LE PAYSAGE DANS LA MINIATURE
lis ont su portraiturer Charles V recevant des manuscrits ; ils ont aussi inlroduil, en marge de liconogra|)hie hahituelle, des figures et des scènes de la rue el mêle des anecdotes familières aux récits traditionnels. Si la perspective de ces petites images est conventionnelle encore, elle est pourtant intelligible ; le miniaturiste voit mal un ensemble ; mais en des juxtapositions disparates, combien d épisodes joliment observés où il est facile de retrouver la vie parisienne au temps de Charles V !
L'apparition du paysage manifeste une conception renouvelée de la peinture. Quand ils eurent renoncé aux fonds d'or, les enlumineurs peignirent leurs petites figures sur un sol de verdure tendre et sous un ciel d'un bleu immacule. A la fin du XIV siècle, ces indications sommaires devinrent plus riches et plus précises. Parmi
les manuscrits, reviennent très souvent les livres d'heures, dont les premières pages forment un calendrier aux mois illustrés. Ces illustrations, traditionnelles depuis bien longtemps, représentent les occupations humaines et surtout la vie aux champs. Les sculpteurs se contentaient de montrer les attitudes du moissonneur, du vendangeur, du semeur ; quand les enlumineurs durent mettre un paysage derrière ces petites figures, il leur fallut apprendre
à distinguer les saisons par la FiG. 236. — Triptyque en ivoire l j • i . r .1
DU xivo SIÈCLE couleur du ciel et 1 aspect des
(miscc de ciuny.j tctichc iiachciic.j plantes. Au tcmps deChaT-
'iG. 237. — Dressoir
DU XVP SIÈCLE,
AU Musée de Cluny.
(Cliché Ilachelte.)
— I les VI, les paysages enlumines, avec
f~^^^^^^^^^^^^^ quelques conventions encore, sa-
vaient préciser ces différences. Le plus illustre des manuscrits de cette époque, les Très Riches Heures du duc de Berry, fut enluminé pour ce prince par trois artistes venus du Limbourg (1416). Ils ont agrémenté les paysages par la représentation des châteaux de la maison de France. Assis dans son fauteuil, le vieux duc pouvait, en feuilletant ses heures, cheminer par la pensée de Poitiers a Mehun-sur-Yevre, de Vincennes au Louvre ou au Palais de la Cite. Cette œuvre étonnante donne une image colorée de la France d'alors, les gens du peuple au travail, les seigneurs chassant et chevauchant et, sur les sommets, dominant la plaine ou le paysan sème ou récolte, de merveilleux châteaux aujourd'hui disparus, dernières demeures féodales ou la fierté des vieilles forteresses s'égayait de préciosités gothiques. Ces modestes tableautins ont une fraîcheur aimable qu'ils doivent a la légèreté du procédé — un peu de gouache sur du parchemin. — Cet art grêle donne du monde qu'il copie une idée gracieuse et menue. Sans doute ce sont des images exactes que ces petits châteaux ciselés comme des chasses, ces grands seigneurs fourrés comme des félins, barioles comme des pai)egais, mais rarchiteclurc et la sculpture contemporaines évoquent une civilisation autrement brutale.
L'enluminure n'était plus, à la fin du Xiv siècle, le seul iirocédc de peinture. Quelques artistes peignaient a la détrempe sur des pan-
ij8 — —
l'IG.
î38. COFFKET DU XV° SIÈCLE,
AU Musée de Cluny.
(Clichc llachclU-)
FiG. 239. — Le calvaire,