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PORTRAITISTES

coup dépassé les limites ordinaires du genre. Leurs figures ne sont pas celles de modèles mdifferents, clients de passage, mais celles des amis et des familiers a l'existence desquels ils sont mêles. La peinture si souple, si fine de Fantin est aussi sage que ses modèles ; ceux-ci ignorent 1 élégance du costume ou de l'attitude, et le

Fir,. 85i. — ZiEM. —Venise.

iMusée du Luxembourff.) (CJUIic Hachette.)

peintre les juxtapose aussi naïvement que dans les groupes fixés pcJ"

le ne bougeons plus du photographe ; la couleur est comme tamisée par cette honnête poussière qui recouvre les choses enfermées depuis longtemps et auxquelles on ne touche jamais ; cet art a trop de probité pour chercher a plaire ; le pein-

FiG. 852. -J. F i.A, Kl N>. — L i:x..u.M.MUNicATio.N- ^^ et ses modèles ont vécu DK Robert le Pieux. en dehors des transforma-

(Mus^e du Luxembourg.) (Cliché Hachette) tj^ng J^ \^ ^^^^ ^^ J^

ses élégances (fig. 879). Pour rendre son langage plus expressif et fcure plus visible la vie morale. Carrière a effacé les apparences matérielles. La couleur est éteinte, de légères ombres subsistent seules pour modeler des visages rieurs ou douloureux.

Essuyant sur la toile une fine grisaille, la caresse du pinceau

Fig. 853. — Cor.mon. — Caïn.

(Musée du Luxembourg.) (Cliché Hachette.)

suit, élargit, ampliBe des gestes enveloppants, des formes qui se cherchent et s'étreignent. Cette réalité voilée, laissant notre vue presque inoccupée, ouvre le champ à la rêverie ; jamais on n'avait ainsi montre l atmosphère de tendresse ou respirent des êtres qui s'aiment et 1 ame collective qui jette dans un mouvement unique les innombrables corps d'une foule. C'est pour pénétrer la vie psychologique dans son intimité obscure que nos artistes passent a tout instant les limites de leur art, et qu'ils font de la musique sans rythme, de la poésie sans pensée, de la sculpture sans forme et de la peinture sans couleur. L'art s'évanouit pour rejoindre l'insaisissable.

En face du naturalisme qui va toujours vers plus de vérité, il nous faut maintenant placer la peinture qui cherche la beauté. Les grandes entreprises décoratives n'avaient pas manque aux peintres de la Restauration et de la Monarchie de Juillet ; les continuateurs de David, Ingres et ses élèves, ont pu déployer de vastes compositions pour les églises, pour le Louvre ou Versailles. Mais ces peintres n étaient guère décorateurs ; la réforme davidienne s'était faite au nom de la beauté sévère ; en retrouvant la rigidité un peu lourde de la composition, la correction du dessin, l'austérité de la manière, les peintres avaient perdu la gentillesse du style Boucher. Une première difficulté fut d'adapter ces froides peintures a la décoration murale et d'appliquer sur des panneaux ou des plafonds ces figures aux rondeurs pleines et aux membres lisses. De plus, les thèmes pittoresques avaient aussi besoin d'être renouvelés ; l'iconographie chrétienne ne pouvait sortir des églises ; quant au personnel mythologique, il paraissait bien démode, en un temps ou 1 on ne savait plus le traiter avec esprit. Plus d'Évangile et plus d'Olympe; où donc les décorateurs du XIX siècle allaient-ils trouver des motifs et un style, des idées et des formes ?

Les décors de Delacroix reprenaient les traditions vénitienne et

FiG. 854. — Regnault. — Le GÉNÉRAL Prim.

(Miiscc ,1i( I.niivn-) (Cliché Hachelle I

LA PEINTUHL

l-"i(i. 855. — Fro.mkntin. — Chasse au FAtco.s. (Musée Condé, à Chantilly.) (Cliché Hachette)

DECORATIVE

flamande, Véronese et Rubens. 11 encadrait dans l'or des compositions tumultueuses et des couleurs éclatantes ; mais, pour porter ce fastueux décor, il faut les galeries royales du Louvre ou du Luxembourg, et ce style opulent ne pouvait se généraliser.

Bien que Chassériau lui doive beaucoup, c'est plutôt la manière d Ingres qui a prévalu. Ingres égalise

les reliefs sur la surface de la muraille, atténue les couleurs et fixe '

les figures en des attitudes tranquilles ; l'équilibre

des formes s'harmonise

avec la stabilité des lignes

de l'architecture.

A son exemple, Dela-

roche. dans sa peinture

dite de l'hémicycle, à

l'Ecole des Beaux-Arts,

s'est fort appliqué pour

donner de l'ampleur décorative a son style un

peu sage, comme un prosateur conect à qui vient l'ambition d'être

grandiloquent. Sa composition dérive de l'Apothéose d'Homère ; mais les grands hommes de Delaroche sont désœuvrés et inattentifs ; on bavarde avant l'ouverture de la séance; Delaroche. encore une fois, s'est arrête dans l'antichambre ; il n y a pas d âme dans cette assemblée ; il y manque

FiG. 856. — Gi'iLi.Af.MET. — La Segcia. iMusée du Luxembourg.) (Cliché Hachette.)

lui. ^?7. - (îrii I Ai'.MKT. — Laghouat. (Musée du Luxembourg.) (Cliché Hachette.)

FiG. 858. — G. Moreav.

L'Apparition.

(Muscle di/ Luxembourg.)

iCliclh- lljclicttc )

IRANCE

-j l'atmosphère religieuse de quelque bois sacre. Chenavard avait compris qu une grande peinture ne peut contenter un esprit moderne qu en lui proposant un noble sujet de méditation.

Nous ne sommes plus assez ingénus pour nous satisfaire d un spectacle purement féerique, comme ceux que déploie Veronèse. Chenavard voulait donc mettre en peinture autant de philosophie que Flandnn y mettait d'émotion religieuse. Tout homme qui, sous Louis-Philippe, se piquait de réfléchir, aimait à remonter le cours des siècles, pour y retrou- V e r 1 e s causes de la Révolution française. Tout livre d'histoire aurait pu s'appelt r : Origines de la Révolution ". Chenavard a failli mettre ce livre en peinture dans le Panthéon laïcisé de 1 848. Son décor symbolique ne fut pas exécute. Chenavard philosophait trop pour bien peindre. Ses idées n'ont pas toujours trouvé leur expression plastique. Quelques œuvres ont subsisté, où s'agitent de; formes musculeuses et noirâtres ; c'est le personnel de Michel- Ange, vidé de sa force surhumaine ; devant l'art de Chenavard, austère et abstrait comme celui d'Ary Scheffer, on éprouve combien 1 idéologie est insuffisante à faire de l'énergie.

Chasseriau n'a pas eu le temps de remplir sa destinée (1819-1 856). Autant qu'on en peut juger par les peintures sauvées des ruines de la Cour des Comptes, il aurait été un magnifique décorateur ; comme Flandrin, il avait recueill' d'Ingres le secret des nobles attitudes et des belles

l"l(i. 85o. — G. MOREAT

Les l^iooRNES.

(Muféc Ciuslcivc Mori'iiu )

iClkhé lUichetlc I

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