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PROCEDES PITTORESQUES

sont comme noyées sous une buée laiteuse, et dans les pénombres il y a les transparences troubles de la perle fine. Parfois il jette un ton aigu, métallique ; ailleurs les couleurs se neutralisent, embourbées, salies par un mélange où 1 on discerne encore des discordances savoureuses.

La main tremble, le pinceau peint par saccades,

balafres, et ne trouve pas toujours la touche utile qui, d'un coup, dit tout. Quand la composition est paisible, on reste choque par

l'incorrection constante, l'a peu près, la monotonie des formes, les plis incertains, contournés, de grosses étoffes qui ne drapent point les membres et n'indiquent point les mouvements, l'encolure trop courbée des chevaux, leurs articulations indécises, leurs sabots plongeants, des mollesses flasques et des contorsions absurdes, des figures vues de profil sur des épaules vues de dos. Mais que la verve l'emporte, et la peinture est instantanée comme un éclair ; voyez ces petites/an/as/as arabes ; dans un vol de burnous, des chevaux bondissants comme des griffons, naseaux pointus, yeux en feu, crinière flottante comme une chevelure ; tout crépite, étincelle, caracole, piaffe ; alors, la forme suit le geste, les membres se tordent, s'allongent ; ces fauves qu'il peignait si volontiers, lions et tigres acharnes contre leur proie ou agrippes avec des chasseurs et leurs chevaux sont des forces déchaînées.

En obligeant la peinture a se faire lyrique, comme la poésie et

FiG. 706. — Decamps. -

Enfants a i.a i-o.ntaine.

(Musée de Chantilly I (Cliché llachcltc 1

la musique, Delacroix a tente une entreprise paradoxale ; la peinture et la sculpture sont vouées a la représentation du monde extérieur. A tout instant notre propre expérience visuelle nous oblige à rectifier la fantaisie du peintre, et instinctivement, il nous parait intolérable que la réalité, qui est a tous, soit traitée

riG. 707. — Ingres.

Le vœu dk Louis XIII.

(Cathédrale de Montaiiban.)

((:iiclié Sciirdcin )

Stratonmce.

Fie. jdS. — I.SGRES.

iMuacc de Montpellier.) iCliche Hachette.)

suivant le caprice d un

rêveur fiévreux. L'œuvre

en partie manquée de Delacroix nous fait pénétrer dans la pensée

d'un poète de génie. Cette explosion de sensibilité a suscité une nouvelle manière de voir, mais trop particulière, trop originale pour qu'elle pût se généraliser.

Aussi Delacroix, qui a éveillé bien des vocations, n'a-t-il pas formé un élève ; il ne pouvait remplacer le métier traditionnel des classiques ; à la fin de sa vie, sa peinture rencontrait encore plus d'hostilité qu'a ses débuts. En pleine explosion romantique, les contemporains distinguaient mal les provocations des turbulents, les adaptations habiles des éclectiques et les audaces des vrais novateurs.

Dans ce groupe de rebelles, la

FiG. 700. — Ingres.

.M.\KTVKE DE Saint Sy.mpiiorien.

(Cathédrale d'Aiiliin.)

(('liehé ^'eurdein.)

PITITS ROMANTIQUES

Fi(;.7io. — Ingres. — TiiétisetJcpîter.

i Musée d.Mx.) (<:nché llachelle )

personnalité de Delacroix ne se détachait pas nettement. Mais la petite troupe alla se raréfiant ; a force de ne pas donner les chefsd'œuvre promis, les Boulanger, les Deve'ria. beaucoup d'autres se laissèrent oublier. Delaroche, que ses accessoires gothiques avaient fait passer pour un romantique, laissa de plus en plus voir la sagesse de son tempérament et 1 académisme de son éducation.

Ary Scheffer parut d'abord plein de sentimentalité germanique ; mais il parlait avec des termes abstraits, comme s il voulait faire paraître les âmes au travers de ces corps absents et se trouva naturellement un jour dans le camp des classiques (flg. 720). Delacroix finit donc seul cette course commencée trente ans plus tôt avec toute une jeunesse ardente. 11 avait conservé intact son fougueux lyrisme, alors qu'autour de lui la fièvre romantique était depuis longtemps tombée.

Mais, vers 1 830, le pouls de la France était fort agité. L'imagination bouillonnante et fumeuse du romantisme n'a pas toujours abouti à des œuvres importantes ; elle s'est dépensée avec une prodigieuse fécondité en de menues illustrations. La lithographie toute jeune et

la gravure sur bois renouvelée, quelques lignes, quelques ombres suivaient mieux que la peinture ou la sculpture ces imaginations parfois délirantes.

En de vieux livres romantiques, les dessins de Célestin Nanteuil, Gigoux, de Johannot, de Deveria, de Delacroix même achevaient d ébouriffer le lecteur classique.

tio. 711. — Ingres. — Apothéose D'Ilo.MtHi: iSlusée du Louvre.) (Cliché Hachette )

Fi(i. 71J. — Ingres. —\ ol

iM.ME DE SENONNES.

IM usée de Xantes.) (Cl. Seurdein.)

FRANCF

Là aussi les anatomies linéaires de Girodet ou Flaxman, les longues figures d Achille ou d'Agamemnon furent remplacées par un personnel habille a la gothique, aux gesticulations accidentées, aux costumes pittoresques.

Des poètes solitaires rêvaient, une lyre en main, sur des tombeaux ; de suaves amants s'enlaçaient, guettes par l'œil et le poignard du jaloux ; femmes traînées par les cheveux, visages masques, bourreaux patibulaires, J noirs cachots : les illustrateurs suivaient ou dépassaient la littérature dans ses dérèglements. Puis le genre macabre : on vit les morts se lever du tombeau, des squelettes en gaité, des mephistos acrobatiques, pointus, velus, cornus ; des combles gothiques descendirent les gargouilles monstrueuses ; des vieux burgs allemands s'échappèrent des vols de chauves-souris et de sorcières chevauchant des balais ; l'enfer laissa crever ses portes et, dans ce petit monde de 1 illustration, on

vit autant de diables qu'il y avait d'amours à l'époque de Boucher.

Tandis que classiques et romantiques se battaient. Decamps (1803-1860) sut faire admirer de tous ses petites peintures saturées de tons robustes.

Comme les romantiques, il se montrait coloriste, amoureux d'effets rares ; comme eux, il s'était epris des aspects de l'Orient. Mais son tempérament est étranger a la fougueuse passion d'un Delacroix. Parfois il parait avoir pensé a Rembrandt et parfois à Chardin. Mais il a supprime l'émotion, la pensée,

Fio. 713. — Ingres. — Granet.

(Musée d'Aix.) (Cliché Hachette.)

INGRF.S -

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