LE ROI, LES GRANDS FÉODAUX. LE PAPE
la face empâtée le grand nez
matois et l'air finaud. Et voici maintenant les frères de Charles V, Louis d'Orléans, le constructeur de Pierrefonds (fig. 1 76) et de La Ferté-Milon ; le duc de Berry, qui ne fut si rapace que pour se donner des jouissances délicates ; nous connaissons bien sa face joufflue, camuse, rougeaude ; dans sa vieillesse, emmitouflé de fourrure, il aimait a feuilleter ses livres d'heures pour y revoir les merveilleux châteaux qu il avait fait élever par ses
architectes et portraire par ses enlumineurs. Les ducs de Bourgogne enfin : Philippe le Hardi, Jean ^^B|| sans Peur, pour qui leurs succes-
k» HBL seurs ont fait édifier d'admirables
^„^^iji§^fWB— f^^t!?!^^ ' tombeaux ; Philippe le Bon surtout ^^^^H9H|^HHÉj^ et Charles le Téméraire, qui fu- ^^^^^^^^^^^^^^^M puissants riches
^^^^^^^^^^^^^^H la chance de ces Flan-
^^^^^^^^^^^^^^H I dres dont employaient les plus ^IHJ^BIJjJIBHIB I habiles artistes, Claus Sluter, Jean
Van Eyck, Rogier van der Weyden.
Au Sud, les papes avaient aménagé Avignon en ville de luxe et de plaisir ; sur la colline encerclée de remparts, ils se firent construire un palais fortifie (fig. 1 74) que vinrent décorer des fresquistes a la siennoise ; c'est appelée par eux que la peinture italienne franchit les Alpes ; elle laissa quelques décorations en des monastères de Savoie ; elle pénétra profondément, jusqu'à Toulouse, où des artistes italiens ont peint l'église des Jacobins. Avignon conservera longtemps sa vitalité artistique ; située sur la route d'Italie, cette ville semble déjà une ville italienne ; riche d'églises et d'œuvres d art, pour les hommes du Nord, elle est au seuil du pays où les reliques du passé donnent toujours une émotion de beauté. Mais si, en Provence, le Xiv siècle fut surtout italien, le siècle suivant
— Donjon du Château
DK COUCY.
(Clichc Hachette.)
171 ■ — Remparts de Dinan.
/(7/c7it' IlachctIeJ
fut plutôt néerlandais ; ( Vlail alors, pour 1 art des grandes villes flamandes, une période d'expansion intense. A Aix, vécut le bon roi René, qui aimait tant la peinture que la tradition en a fait un peintre ; il a, au moins, appelé de très loin les bons praticiens qu'il avait pu connaître durant un séjour forcé aux Pays-Bas ; il leur servit plusieurs fois de modèle ; sur les volets oes triptyques, ses peintres ont montré sa grosse caboche mal équarrie, au goitre ballant, et la face mince de sa femme. Bien des hommes du Nord vinrent alors jusqu'à Aix, apportant sous le soleil de Provence leurs personnages secs de forme et somptueusement vêtus. Vers la fin du X\" siècle, a Moulins, la modeste cour du duc de Bourbon avait aussi attire des peintres, qui surent portraire la famille du duc et les ondulations verdoyantes de la campagne bourbonnaise.
Pourtant, au cours du xv siècle, les riches protecteurs dont l'art avait alors besoin commencèrent a manquer. Charles Vil et Louis XI eurent trop a faire ; ils avaient la France a remettre en état ; leurs successeurs seulement purent songer à lembellir. La haute féodalité allait se ruinant ; tandis que Louis d Orléans avait bâti le Château de La Ferle- Milon et de Pierrefonds, son fils Charles
d'Orléans, le vaincu d A- "] zincourt. végétait a Blois ; le duc d'Anjou perdait successivement chacun de ses Etats ; la cour de Bourgogne disparaissait avec le Téméraire.
En revanche, une bourgeoisie enrichie remplac^ait la féodalité déchue. Jouvenel des Ursins, un pré- Fio. 172. — Lf. Château d'Alenço.n. lat ami de Charles VII,
. i;ji. — Ke.mparis DK N'iLLEN EU vE-i.Ks- Avignon.
(Cliché llachelU'l
I/ARCHITECTURF. FÉODALE
Etienne Chevalier, ont posé devant Fouquet.
Jacques Cœur, argentier de Charles VII, fit édifier à Bourges un hôtel qui est une des plus gracieuses architectures du xv-^ siècle (fig. 192). A peu près à la même époque, Ihospice deBeaune (fig. 186) s'élevait par les ordres de Nicolas Rolin, chancelier du duc de Bourgogne, pour qui peignirent Jean Van Eyck et Rogier Van der Weyden. La bourgeoisie va suppléer de plus en plus à la noblesse, que ruine le luxe des villes.
La civilisation féodale n'a vraiment trouve qu au .XIV' siècle son épanouissement artistique ; son architecture date de ce temps. Auparavant, le château n'est qu'une forteresse, des murs solides continuant la pente abrupte, défiant l'escalade par leur hauteur et, par leur épaisseur, le choc des projectiles. Au temps ou les communes dirigées par les évéques élevaient leurs savantes cathédrales, les châteaux forts, comme celui de Château-Gaillard (fig. 167), que Richard Cœur de Lion batit, pour fermer la Seine au roi de France, n'étaient guère qu'un obstacle brutal de maçonnerie. Sur une éminence. une enceinte de murs qui longent la crête du plateau ; aux angles, des tours et le donjon. Ce donjon, qui domine symboliquement la contrée, est, dans ce rempart étroit, la seule partie
habitée. A l'époque romane, il est généralement quadrangulaire, circulaire au Xlir siècle. A Coucy, dans la première moitié du XII 1 siècle, le donjon (fig. 1 69- 1 70) se dresse a 55 mètres et les murs, au rez-de-chaussee, ont 10 mètres d'épaisseur. Viollet-Le-Duc fait remarquer que, dans ce château, tout est dune échelle plus
— 1-E CHATi:.\U DES PATES A .\VIGN0N.
(Cliché Hachette.)
FiG. 175. — Donjon
ni- Château de Langeais.
(Cliché SeurdeinJ
FRAXCi:
- grande que nature ; les allèges des créneaux, les marches d'escalier, les bancs, les appuis semblent avoir été construits pour des colosses ; ici l'on prend une j idée de ce que fut la puissance féodale ; dans son donjon, le sire de Coucy pouvait défier le monde.
Cette forteresse est imprenable ; mais, de sa masse, elle étouffe ceux qu'elle protège ; au .\1\ siècle, le donjon parut une demeure bien incommode ; a l'intérieur de l'enceinte, des maisons furent adossées aux murailles, et les courtines se surélevèrent pour les protéger. L'édifice va se perfectionnant ; a l'extérieur, il présente une face hostile, des murailles pleines, fendues seulement d étroites meurtrières. Mais cette robuste carapace enferme maintenant un hôtel. Sur la cour, des façades gracieuses, ouvertes de larges fenêtres, ornées de galeries, sont surmontées de combles élevés que l'on voit de loin, par-dessus les courtines ; l'architecte peut y faire jouer la décoration gothique parmi les lucarnes et les cheminées.
Pour le châtelain emprisonné dans son château, l'agrément principal était sans doute une promenade sur le chemin de ronde, au haut des courtines et des tours ; par les meurtrières, il entrevoyait, bien loin, en bas, la plaine, la forêt, le village ; tout en conservant le sentiment de sa sécurité et de sa puissance, il goûtait par avance le plaisir des libres chevauchées a travers champ. Le château de Pierrefonds (fig. 1 76), construit au commencement du XV' siècle et remis a neuf par Viollet-
^^'iP"^ I .,"'*'"Î''^ ^'l^.'' I-... .76. - CHATEAt: DE PlERREL ON»S.
quelle habileté les archi- (Ciiciié Seurdeinj
(jû