LE NATURALISME : DM. OU
1 de Rude ; mais, depuis Rude, la matière
de la sculpture a emprunte a la chair sa chaleur et sa mollesse ; le modèle de Dalou ne montre plus la musculature aux plans nets des héros antiques, mais les gonflements et les saillies mouvantes des figures de Rubens. Dalou est aussi un des artistes qui auront le plus contribué a dégager du costume moderne une plastique expressive. 11 n'eut pas le temps de terminer le
monument aux ouvriers " qu'il méditait ; mais ses nombreuses préparations n'auront pas été vaines.
Depuis la Renaissance, la statuaire a vu dans le corps humain une machine magnifique et inutile ; des divinités idéales posent avec élégance ; elles s'emportent parfois en gestes passionnés pour montrer leur souplesse et leur force ; mais j'amciis elles ne font effort sur un outil. Millet enseigna combien peut être émouvant et majestueux le geste du semeur, du moissonneur, de la porteuse d'eau, ou la marche accroupie des glaneuses.
C'est après le peintre que le sculpteur découvrit a son
FiG. 920. — Ron-.
Le Mariage.
(Clichi Hachette.)
F10.919. — Dame -DupL'is.
La SofRCE.
iCliché Hachette i
tour que rien
n'est plus logique, mieux équilibré et, par suite, d'une harmonie plus solide qu'un terrassier arc-boute sur ses jambes ou un forgeron qui martèle. Dalou est un de ceux qui ont enseigne a nos sculpteurs l'expressive beauté d'un corps qui s'emploie tout entier à réussir un effort utile. De jeunes sculpteurs, comme Henry Bouchard ou Roger Bloche, montrent chaque jour combien peut avoir de vigueur ou de charme senti-
FiG. 921. — Carpeaux.
Le Marquis de La Borde.
(Mii^eedu Louvre.) (Cliché llacluttc.)
mental une statuaire qui fait vivre l'homme de l'usme et l'homme des champs (fig. 938-939).
Dans le dernier quart du XLX siècle, la langue de la sculpture s'est encore enrichie et assouplie.
Les novateurs ont quelquefois déconcerté par leurs audaces ; mais pourtant beaucoup d'entre elles se font peu a peu accepter. Le plus original et le plus puissant de ces sculpteurs a été Rodin ; quantité de jeunes artistes l'ont pris pour guide, et son oeuvre peut servir à caractériser l'évolution la plus récente de la sculpture française. 11 pratique une sorte de lyrisme sculptural, qui heurte quelquefois notre conception des formes objectives. Les fantaisies colorées de l'impressionnisme étonnaient moins, peut-être, parce qu'elles ne paraissaient point en désaccord avec les caprices de la lumière. Mais en sculpture, plus encore qu'en peinture, jamais ne nous
abandonne le sentiment d'une vente objective. Or, bien souvent, Rodin plie audacieusement le modelé aux volontés de son génie ; pas plus que Delacroix en peinture, il n'est un réaliste ; il a prouvé qu'il possédait â fond la science anatomique, mais ce n'est pas sa science qui le dirige ; il ramène à ses conceptions les formes de la vie et sacrifie, sans scrupule, ce que nous appelons l'élégance ou la correction ; les plans qu'il sculpte, les lignes qu'il accentue ne se verraient pas dans une photographie ou dans un moulage. Souvent même, les corps restent inachevés, à peine dégagés de la matière, parce qu'il a jugé suffisantes pour son idée
Fig. 922. — CARPEArx. — La Danse
(l-'açade de l'Opéra.)
(Cliché llachctlc.)
Fil". 'I • IM'KAIX K r I- BFMIET
La hOMAI.NK IJK L OBSERVATOIRr
A Paris.
K'Aiché Hachette.)