DOCTRINES ROMANTIQUES
<\)i. — Delacroix. — N'AifRACiE DU " Don Juan '.
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Eugène Delacroix ( 1 798- 1863), exposait une scène empruntée a la Divine Comédie ; dans un paysage funèbre, des corps pàlis par une clarté livide surgissaient du Cocyle, se tordaient convulsivement sous le regard épouvante dt Dante (fig. 692). Mais il n'y avait rien la pour surprendre un public qui connaissait Caravage et le Radeau de la Méduse. C'est
deux ans plus tard seulement, devant le M as. acre de Scio, que les classiques crièrent au " massacre de la peinture " (fig. 690). Delacroix, dans l'intervalle, avait, en effet, transformé sa langue pittoresque ; inspiré par des paysagistes anglais, il avait charge sa palette de couleurs éclatantes et mis dans la robuste pâte de Gencault les rutilences des tissus orientaux et les jaspures de la putréfaction. Cette fois, 1 œuvre etai'. bien révolutionnaire, et les jeunes ' romantiques " se comptèrent autour de Delacroix ; la lutte contre la tradition classique commença ; s'il n'en est pas sorti une école durable, les conséquences pourtant furent telles que la conception même de l'art en a ete transformée.
Pour ces jeunes romantiques, l'art ne réalise pas un idéal abstrait, il exprime une âme individuelle, et les œuvres valent d'autant plus que 1 artiste est plus original ; le génie n est pas un centre de convergence, une résultante, mais un foyer rayonnant ; c'est lui qui éclaire son époque ; la vigoureuse personnalité de l'artiste s'impose au milieu et le transforme. Qu'il ne craigne pas de la mettre en
Fig. 604. — Delacroix. — La Liberté avant, mais au contraire - guidant le Peuple. (^5^
qu il la défende jalousement 'Musée du Louvre.) iClkhé Hachette.) ''
Fk;. 695. — Delacroix. — Fantasia arabk (Muséede Montpellier.) (Cliché Ihnhetic.)
contre les influences extérieures, imitation réfléchie, autorité des règles, contre toutes les forces qui peuvent, en limitant sa personnalité, amoindrir son génie. Le romantisme est la revanche des facultés sensibles, disciplinées jusque-la sous le jeu des idées claires. Des forces latentes, irréfléchies, montent du fond de l'inconscient pour rejeter la raison
classique. Car la raison, avec ses prmcipes fixes, est identique chez tous les hommes ; elle a une sorte d'existence éternelle, supérieure aux esprits qui l'exercent successivement ; et le romantique affecte de mépriser cette faculté qui fait les individus semblables.
Or une longue tradition d art, depuis le W'V siècle, a fixe tout un ensemble de règles qui pèsent sur l'artiste comme la loi sur le citoyen. Vers la fin du XVlll" siècle, depuis David, ce dogme s'était même fait plus intransigeant que jamais, et des esthéticiens, déduisant avec rigueur les principes du beau absolu, resserraient la fantaisie du peintre et ne lui laissaient qu'une issue étroite vers cet idéal de beauté qui fut grec et italien avant d'être français. Le romantisme explosant fit éclater cette compression académique. L'œuvre de Delacroix fut, d'un bout à l'autre, passionnément réfractaire a cette législation, qui met des entraves au génie. Pendant plus de trente ans, il peint comme s'il luttait, avec des sautes d'énergie et de dégoût, parfois avec l'exaltation du triomphe, plus souvent avec la rage des lendemains de défaite. 11 ressent une joie sauvage a déchirer
Fio. ÔQb. — Df.i \ I Prise
ïiF. CONSTAMINOI'LE.
(Musée du I.oiirre.) (Cliché Hachette)
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DE CHEVAUX A EpsOM. \
(Musée du Lourre) tCtkhé llaehctle )