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ORNEMENTATION MODERNE

~ ' ; \ I sent d'ailleurs de l'argument

'^'-'''^ ' ^ d'après lequel II faut a une

' ^ ^ ^ — ^^*- société nouvelle un style déco-

ratif nouveau. Est-il absolument certain que les locomotives et les fils du télégraphe aient transforme complètement notre conception de l'existence ? Notre civilisation a deux faces, dont l'une surtout se modifie ; celle qui montre des chantiers, des usines, des magasins et des bureaux. Mais ce n'est pas dans les I lieux ou il travaille que l'homme J cherchera jamais l'agrément ; il le réserve pour l'intérieur où il vient prendre son repos. Et, si les moyens qu'il a de s'enrichir ont beaucoup changé, les manières de jouir de ses richesses n'ont pas varie autant ; l'usine et la machine qui alimentent le luxe contemporain n'ont pas transforme les usages de la vie mondaine. Une société aisee et cultivée, chaque jour plus nombreuse, continue 1 existence que menait au XVilf siècle la classe fort restreinte delaristocratie et de la bourgeoisie riche. Elle s'accommode fort bien du mobilier dans lequel l'Ancien Régime avait su trouver une combinaison parfaite

de l'élégance et du con- r — -,

fortable. Nous ne sommes . ^^^k \

guère plus gênés de vivre dans les meubles de Louis XV et de Louis XVI que d'exprimer nos idées dans la languedes Encyclopédistes. Les néologismes " décoratifs n'ont ete vraiment nécessaires que pour l'aménagement des wagons, des paquebots, des automobiles; ici

• Il •• • . FlG. 810. — \'lLLA AU BORD DE LA MER.

parce qu elles S imposaient, , „

\ f ,1 A. BlUYSEN, ARCHITECTE.

les formes nouvelles ont {CUché " v Architecte "t

FiG. 817. — Chambre a coi'chkr. par P. I-Oi.ij (Cliché ■• Art vt hetoration "J

~[ apparu tout naturellement.

Mais pour le style gênerai de 1 architecture et du mobilier, les tentatives dart moderne aboutiront-elles ?

Laisseront-elles seulement quelques charmants bibelots } Actuellement lissue est incertaine.

Les pays étrangers, Belgique, Angleterre ou Allemagne, acceptent avec momsd hésitation les essais de décoration moderne. Leur luxe échappe plus facilement à 1 obsession du passé. Chez eux 1 architecture et le mobilier n'ont pas a effacer le souvenir d'oeuvres aussi admirables qu un hôtel ou un fauteuil Louis XVI. La France d'ancien régime se survit par son art ; elle impose ses meubles aristocratiques a notre bourgeoisie contemporame. Le passé est chez nous si admirable et si varié qu'il nous empêche de rendre justice au présent.

C'est dans la peinture surtout que nous retrouverons les nuances de la sensibilité contemporaine. C'est par elle que se manifestent tout d abord les tendances naturalistes qui dominent la seconde moitié du siècle. Vers 1 850, se dessine la troisième révolution artistique conduite au nom de la vérité depuis moins de cent ans ; David détrôna Boucher et fut détrôné par Ingres. Voici que maintenant Courbet ( 1 8 1 9- 1 877) se dresse contre Ingres et Delacroix. Son naturalisme est nouveau chez nous. Jusqu'alors nos peintres, à la manière florentine, faisaient d'après le modèle leurs esquisses, mais non pas leurs tableaux. Aussi la peinture française manqua-t-elle souvent de la robustesse technique et de la verve d'exécution que nous admirons dans les grandes écoles naturalistes, chezCaravage comme chez Riberaet Velasquez, Rubens et Jordaens, Hais et Rembrandt. Chez nos peintres, le travail de la pensée s'est toujours placé entre l'œil qui observe et la main qui copie. Géricault avait bien, semble-t-il, cherche a rendre intégralement avec la couleur les aspects de la nature ; mais son oeuvre fut tôt interrompue. C'est seulement vers le milieu du siècle que s'est imposé chez nous le naturalisme intégral. Courbet en fut l'initiateur.

Il a tenté pour la figure humaine ce que les paysagistes de Fontainebleau faisaient pour les choses. 11 a montré les paysans d Ornans

CUSrA"L COURBET

avec leurs costumes bizarres et leurs létes caricaturales, comme Rousseau avait peint les vieux chênes noueux. Ses figures se distinguent aussi de celles de Millet, car les petits bonshommes de Millet, par leur dimension, — et la dimension est, en peinture,

un élément important, appartiennent a la peinture dite de genre, et Ion avait déjà vu en peinture beaucoup de paysans de 20 centimètres ; mais les personnages de I m. 80 appartenaient toujours a l'histoire ou a la mythologie. De plus, le style de Millet, parle caractère moral, corrige la vulgarité plate.

Courbet, au contraire, peint au milieu de l'herbe, sur le sol, un homme ou une femme sans plus d'apprêt ou d embarras que s'il s'agissait d'un arbre ou d un ruminant. 11 apporte dans son métier une largeur d'exécution bien différente du métier attentif, tatillon, des paysagistes de Fontainebleau. C est un robuste ouvrier qui a pour principe de ne jamais inventer ou corriger. Au milieu de l'art un peu fade des neopompéiens du Second Empire, parmi des peintres qui frottaient leur toile d'une couleur indigente, il apparaît comme un maçon devant sa muraille, maniant son couteau à palette, crépissant avec entrain et chantant à tue-téte. Il lui a fallu beaucoup d'orgueil pour affronter le ridicule. En un temps ou classiques et romantiques se mettaient d accord pour honnir la vulgarité, un artiste de meilleure éducation, d'intelligence plus fine, aurait reculé devant la difficulté. C est un danger constant pour notre art moderne qu il soit soumis au goût d une civilisation très cultivée ; l'insidieuse politesse impose sa discipline à tous les gens bien élevés. Courbet n'était pas bien élevé ; ce Paysan du Danube " a parle fort, maigre les rires, et son exemple a délie bien des langues. Devant

Vu,. 818. — Carriks

PAK II I-.MÊ.\1K. TERRK CUiTE.

(l'iUah des licaiixArlx de la Vi'lu de l'jrisj

F1G.819. — Delaherche. —

Vase. Grès.

(Cliché" Art et Décoration ".)

ses tableaux, de jeunes peintres comprirent que la copie de la

nature n'éteint pas nécessairement la verve par le souci de l'exactitude, mais l'éveille au contraire et suscite quantité de trouvailles

expressives qu'ignorera toujours 1 idéaliste.

Pourtant il manquait encore beaucoup a Courbet pour qu il donnât

de la nature une image absolument nouvelle. 11 ne s'est pas fait une

palette neuve ; il a emprunte celle

des vieux Bolonais, Guerchin,

Caravage, des Espagnols, de tous

ces artistes qu il avait étudiés au

Louvre et qui lui avaient enseigne a envelopper leurs vigoureuses

figures avec des ombres opaques

et des couleurs terreuses ; avant

lui, Géricault et Delacroix avaient

ainsi prodigue le bitume. Pour

le réaliste Courbet, cette matière

n'allait pas sans inconvénient ;

même en plein air, ses personnages

continuent a se mouvoir dans

les ténèbres. Dans \ Enterrement

à Ornana, le ciel s'est voile de crêpe. Quand Courbet va jusqu'à

Montpellier voir son protecteur M. Bruyas. la lumière reste jaune,

pauvre (fig. 822, 823). Le peintre n'a pas nettoj'e sa palette. Les réalistes de toutes les écoles ont aimé ces ombres violentes quirendentfortementle relief des corps et font plus éclatantes les clartés ; Ribot, qui fut un robuste peintre a la manière de Ribera, montre des pcsonnages nocturnes, enveloppés dans l'atmosphère fumeuse que 1 on respirait dans les caves de l'école bolonaise.

Courbet n'est pas aile jusqu'au bout de son principe ; il voulait peindre la nature, mais il la contemplait entre les murs de son atelier.

Dans le fameux tableau appelé Allégorie réelle, — sorte de profession

Fig. 820. — Laltque.

iClichc •' .\rl cl hcc

Fig. 821. — Gaillard. — Peigne (Cliché " Art cl Oécoration ".)

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