APRES L'IMPRESSIONNISME
FiG. 8o4- — RoLL. — Le Centenaire de 1789.
(Musée de Versailles.) iClichi Hachette )
grégation intellectuelle, comme il s'en est observé à la fin du monde antique.
Cette barbarie affectée ne peut vraiment être féconde qu'en des pays de culture incomplète ; chez nous, elle n'aura été qu'un jeu momentané de décadents.
C'est dans une autre direction qu il faut chercher l'avenir. Au temps des plus vives ensoleillades impressionnistes, on a reconnu un groupe de jeunes peintres aux tonalités sombres de leurs tableaux. Cottet, Simon, Menard, Dauchez, et d'autres a leur suite, abandonnent le plein air pour l'atelier et font à nouveau de la peinture de musée avec des ombres énergiques et des raffinements d'exécution qui ne visent pas seulement la vérité. En effet, ils ne sont point impressionnistes ; ils ne sont pas non plus réalistes à la manière de Courbet ; ils ne copient pas des objets indifférents ; leurs tableaux ne sont pas des études agrandies et poussées, mais des compositions fortement organisées pour exprimer un caractère ; si par leur technique ils rappellent quelquefois Courbet, c'est l'esprit de Millet qui hante leur art. Ils ont éteint le feu d artifice impressionniste, parce que sa fantaisie féerique et changeante empêche de voir la solidité des choses ; une très vive polychromie éblouit le regard et le retient ; cette musique bruyante gène la rêverie ; la couleur sombre, au contraire, nous distrait moins de notre méditation, et nous percevons mieux une pensée dans ce silence. Ils cherchent la physionomie constante sous les variations des saisons et des heures. Ils dépouillent le sol de sa parure de lumière et de verdure ; c'est l'ossature permanente du terrain qu'ils aiment à ré-
FlG. 895. — ROLL.
La NoiRRicE.
(Musée d'Amiens.) (Cliché Hachette )
FiG. Sut'i. - l'issAKRo. — La place nu Théâtre Français.
(Cdllcclion Durandlincl.)
vêler ; ils ont montré une grande prédilection pour la Bretagne, la terre dont les heures du jour et les saisons de 1 année transforment le moins les aspects.
Parmi les innombrables portraits de nos provinces françaises qui viennent chaque année se présenter au Salon, il n'en est pas qui s'imposent à la mémoire avec une physionomie aussi puissante que la Méditerranée de Ménard et surtout la Bretagne de Simon, de Dauchez et de Cottet. Voici cette lande incolore, au relief dur. où l'on croit trouver encore la trace des bouleversements géologiques. Parfois l'Océan d'acier mord et une baie d'eau verte pénètre entre les roches. A mesure qu'on s'avance vers la pointe du Raz, la végétation se raréfie, et le sol apparaît à nu. Les maisons grises, pâles, peintes en blanc, ont les teintes blêmes d'une aube elavée ; c'est deja la couleur de tempête et de pluie. Les Bigoudins aux poses raides, aux costumes noirs, aux faces vermillonnées, mornes dans la joie comme dans le deuil, appartiennent au paysage, comme les lignes de nuages blancs et ardoises qui pèsent sur l'horizon, comme les clôtures de pierres sèches qui dessinent les ondulations du terrain et enferment des champs sans culture. On perçoit chez Dauchez et Ménard un désir de généraliser la physionomie du paysage ; ils le dégagent des particularités contingentes ; ils saisissent dans son ensemble 1 aspect du golfe, du lac, de la forêt ou de la ruine. L'image qu'ils
FiG. 897. — Dagnan-Bouveret.
Les Conscrits.
(l'alai.t Hourbon.) (Cliché llacheltc.)
KiG. 8m8. — Raffaeli.i. — Invités attendant