FIN DU XV» SIÈCLE
(Cliché llachetle.)
FiG. 112. — Façade
continuent sur les flancs de l'édifice ; les contreforts surmontes de pinacles se creusent pour donner asile a des statues. Les combles sont entourés d'une élégante galerie, gracieux diadème de la cathédrale ou l'on couronnait les rois. Reims, partout, dissimule le travail de force sous l'opulence de sa décoration.
Les feuillages de pierre frissonnent aux chapiteaux ; le décor est tout prêt pour les fêtes de la monarchie.
Notre-Dame d'Amiens, construite par Robert de Luzarches, ne fut achevée qu'en 1269. Nulle nef au monde ne révèle un architecte plus sûr de ses moyens, plus "•= • ^ catmki.hai.e de Coûtantes. habile a calculer son audace. Ici,
rien ne rappelle plus que l'édifice pèse ; les murs sont évidés et les piliers qui portent la voûte s'allongent pour monter ; ils se subdivisent en faisceaux, et la nervure qui correspond aux doubleaux de la voûte file sans un arrêt, d'un seul élan, jusqu'à la clé ; les collatéraux, très élevés, semblent élargir démesu- "ément la nef ; entre les deux, sur le vaisseau central, cette masse énorme qu'est une voûte paraît subtilisée par la distance, comme une couverture légère, une voile tendue, appliquée sur les arceaux et gonflée par un souffle continu venu d'en bas. Dans cette nef lumineuse, aux parois dilatées, l'âme s'exalte et s'amplifie. Pour soutenir cet immense vaisseau, il a fallu le flanquer de contreforts prodigieux et qui se haussent hardiment. Mais, pour la façade, l'élan a manqué. On la dirait appesantie par la décoration de ses
FiG. Ii3. — Sai i.i; nr.s ciiivaiikus
au .monastère du Mont-Saint-Miciiei
(Cliclu' Ilaclutle.)
CATHEDRALES D'.f .V//£jVS. DE BEAUVAIS
trois portails ; les tours atteignent a peine au niveau des combles ; la matuTc a fait défaut pour continuer l'ascension ; le monstre n a pas eu assez de force pour dresser la tête (fig. 98-99).
Les gens de Beauvais voulurent élever une église plus vertigineuse encore ; en 1272, ils avaient achevé le chœur ; il s'écroula et l'église ne put jamais être terminée. Le chœur refait attend encore sa nef. il est tellement etire en hauteur qu'il fallut, pour le maintenir, doubler les piliers de support. Lt pourtant l'architecte avait accumule les appuis extérieurs ; au dehors l'abside parait toute mince et comme perdue dans la multitude des longs bras que les gigantesques contreforts jettent sur elle (tig. 102-103). Ces architectes téméraires se rendirent compte qu'une construction de pierre n'est pas un édifice abstrait ; a mesure que l'organisme se fait plus complexe, son équilibre dépend d'éléments plus Fu;. 114. — Abside de la cathédrale nombreux ; les calculs les plus exacts risquent d'être compromis par les défaillances de la matière. Il y a dans l'architecture gothique une àme aventureuse ; bien des villes recommenceront la tentative de Beauvais ; des réussites stupéfiantes firent croire parfois que le
constructeur avait signé un pacte avec le diable et vendu son âme pour suspendre une voûte ou planter une flèche.
La Normandie a construit des cathédrales où, sur la croisée de transept, continue à s'élever hardiment une tour-lanterne ; à cet usage est dû la silhouette originale des églises normandes ; cette
DE BaY'ELX.
iCAiché Xenrdein.)
FiG. ii5. — CoLR Di; CLOÎTRE or .Mo.NT-
Saint-Michel.
(Cliché Xeurdein.)
KiG. 1 16. — Cathédrale