‹ FranceChapitre 175 sur 244 · QUELQUES ATTARDES · texte numérisé non relu

QUELQUES ATTARDES

été fail. Afin de rendre la tendresse ou la mélancolie, il enveloppe de lumières étranges son Endynùon et son Alala ■ dans son Dclugc, dans sa Balaille du Caire, il emmêle de grands corps aux attitudes violentes, pour rendre visible le déchaînement des passions. Mais la rigidité du dessin donne au tumulte une fixité compassée, et la tiédeur amoureuse de l'atmosphère disparait sous la netteté glacée de la peinture. Le desaccord entre la sentimentalité romantique et le langage classique se ht dans l'œuvre manquee de Girodet.

Inversement, bien des peintres médiocres, tout en conservant la complexion amoureuse de l'art Louis XVI, voulurent pourtant atteindre a la noblesse du nouveau classicisme. David lui-même peignait, non sans complaisance, les amours de Psyché et celles d'Hélène. Il y eut des tentatives pour hausser au grand style la sensiblerie larmoyante ou I élégant hbti image, tandis que des continuateurs attardes de la manière Boucher s'essoufflaient a chanter la gloire de l'Empereur ou du premier Consul. Sur les confins de ces deux époques, naissent des œuvres plemes de contrastes ; les uns, comme Fragonard, Greuze, trop vieux pour changer d'instrument, essayèrent des airs épiques sur leur petite flûte ; d'autres, a qui David avait impose la trompette héroïque, s'appliquèrent à moduler laborieusement des motifs d'eglogue. On vit des figures à la grecque écrire des lettres galantes ou larmoyer devant la cage ouverte et l'oiseau envole ; lamentables académies aux membres lisses, aux muscles plats, qui font

regretter ies

bacchantes

FiG. 671. — boILLY. — Le TKIOMPHE DE MaRAT.

(Musée de Lille.) (Cliché Hachette.)

Fie. 672. — I'ri'd'hon. —

POKIHAIT DE M.MK JaRRK.

(Cliché llacitellc )

rondelettes de Clodion et de Frago. Polissonneries bien tristes maintenant que l'emphase a remplacé l'esprit !

Prud'hon (1758-1823), au contraire, par la grâce du génie, échappe a ces fatalités d école. Comme André Chenier en poésie, il a créé une œuvre à la fois très spontanée et vivante, où cependant l'on voit passer tout ce qui fut cher aux âmes de ce temps ; la fine sensualité de l'art Louis XVI s'ennoblit de rêverie romantique. Prud'hon reste un fervent admirateur des formes antiques ; mais son instinct l'a guidé vers la grâce exquise de Praxitèle, tandis que les esthéticiens célébraient la beauté froide et déclamatoire de l'Apollon du Belvédère. Le charme suprême de cette oeuvre tient à la tendre séduction de la couleur et de la lumière ; parmi tous ces peintres au regard froid, Prud'hon avait l'œil voluptueux. Les formes gracieuses de ses nymphes baignent dans une atmosphère qu'elles éclairent de leur tiède blancheur, et leur chair " buveuse de

lumière " rend a l'obscurité les rayons qu'elle a reçus. C'est ainsi qu'autrefois Correge avait animé les froides statues du dessin florentin, en mettant en elles une clarté diffuse qui semble révéler la vie intérieure.

Prud'hon fut mieux guidé vers la beauté grecque par son instinct de peintre que David par ses théories Fto. .-.73. Ph.uhon- d'archéologue, car Praxi-

Andromaql'e embrassant Astyanax. . ^ .

thessin du Louvre.) (Cliché Il.ichetle.) tele aUSSl avait, en SCUip-

Page 1