iG. 7M. — Ingres. — Mme Deval'çay
I M usée Coudé, à Chantilly.) (Cliché \eurdeiii I
l'histoire et même la nature ; ou plutôt il n'a pris au monde matériel que de menus aspects, si fragmentaires, si particuliers qu ils semblent bien n être que des prétextes pour ses essais techniques.
C'est un effet pittoresque égal qui se dégage d'un grenier enfumé ou d'un paysage tragique, d'un morceau de muraille avec quelques haillons de mendiants et de nuages déchires, sanglants, sur des rocs torréfies (fig. 704, 705, 706). Marilhat aimera aussi cet Orient brûlé ; avec des roches brisées ou de majestueuses ruines, il bâtissait des paysages solides.
Marilhat est mort jeune, avant que la lumière ait allégé ses couleurs de terre. Au même Salon de 1824, ou les jeunes peintres vinrent admirer le Massacre de Scio, on vit triompher le l/œu Je Louis XIII d'un eleve de David, parti depuis longtemps en Italie. Jean-Baptiste-Dominique Ingres (1780-1867). Nous sommes habitues a considérer Ingres comme un continuateur de la manière davidienne ; il n'a pris à David que son rôle de chef d'école, de l'école traditionnelle ; mais à l'intérieur même de cette école il y avait place, sans doute, pour plus d'un idéal, car le maître et l'élève furent bien loin de s'entendre. Les classiques cherchaient une beauté un peu apprêtée, alexandnne, l'elegance théâtrale de l'Apollon du Belvédère ou la gentillesse minaudiere de la Venus de Medicis ; Ingres, au contraire, sentait plus fortement fig. 713. - i.ngres.-iMmeUksioiches.
le charme des écoles primitives, I>es$in, Musée du Louvre.) {Cnclif Hachettu.)
FiG. 716. — Ingres. —
Le dl'c d'Orléans.
(Musée de \'ersailles I
(Clulic Hachette )
quand lart, absorbé par le souci de vérité, ne songe pas encore a effacer l'accent caractéristique. Cet admirable dessinateur s'est toujours astreint a copier le corps humain et des draperies réelles ; dans ses contours les plus purs, la ligne conserve le nerf de la vie. L'art davidien dépersonnalise les figures, celui d Ingres les dépouille de leur caractère matériel, mais non de leur individualité. Contemporain des héros de Guérin et de Girodet, son Œdipe n'a pas le profil grec, ni les membres ronds d'un marbre antique. Ingres se sentait plus près des primitifs Italiens que des statuaires grécoromains, et beaucoup s étonnaient de son réalisme, quand Delacroix parut. Alors, devant celui qu'il appelait l'apôtre du laid, Ingres crut devoir se faire lapôtre
du beau. Jamais deux tempéraments ne furent plus opposés, et,
comme 1 autorité de chacun fut grande, cet antagonisme devint une
rivalité de doctrine.
L'œuvre de Delacroix est trouble
et agitée de toutes les passions du
siècle ; Ingres méprisait son temps ;
il est revenu d'Italie a Paris, sans
compter s'y fixer ; un succès l'y
retient, un insuccès l'en chasse ; il ne
demandait, comme autrefois Poussin,
qu'à se retirer à Rome, la ville des
ruines et de l'histoire, et la, enfermé
dans la contemplation de son idéal,
il eût volontiers ignoré le monde.
Delacroix montrait la Grèce en
pleurs sur des ruines fumantes, ou la
Liberté victorieuse sur les barricades ;
pendant qu'on faisait le coup de feu
dans sa rue, Ingres, derrière sa fenêtre, caressait d un pinceau amoureux
sa Vénus anadyomène. Vibrant à
FiG. 717. — Flandrin.
Napoi.kon III.
tMiifée de W-rsaillex.)
(Clk-hi' Hachette.)