ils n'avaient, pour s'exprimer, que le fade vocabulaire des bergerades. La série des ports de France, que J. Vernet peignit sur l'ordre de M. de Mangny, sont des panoramas dessinés certainement avec exactitude et fort ingénieusement composés. Mais ils nous paraissent aujourd'hui bien vides, malgré que Vernet ait fait l'impossible pour amuser notre attention. C'est que l'essentiel y manque ; on n'y distingue pas ces différences d'atmosphère et de lumière qui fixent les physionomies régionales. En

Provence, en Saintonge, en

D i \r ^ ,. ' Fid. 58(>. - IlrBERT Robert. — Le pont

bretagne, Vernet n a vu ^

, .... I r>u Gard.

qu une même clarté à couleur (Musée du l.i.uvre.) (CUché Hachette.)

JOSEPH l/ERNET. HUBERT ROBERT

FiG. 587. — Hubert Robert. —

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