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COROT

dans sa mémoire le lac •d'Albano et l'étang de Ville-d'Avray, la craie toscane et le brouillard d'Ile-de-France. Quand, parfois, son paysage s'amijlifie, et que ses lignes majestueuses évoquent tout naturellement quelque figure mythologique, il n'est pas jusqu a ses nymphes et ses faunes qui ne paraissent être des fantômes chimériques, des formes lumineuses, falotes, comme des flocons de brume Hechiree par la brise et jouant parmi les rayons de la lune. La manière de Corot, qui fut relie de Claude Lorrain et qui sera celle de Cazin et de Pointelin, a plus de prise que toute autre sur notre àme. Tandis que beaucoup cherchent a faire de la nature un portrait exact ou s'efforcent de lui donner une physionomie sentimentale, Corot contemple ingénument, mais retient seulement les éléments immatériels, l'atmosphère et la clarté qu'elle contient. Simplifiée, spiritualisée, fixée dans la mémoire, estompée par nos facultés

d'oubli, cette réalité est déjà du rêve (fig. 744 a 750).

Devant le site le plus complexe, Corot trouve instantanément, sans inquiétude et sans effort, une souple et pure mélodie qui en dégage l'àme. Rousseau (181 2- 1867) s'est, au contraire, disperse dans l'infini delà nature; il a voulu en saisir une image totale ; il s'est, de toutes ses forces, applique à fixer ses aspects varies, plaines des Landes, rcchers d'Auvergne et surtout vieux chênes de la forêt de Fontainebleau. Sa manière est difficile à définir, parce que le peintre s'est

Fui. /So. — Corot. — Li: bei i roi

DE Dor.M.

(Musée du Louvre.) ((Cliché lliichelle.)

Fi<;. 75i. — Rousseau. — La mare

DANS LES Landes. (Milice Ah l.ouure.) (Cliclu' HiichetW.)

peu mêlé à son œuvre et parce qu'elle suit la réalité dans ses variantes.

Ses tableaux n'ont pas d autre caractère commun qu une même application fervente, grave et, pour ainsi dire, religieuse. 11 se disperse dans la nature, comme elle divers, inégal ; il ne sait au juste quel ettet il cfierche ; il se laisse entraîner et perdre dans la forêt, comme le petit Poucet, et la perpétuelle indécision qui fait honneur à sa conscience d artiste a gàtê une grande part de son oeuvre. Sa vision retient trop de menus détails ; il se trouve hésitant devant les brousseiiUes, les mousses et les feuillages ; il jette alors de petites taches de son pinceau hirsute et use ; mais il met ainsi une vibration lumineuse que Duprê et Huet empâtaient dans leur couleur grasse. C'est surtout quand il nous raconte la vie du végétal qu'il se montre conscient et assuré, il s'est fixe dans la forêt de Fontainebleau pour en portraiturer les vieux chênes. 11 ne nous dit pas toujours l'heure, ni même la saison, car la lumière jette sur les choses une parure changeante, et Rousseau veut saisir la ressemblance, c'est-à-dire un caractère permanent. Mais, de l'arbre qu'il peint, il ne cache rien, son essence, son âge ; voici le vieux tronc tourmente qui a tant souffert sur ce sol rocailleux; les branches noueuses, qui ont peine pour atteindre la lumière, et ce feuillage dense, sombre, mystérieux, où le soleil ne pénètre pas : petites toiles broussailleuses et comme rongées de lichens, où Ion devine le grouillement innombrable et

. — F<oi'ssr\r. — !..

AIX (^IIARBO.SNIKRS.

(Cnllcclinll (imiU )

ROUSSEAU: DUPRE

FiG. 763. — RorssEAU. — Sortie de forêt. iMusée du Louvre.) (Cliché Hachette.)

menu des insectes et des mousses, tandis que le bruissement continu du vent dans les grands arl>res emplit le silence de la foret. Il ne manque pas de nous montrer que cette branche trop lourde et trop vieille s'est brisec. et qu'en un jour d ouragan cet arbre fut jeté bas et ne tend plus vers le ciel qu'un moignon jauni, un tronc fendu dont les pointes aiguës nous rappellent le déchirement du bois sec. Les arbres de Ruysdaël ou d'Hobbema ont, sans doute,

inspire Rousseau ; mais les Hollandais mettaientils dans la copie une telle fidélité, un tel acharnement d'exactitude ? Ont-ils laissé une galerie aussi variée et peint aussi puissamment des personnalités végétales (hg. 751a 754) ?

Auprès de lui, dans la forêt, peignait Diaz. Dans le demi-jour des sous-bois, quelques rayons perçant l'obscur fourre viennent allumer des étincelles sur l'herbe humide, les mousses veloutées, l'or des feuilles mortes, ou l'écorce argentée des bouleaux ; spectacle si plein de mystère et d'émerveillements qu'un Diaz s'est laissé dévoyer de la probe vente par une sorte d'ivresse de la couleur. La nature la plus severe est assez riche pour éveiller la fantaisie des coloristes. Ses copistes l'oublient alors pour s'amuser des variations qu'elle inspire ; plus d'une fois, nous verrons pousser ainsi sur le robuste tronc de l'art naturaliste des branches folles qm s'achèvent en fleurs délicieuses et stériles.

L'art de Jules Dupré est, au contraire, vigoureux. 11 ne lui suffit pas

de fixer un effet épiso- t- . -a t ^

,. ^ ., FiG. 754. — Rousseau. — Le chêne ensoleille.

dique, cuneux, amusant ; il (Collection Mesdag.)

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ViG-jbb. — Daubignv. — Les bords de l'Oise. (Miiseedu Louvre.) (Cliché llachelU.)

ne se disperse pas à suivre dans leur babillage particulier les herbes, les mousses, les petites branches. 11 compose fortement et sacrifie une foule de détails a un effet robuste ; les grandes masses sont bien placées, la plus grande clarté ramassée au centre, l'ensemble solide et compact. D'ailleurs, les oppositions de lumière, les jeux de \z. couleur sont poussés à un degré extrême ; dans sa pâte épaisse, on devine, comme dans les œuvres de Decamps, une chimir compliquée, des combinaisons savantes pour forcer la couleur a rendre davantage. Dans cette couleur grasse, les verts profonds se muent en teintes rousses. L'effet est doux et fort, comme dans les bois d'automne. L'esquisse, faite d'après nature, se transforme à l'atelier ; l'arbre, la maison, le troupeau, l'humble motif pris au réel, s'amplifie, s'isole, et prend une auguste majesté ; une étude exacte du paysage tourne bien vite au décor romantique (fig. 758, 760, 761).

Les artistes plus jeunes comme Chintreuil, Daubigny, ne sont déjà plus des initiateurs ; le chemin fut, pour eux, moins épineux, car d'autres avaient passé. Leur œuvre a le charme riant des œuvres conçues sans douleur. Chintreuil est pur, pnntanier. lumineux ; ainsi que les impressionnistes, venus longtemps après, ce peintre

n'a sur sa palette que des

couleurs claires (fig. 759). I i. I

L'œuvre de Daubigny est imprégnée de la fraicheur des champs ; une forte sève semble courir dans cette peinture abondante, facile et sereine comme une terre fertile; l'effet est toujours d'une grande douceur, bien que le pinceau affecte parfois la rudesse : le métier se fait

Fig. 750. — DiAZ. — I.a makk au.k fées. (Collection (iould.)

F'G 757. — Daubiony.

iMiiscc de Rouen.)

— L"ÉCLUSE d'Optevoz.

(Cliché llachelte.)

DAUniCNY : LES ANIMALIERS

libre jusqu'à paraître fantaisiste, bien que le peintre approche de jjIus en plus la stricte exactitude. Quelques-uns de ces paysages, par leur exécution elliptique, font penser à une impression instantanée.

Daubigny restera surtout le peintre des vallées tranquilles et des hautes herbes Humides piquées de fleurs ; des lignes stables, des prairies bien étalées, une rivière lente, plate, qui refléchit le vaste ciel et les peupliers du bord : le paysage que contemple le canotier rêveur, voguant à la dérive. Cette nature invite au bonheur et donne deja du bien-étre. Dans les paysages de Corot, on voit parfois un pâtre flûtiste ; dans ceux de Daubigny, on devine le pécheur a la ligne (fig. 755, 757, 762), Parmi ces paysagistes, il y eut, comme en Hollande, des animaliers. Parmi nos Ruysdaëls et nos Hobbémas, il y eut des Paul Potters. On ne se contente pas de placer des troupeaux dans les pâturages ; les moutons et les bœufs furent le motif principal de la composition. Brascassat peignait des taureaux rouges, blancs, luisants, vernis comme des marrons frais sortis de leur bogue. Les moutons, de Charles Jacques, au contraire, sont laineux et sales ; ils sont d un vrai animalier qui connaît le troupeau, sa manière de s'entasser, de se disperser, et la vraie place du berger et du chien (fig. 763). Le» animaux deTroyon sont plus ambitieux et visent a l'effet ; la masse des grands ruminants se déplace majestueusement sur l'horizon, et le paysage, sans être tout à fait insignifiant, est habilement sacrifie de manière à les bien faire valoir (fig. 764). Ici, vers le milieu du siècle, peut se fermer ce premier chapitre de l'histoire du paysage français ; ce fut la période, pour ainsi dire, hollandaise ; r.^ -:;q i,., ,^ r, • \

, . I-IG. 70b. JULES DlPRE. A MAREE BASSE.

par 1 exécution grenue et (cikiiéGiraudon.)

FRAXCE

FiG. 759. — Chintreuil. — L'espace.

(Musée du Louvre.) /('lichc llachelle.)

minutieuse, par la mise en place, par le choix du site, par les dimensions de leurs cadres, ces pemtres dits de l'école de Fontamebleau rappellent fort les maîtres de Harlem et de La Haye. Mais l'école française n en restera pas a cette première forme. L.e paysage est cher aux artistes qui aiment mieux observer qu'inventer, et l'aptitude a trop bien copier immobilise la peinture et abrège la vie d'une école. Quand ils eurent achevé le portrait de leur pays,

les Hollandais déposèrent leur pinceau. Le paysage français, au contraire, va continuer son évolution ; il ne restera pas un genre délimite. Les objets inanimés n'existaient que par rapport à l'homme ; le paysage va gagner sur l'homme même; sa personnalité se dispersera dans le mirage de la lumière et le reflet des choses. Le vocabulaire pittoresque va s'enrichir de sensations inédites ; le paysage transformera la peinture entière et renouvellera nos habitudes visuelles.

La statuaire est moins impression nable que la peinture ; des nécessités techniques, matérielles, imposent une lente continuité à cet art, même

Fio. 760. — J. OOPRK. — I-K Matin IMusic du Louvre.) (Cliché Hachette.)

- SCULP l UKE CLASS/QUE ET SENTIMENTS ROMANTIQUES

en temps de révolution violente. A la fin du XVI 11 siècle, les sculpteurs n avaient pas aussi rapidement que les peintres subi les effets de l'idéalisme et de I archéologie. Deja, depuis longtemps, les héros romains avaient remplace les bergers de Boucher, alors que Pajou et Houdon modelaient encore des œuvres spirituelles et voluptueuses. Pourtant le statuaire ne pouvait continuer a exprimer des sentiments disparus. Houdon. Pajou, Clodion, virent donc leur verve s'éteindre lentement dans l'atmosphère glacée de l'art davidien. Quand, sur l'arc du Carrousel, ils sculptaient en bas-rehefs les exploits de la Grande Armée ou statufiaient le César moderne, ils cherchaient la forme généralisée et la rondeur banale que la peinture venait d'adopter pour ressembler a l'antique. L'architecture de l'Empire a remis a la mode le bas-relief décoratif, très atténue, et cependant de contours nets, comme l'avaient aimé les décorateurs de la Renaissance. Plus d'une Victoire en I honneur de Napoléon révèle une paren'é é/idente avec les allégories de Jean Goujon. Mais la statuaire manquait alors

l-iii. 761. — J. DfpRÉ. — Lr vieux Cnf.sE. (Musée du Louvre.) (Cliché Hachctle.)

FiG. 762. — Daubigny. — Le Printemps.

(Musée du Louvre.) (Cliché Hachette.)

FRA.WCE

Fio. 7Ô3. — CiiARi.ES Jacques. — Trolpeac

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