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PEINTURE U HISTOIRE

mée ; l'armée de 1807, qui, sous les yeux de son chef, se rue sur l'ennemi; l'armée de 1814, qui se traîne dans la neige derrière 1 Empereur encore invaincu, mais enveloppe d'une atmosphère de desastres (fig. 843). II fait de la petite peinture en conservant les effets de la grande. Il réussit le tour de force de ne rien escamoter dans un cavalier plus petit que le doigt. Aussi ses tableaux sont-ils d admirables illustrations pour un livre d histoire. Ces menues figures font très bien dans la page. Le bon illustrateur se reconnaît a l'esprit, au nerf avec

Fig. 837. — Cazi.n — Agar et Ismaêl.

(Musée du Luxembourg;.) (Cliché Hachette.)

lesquels il dessine des vêtements et des gestes. Meissonier, dans ce genre, reste le maitre. Personne n'avait encore aussi bien précisé la marche d'un cheval ou les multiples détails d'un uniforme. II n'a pas seulement créé le petit tableau de mousquetaires : on lui doit un nouveau style de peinture militaire, développé brillamment par Edou£U"d Détaille. Protais, Yvon, montraient la guerre, en y

mettant plus ou moins d'héroïsme et de sentiment ; mais c'est la bataille qu'ils voulaient nous faire voir. Meissonier s'intéressait avant tout au pittoresque du costume, et le soldat d'Edouard Détaille ne fut bien souvent que le figurant d'une revue d'habillement. Les souvenirs de 1870, de 1806 ou de 1793 ont transformé quelquefois ces troupiers corrects en vrais combattants ; la boue et la poudre ont sali les uniformes, et, sous le ciel pluvieux, le soleil avant de se coucher jette parfois sur les enseignes une pourpre héroïque. Pourtant, on se battait avec plus de furie dans les

Fig. 838. — Cazin.

(Musée de Lille.)

- TOBIE ET l'.\NGE.

(Cliché Hachette )

FiG. 839. — LÉON Beli.y. — Mare dams la foiuIi

DE Fontainebleau.

(CoUectioii de Mme !.. lielly.)

r-RASCE —

tableaux d'Alphonse de Neuville (fig. 846 a 849).

La peinture d histoire prend une signification nouvelle dans l'œuvre de Gustave Moreau, idéologue et mythologue, comme ces poètes qui ont enveloppélcur philosophie dans une parure de mythes fastueux. 11 conciliait Ingres et Delacroix, un peu à la manière de Chasseriau ; comme les parnassiens", il s'efforçait denfermer l'imagination ardente "lu romantisme dans la forme ciselée des purs classiques. En d étranges paysages, il place des figures d ivoire constellées de pierreries : art savant, artificiel, peinture chimérique et délicieuse qui met sous nos yeux les débris précieux des vieilles civilisations ; orfèvrerie, mosaïque, les matières les plus rares de l'industrie humaine, il y a de tout dans cette bijouterie philosophique, sauf des aspects directs de la vie. L'art de Gustave Moreau s'est continue en de petites chapelles où n'entrent que de rares inities : ateliers clos pareils à ces monastères où les moines artistes byzantins conservaient tant de richesses héritées des Grecs et de l'Orient qu'ils ne songèrent pas à regarder la nature (fig. 858 à 861).

Les fouilles archéologiques, si fructueuses à la fin du XIX'= siècle, ont renouvelé notre imagination historique et reculé prodigieusement sa portée. A Pompei, la pioche des fouilleurs extrait chaque jour des accessoires pour le peintre. Les découvertes de Schliemann à Mycènes et a Tyrinthe ont modifié l'image traditionnelle du guerrier homérique. Rochegrosse nous

KiG. 840. — PoiNTEi.iN. — Soir dans le Jura. (Musée -i" Luxcmbouri;.) (Cliché Hachette.)

PEINTURE liUlSTOlRE

F10.841. - r.AziN. — En Picardie.

(l'iiché Crevaux.)

a montre une Asie, une Grèce primitive, étranges, effrayantes, avec des armures bizarres et des barbares tatoués. La préhistoire aussi est entrée dans l'art ; Cormon a reconstitue l'existence de l'homme des cavernes et des habitations lacustres, le chasseur d ours, arme du sile.\ taille (fig. 853).

Mais surtout la vision et la manière réalistes se sont imposées aux reconstitutions du passé et parfois même aux figures éillégoriques. Les Davidiens restaient abstraits même en peignant Napoléon et ses soldats ; a leur humanité manquaient la vie physique et la lumière d'un vrai soleil. Aujourd'hui, les personnages de l'histoire sont de chair et d'os. Et même la palette bariolée des orientalistes et des impressionnistes présente parfois sous un aspect nouveau les héros antiques. Léonidas et Romulus ne pourraient plus se montrer sur le Forum ou aux Thermopyles sans exposer leur nudité marmoréenne aux fantaisies du ' pleinairisme ".

Tattegram choisit des paysages expressifs pour y placer son Moyen Age bariolé comme une enluminure. Mais il n'y a pas de peintre qui ait su mieux que Jean- Paul Laurens vivifier l'histoire; chez lui le document n'a pas éteint I imagination, et le réalisme n'est

pas devenu de l'exactitude erudite et plate ; il est un des rares artistes dont les personnages ne soient pas des acteurs en scène ou des amateurs en travesti. Son imagination s'est nourrie du sombre Moyen Age de Michelet :

sa robuste peinture recon- ,. , ,, , , stitue la rudesse du Moyen

l'IG. 842. — HaRPIGMES. — LiiVER DE LfNE. Al • • •

(Miiiét: du Luxembourg.) (Cliché Hachette.) Age, leS CHmeS mérOVin-

FrG. 843. — MEissoNiEn. — 1814.

(Musée du Louvre.) (ClUhê Lecadre.)

giens, la froide cruauté des inquisiteurs, les vendettas ecclésiastiques, la fureur dévastatrice des révolutions et des batailles. De ses compositions, se dégage toujours une émotion, une forte poésie, qui subsiste même dans ses peintures de la vie moderne (fig. 852). Néanmoins la

' peinture d'histoire ", après avoir été en art ce que le poème épique et la tragédie étaient en poésie, a beaucoup perdu de son importance. Les meilleurs élèves de l'Ecole abandonnent ce genre noble " et n'y reviennent que dans le cas de grande composition décorative. Après s'être montré habile dans tous les genres, Aimé Morot se contente d'être un excellent portraitiste ; Machard, Ferrier, Flameng ont fait de même. La plupart des prix de Rome renoncent vite à

l'histoire " pour peindre de riches bourgeois en redingote et des mondaines en robe de bal. Ces beaux portraits, si nombreux aux salons annuels, révèlent que les meilleurs élèves de l'école n'ont pas moins de savoir parce qu'ils renoncent aux efforts d'imagination.

Le paysage, le motif oriental, africain ou asiatique, fut au XIX' siècle un des thèmes chers à nos peintres ; bien des raisons littéraires ou politiques ont développé cette curiosité des choses d'Orient. Le romantisme devait en aimer les couleurs brillantes ; Decamps, Delacroix, Dehodencq, Marilhat ont peint des turbans, les robes et tissus multicolores, les architectures à minarets. les fig. 844. - Meissonier. - La rixe.

ruines majestueuses et les (CoIlccHon du Roi dWuffleterre.) (Cliché Lecadre.)

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