AU CABARET
(Miistrdti Luxcmbdur/,'.) (Cliché Hachette.)
Personne, sinon Chardin, n'avait encore ainsi exécuté de petits tableaux sur une toile grossière, avec une pâte terreuse, sèche, poreuse. On pense à Millet lui-même, à son pinceau robuste et caressant, devant ce paysan qu il nous montre greffant, attentif, soigneux a manier la petite pousse de ses gros doigts calleux. Il a aimé cette pâte grumeleuse, parce qu'elle est de contact rustique, rugueuse comme les murs décrépits, l'écorce moussue, les vieilles tuiles, hirsute comme les champs moissonnés, boueuse comme la basse-cour, poussiéreuse comme le grenier, laineuse comme le mouton et les gros bourgerons tricotés. Les murs mêmes sont sans arêtes nettes ; la vieille église de Greville, bien tassée sur le sol, al'echine cabossée, avec des fléchissements et des saillies.
Ces petites figures sont, à leur manière, idéales comme celles de Poussin, et 1 on dirait parfois qu'elles ont été exécutées avec la même insouciance technique. Mais, si Millet rappelle tant le grand classique, c'est surtout parce qu'il met une pensée méditée profondément
dans sa composition ; il veut que, dans son tableau, il y ait de la logique, un caractère de nécessité et que ' gens et choses soient toujours là pour une fin ". Les saisons se succèdent, la terre germe, fleurit, se dépouille, et, depuis que l'homme la cultive, ce sont les mêmes gestes, les mêmes labeurs du misérable incliné sur elle. L attitude est si juste, l'homme est si bien a ce qu il fait et tient si fortement
FiG. 828. — Rinoi. - Saint-Sébastien.
(Musée du Luxembourg.) [Cliché Iliichelte.)