L'ENLUMINURE DES MANUSCRITS
ressemblance entre les petites figures du psautier de Saint Louis et les saints que l'on sculptait a cette époque. Le dur dessin d'autrefois s'est affine et assoupli. De plus, après la sécheresse des miniatures bénédictines, les enlumineurs du Xlll siècle, éblouis par les merveilleuses verrières gothiques, s'étaient efforcés d'en égaler l'éclat ; ce ne sont que couleurs pures, rouges, bleues, que nul mélange ne vient rompre ou alourdir ; la feuille d'or sur laquelle se détachent les petites figures étincelle à chaque page et, a mesure qu'on feuillette, lance des feux comme le vitrail d'une chapelle obscure. Plus d'une fois l'encadrement des vignettes rappelle le dessin d'une fenêtre ogivale et ses meneaux rayonnants. Les
enlumineurs parisiens du Xlll siècle ont
d'abord tente de fixer sur le parchemin
cette peinture de pierreries.
Mais l'enlumineur ne pouvait se resigner
au dessin conventionnel du vitrail. Déjà,
dans le psautier de Saint Louis, les figures
sont aisées et vivantes, avec une gentillesse spirituelle analogue à
celle que l'on retrouve
dans l'album de Villard
de Honnecourt. Cet
architecte du milieu du
XIII siècle dessine d'une
plume libre et trace des
figures sinueuses enveloppées de robes souples ; sans doute, il lui
manque l'anatomie et la
perspective ; ce sont des
insuffisances fréquentes ' ~ T ,
j , I . • J- FiG 222. 1 OMBEAU DE PHILIPPE POT.
dans la plastique medie- (M„séedu Louvre.)
vale ; mais il sait déjà icuché Hachette.)
Fio. 23i. — Claus Sluter; Christ du puits des Prophètes.
(Musée archéolo/^iqtie de Dijon.)
lO
agiter allègrement ses petits bonshommes et s'échapper de lankylose byzantine. Dans le psautier de Saint Louis et les meilleurs manuscrits de cette fin du Xlir siècle, on retrouve même sur les figures les sourires pointus de certaines sculptures contemporaines. A la suite des imagiers, les enlumineurs prennent peu a peu possession des apparences de la vie.
Durant le XlV siècle, cette conquête se poursuit rapidement ; c'est a Pans que travaillent la plupart des miniaturistes ; ils sont d'origines très variées, souvent des provinces du Nord ; mais tous ils prennent dans la ville du roi un même style. Leurs ateliers ont préparé les destinées de la glorieuse peinture du XV' siècle. L'évolution est confuse parce que les œuvres sont enfouies en des manuscrits nombreux et dispersés. On peut pourtant mesurer de loin le chemin parcouru. Les enlumineurs d'abord
abandonnent leurs habitudes décoratives ^our des soucis réalistes. Leurs miniatures font moins songer à des vitraux, davantage à la réalité ; les lignes perdent leur dureté et se libèrent de l'ossature de plomb qui cerne les figures de verrière ; les couleurs sacrifient de leur pureté et de leur éclat pour se prêter au modèle ; les fonds d'or diminuent, s'évanouissent ; un commencement de paysage se montre, le ciel et le sol, de l'azur et du vert. Le peintre
va maintenant regarder la nature.
Les contemporains de Charles V ont pu reconnaitre en feuilletant les pages d'un manuscrit quelques aspects de leur époque. Les miniaturistes n'étaient plus des bénédictins en cellule, mais des laïques en liberté ; ils avaient les yeux grands ouverts sur les hommes et les choses.
r „o, , ., Ils vivaient auprès de la porte Saint-
Fjg. 234. — Le lai d .\ristoti:. ^^ • . . ^ . .
Cathkdra'.e de Lyo.n. Denis et menaient joyeuse vie, si
(Cliché Hachette.) on cn croit Christine de Pisan.
FiG. 233. — Chanoine