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LOUIS DAVID

FiG. 658. — David. — La Distribution des .\ioles.

(Musée de Versailles) (Cliché llachellc )

témoigna contre la peinture légère et aristocratique du XV'lll' siècle une haine passionnée et deja comme une fureur jacobine ; il mit dans quelques tableaux, les Horaces, Bruiusjà Mort de Socrate, ce stoïcisme qui allait, durant quelques années, ennoblir les passions, exalter les énergies, mêler l'héroïsme au drame humain.

Ses premières œuvres apparurent alors que Vien commençait à préparer le nouveau style, dépouillant ses compositions du fouillis de Boucher et Fragonard, dénudant ses figures des accessoires fantaisistes, assagissant la ligne, affectant le sérieux, s'appliquant devant le modèle. La crise d idéalisme austère est commencée. Mais David était mieux qu'un théoricien ; c'était un peintre a la vision forte, au métier probe, scrupuleux, craignant toujours de remplacer l'expression directe et sincère par une habileté banale ; il a élagué les fioritures du rococo, il a dépouillé l'art des gentillesses décoratives, des ritournelles du pinceau, et, sous les falbalas, retrouvé la nudité majestueuse et sereine. Il faisait profession de ne rien peindre que d'après nature.

Malheureusement, cette nature, il ne la regardait que pour la soumettre a l'esthétique greco-romaine.

Dans le pauvre modèle juche sur une planche, qui posait dans son atelier, il recherchait les formes généralisées de la statuaire antique ; d'abord il préféra les corps aux muscles saillants, tendus, aux formes ressenties ' ; plus tard, au temps des Sahincs et du LconiJas, il modelait des membres ronds ; 3,5

FiG. 65o. — David. — M. Sériziat.

(Musée du Louvre.) (Cliché Hachette. J

"lo. ^ôo. — David. — Mme Récamier.

(Musée du Louvre I (Cliché Hachette )

et, à son exemple, Gérard et Girodet, et tous, polissaient avec une couleur plate des figures au derme vernissé. Ayant sous ses yeux un modèle et, dans la mémoire, des attitudes de statues, David a éliminé de son art le mouvement ; ses héros posent et n'agissent pas.

Il a omis encore le pittoresque changeant de la nature et de la lumière. Ses héros sont dans l'espace, mais non pas dans l'air, sans autre clarté que celle dont se sert le dessinateur pour faire tourner une ronde bosse avec des ombres estompées ; chaque figure a reçu la même lumière d'atelier ; elles se juxtaposent dans un milieu uniformément sombre dans les peintures romaines " et qui représente l'intérieur d'une maison antique ; dans ses grandes peintures de la période ' grecque ", le fond est d'un gris froid et clair et représente le plein air. Le système chez David allait ainsi appauvrissant les moyens du peintre ; il ne lui restait que les proportions du corps, la netteté du modèle, la beauté des attitudes ; il n'avait plus qu'une rhétorique au rythme majestueux, mais dépourvue de couleurs et d'images pour traduire des sentiments violents ; art étrange, oii des hommes aux passions ardentes affectent de parler le langage de la pure raison.

Ainsi l'art classique, une fois de plus, cherchait à déserter le monde des vivants. Mais il est bien difficile a un artiste, si archéologue et idéaliste soit-il, d'ignorer son temps, surtout à une époque dramatique comme celle de la Révolu-

FlG. 66l. — GUÉRIN. — RETOfR DE MaRCUS SEXTI:S.

(Musée du Louvre.) (Cliché Hachette.)

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