LE STYLE GOTHIQUE
tenant est achevé ; ici encore l'architecte a dégagé du mur. solide par sa masse seulement, des membres élastiques et vigoureux ; il a libère les forces utiles de tout le poids mort qui alourdit la construction romane. Cette évolution logique aboutit a tout un ensemble de formes décoratives, le style gothique. Ces formes, a l'origine, dessinaient les forces dont l'équilibre fait la stabilité de l'édifice ; a l'intérieur, i ascension vertigineuse des piliers qui montent a 30, 40 et 50 mètres, pour "ouvrir la nef de leurs nervures epalouies ; a l'extérieur, la chute oblique des arcs-boutants sur les contreforts, cascades de pierre qui transmettent au sol la poussée de la voûte. Comme le temple grec, ce style résulte d'une ingénieuse adaptation de la pierre aux exigences de la mécanique. Mais, tandis FiG.QJ. — La Sainte-Chapelle. i • ^ ^ i r i (Cliché iiachcne.) ^"^ '^^ anciens avaient établi une relation constante entre la hauteur et la largeur de leurs édifices, l'architecture gothique était trop complexe pour se fixer en des ordres ".
Les dimensions ne sont pas solidaires. Dans le temple grec, la base d'une colonne permet de déduire les dimensions de tout l'edifîce ; le pilier gothique s'élance a des hauteurs que l'on ne peut prévoir ; tant d'autres éléments contribuent a la stabilité de l'édifice ! La largeur de la nef, l'ecartement des contreforts, leur épaisseur, l'inclinaison des arcsboutants, la hauteur des bas-cotés, leur largeur. Tout en suivant les mêmes principes, les architectes gohiques ont donné à chaque cathédrale une physionomie individuelle.
C'est, semble-t-il. en Ile-de- France, au nord de Paris, que l'on
FiG. 95. — Portail nord de Notre-
D.A.ME DE Paris par Jean de ChelleS.
Kio. 96. — Façade de la catiié DRALE DE Reims.
(Cliché Trompette.)
construisit les premières voûtes à croisées d'ogives. Des la première moitié du \ll siècle, dans la vallée de 1 Oise, et peut-être en Normandie, des architectes comprirent les avantages du procède nouveau ; répandu au loin, il conservera son nom d'origine, le travail à la française : opus francigcnum. 11 le portait encore au moment de disparaître, quand Philibert Delorme travaillait a le remplacer. Les premières tentatives gothiques datent donc du plein épanouissement roman. Tandis que les gens du Midi, pour soutenir les voûtes, construisaient des murs massifs, dans le Nord, il fallut réserver de larges fenêtres pour éclairer la nef ; et, le mur n'étant plus assez résistant, on se contenta d'une couverture en charpentes en attendant l'invention d'un appareil plus ingénieux. 11 n'est pas facile de retrouver les essais du style nouveau ; les constructeurs, quand ils furent maîtres de leurs procèdes, remplacèrent par des œuvres achevées les œuvres où l'on aurait pu suivre
leurs tâtonnements. Mais souvent, une voûte à croisées d'ogives couvre un bâtiment de physionomie romane ; elle se rattache gauchement a la muraille, au lieu de retomber nettement sur un arc formeret. Les fenêtres conservent le plein cintre, et le contrefort ne se sépare pas encore de la muraille pour prendre un point d'appui plus écarté et recevoir la poussée par l'intermédiaire d un arc-boutant.
La nouvelle voûte était certainement connue depuis des années et les architectes en usaient, au moins timidement, quand une
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