IMAGINATION ET PASSION
Ce sont ses émotions et celles de son temps que font voir ses pemtures. Ses exaltations de liseur romantique sont passées dans son œuvre comme des illustrations instantanées, visions de Dante, drames de Shakespeare ou de Goethe, poèmes de Byron, romans de Walter Scott, et voici les événements qui émurent les premières générations du
siècle : la lutte héroïque, atroce, du petit peuple grec contre le Turc, le drapeau de 1830 surgissant dans la fumée de la poudre sur le pave des barricades ; des visions du Moyen Age aussi colorées que des pages de Michelet, les batailles, Nancy, Taillebourg, des grappes d'hommes emmêles qui s'étreignent et qui se mordent ; Constantinople, la lassitude de piller, et quantité de scènes médiévales ou modernes, salles gothiques, révolutionnaires, fournaises tumultueuses ou la couleur hurle, où le dessin se disloque en gestes furieux ; puis 1 Orient,
ce Maroc où il avait voyagé et vu les fantasias des cavaliers, ou il avait deviné les harems somnolents et les innombrables fauves, lions ou tigres qui rugissent dans ses petites toiles. Et pour envelopper ces convulsionnaires, un paysage tragique, une mer verte, glauque, un ciel bas, un crépuscule sanglant dorage et de massacre. Enfin, quand il eut à peindre de grandes compositions décoratives, Delacroix sut exprimer des idées modernes, vivantes, non empruntées au magasin ordinaire des allégories et si pleines de pensée qu'on aurait pu KiG. 702. — .Mkryon. — Le stryge. j^g croire inconciliables avec le ,<:iuhè iiachetie.i genic de la peinture. Au centre
WL'^
lu
^■Mi^^H 1
1 •^^..; ;ii
. v> JM
WTW^7^'J
^vt; ^*
■^^'^«iraBI
FiG. 7o3. — Devéria. — Esquisse
DE LA NAISSANCE DK HkNKI IV.
(Musée de Montpellier.) (Cliché llachelte )
1 de la galerie d'Apollon, sur ce plafond réservé, dès Le Brun, | a la glorification du Roi Soleil, \ il a déployé un décor somptueux, digne des Doges, et en même temps élargi en un magnifique symbole la victoire du dieu de la lumière contre le serpent Python.
Rubens, sans doute, eût mis plus de franchise dans les mouvements et plus d'éclat encore dans les couleurs, mais il n'eut pas imagine ces formes tragiques qui restent embourbées dans la vase du déluge.
Ce peintre lyrique aimait la couleur pour sa puissance sentimentale ; elle sortait de son imagination chargée de passion, comme un rythme musical ou comme un en. Son tableau n'est pas un agencement de figures correctement posées ; dans la première esquisse, quelques taches sont déjà de l'orage, de la sérénité, de la mélancolie, de l'épouvante ou de l'horreur ; le dessin habile est chose impersonnelle, comme un raisonnement bien fait, la couleur est individuelle autant que le timbre de la voix. Delacroix l'aimait brillante, fastueuse, vénitienne ou anversoise ; mais il y avait en lui une sensibilité trop exaspérée, trop d'inquiétude pour que son chant ait pu s'élever aussi joyeux et aussi clair. 11 n'aime pas les tons francs, d'une harmonie trop simple ; il recherche les teintes rompues, les rouges violacés, les bleus verdissants ; il n'est pas Ui;e couleur du prisme avec laquelle il n'ait essayé des combinaisons étranges, des contrastes subtils ; ses ,- i^ „ i ^. ,.«„ .,-.,„o ^ . f. • • -1 ''"• 7"4 — Decamps. — Les SONNEURS, chairs féminines, blondes, pâles, imus^c du u.-.'vrc.) (CUché iiacheitf.)
Fio.7o5. — Decamps. — Sortik de lëcoleturque. iMiiMV des Arta déciiratifs ) (Cliché llachetU- 1