‹ FranceChapitre 55 sur 244 · LES VITRAUX · texte numérisé non relu

LES VITRAUX

Fio. i3i. — La résurrection de la Vieroe; portail gauche

DE LA FAÇABE OCCIDENTALE DE NotRE-DaME-DE-PaRIS.

(ClUhi Hachette.)

contours. Les motifs forment de petits médaillons qui se superposent de manière a garnir la verrière. Une armature de fer mamtient la solidité de l'ensemble. Ce furent d'abord des tiges rigides de métal barrant brutalement la mosaïque de leur grillage entrecroisé ; mais, à Saint-Denis et a Chartres déjà, cette monture s'assouplit aux exigences de la décoration ; elle encadre et isole les médaillons, et la disposition générale de la la verrière y gagne beaucoup en clarté.

Les figures de vitrail fixent un moment du dessin médiéval : celui des peintures romanobyzantines et des miniatures bénédictines ; un dessin filamenteux qui cerne brutalement les figures, les enveloppe de draperies collantes aux plis entortillés. La monture de plomb durcit encore les traits. Mais cette dureté n'est pas inutile ; elle empêche les formes de se dissoudre dans l'eblouissement de cette peinture de lumière. Les petites figures humbles, aux attitudes traditionnelles, conservent leur personnalité bien délimitée parmi ces bleu, rouge et or, qui etincellent comme le ciel, la flamme el le soleil.

A mesure qu'on s'avance dans le Xl\' siècle, le caractère décoratif du vitrail s'atténue, tandis qu'augmente le réalisme de cette peinture. Les formes prennent plus d'aisance et de va-

FiG. i32. — Saint Théodore: porche

méridional

nr la cathédrale

de Chartres.

FiG. i33. — Nativité ; fragment du jubù

DÉTRUIT DE LA CATHÉDRALE DE ClIARTRES.

(Cliché llaclictte.)

riélé, et les figures, dessinées moins durement, sont habillées de draperies plus sou|)les. Les couleurs franches des premiers vitraux font place a des teintes rompues ; on voit apparaître des colorations plus neutres et même la grisaille. Au cours du Xlir siècle déjà, les peintres verriers avaient quelque peu appauvri les riches effets des premiers vitraux. A la fin du Moyen Age, la peinture sur verre sacrifiait l'éclat à une exactitude impossible ; a vouloir imiter les effets de la peinture réaliste, elle perdit sa beauté originale et sa raison d'être ; des lors, il devenait plus avantageux de placer aux fenêtres des vitres incolores pour mieux éclairer de vrais tableaux. C'est au commencement du XI 11 siècle que l'art du vitrail avait atteint son point de perfection, dans les ateliers de Saint-Denis, où Sugerfit exécuter ceux de la basilique ; dans ceux de Chartres, d'où sortirent les innombrables verrières de la cathédrale et d'autres Eglises de l'Ouest ; enfin dans ceux de Pans, la ville où se centralisaient alors toutes les industries de l'art gothique. Les vitraux de cette époque produisent un éblouissement plein de douceur, que les enlumineurs tâchèrent de faire passer dans leurs miniatures ; une contemplation de quelques secondes devant les grandes figures des fenêtres hautes ou les petits tableaux des chapelles basses leur donnait comme une suggestion de l'existence céleste. La Sainte-Chapelle de Saint Louis est pareille 0(^

. l'i^. — Ai'ùrREs; portail central

DE LA CATHÉDRALE d'AmIE.NS.

(ClUliii ILwhctle.)

FiG. i35. — Apôtres ; ty.mpan

du portaii, mkridionai-

de i.a catiikdrai.e

d'A.mit.ns.

(Cliché IliUltclte.)

— - ORIGINi:s Di: LA SCULPTURE GOTHIQUE -

à une cristallisation de pierres précieuses ; les verrières gothiques ont oblige la pauvre lumière du Nord a réaliser des visions merveilleuses.

L'architecture gothique est née lorsque les constructeurs se sont dégagés des formes traditionnelles pour accepter sans restriction celles qu'indiquait la mécaniqne ; un affranchissement analogue libéra la sculpture.

Les moines du XII siècle n'usaient que d'une sculpture incomplète ; ils donnaient simplement quelque relief aux formes de la peinture des bénédictins. Même remuées par un pathétique violent, leurs figures restent engourdies ; elles souffrent d'avoir trop longtemps subi le décalque byzantin et se brisent gauchement, écrasées sur un champ plat. Un autre art, une vraie sculpture, saine et pour ainsi dire normale, commença de se former au milieu du Xll' siècle.

Tandis que la sculpture composite de Bourgogne et du Languedoc agite des formes tourmentées, cet art vraiment jeune met sur pied des figures simples, d'attitude rigide ; la sculpture, avant d'atteindre a l'aisance et la vie, doit d'abord, comme la statuaire antique, traverser la phase hiératique, la phase de la frontalilc. Mais ces figures inactives jouissent d'organismes complets ; ils ont un corps plein, dégagé de la masse.

Il n'est pas possible de suivre d'œuvre en œuvre ce travail qui anime j)eu a peu la pierre ; il faut renoncer à designer trop précisément des dates ou des provinces; c'est vers le milieu du .Xll siècle et dans une région indéterminée où il faut placer Bourges, Chartres,

FiG. i36. — Apôtres; portail central

DE LA cathédrale d'A.MIENS.

(Cliché Hachette.)

Fio. 137. — Mars et Avril,

1 Al.Ani-; OCCIDENTALE DE LA CATHÉDRALE

r) Amikns.

(Cliché Hachette)

Saint-Denis, qu'il semble raisonnable de situer cette résurrection de la sculpture. Lorsque les tailleurs d'images sentirent le charme des formes de la vie, l'antique préjuge contre la statuaire ne put y résister ; le christianisme toléra une sorte d'idolâtrie atténuée, et c'est ainsi qu il fut donné à cette religion de retrouver ce que le paganisme grec avait une première fois découvert, dix-huit siècles auparavant. Les gothiques eurent raison de ne pas craindre ces formes neuves ; tandis que celles des monastères romans se rattachaient a l'art antique, dont elles ne sont bien souvent que des déformations, les figures de Chartres sont dégagées de lointaines hérédités ; elles sont nées chrétiennes et autochtones.

Ce temps de genèse a laissé plus d'une œuvre remarquable. A Bourges, au Mans, de longues et rigides figures s'abritent dans l'édifice gothique j^osteneur. Il y en avait a Saint-Denis ; deux statues de Corbeil (lig. 121) subsistent aussi de ces années qui virent des figures se dégager du bloc inerte, tandis qu en Provence, a Saint- Trophime d'Arles, comme à Saint-Gilles, les apôtres restaient encore empâtes sur les façades romanes. Mais c'est à Chartres qu'il faut se placer pour suivre l'éclosion de la statuaire vivante. Une extraordinaire population de pierre sort ici des murailles et des piliers ; statues décoratives sans doute, mais qui ont une existence indépendante et ne sont plus seulement des ornements d'architecture.

Ici se peut étudier plus d'un siècle de sculpture ; de très anciennes statues semblent n'être que des pierres tombales légèrement bombées. D'autres, du milieu du Xiii' siècle, montrent des corps assouplis et des formes savantes. Les

FiG. i38. — La ViEur.E

DITE DE la SaINTE- CllAPEl.l.E.

Ivoire français.

Commencement

nV XIVi- SIÈCLE.

iCIU-hé Uachctte.t

FiG. iSg. — Jésus ArPARAÎr aux Saintes

Femmes; Jésus et la Madeleine.

Hauts-reliefs de la clôture du chœur

DE Notre-Damk-de-Paris.

(Clkhc Hachette.)

Page 1