L'ANTIQUITE ET L'ESPRIT REVOLUTION N 4 1 RE
naissance et déblaie les quelques décombres gothiques qui séparaient encore la pensée moderne de la pensée antique. Les classiques du XVll' siècle étaient païens par 1 imagination sans doute, mais royalistes et chrétiens par les mœurs ; tout en croyant à la supériorité des temples grecs, ils bâtissaient encore des
églises catholiques ; ils conciliaient assez bien les deux manières de penser. Le classicisme révolutionnaire conclut a une erreur totale du Moyen Age et supprime ce qu'il en subsistait ; pendant quelques années, on put croire qu'on allait introduire
directement dans la civilisation française l'art d Athenes et de Rome. En un temps oii les meubles étaient pompéiens et les costumes grecs, où les discours politiques étaient traduits de Tite-Live ou de Plutarque, comment David et Guérin n'auraient-ils pas ressuscité Léonidas et Romulus ?
I Fia. Ô49. — Eglise de i.a Madeleine, a Pahis. Cette crise n'a été que de (Cliché Hachelle.) 1 n
quelques années ; elle a suffi pour briser la continuité de l'art moderne ; pour qu'il reprenne sa croissance, il faudra greffer une pousse nouvelle sur le tronc coupé.
Les hommes de la Révolution ne partageaient pas les opinions de Rousseau sur l'influence corruptrice des beaux-arts ; ils proclamèrent souvent que les artistes doivent contribuer a l'éducation nationale. David fut a la Convention un députe important parce qu'il était un grand peintre, il fit supprimer l'Académie royale de peinture et de sculpture, qui disparut comme toutes les anciennes
Tu
65<j. — Arc dk Triomphe du Carrolsei (Cliché Hachette.)
corporations. Mais 1 unité de l'art n'en fut pas atteinte ; lautonté de David et de son enseignement était telle que les peintres ne furent jamais plus soumis a une doctrine officielle que pendant l'intérim qui sépare la disparition de l'ancienne Académie royale et sa réapparition pendant le Consulat, sous la forme de la IV classe de l'Institut.
Mais I Académie nouvelle sera plus fermée et plus honorifique que l'ancienne ; au lieu d'être ouverte à tout artiste sachant son métier, elle ne reçoit, comme l'Académie française, qu'un nombre restreint d'académiciens. Aussi s'en faut-il qu'elle ait possédé tous les grands artistes du XlX' siècle. Son histoire ne coïncide plus avec l'histoire de l'art français.
Pourtant cet idéalisme ne pouvait plus complètement ignorer la réalité ; il reste à voir comment il transigea. David et ses élèves durent plus d'une fois abandonner leurs héros casqués pour quelque scène révolutionnaire ou quelque cérémonie impériale. Mais les événements allaient toujours plus vite que les artistes ; l'art trop compassé ne pouvait suivre l'allure de l'histoire. Chargé de représenter les Constituants prêtant le Serment du Jeu de Paume, David commença son œuvre avec une sorte d'enthousiasme ; mais il n'avait pas peint dix de ces héros qu'il envoyait beaucoup d'entre eux à l'échafaud ; il eût été dès lors contradictoire de les immortaliser par la peinture. Un peu plus tard, le baron Gros, peignant la coupole du Pan-
FiG. 65i. — Arc de Trio.mpiik
DK i.'Etoii.k, a Paris.
{Cliché Hachette.)
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