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J..P. MILLET

aux choses que ce paysan résume les générations de toujours et de partout, et voici que, subitement, ce pauvre diable emplit 1 univers et l'éternité, et que la silhouette lamentable se projette, immense, sur ces deux infinis.

Millet tient encore au romantisme par la sensibilité. Poussin et les classiques ont habite les régions de la fantaisie. Les idées qui les occupent sont pour eux un amusement supérieur ; la terre qu'ils

peignent a été façonnée par l'histoire ; une ingénieuse civilisation se laisse partout voir dans cet art savant. Mais, chez Millet, comme autrefois chez Rembrandt, l'art perd sa sérénité et se nourrit de sentiments humains ; voici la méditation sentimentale, la mélancolie, la pitié et aussi une sorte de communion avec l'âme obscure des bêtes et la vie sourde des choses. Jamais, chez nous, l'art n avait moins rappelé l'atelier ou le musée, et, chez Rembrandt seul, on avait vu une pareille puissance d'émotion péur le pathétique et la tendresse. Ce continuateur de nos classiques était imprégné de mélancolie romantique ; à la claire intelligence d un Poussin, il joint la mâle volupté de la tristesse (fig. 831 a 836).

La poétique de Millet est bien loin d'avoir donné encore toutes ses conséquences. C'est pourtant deja une pensée voisine que celle de Cazin qui aime aussi à mêler l'homme à la nature et qui harmonise admirablement les attitudes de ses figures à la désolation des crépuscules sur les dunes. Les souvenirs de la Bible ou de l'Evangile qu'il

Fig. 829. — BoNviN. — Le Réfectoire.

(Musée du Luxemboui-f;.) (Cliché Hachette.)

Fig. 83o. — Alphonse Legros.

L Ex-VoTO.

(Musée de Dijon.) (Cliché Hachette.)

FiG. 83i. — Millet.

(Musée du Louvre. )

- Les Glaneusks.

ICIidié Hachette )

évoque parfois ne sont pas déplaces ; ses paysans sont assez humbles et assez simples pour paraître au5si anciens que l'humanité même. Tout n'est que cciresse et douceur dans le paysage silencieux qui les enveloppe. La couleur cendrée imite la transparence nocturne, ou la pale clarté qui tombe de la lune sur les villages endormis (ftg. 837, 838, 841). Les paysannes de Jules Breton sont, disait Millet, trop jolies pour rester au village ; elles ne manquent certainement pas de coquetterie, et le soleil, en se couchant, jette une lumière favorable sur ces fillettes en haillons qui prennent des attitudes de canephores. Les laboureurs de Lhermitte étalent une sorte de majesté. Ces moissonneurs brûles par le soleil et ces robustes lavandières sont bien des tâcherons rustiques. Harpignies, un beau dessinateur de branchages noueux, a laissé de côte la figure humaine et peint de vieux chênes simplifies avec une sûreté que ne connut pas Rousseau (fig. 842).

L'esprit réaliste a pénètre partout, puisqu'il a transformé la traditionnelle " peinture d'histoire". Composée à l'usage dune société d'humanistes, elle n'avait jéimais cessé d'être une reconstitution du

monde antique. Le développement de la curiosité historique, les découvertes de l'archéologie et enfin les conquêtes des peintres naturalistes l'ont beaucoup modifiée dans la seconde moitié du .XIX*^ siècle. La couleur historique ' , qui est le réalisme applique au passé, est devenue plus caractérisée, plus

„„ ., T D JL " documentaire ". Dans

Fig. 832. — Millet. — La Bergère. i o • i

(Cliché Kuhn.} ^^, 1 œuvre de Poussin, les

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