LA SCULPTURE BOURGUIGNONNE
fines arcatures ; au-dessus, sur une dalle spacieuse, a rorniche aiguë, les gisants, enveloppes du grand manteau de rour ei, penches sur leur visage, soutenant le heaume ou l'eeusson, des anges aux ailes déployées. Ces pleurants qui circulent sous les dalles funéraires des ducs de Bourgogne, et que l'on aurait pu voir aussi au tombeau du duc de Berry, ce sont les membres de la famille
et les officiers de la cour en costume de deuil, tels qu ils figurèrent aux obsèques. Les corps se perdent dans ces cagoules redondantes, aux replis épais et accidentés. Cette grosse bure, ces visages cachés suggèrent la douleur, bien mieux que des grimaces physionomiques (fig. 230-232).
Pourtant les sculpteurs de Dijon n'ont pas exploité toute la force pathétique contenue dans ces tragiques statuettes. La Huerta, le Moiturier les ont même traitées familièrement et se sont amuses parfois de leurs gestes vulgaires. Quelques années plus tard, tout Fit.. 22»"). — Ci.Ais Sluter. — à la fin
Zaciiarie et Daniel. Jy j^yc
Pi ns DES Prophètes, a Dijon. • ■ i
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dans le tombeau de Philippe Pot (fig. 232), les figurines d'albâtre se sont vigoureusement développées ; il n'y a plus de galerie gothique pour les encadrer ; le décor d'architecture est remplace par la statuaire. La dalle où Philippe Pot, en armure, est allongé, appuie lourdement sur les épaules de huit pleurants sinistres, a capuches baissées, empêtrés dans leur robe de bure et marchant à pas pesants. Cette violence expressive est au terme de la
sculpture médiévale. Avant l'époque ^'°- "7- ~ ^^*^'^ Sluter. — 11 i-/r 1 Moïse et David.
de la science nuancée et difficile, un p,-,ts des Prophètes, a Duon. bon ouvrier, bien inspiré, pouvait, sans (CUche Hachette.)
FiG. 228.
Girouette
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une teclinique très raffinée, avec une exécution (sommaire, et peut-être un peu grâce à elle, frapper rudement, assener le pathétique avec une brutalité qui va disparaître de l'art.
L'architecture gothique avait tue la peinture murale chère aux romans. Elle supprimait à peu près la muraille ; les figures et scènes de l'iconographie chrétienne durent se transporter sur les fenêtres. Quelle fresque murale aurait pu rivaliser avec ces tableaux d'où jaillit la lumière ? Mais cette peinture en vitrail est soumise a une technique trop particulière, fixée par trop d'entraves pour être un art réaliste et non pas seulement une merveilleuse décoration. Les théologiens du Xir et duKlll*^ siècle ont bien pu suggérer aux peintres-verriers des scènes nouvelles ou des symboles ingénieux ; il ne leur importait guère que 1 ouvrier imitât les formes vivantes et les couleurs naturelles. Aussi les figures sur verre conservent-elles les formes étriquées, les lignes noueuses et entortillées du dessin romano-byzantin, longtemps après que les sculpteurs s en sont dégages. Ce n'est pas la qu'il faut chercher l'effort réaliste qui correspond, dans les arts de la couleur, a celui qui avait ranime les organismes desséchés de la statuaire. En Italie, la peinture murale, favorisée et non entravée par l'architecture, s'éveillait a la vie, au commencement du XIV' siècle, dans l'œuvre de Giotto. Dans les pays d'art
gothique, ce sont les pages des manuscrits enluminés qui préparent 1 épanouissement de la peinture.
Jamais la miniature n'avait cessé d'être pratiquée par les moines du haut Moyen Age ; mais, au .XII 1 siècle seulement, un style nouveau commence à se former, inspiré, semble-t-il, par l'art
FiG. 229. — lO.MBEAUX DE PHILIPPE LE 11aIiI>I , , I • 1
ET DE Jean sans Peur. des sculpteurs et celuides
(Musée de Dijon.) (Clichi Seurdein.) vemers. 11 y a I)Ius d'une
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