LA PEINTURE DÉCORATIVE
silhouettes, les gestes ronds, les courbes pleines des belles odalisques ; mais la couleur de Delacroix, des souvenirs du Maroc avaient communique un peu de fièvre romantique a ces corps ou Mandrin mettait seulement une paisible sentimentalité. On retrouve même la couleur inquiète, malade, les tonalités éclatantes ou rompues de Delacroix, les touches nerveuses et déchiquetées de son [)inceau tâtonnant (863-866).
Paul Baudry, a lOpera. s'est efforcé d être aussi riche que le cadre a remplir. 11 pouvait sacrifier la pensée bien inutile en pareil lieu. Ses allégories, sur la musique ou la danse n ont pas d'autre utilité que de donner prétexte a des formes magnifiques et a de beaux groupements. L'œuvre qui le révéla mettait en scène une Venus a la Titien, mais vive, spirituelle, éveillée de la voluptueuse somnolence du Vénitien. Ce fut un éclectique d une extrême distinction ; il avait pris a la Renaissance italienne le meilleur de son suc, les formes souples de Michel-Ange, les groupements harmonieux de Raphaël, et. aussi souvent qu'il le pouvait, la coloration légère, argentée, de Veronese. Il ne manqua rien a cet artiste si admirablement cduque que d avoir invente davantage (fig. 864-870). Auprès de lui, Delaunay était aussi un beau peintre, capable de lancer sur un plafond d'élégantes et robustes figures, tumultueuses compositions où la souplesse alerte de Florence se concilie avec les colorations fastueuses de Venise (fig. 868).
La Troisième Republique a demande beaucoup de décorations a ses peintres d'histoire. Alors on vit trop qu'ils perdaient en valeur décorative ce i.-,^.86i. - G, More.m-.- Venise (Aqi.krelle).
qu'ils gagnaient en pré- (Muscc du Luxembourg.) iCliché llachctlci
tidO. — (i. .MOREAU.
Orphée.
(Musée du Luxembourg.)
(Clicliè llachetle.)
cision réaliste. Au Panthéon, a l'Hôtel de X'iile de Paris, au Capitole de Toulouse, les panneaux ne sont trop souvent que de grands tableaux d'histoire. Dans les galeries très richement ornées, ils se tiennent bien, mais si l'architecture est simple, ils apparaissent d'une grande lourdeur. Sur la pierre grise du Panthéon, beaucoup de peintures ressemblent a des tableaux qui attendent leur cadre. Ailleurs un pendentif coupe en triangle une image conçue pour une mise en page carrée ; ou bien les portes, les fenêtres, un pilastre, mordent sur les figures d'une manière intempestive. L architecte, à tout instant, se rappelle au peintre pour le gêner, parce que le peintre n'en a pas assez tenu compte.
Des peintres aussi réalistes que Courbet, comme Gervex, Roll, ont parfois grandi leurs tableaux pour en faire des panneaux décoratifs. Pourquoi non ? Les plus beaux décorateurs, Véronèse ou Rubens, furent de fervents naturalistes ; mais la vérité se conciliait alors avec limagmation ; en peignant de la chair vivante et des vêtements exacts, ils ne cessaient point d inventer de radieuses visions. Les réalistes n ont plus la ressource de ces fictions ; la vérité matérielle est lourde à porter pour un décorateur ; dans les immenses peintures de Roll et dans celles qui ont décore les salles de fête de nos hôtels de ville entre 1880 et 1900, les foules qui s'agitent sont bien celles de la rue, mais l'habileté du peintre ne peut toujours corriger la platitude de ce spectacle.
Roll, pourtant, a réussi de charmants panneaux avec quelques effets de paysagiste auxquels son robuste métier s'est assoupli, une ,.,^ o^, « ■ . ., n-
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