LE CHATEAU FORT
FiG. 177. — Pi DE Carcassonne.
(Cliché Hachette. I
tectes surent Installer un palais dans une forteresse. Dire combien s'est perfectionnée la valeur offensive et défensive du vieux château est impossible en quelques mots. Il faut retenir au moins les principales inventions, celles qui resteront, a peme transformées, dans les châteaux postérieurs au régime féodal. Le mur n'est plus seulement un obetacle ; à son sommet, il abrite les défenseurs derrière des créneaux ; d'abord les hourds en bois, puis les mâchicoulis en pierre appuyés sur des consoles leur permettent d'écraser de projectiles l'assaillant, sans se montrer à lui.
Ces murs et ces tours annoncent le château de la Renaissance. Ici, comme dans l'architecture religieuse, l'utilite guide l'invention et un organisme se constitue, harmonieux et logique, dont les formes subsisteront même quand la forteresse féodale n'aura plus sa raison d'être ; un style décoratif est sorti du château fort, de ses tours, de ses créneaux et de ses mâchicoulis, comme l'ornementation gothique s'est développée sur le thème initial de la croisée d'ogive portée par des arceaux et des pihers. De ces constructions, il ne reste guère
maintenant que des tours éventrées et des murs croulants, rongés par les végétations ; cette ingénieuse architecture reprend peu à peu l'aspect du roc d'où on l'a tirée.
Que de collines bretonnes, limousines, péngourdines provençales ou auvergnates, s'achèvent ainsi par la silhouette encore al-
FiG. 178. - Remparts de Carcassonne. t'e^'e ^^ forteresses de-
(CHché Hachette.) mantciées ! On com-
Fui. 179. — Remparts d'Avignon.
(Clhltc ll.ichctlc.)
I)rend là combien la féodalité et ses châteaux furent les produits naturels du sol. Dans le Lotet-Garonne, au château i de Bonaguil. construit au milieu du XV' siècle, l'architecte s'est préoccupe de résister a l'artillerie et de l'utiliser ; il a étendu au large les défenses extérieures et, dans les parties
— l'O.M \.\LI NTKK. A (..AllOKS.
(Clk'hi Settrdein.)
basses des tours, ménagé une place pour les bouches à feu. Pourtant ces orgueilleuses tours, ce donjon aigu sur la roche escarpée, ne sont un obstacle insurmontable que pour l'escalade. La poudre fera éclater bientôt cette maçonnerie sèche. Tous ces châteaux ont souffert d'avoir tenu de trop près a une forme de société qui ne devait pas durer ; ils furent pendant longtemps canonnés par l'artillerie royale, et, au temps de Richelieu et de Mazarin, méthodiquement détruits, après la dernière et définitive victoire de la monarchie. L'architecture féodale, pour subsister, a dû se transformer ; le château s'est débarrassé de ses organes de défense devenus inutiles ; le riant palais
Renaissance est sorti de sa carapace lorsque la volonté du roi fut assez puissante pour exiger qu en France personne n'habitai plus, désormais, une forteresse.
Les communes, après
„ ^ ,. s'être fait une place dans
FiG. 181. — Ciiatf.au d Angers. ,, r j i
(Cliché Ncuniein.) 1 organisation féodale, eu-
FiG. 182. — Vieilles maisons
A Baveux.
(i'.iuhc Seurdein)