I.A NOCE
(M usa- du Luxembourg.^ (Cliché llachctU-.)
'■ KESAISSANCE CLASSIQUE
nous offrent n*a pas ce caractère fra£?mentaire, accidentel, episodiquc, d un motif peint d'après nature ; par la pensée, plus que par les yeux, ils l'ont saisi dans son essence.
Souvent un monument antique vient imposer cette idée d'eternite. Ainsi nos classiques du XV'il siècle. Poussin et Lorrain, composaient * des Arcadie et des ports au soleil couchant. Pour "organiser " ces paysages, il ne suffit pas de bien voir et de bien copier, il faut sentir la logique interne qui a donné la forme aux choses ; les paysages composés de Claude Lorrain ou de Joseph Vernet enferment plus d'un contresens géologique ; ces peintres n en commettent plus ; ils savent comment les terrains glissent, comment se brisent les roches, se gonflent les nuages, se dépose le sable ; c'est par son dessin que le peintre définit la personnalité , ^ , d'un rocher ou d'un nuage et révèle l'àme des sites (fig. 912 a 915).
L impressionnisme s'était maintenu à la surface mouvante des choses, aux apparences qui n'intéressent guère l'intelligence ou la sensibilité. Ce fut pour la peinture la période de pure observation qu'ont traversée toutes les formes du travail intellectuel. L'impressionniste collectionnait d'après nature des effets justes, comme l'erudit compile des notions auxquelles il demande seulement l'exactitude. iMais 1 esprit français ne saurait, même
„ o ., ., e" peinture, se resigner longtemps
Fig. 899. — Cl. Monet. . . - . ^., ? *
Portrait dk kem.me. * ^ ^^""^ ^^ "" aPPf eil enregistreur.
(Musée Je iieriin.)(ciuhé Durand Kuci) Il semble aujourd'hui à bien des
Fio.ooo. — Cl. MoNET. — Le Post de Londres. ((."Uccliuii l)iii\uh1Riiel.l (Clichi' ll.iclicllc.l
Signes qu il se ressaisisse et reprenne l'attitude classique : la noblesse de 1 art ne vient-elle pas de ce que la pensée humaine y est partout présente ? Mais ce nouveau classicisme n a pas renie l'héritage romantique et naturaliste ; depuis la contemplation romantique, les choses elles-mêmes sont pénétrées de sentimentalité, et les ressources pittoresques amassées par les naturalistes restent acquises. Tandis que nos classiques n observaient guère que le visage et les attitudes du corps, cette enquête s'est étendue aux règnes inanimés, et c'est jusque dans la physionomie des terrains et du ciel que les peintres vont maintenant découvrir les relations de la matière et de la pensée. Dans ce naturalisme limité, reconnaissons une tradition ancienne chez nous, transmise par Millet, par Puvis de Chavannes ; notre intelligence classique n'absorbe des faits que ce qu elle peut en assimiler sans troubler sa lucidité. Un système, même étriqué, nous satisfait davantage qu'une masse de vérités inorganisées. L'esprit de système habite 1 art et la science ; en quête de vérité et de beauté, il ne se soumet aux choses que pour les dominer.
Des manières pittoresques, passées en revue, aucune n est aujourd'hui absolument périmée ; les représentants des styles successifs voisinent correctement dans les salons annuels. Aussi la difficulté pour définir notre école contemporaine ne vient-elle pas seulement de ce que, vivant au milieu des individus, nous ne pouvons discerner les groupes. Le mot d école n'a plus sa signification ancienne. Il désignait autrefois des familles de
FiG. 901. — MoNET. — La Gare Saint-Lazare (Musée du l.uxcmboiirff.) (ClicM llachctlc.)
ECLECTISME ET INDIVIDUALISME
KiG. go2. — StsLEY. — Effet de neige.
(Ciilleclidn hurand-liuel.) (Cliché llachclic )
peintres apparentés par un même idéal et des pratiques analogues. Amsi, l'Etat ne se concevait pas sans l'uniformité des sentiments religieux et politiques. En brisant cette uniformité, 1 mdividualisme a détruit l'Etat et l'Ecole aux sens anciens de ces mots. C'est une solidarité d'un autre genre qui unit maintenant les hommes d'un groupe et les artistes d'une école. Aucune des espèces successives de la beauté n'a disparu de la cité des arts, et tous les partis qui furent a tour de rôle au pouvoir sont encore représentés. Une tolérance générale atténue les rivalités de ces anciens ennemis ; il n y a plus ni vainqueur ni vaincu ; la complexité de la société repond à celle des styles ; il y a des admirateurs pour tout. L'unite de lEcole française, s il en est une, ne peut plus être cherchée dans une communauté de caractère ; l'éclectisme du goût et la concurrence violente qui accentue les originalités dispersent les talents et les opposent, au lieu de les faire converger vers un même idéal.
Mais entre ces formes d'art si différentes, il existe une sorte de solidarité par contraste et comme une division dans le travail artistique.
C'étaient des nuances fort — ■
délicates par quoi se distinguaient le réalisme d'un Thierry Bouts et 1 idéalisme d un Memling ; le réalisme d'un Filippo Lippi et 1 idéalisme d'un Fra Angelico. Les écarts individuels ne dérangeaient pas, dans son allure générale, la peinture flamande ou florentine.
Quelle divergence, au contraire, entre le natura-
FiG. 9o3. — SisLEY. — Bords de rivière. (Musée du Luxembuiirfr ) (Ctiche Hachettr)
FiG. 904. — Renoir. — Le Déjf.uner iColIcclnm l)iii\iiid-l<uel I
1 lisme brutal d'un Courbet et le monde rêve par un Puvis de Cha- , vannes ! Ils bifurquent, avec une égale décision, de chaque côté de la voie commune. L'art d'une époque repond a des besoins constants ; les caractères extrêmes ne se développent pas sans susciter des antithèses. S'il n'y avait qu'un style, il ne saurait être celui de Degas, ni même de Millet, m de Puvis, m de Rodin. Les féeries de Monet ont rendu opportunes les nocturnes décolorés de Carrière ; 1 extrême habileté des uns fait aimer, par contraste, l'ingénuité de certaines gaucheries ; la sculpture-moulage nous rend chères les outrances expressives de Rodin. Nous trouvons, dispersées en des œuvres violemment contrastées, des qualités dissemblables que les hommes d autrefois aimaient à trouver unies dans une même œuvre. Les énergies de notre art ne se développent plus en un faisceau compact ; elles se ramifient en mille branches divergentes ; mais l'organisme ne serait pas en équilibre si elles ne se déployaient pas autour du tronc central avec une sorte de balancement symétrique. Ce n'est plus la régularité du parc à la française, mais l'organisation plus touffue de la forêt, où chaque pousse tend vers la lumière.
Dans cette lutte confuse, deux forces sont en présence ; de leur opposition résulte l'équilibre, la force de résistance qui est surtout régulatrice et la force de mouvement. L'élément conservateur est représenté par ceux qui craignent avant tout le sacrifice des vertus traditionnelles, le pa-
XJAJLUJ.' ixa
FtG. 906. — Besnard. — Soir de la vie.
MaIKIK DI; l"' AKRO.sniSSE.MKNT.
fClichv llijciwdc.)