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LES FIGURES D'AMIENS, DE REIMS

Fia. 162. — Le Jugement dernier (fragment). Portail de la cathédrale

DE Bourges.

(Cliché Seurdein.f

des formes avec aisance, mais en ne donnant pourtant de la réalité qu'une image idéale ; les visages sont dune beauté uniformément sereine, les draperies taillées par plans d'une grande régulante géométrique. Les Apôtres d yXmiens sont bien du même style simple, sans insistance; les gestes sont naturels, paisibles; les toges tombent en plis nets, un peu cassés, sans excès de souplesse ; les visages sont vifs, intelligents, sans montrer l'individualité de portraits. Cette élégance n est pas d un art très fouille ; les figures, dans lesquelles pourtant il ne reste rien de l'ancienne raideur hiératique, se tiennent en des attitudes un peu monotones ; sous les g-'ands porches gothiques, elles sont merveilleusement ornementales.

A Reims, au contraire, la sobriété un peu abstraite de Paris et d'Amiens fait place a une vie variée et même disparate ; les sculpteurs ne se sont pas astreints à 1 unité du style ; ils se sont abandonnes a leur verve ; les physionomies sont plus expressives, comme les attitudes, et les draperies sont plus souples. Beaucoup de figures ont même des types individuels ; quelques tètes maigres, osseuses, énergiques, ont le visage tendu par l'expression morale, sur des corps alertes, aux gestes vifs. Certains visages sont animes, spirituels comme Fig. i63. — Calice

si la pierre, plus subtile, retenait ^^ Saint-Rémy.

r . • j I n j 1 • Trésor de la cathédrale

sans I éteindre la Hamme de la vie. „

„, ,. DU Reims.

v^ est la que de grands anges d allure icuciic .\ei,,jein.)

féminine s'inclinent gentiment, avec un visage malicieux. C'est la aussi que, parmi les figures aiguës de la plastique médiévale, apparaît ce groupe surprenant de la Visitation, qui fait revivre les rondeurs opulentes de la statuaire antique et le frémissement de ses ; draperies mouillées ; de beaux corps de femmes robustes et flexibles sont enveloppes de robes abondantes, au tissu fin, aux plis menus. Ces créatures ne sont pas de race gothique ; on les devine apparentées a ces idoles que l'art antique avait taillées dans le marbre pour satisfaire son culte de la beauté physique et de la santé morale. , Ce dialogue paisible entre deux figures majestueuses fait penser à | l'entretien de deux Vestales. j

Une telle variété de types et de style montre combien peu la statuaire gothique se laissa enfermer en des formules comme celles qui, depuis des siècles, avaient engourdi la peinture. Les sculpteurs gothiques ne furent pas tous habiles, mais ils étaient tous emportés par une verve inconnue avant eux. Elle s'empara de nos artistes,

lorsque, au commencement du Xlir siècle, pour la première fois, les arts plastiques reprirent contact avec la vie.

L'évolution des formes ornementales en dit plus sur les prédilections intimes de notre goût que celle de l'architecture ou des arts figures. Rien ne caractérise le style d'une époque autant que sa grammaire ornementale, ces formes qui naissent tout naturellement sous la main des artistes lorsqu'elle n'est guidée par aucune raison d'utilité ou d imitation. A la même époque qui vit les architectes poser leur voûte sur des arceaux entre-croisés, les sculpteurs changèrent l'aspect des chapiteaux qui portaient ces nervures. L'ornementation romane était un mélange extrêmement complexe de motifs anciens ou exotiques : le sculpteur combine, complique plus qu'il n'invente ; vers la fin du XII' siècle, les décorateurs tendent a éliminer l'entrelacs barbare.

l'"iG. 164. — Cathédrale de Reims.

Chapiteau d un pilier i>k i.a chapelle

DE la ^'lER<jE.

(Cliché SeiirJein )

LA SCULPTURE ORNEMESTALE

FiG. i65. — Cathédrale de Reims.

Chapiteau d un pilier sud de la nef.

(dliché Seurdviit.)

les arabesques et tous les restes de Kart antique, volutes ou feuilles d'acanthe. 1 andis que les statuaires retrouvaient les formes vivantesdu corps humain, les ornemanistes empruntent a la vie végétale les bourgeons qui se gonflent et éclatent, les feuilles qui s'épanouissent, les pétales qui s'ouvrent ou se ferment. Apres les chapiteaux romans aux dessins nets, aux arêtes sèches, d'un art minutieux et difficile — celui de l'ivoirier ou du ciseleur — les premiers chapi'eaux gothiques, remplis d'une robuste sève, s'enveloppent des feuilles élargies de 1 arum ou du nénuphar, de pétales dont le galbe gras conserve à la corbeille sa solidité pleine. A mesure que le style gothique se faisait plus souple, les sculpteurs s'eprirent de végétations moins simples ; ils détaillèrent les feuilles du persil ou du chêne et, tout en conservant lordonnance régulière, ils surent imiter le desordre touffu d'un feuillage. La cathédrale de Reims n'abrite pas seulement les plus vivantes figures de la statuaire gothique ; sur cette robuste architecture, aux chapiteaux des piliers, les feuillages du lierre ou de la vigne s'accrochent, s'enchevêtrent, si nerveux et si fins qu ils semblent frissonner. Combien l'ornementation romane, avec toute sa richesse, parait aride auprès d'une telle fraîcheur ! Plus tard, a la fin du Xiv siècle, les derniers gothiques fouilleront les formes aiguës, recroquevillées, du chou frisé, de la chicorée et du chardon ; sur les arêtes de pierre, comme sur les pages des manuscrits, poussent des végétations déchiquetées. Ainsi que l'architecture, la flore gothique se fait gracile et tourmentée.

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FiG. uiô. — Remparts d'Aigues-Mortes.

(Cliché Xeurdein.)

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