GUSTAVE COURBE
FiG. 822. — Coi'RBET. — Enterrement a Ornans.
iMii.'iec Au Liiuvre ) (('A'uhè \'if,'iiaii )
de foi en peinture, • — il a réuni ses modèles favoris, des critiques, des admirateurs, des lorettes, des ouvriers, une femme nue, etc., .et, au milieu de cet atelier encombre de Parisiens, le peintre bro:se un paysage franc-comto:s ! En effet, ses figures ont été faites à l'atelier et placées en des paysages exécutés de souvenir. Courbet, pourtant, comprit enfin que son ' naturalisme intégral " ne pouvait aller sans les effets de plein air ; mais ses tentatives le montrent embarrassé de difficultés que pouvaient seuls résoudre des procèdes nouveaux. Comment ce Guerchin franc-comtois " allait-il peindre la lumière ? Quand il s'y essaya, il ne sut que pâlir ses couleurs, qui prirent alors une teinte grisâtre et plate. Corot seul aurait pu lui enseigner que, pour voir la lumière, il faut moins regarder les objets en eux-mêmes que l'atmosphère qui les enveloppe. C'est aux successeurs de Courbet qu'il sera donne de continuer la révolution naturaliste.
Millet (1814-1875) n'est pas un réaliste au sens de Courbet. 11 ne copie pas ses paysans d après un modèle ; ses images sont exactes, mais portent la marque d'une profonde méditation ; c'est sa mémoire qui lui fournit le type et les gestes qu'il organise. On ne lui doit pas de nouveautés pittoresques ; il n'a point cherché d'effets inédits ; comme nos classiques, il a vu seulement dans la peinture un langage pour traduire des sentiments et des idées.
Millet et Rousseau étaient voisins à Barbizon, près de Fontainebleau, sur la lisière de la forêt, et, tandis que Rousseau s'enfonçait sous les grands arbres. Millet allait vers la plaine. Dans la forêt, l'homme n'est pas chez lui ; elle est un reste de la sauvagerie ; il vient
FiG. 823. — Coi'RBET. - '• BONJOIR, MONSIEIR (^OlRIiKT ".
iMiiscc de MuiilpellUr.) iCluhc llaclullc.)
— FRASCE
s y réfugier, s'y cacher. Le champ est, au contraire, sa perpétuelle conquête, et, visible ou non, il est la partout présent. Tandis que Rousseau avait montre la lutte de l'arbre qui veut vivre. Millet a raconte le combat de l'homme contre la terre qu'il force à le nourrir.
Ses paysans ne jouent ni ne chantent comme les bergers de Corot, a qui la radieuse nature communique sa joie ; ce ne sont point personnages d eglogues, mais les sévères tâcherons de rudes Georgiques. Le sol qu il peint, c'est celui qui vient d être rase par la faux et tout hérisse encore des tiges courtes du ble coupe, ce sont les lourdes mottes rejetees par le soc, écrasées sous les pas du semeur ; c'est le sol dur que la houe a peine à mordre, tranchant les »■ onces, s'ébréchant aux cailloux. En l'absence même de l'homme, la terre fait penser au paysan qui la cultive. La charrue ou la herse restent sur place, dans 1 attente du travail de demain. Cette terre, il la dessine et la peint comme un visage qui a une physionomie, et, en effet, à 1 homme toujours penche sur elle, ne montre-t-elle pas un visage
bon ou méchant ? La maison n'est jamais loin, pauvre abri de pierre et de chaume où la femme, quand elle n'est pas au champ, passe de lentes journées, filant la laine, coulant la lessive, donnant la becquée aux petits, attentive a une besogne simple, comme la ménagère de Chardin.
Dessinateur de gestes.
Millet les voit dans leur
l'lG.824. — COI'RBET. — Re.MISE DE CIIEVREIILS. Il 1 • v
(Muscc dH Louvre.) iciuhé iiaciwtie.) Utilité, leur adaptation a
FiG. 825. — Courbet. - Li Casseir
DE PIERRES. ISlttséc de Dresde I (Cliché Kuh» l