DAVID ET SES ELEVES
surtout, se reconnaît une force de généralisation, une manière de
voir "sous l'aspect de l'éternité " qui amplifie une action d'un jour
jusqu'à en faire un symbole historique.
Quel tableau pourrait mieux résumer l'ardeur généreuse de la Constituante que le Serment du Jeu de Paume et tous ces bras tendus vers le serment de Bailly ? Rien ne pourrait mieux expliquer de quoi était faite la puissance de Napoléon que les tableaux du Sacre et celui de la Distribution des Aigles, l'élan fou des officiers vers l'Empereur, le geste du nouveau César donnant la couronne, en présence du pape inactif et d'une assemblée de hauts fonctionnaires fiers de leur dignité nouvelle, heureux d'assister à une consécration qui est aussi la leur. Ainsi le réalisme de David reste classique :
les spectacles de 1 histoire contemporaine sont assujettis aux mêmes lois que
les scènes imaginées avec des personnages antiques ; des figures aux formes
correctes, des attitudes expressives, une
composition aussi stable qu'une architecture, et une grande pensée animant les
acteurs, les figurants et le décor.
Guerm (1774-1833), dans l'atelier
de son maître Regnault, comme Le-
thiere dans celui de Vincent, avaient
appris l'esthétique nouvelle, l'idéalisme
et l'antique. Guérin, plus que David,
cherche le succès peu" l'expression de
sentiments. Ses plus illustres peintures
sont des scènes de tragédie. Ses figures
raidies dans une attitude théâtrale sont
toujours sur le point de lancer la tirade.
Talma et M '' Georges leur apprirent
l'art des poses déclamatoires. Lethiere
monta quelques épisodes de l'histoire
FiG. 666. — GÉRARD. —
Marik-L.«titia Bonaparti;.
MKRE DE Napoléon V'.
(Miiscedi; Versaillci.) (Cl. Hachcllcl
TiG. 607. — Gros. —
La princesse Lucien
Bonaparte.
(Musée du Louvre.)
FiG. 668. — Gros. — IV- Les pestiférés de Jai-f.\.
(Miiscc Jii l.uHvre.) (Clichô Seiiidein)
romaine avec une grandiose mise en scène, des architectures coupées de grandes ombres ; l'importance du décor fait croire a une reconstitution de la Rome républicaine ; les personnages y prennent un peu de réalité, et le ciel orageux fait peser sur le tout une atmosphère de catastrophe. Gérard (1770- 1837) échappa davantage à la discipline davidienne ; la facilité un peu banale de son talent lui permit de déserter l'atelier pour le monde ; elle ne l'empêcha pas d'exécuter quelques compositions assez faibles, mais elle en lit un portraitiste habile a plaire, il fut le peintre officiel de l'aristocratie sous l'Empire et la Restauration, et les chamarrures des costumes de cour qu'il copiait avec conscience l'obligèrent a hausser le ton de sa couleur naturellement dénuée d'éclat.
D'excellents disciples furent infidèles a la doctrine, parfois à leur insu. En mettant dans sa prose magnifique la rêverie, la mélancolie et les orages de la passion. Chateaubriand venait de révéler l'irrésistible volupté du frisson romantique. Les froides statues de l'école davidienne s'enveloppèrent de brumes ossianesques, et les pâles rayons de la lune vinrent caresser leurs corps de marbre. Mais ces
figures sont de race classique ; elles ont été conçues par des esprits clairs, façonnées par des artistes amis des formes nettes, copiées dans le jour sans mystère de l'atelier. Dans l'œuvre pénible d'un Girodet (1767-1824), on deméle aisément la contrainte d'un langage obligé FiG. 66q. — Gros. — Embarque.mf.nt j' • j r ^
^ ,. . . r, „ d exprimer des sentiments
DE I.A DUCIIF.SSE D AnGOUI.F.ME, A PaiîII.LAC. ' 11'
(Music de liordcaux.) (Clichi Morcau.) pour lesquels il n a paS
Fio. 670. — Gros. — Napolkon a Kvi.au. (Musée du Louvre.) (Clkhc Hachette. 1 \