LA PÉRIODE ROMANTIQUE
h.\ FIN' DE I.ltCOLF DK D.AVID. — GÉRICALLT. — LE ROM.WTIS.ME EN VV.W- Tt'RE: .ART INDIVIDIAEISTE ET LYRIQUE; LM.ACLNATION ET l'ASSlON ; DELACROIX , SES THÈMES ET SA TECHNIQUE. - TES IM TITS ROMANTIQUES. — DECAMI'S. - L'OPPOSITION CLASSIQUE: INGRES: SÉRÉNITÉ DE SON ŒU- VRE ; LE DESSIN LINÉAIRE: SA CONCEm^lON DE LA PEINTURE DÉCORA- TIVE: SES CONTINU.-VTEURS. — LE SUJET MÉDIÉVAL ET MODERNE DANS LA PEINTURE D'HISTOIRE: HORACE VERNET : DELAROCHE. CHARLET, RAFEET; DAU.MIER. - LA PEINTURE DE PA\SAGE : INELUENCE HOLLAN- DAISE. COK(JT. ROUSSEAU.- DIAZ, DUPRÉ, DAUBIGNV, TROVON. — LA SCUl^PTURE DEPUIS L'EMPIRE. — STATUES DE f.RANDS HOMMES. — DAVID DANGERS. — RUDE. — BARVE. — LA RÉSURRECTION DU .MOYEN AGE. - LA MODE DU GOTHIQUE.
L'ÉCOLE de David eut un déclin mélancolique. Le maître seul est mort dans une sorte d'apothéose ; mais il était en exil, à Bruxelles, ou la fumée de sa gloire flottait encore, tandis qu'à Paris le foyer en était déjà éteint. Alors qu'ils allaient enterrer Girodet, par un jour de décembre 1 824, Gros et Gérard se demandaient tristement " quelle main puissante retiendrait l'école sur la pente cii elle était entraînée par l'école dite romantique ". Ni l'un ni l'autre n'avait assez d'autorité pour imposer l'austère idéal de David à la jeunesse rebelle. Gérard n'était qu'un portraitiste de cour et
l'IO. Ô87. HeI.M. — CiIARI.es X DISTRIBtA.NT
LES RÉCOMPENSES AU SalON DE l823.
(Musée du Louvre.) (Cliché Hachette.)
FRAXCE
Gros, alors fourbu, pleurait ses pèches de jeunesse.
Girodet déjà avait déconcerte David par son ossianisme " ; mais, s'il sentait autrement que son maitre, au moins peignaitil comme lui ; or les artistes sont conciliants sur les divergences d'inspiration. Quand apparurent les innovations techniques, ce n étaient plus audaces vénielles ; elles atteignaient l'art dans son institution fondamentale ! 1 enseignement. C'est le musée du Louvre, riche jusqu'en 1815 des chefsd'œuvre de Flandre et d Italie, qui dénonça aux jeunes gens les insuffisances de l'enseignement davidien. Quand il sortait de l'atelier morose où posait sur une planche un modèle transi, l'élevé de David ou Guérin pouvait, au Muséum, ressentir la puissance expressive du naturalisme a la manière de Caravage ou de Rubens. La peinture vigoureuse de Géncault (1 791 -1824) aurait du avertir les Davidiens
que leur idéalisme serein ne pouvait contenter une génération élevée dans la fièvre de la Révolution et de l'Empire. Sans doute, cet artiste est mort trop jeune pour ne pas laisser quelque doute sur la signification de son œuvre et la valeur de ses innovations. On y voit tout au moins qu'il voulait donner de la robustesse au style mince et abstrait de notre peinture et tonifier son tempérament anémique. Devant les puissants exécutants d'Espagne ou de Bologne, - 1 il apprit à modeler avec délicatesse ou brutalité, a façonner ses corps avec une matière solide, à les cerner de contours francs. Il
Tu;. 688. — Gèricault. — Omiciek
DE CHASSEURS A CIIKVAI..
(Muicc du Louvre.) (Cliché Seurdeiu.)
CERICAULT
l-"iG. 689. — Il KLM. - Une lecture a la
Comédie- F RAS(, AISE.
iMiisi'edc \'ei:taillcs ) iCIUhc llachellc.l
doit sans doute beaucoup à Gros, mais il n'en a pas conservé la manière lisse et brillante. Les innovations du naturalisme moderne se résolvent bien souvent en un emprunt aux vieilles écoles flamandes ou hollandaises, espagnoles ou napolitaines.
Gericault vient en tête de ces réalistes du XIX siècle, éduqués dans les musées ; il est le premier de ces
magnifiques praticiens parmi lesquels nous trouverons Courbet, Ribot, Manet. Lucien Simon. Sous le règne de David, a deux reprises, il s'était signale par des pemtures vastes, violentes, des hussards, des cuirassiers au combat ; son dessin hardi avait saisi le geste instantané d'un cavalier commandant la charge, dressé sur son cheval cabré ; et sa couleur ardente avait montré des uniformes éclatants et des lumières tragiques dans une atmosphère sinistre de bataille (ftg. 688). La Restauration, en renvoyant les soldats dans leurs foyers, le priva des uniformes et des sabres. Gericauli alors fraya dans ce monde d'athlètes qu'avait dechaine jadis le génie tumulteux de Michel-Ange. Ses dessins, ses esquisses, font jouer les gros muscles gonfles par 1 effort, et il peint son œuvre magistrale, le Radeau delà Méduse, un amoncellement de cadavres, de moribonds, sur lequel se dressent quelques corps soulevés par l'espoir suprême, ramassant leurs forces dernières pour hisser le geste d'appel et tendre la main vers le salut (ftg. 691). Comme Michel-Ange peignant la Six-
FiG. Ô90. — Delacrolx. — Massacre
DE Scio.
(Musce du I.ituvre) iClichc Hachette )
l-'iG. 6ui. — Gf.ricault. — Le R.ADEAt i)i; LA Mkdl'sk. N'^ W
rA/iiscc' du IjiiiiTC.) iCliclu' Ihuhclle.l
tine, Géricault emmêle de beaux corps roidis ou affaissés ; mais il n'a pas seulement dessiné la force interne qui les soulevé ou qui les ploie ; sa peinture a la robustesse de métier, les trivialités d'une technique matérialiste. Gros avait donné l'exemple ; bientôt, les figures romantiques seront en proie a de furieuses gesticulations. Enfin Géricault, retiré à Londres, s'était libère tout a fait de son éducation française. Ses impressions d'Angleterre, paysages verts sous un ciel humide, champs de courses, écuries, se traduisent par une peinture nerveuse et de couleur fraîche ; c'est Gericault qui a importe chez nous le tableau de courses, popularisé par la gravure et la lithographie : des chevaux au pelage soyeux, l'encolure allongée, 'es quatre pattes étendues. Jusqu'alors ils couraient en peinture en se cabrant comme des coursiers de pierre sur un socle ; parmi les innombrables attitudes du quadrupède qui se replie et se déploie pour le galop, les peintres ont, depuis, emprunté à la photographie instantanée plus d'un aspect que l'œil n'avait pu retenir et abandonné le galop volant de Géricault. C'est pourtant une vision juste que
jelle de ces chevaux qui glissent ventre à terre sur la pelouse du champ de ^ourses (fig. 697). Gericault •nourut avant la déclaration de guerre du romantisme contre la tradition, et son œuvre, indécise encore quand elle fut interrompue, ne permet pas de dire ce qu'eût été son rôle dans la bataille.
Au Salon de 1822, un jeune ami de Gericault,
Fig. 602. — Hkiackoix. — Virgile
r.T Dante ai'x Kni'ers. X'tV^V^ iMusic du Louvre.) (Cliché Hachette.)