PEINTURES ROMANES
lignes sonl tourmentées, les attitudes violentes, les cor|)s entortilles, c'est qu'une énergie violente secoue ces mannequins somnolents et brise leurs membres engourdis. Le monument le plus im[)ortant de la peinture romane est à Samt-Savin, près de Poitiers.
Sur une voûte en plein cintre se développent des épisodes de la Genèse, vastes compositions aux couleurs pâles où dominent le vert, l'ocre jaune et l'ocre rouge. L'œuvre montre trop de vivacité d'exécution pour être un simple décalque. Auprès de Saint-Savm, a Montmorillon, a Poitiers, a Montoire (Loir-et-Cher), au Liget (Indreet-Loire), des débris de fresques semblent prouver que celte région aux églises si fleuries de sculpture fut aussi la plus féconde en œuvres peintes. Mais cette décoration murale va se transposer en vitrail ; les verrières reprendront toutes ces compositions pittoresques que les murailles romanes n ont pas pu conserver. Quelquesunes n appartiennent pas au cycle ordinaire de la peinture chrétienne.
A Saint-Julien de Brioude, un Enfer achevé de s effacer, imagine et peint par des hommes qui ne copiaient pas les compositions byzantines ; un Diable monstrueux se débat dans les flammes au milieu de petites formes apeurées : vision barbare et désordonnée qui n a rien des compositions hiératiques et théâtrales de 1 art d Orient ; elle fut sans doute familière a l'iiiiagination romane et rappelle le cauchemar de ces moines qui se sentaient sous la griffe de Satan (fig. 42, 43, 47, 48).
I I . j ^... ■• I FiG. 60. — Jésus donnant
La sculpture du XII' siècle, comme ,t.„„»,,oc.«, .. s •
y \ ■ , LEUR MISSION AUX APOTRES.
l architecture du même temps, pré- Iympan de l'église de Vézelay.
FiG. Oi. — Dieu apparaissant a la fin
DU MONDt. Ty.MPAN DU PORTAIL DE SaINT-PiERRE
DE AloissAC. (Clichc Ilachclle.)
sente cette originalité d'être a la fois un art très vieux et très jeune, un art de primitifs qui luttent contre une matière encore rebelle, un art de décadence ou surviven» des formes vieillies et des liabiti\des surannées. Elle combine une rudesse étrange avec des subtilités précieuses. Elle est gauche et contournée parce que les sculpteurs du Xli' siècle n'ont fait, le
plus souvent, que transposer en relief ce que les artistes byzantins avaient imagine en peintres.
La statuaire antique, art païen, avait complètement disparu avec le culte, dont elle était un accessoire. La statuaire met sur pied des êtres concrets ; elle est l'art de l'idolatrie ; la peinture n'est qu'une illusion et se prête moins à la confusion entre la divinité et et son image. Pourtant, dans quelques pays, les plus pénétrés par la civilisation antique, la statuaire n'avait pas disparu tout a fait. Au commencement du XI siècle, Bernard, ecolatre de Chartres, faisant pour la troisième fois le pèlerinage de Conques, avait rencontre en Auvergne quelques statues reliquaires que l'on y vénérait. Une telle survivance des habitudes païennes le scandalise ; il rit de ces hommes qui supplient une chose muette et dénuée de sentiment : rem mutam inscnsatamque ". Pour le faire revenir de son imjiression première et rassurer ses scrupules, il faut les miracles de la petite statue de Sainte-F" oy ; avec
les hommes de sa religion
„, i„ . 1 • l'io. ()2. — Le Jugement dernier. Iympan
et de son temps, i estime
... ' DU portail de L EGLISE DE CONQUES.
sacnleges-et absurdes les (cucIh^ iiaciwiie.) 3o
ORIGISES