‹ France MilitaireChapitre 14 sur 62 · INSURRECTION DU 13 VENDÉMIAIRE · texte numérisé non relu

INSURRECTION DU 13 VENDÉMIAIRE

SOMMAIRE

CaiiMM de l'torametion.— Animosité de* Section» de Part» contre U Convention.— Agi laivon — Force* mpectiee» de» Section» et de ta ConwntKvn. — Arrestation de Menou— Barra* prend te commandement. -Diiposttioas de Bonaparte.— Journée du IS vendémiaire.— Récoropcntc*. — Bonaparte finirai en cfcef de l'armer de l'Iuiem-ur.- Jugement sur Ut Cotiveotiou.

Causes de ï insurrection. — Animosité des sections de Paris contre la Convention. — Le gouvernement des Comités provisoires, qui depuis long-temps admi nuiraient la France, était regardé comme monstrueux par tous ceux qui désiraient voir établir dans le pays un mode régulier d’administration. O gouvernement ne pouvait plus durer. Une commission, à la tête de laquelle figurait Sieyet», avait été chargée d’y substituer une constitution. Celle de l’an ni, dont ce conventionnel célèbre fut le principal rédacteur, établissait un conseil législatif de cinq cents membres, et un conseil des anciens comme chambre de révision. Ces conseils devaient se renouveler par tiers tous les ans. Le pouvoir exécutif était confié à un Directoire composé de cinq membres, se renouvelant par cinquième tous les ans, et entièrement soumis au pouvoir législatif.

La nation, fatiguée des crimes qui s’étaient commis au uom de la liberté, avait accueilli avec empressement cette constitution, qu'elle considérait comme une planche de salut. Le moment approchait de la mettre A exécution, lorsque la Convention , craignant l’influence de ses adversaires dans les élections, rendit un décret afin de conserver dans les nouvelles assemblées, et pour celte fois seulement, les deux tiers de ses membres. Un autre décret fut aussi porté pour exclure des fonctions législatives tous les parents d’émigrés.

Ces précautions étaient incontestablement prises : dans l'intérêt de la République, déjà fortement menacée par les manoeuvres des agents royalistes, qui exploitaient avec habileté* le mécontentement d’une grande partie de la nation ; mais telle était l'aversion que la population parisienne avait pour le parti jacobin, dont, mieux qu’aucune autre, elle avait connu les excès, qu'elle ne voulut voir dans ces mesures que des moyens combinés pour conserver illégalement un empire devenu odieux. Paris comptait quarante-huit sections, qui avaient chacune leur bataillon de garde nationale , et, sur ces quarante-huit, trente étaient décidées à repousser également et les conventionnels et leurs décrets.

La presse, libre enfin temporairement, était du parti des Sections; la Convention, pour opposer un contrepoids à cette puissance menaçante, s'occupait de capter le suffrage de l'armée, afiu de pouvoir, en cas d'hésitation populaire, jeter dans la balance le poids de 300.000 baïonnettes. — La lutte commença par des adresses et par des discours. - Le 28 août, les set lions du Mail et des Champs-Elysées présentèrent A la barh; de la Convention des pétitions pleines d’amertume. Le président Chénier leur répoudit avec une fermeté non exemple d'emportement. Le mauvais accueil fait A ces premières députations u’eœpécba pas la section du

Faubourg-Montmartre d’en envoyer le lendemain uuc nouvelle pour exprimer les mêmes sentiments. « Législateurs, dit l’orateur de ce faubourg, méritez notre choix et ne le commandez pas; vous avez exercé une puissance sans bornes; vous avez accumulé tous les pouvoirs, celui défaire des lois, celui de les réviser, celui de loi changer, celui de les faire exécuter. Songez combien le despotisme militaire fut fatal à la république romaine. »Ce langage énergique fut sans effet sur la Convention; quelques membres firent même habilement valoir des raisons d’état et de circonstance pour justifier la Convention dans son desseiu de ne pas dévier de son plan.

La réunion des assemblées primaires eut lieu le 6 septembre, et fut pour les .Sections une occasion nouvelle de montrer leur opposition; mais si la capitale manifesta ses vœux d’une manière presque unanime , les départements, pour la plupart, ne partagèrent pas son avis; 270.000 citoyens votèrent sur les décrets refusés par les Parisiens, et 167,000 les acceptèrent. —Dans un temps où l’on comptait les voix au lieu de les peser, cette circonstance était décisive.

La Convention, rassurée par cette masse de suffrages, prescrivit, le 22 septembre, aux assemblées électorales de se conformer A ses décrets. Plusieurs sections de Pari» protestèrent et firent afficher leur protestation; celle de Lepelletier alla plus loin, et imitant la conduite du tiers-état en 1789, proposa un acte de garantie générale pour placer chaque votant sous la sauve-garde de l'assemblée dont il faisait partie, et solidairement sous celle de toutes les autres.

Les mesures de précaution que la Convention dut nécessairement prendre, les adresses des armées, préparées et provoquées à l'avance , aigrirent les esprits au lieu d'imposer à la multitude. — Les Sections se déclarèrent en permanence jusqu 'A' l'installation d’une nouvelle législature; une d'elles adressa aux années la longue énumération des crimes et des erreurs de la Convention. Bientôt des commissaires envoyés par les villes de Dreux , de Verneuil et de Nonancourt , pour réclamer protection contre les violences des agents de l'autorité, qui avaient dissous leurs assemblées primaires, arrivèrent A Paris et portèrent au comble l’indignation des sectionnaires. Les Sections se décidèrent A convoquer le corps électoral de la Seine au ThéAtre- Français, sous la garde d’une force année tirée de son sein. Cette réunion eut lieu en effet le 3 octobre; mais elle fut incomplète et occupée seulement de vaines déclamations et de menaces inutiles. *

Indignée de voir les Parisiens s’obstiner A considérer leur ville comme toute la France, la Convention décréta la dissolution des assemblées primaires et du

FBA?fCE Ml U TA IBS.

collège électoral, eo déclarant coupables d'attentat contre la souveraineté du peuple et la sûreté publique, les citoyens qui se réuniraient désormais en comité, ou qui chercheraient à s’introduire sous le titre de commissaires au camp des Sablons, près de Paris. Ou déploya la force armée pour se rendre maître du lieu des séances, les administrateurs du département, qui avaient été chargés de publier le décret, ayant été hués par la foule amassée devant le Théâtre- Français. La guerre civile allait ainsi être définitivement allumée.

Agitation. — Forces respectives des sections et de ta Convention. — Jusqu’au dernier instant l'agitation était restée concentrée dans l'intérieur des sections; ou ne s’en était pas aperçu pour ainsi dire extérieurement. On allait et venait dans les rues, aux spectacles, aux plaisirs et aux affaires comme â l'ordinaire; le peuple se livrait à scs travaux habituels et ne prenait aucune part A ccs discussions; aucun des partis n’osait s’en servir, parce qu'ils craignaient de n’en être plus maîtres, si une fois ils le déchaînaient, et que d’ailleurs il n’était pas du tout disposé à servir le royalisoie. La Convention, pour laquelle le peuple inclinait toujours, n’osai l pas non plus l'employer par une sorte de pudeur, et parce qu'elle venait de le désarmer après les journée* de floréal et de prairial. Les Comités de gouvernement donnaient des armes seulement A quelques individus expulsés des assemblées primaires, à Paris ou daus les départements, â quelques hommes incarcérés comme terroristes et récemment mis en liberté, parmi lesquels il y avait aussi des patriotes victimes de la réaction.

a La force des sections se composait des compagnies de grenadiers et de chasseurs de la garde nationale, formées de propriétaires, de marchands, en un mot de citoyens en état de s'habiller et de s’équiper, au nombre d’environ 20,000 hommes; tout le reste, qui formait ce qu’on appelait les basses compagnies, n’était guère organisé que sur le papier, et n’avait pas l'honneur d'être appelé au service. Cette armée, car c’en était une, du moins par le nombre, était commandée par le général Danicau, qui, après avoir servi la République contre les Vendéens, avait pris parti pour le royalisme; esprit inquiet et remuant, caractère inconstant , mais honnête, et qui n’élail pas de force â jouer un premier réle.

a La Convention avait pour sa défense quelques bataillons de ligne, forts de 3 à 4,000 hommes, et 1,500 patriotes. Elle avait des canons, même ceux des Sections. qu'elles lui avaient elles-mêmes remis après les événements de prairial , comme un trophée conquis sur les terroristes, et c’était la section Lepellelier, la plus audacieuse dans sa révolte, qui avait la première donné cet exemple.

« Menou, général en chef de Y armée de V intérieur , dont l« quartier-général était à Paris, se trouva investi du coin ma ndement. Républicain, ma1* modéré et naturellement trmporiseur. personne n'était moins propre que lui à ce genre de guerre, qui exigeait plus de résolution et d’aqdace que de science. Il n'effrayait point les secûonnaires, qui le trompaient par leurs protes-

tations pacifiques, l'endormaient par leurs flatteries, et le nommèrent même, à la vérité sans son aveu, leur général. La Convention avait peu de confiance eo lui; il n'eu inspirait aucune aux patriotes.

« Des représentants du peuple, çhargés de la direction de la force armée, ne faisaient qu'ajouter encore âla lenteur et â l’irrésolution du général. Ainsi , au lieu d’agir de vive force pour réduire celles des Srctions qui étaient les plus échauffées, on parlementait, on négociait et on exaltait leur audace.»

Arrestation de Menou.— Barras prend le commandement. — Dispositions de Bonaparte. — Cependant le péril augmentait d'heure en heure, et la Convention allait être assiégée dans son palais par les Sections soulevées, lorsqu'elle se décida, le 12 vendémiaire, & faire arrêter Menou, contre lequel s’élevaient des soupçons justifiés par ses irrésolutions, mais qui n'étaient pas fondées , et â confier à un de ses membres le soin de sa propre défense. — Laissons parler à ce sujet un témoin oculaire, qui , placé alors dans une position obscure et désintéressée, était â portée, par la nature même de son emploi , de bien connaître et de bien observer la marche des événements.

« Cependant le temps presse, dit M. Fain, un nouveau général est nécessaire; il en faut un dans la nuit même: la cause est devenue tellement personnelle pour les conventionnels, qu’ils ne veulent plus abandonner le commandement à un étranger; c’est un représentant ! qu’on désire en charger, et tous les yeux se sont tournés sur le général du 9 thermidor. Le représentant Barras est donc investi du commandement supérieur. Les représentants Delmas , Laporte et Goupilleau de Fontenay, qui jusqu’à ce moment ont été chargés de la direction de la force armée, lui sont laissés pour adjoints. Le nouveau général n’a que la nuit pour faire ses dispositions de défense. Tous les officiers sans emploi qui se trouvent en ce moment â Paris se pressent sur ses pas pour recevoir des ordres. Il les destine aux divers postes extérieurs; mais il a besoin d'un second sur lequel il puisse se reposer des détails du métier et dont le coup d'où! «oit srtr. Il se souvient alors du jeune général Bonaparte, qu'il a sous la main au cabinet topographique. Il l’appelle et le fait agréer pour son lieutenant. Celte adjonction a lieu dans l’intérieur du Comité; au dehors on ne eonnalt que Barras; tous les ordres se donnent en son nom

« Il est une heure du matin quand le général Bonaparte se met â la besogne. Bien des renseignements lu» manquent ; mais il apprend que Menou est détenu dans une pièce voisine : il va le trouver, et celui-ci lui donne, avec une franchise toute militaire, les premières indications dont il a besoin. Les défenseurs de la Convention consistent dans ce petit nombre de soldats qui dorment sur le pavé des cours et sur la terrasse du jardin, autour de la salle; ils ne sont pas 5 ou 8.000 hommes de toutes armes, encore faut-;l y comprendre les grenadier* de la Convention, la légion de police, un bataillon du faubourg Saint-Antoine et les trois bataillons des patriotes de 1789. L’artiMerle suppléerait au nombre ; mais les pièces de position sont restées au

parc des Sablons. Il y en a une trentaine; elles ne sont «Jrd.cs que par un poste de vingt-cinq hommes: r.eit de plus urgent que de provenir le» Set fions, qui pour» raient meurt* la main dessus. On demande pour cette expédition un officier intelligent et actif. Le représentant Delmas appelle Murat, du 21* de chasseurs: « Je « fat vu gagner |c grade de chef d'escadron aux jotir- « nées de prairial, lui dit-il avec l'accent de l’amitié; il « s'a8il aujourd’hui des épaulcll** de chef de brigade! s Murat reçoit donc pour la première fois les ordres du générai Bonaparte, et la rapidité avec laquelle il court les exécuter promet que ce ne seront pas les derniers!...

Il ne suffit pas d'avoir des canons, il faut des munitions: ordre au général Durtubie, qui commande l'artillerie, d'envoyer en toute lutte aux Tuileries les approvisionnements nécessaires. Il faut des vivres: les magasins sont dispersés dans Paris; ordre à l’ordonnateur Lefebvre d’envoyer des ration» au camp du Carrousel; ordre de faire fabriquer du biscuit; ordre de préparer le service des ambulances. Les troupes sont pêle-mêle; on rectifie la ligne des postes. Les commandements ne sont pas bien déterminés : on les partage entre les généraux qui sont présents; des réserves sont établies, et de* mouvements de troupes qui s’exécutent dérangent l'emplacement que les affidés des section» ont pu reconnaître la veille. Deux lignes de défense se forment : l’une du côté de la rue Saint-Honoré, l’autre du côté de la rivière.

«Les débouchés du Carrousel par la rueSaint-Nicaise et la rue de Roban sont confiés au général Brune, qui a sous ses ordres le général Gard an ne. Les généraux Dupont-Chaumont et Loison, qui ont avec eux l’adjudant général Blondeau, prennent poste â la rue de l'Echelle et dans la petite rue Saint- Louis. Le» postes de la cour du Manège, qui donne sur le cul-de-sac Dauphin, et sur le passage des Feuillans, sont gardés par le général Berruyer. Là se trouvent encore le général Vachot et les adjudants généraux Huard et Motel.

« Sur les quais , un fort détachement est placé a la hauteur du Louvre: il est commandé par le général Carteaux.qui a son avant-garde au Pont-Neuf. A la tetc d’un autre détachement les généraux Verdière et Lestraoges ferment le Pont-Royal , et veillent sur les débouchés de la rue du Bac et du quai Voltaire.

« La réserve, aux ordres des généraux Montchoisy et Duvignéau . est stationnée sur la place Louis XV, couvrant le Pont-Tournant et les Tuileries, gardant le pont Louis XVI, et observant les avenues de la place du côté des Champs-Elysées, de la rue rojale et de la rue Saint-Florentin. La réserve est là, surtout pour conserver au besoin la retraite vers Saint-Cloud. Ce village est le rendez-vous qui vient d’être assigné â toutes les troupes qui sont en marche sur Paris ; et si la Convention se voit un moment forcée de céder au nombre . c'eut a Saint-Cloud que ses défenseurs doivent se rallier pour ressaisir l’avantage.

« Barras v ■ visiter tous les postes; il rectifie ce que les hésitations de la nuit ont pa laisser de défectueux daus les mouvements des troupes Son commandant en second est prineipalemcnt occupé des positions .1 assigner â l’artillerie qui arrive. A ta télé du Pont-

Royal, il place une batterie qui enfile la rue du Bac et bat k qu3i Voltaire et le quai d’Orsay. Cette batterie est soutenue par une seconde, établie sur le quai du Louvre, qui d’un cété prend rn écharpe le quai Voltaire, et de l’autre balaie le quai de l'École jusqu'au Pont-Neuf. Vers la rue Saint- Honoré ou poiute, a l’ouverture de chaque dt filé, des pièces dout la ligue de tir se prolonge jusqu'au bout des rues de Richelieu, de la Butte-des-Mouliiisct de Sainl-Roch. La reservedu parc est rangée au Pout-Tournant; auprès de chaque pièce la mèche est allumée.

«Ces (Impositions terminées, on reste l’arme au bras ü voir venir un ennemi qui ne parait pas d’humeur A se faire attendre. »

Journée du 13 vendémiaire . — La générale n’avait pas cessé de battre dans Pans; mais le 1 3 vendémiaire, dès le point du jour, l'insurrection prit un caractère qui annonçait que le» Sections étaient décidées à ue plus rien ménager, les tambours sectionnaires poussaient l’audace jusqu'à venir battre sur le Carrousel ei sur lâ place Louis XV. On proclamait dans les rues l'ordre de marcher contre la Convention; on annonçait que les Comités de gouvernement étaient mis hors la loi ; quelques représentants, surpris dan» la ville, étaient retenus pour otages : les meneurs disaient hautement que cent conventionnels seulement devaient être exceptés de la proscription qui allait frapper l'assemblée. Un gouvernement provisoire sc formait déjà à la section Lcpellelier. — D’abord la fortune parut favorable aux sectionnaires; une de leurs colonnes, forte d’environ 4,000 hommes, se présenta devant le Pont-Neuf; le gé néral Carteaux, sans doute par suite de ses instructions, lui céda ce poste sans tirer un coup de fusil, et sc retira sur le quai près du Louvre. La section du Mont-Blanc s'empara d’un convoi de vivres destiné pour les troupes conventionnelles réunies aux Tuileries; celle de l’Arsenal prit le dépôt des chevaux d'artillerie; une autre sectiou intercepta le couvoi d’armes que la Convention envoyait à la section des Quinze- Vingt», la seule qui sc montrât disposée à soutenir l’assemblée; enfin les bataillons de la sectiou Lepellelier s'emparèrent des bâtiments de la trésorerie nationale. Néanmoins, et nonobstant ces succès partiels, avant d'en venir aux mains les chefs de l’insurrection furent d'avit de faire une tentative d’accommodement. Le général Danican prit l'initiative; il écrivit aux comités une lettre conçue en ternies pacifiques. Il ne demandait pâs le renversement de la Constitution, mais seulement le rapport des décrets dés 22 et 30 aortt, et le désarmement de» bataillons de patriotes de 1788, parmi lesquels il s’était glissé un assez grand uonibre de terroriste?: â Ces conditions il s’engageait à respecter et à faire respecter l'autorité établie. Ces ouvertures parurent assez conciliantes pour que plusieurs membres des comités fussent d'avis dVniamçr des négociations. Un perla d'envoyer dans chaque section, pour éclairer et calmer les citoyens, deux conventionnels chois s parmi les membres de rassemblée les plus agréables aux sectionnaires. - «il y a quarante- huit sections, interrompit brusquement Tatticn; envoyer deux commissaires à

chacune d’elles, c'est faire passer quatre-vingt-seize conventionnels de l’autre côté. Sont-ce des otages qu’on prétend donner? ou est-ce un préteste pour que les cent conventionnels qui doivent former le noyau de la nouvelle assemblée, provoquée par les Sections, puissent nous quitter.» Quelques députés insistèrent: un deux proposa un adresse aux Sections; mais les mesures prises par le générai Bonaparte et l'attitude des troupes chargées de la défense des Tuileries, avaient rendu la confiance aux chefs du parti républicain; car c’est un fait qu’il est impossible de nier, après trois ans de révolution la Convention était déjà divisée en deux partis, le parti républicain, qui était le plus nombreux dans l'assemblée, et le parti monarchique, qui comptait le plus de partisans parmi les citoyens de Paris.— «Je suis étonné, dit Chénier, qu’on vienne nous parler de ce que demandent des sections en révolte. Il u’y a plus pour la Convention que la victoire ou la mort. Quand l’assemblée aura vaincu, elle saura distinguer les hommes égarés. — Mais, je vois la guerre civile, répliqua Lanjuinais ; elle est à nos portes!— Ce que tu devrais voir, Lanjuinais, lui cria Garran de Coulon, c’est qu’on veut décimer la Convcntiou et renouveler le 31 mai daus un sens opposé. »

On repoussa donc les propositions de Danican. — Bientôt la fusillade annonça que le combat était engagé. Ce bruit inattendu produisit un effet profond sur les membres de l’assemblée. Les hommes de courage, quoi qu’on ail dit, ne formaient que la minorité de la Convention, et cette minorité, comme on sait, mena long-temps le reste. Bientôt le fracas de l’artillerie se joignit aux éclats multipliés de la mousquelerie. Les conventionnels, émus, allaient quitter leurs sièges. «Restons en place, s'écria Legendre, et s'il faut recevoir la mort , recevons-la comme il convient aux fondateurs de la République!» Celle pensée de mort, jetée ainsi au bruit du canon, parmi tant d’bommes irrésolus, rappela aux députés qu’il s’agissait d’une guerre civile. Quelques voix timides essayèrent de demander que l’on constatât d’oft étaient partis les premiers coups. Cette proposition pusillanime allait obtenir l’assentiment de la majorité, lorsqu'une voix ferme s’éleva : e Les prétentions des Sections étaient sans fondement, dit-elle; mais, dans tous les cas, nous serions des insensés si nous consentions à traiter comme une affaire judiciaire l’établissement d’une grande république! Il n’y a plus de ménagements à garder! il faut réduire les révoltés par la force, et vaincre ou périr • !»

Il est temps de revenir aux sectionna ires.— Danican , en attendant l’issue des débats soulevés par sa proposition. commit une faute qui altéra la confiance que son parti avait en lui , et prouva qu'il avait trop de délicatesse pour commander dans une guerre civile. Une batterie d'artillerie étant tombée par hasard dans

1 • Le» premier» coup» de huit partirent . non de l’tvôtel de Noaillo», non , comme on le dit daa^lr |?mp« , de rbôlet ocrnpé par le imtaurateur Vénus , nuit d'une mawou TdMtm... le» eu*» de fu*d eureol pour but de faire marr rirr/aotulion de» Comité» et d'rmpérhrr qu’il» romrnl tuent S quelques tran*a<*lion* qui auraient évidemment ■muré le triomphe de* serti on». En effet , te fut le signal du combat. Bonaparte laissa même erotre que c'était lui qui. avait hit Urer. » {Tbibeautleau, fie de A 'apoiéon» pages 121 et 122.}

les postes de la section de la Fidélité, il empêcha cette section de s’en emparer, afin, dit-il, de ne pas humilier des braves avec lesquels elle venait de fraterniser. — On sait que les sectionnâmes manquaient de canons.— Cette batterie alla grossir les forces de la Convention.

Les deux partisétaienten présence depuis huit heures. Les masses parisiennes remplissaient les rues Richelieu et Saint-Honoré, et menaçaient de déboucher sur le château par les rues du Dauphin, de l’Échelle et Saint- Nicaise. On semblait attendre le signal du combat. Quelques coups de fusil tirés à ('improviste donnèrent l’impulsion aux masses prêtes à s'ébranler. Barras, afin de repousser les colonnes qui étaient les plus avancées, ordonna â Berruyer, â Brune et à Blondeau de balayer la rue Saint-Honoré. Ces trois généraux débouchèrent presque simultanément des rues du Dauphin, de l’Échelle et de Saint-Nicaise. Les patriotes de 1789, qui formaient la colonne de gauche, eurent â souffrir de la fusillade dirigée contre eux de l’église Saint-Koch, où le bataillon de ta Bulte-des-Moulins s’était posté; mais ayant été soutenus â temps par deux pièces d’artillerie que le général Bonaparte fit diriger contre le portail de l'église, ils culbutèrent les sectionnaires et les mirent en déroute. La colonne du centre négligea de se servir de son artillerie, et fut d’abord repoussée; celle de droite, au contraire, qui fit jouer la sienne, mit en fuite les insurgés qui occupaient les rues du Lycée, Croix-des-Petits-Champs et de Grenelle. Pendant que les sectionnâmes de la rive droite se ralliaient au haut de la rue de Richelieu et sur les boulevards, ceux de la rive gauche essayèrent une diversion en leur faveur. Après avoir laissé des forces suffisantes au Pont-Neuf, la colonne qui avait pris ce pont s'avança en bon ordre par le quai Voltaire, pour attaquer le pont des Tuileries; une autre colonne marcha par la rue de Bourgogne pour enlever le pont Louis XVI. L'artillerie des généraux Carteaux et Verdière, chargés de la défense de ces deux pouts, suffit pour repousser en quelques minutes les sectionnâmes et pour rendre nullcs ces deux tentatives. — Enhardi par ces succès faciles. Barras, excité par Bonaparte, se détermina à changer de rôle. L’ordre fut donné aux généraux Montchoisy et Duvlgoeau de s'avancer avec la réserve sur les boulevards, et de se réunir, en rabattant par la rue de la Place-Vendôme, â la colonne que le général Berruyer devait conduire des Feuillans sur cette place. Carteaux reçut l'ordre de quitter le quai des Tuileries et de remonter la rue Sainl-Tbomaadu-Louvre pour s’établir, avec du canon, sur la place du Palais-Royal; de son côté le général Brune, débouchant par la rue de Rohan , devait chercher à déloger les sectionnaires qui se maintenaient encore au Théâtre- Français Os mouvements s'exécutèrent sans difficultés : partout 1*? sec lionua ires cédèrent le terrain ; mais ils ne se dispersèrent point tout de suite, et profitant au contraire de la dissémination des troupes conventionnelles, ils rentrèrent pendant la nuit dans l’église Saint-Roch, dépavèrent les rues où les troupes de. ligne n'avaient point encore pénétré, et y établirent des barricades. — Barras, étonné de leur opiniâtreté, faisait tirer par intervalle à boulet dans la me Saint-Honoré,

et sur les quais'; mais cettj mesure devint bientôt, superflue: la faim et la lassitude dispersèrent la foule des citoyens plus facilement que n’aurait fait un combat de vive force. La Convention eut le bon esprit de laisser chacun d'eux se rons dérer comme vaincu et regagner saut bruit son domicile.

Au milieu du combat les habitants de Saint-Ccrmain étaient accourus avec deux p ères de canon au secours des Parisiens; mai» leur jonction ne put s’effectuer : arrivés dan» le» Chanqis-Élysécs, ils y trouvèrent un piquet de l'armée conventionnelle qui suffit pour les tenir en échec, ensuite ils furent attaqués et mis en déroute par un escadron du 20* chasseurs.

La facilité de la victoire étonna les conventionnels eux-méiues; iis ne pouvaient croire qu’on triomphât des insurgés aussi facilement. «Quoi qu’on ait dit de cette victoire, écrivait un des membres de l’assemblée, je la regarde comme un vrai miracle; car nos agresseurs étaient enfin des hommes , des Français, et au moins cinq contre un. L’attaque fut dirigée d’une manière ridicule; mais elle aurait pu i’ètre autrement ; car si lessectioQiiairc» s’étaient emparés des rues et des maisons environ uant les Tuileries, de ces retranchement* naturels, ils auraient foudroyé le peu de soldats qui défendaient les avenues du palais*. Au lieu d’une manoeuvre aussi simple que sûre, les se< liounaires se présentèrent en cotonues serrées et profondes qui ne pouvaient ni se déployer, ni faire aucun mouvement, et qui donnaient une prise immense aux tirailleurs et à l’artillerie des troupes conventionnelles, qui eurent bientôt jeté le désordre et la confusion dans ces masses...

«Des citoyens inexpérimentés ne pouvaient pas. dit-on, teuir contre des troupes aguerries. Cela serait bon A dire s'il se fût agi d’une batiiile rangée; encore les Vendéens avaient prouvé le contraire: mais pour une guerre d’escarmouches et de barricades dans une ville, ou pour le siège d'un château non fortifié et accessible de toutes parts, il ne fallait qu'un courage ordiuaire et une adresse médiocre. Le peuple avait enlevé les Tuileries de vive force le 10 août 1792, quoique pour le moius aussi bien défendues que le 13 vendém aire. Mais le peuple alors, entraîné par l'amour de la liberté, bravait tous les dangers. Le 13 vendémiaire, au

' Dè* la Ttrtle à neuf heure* du *oir, Barra* «Vlalt préwnlé S l'a* •embhv. Il dctccudait de cheval et croy ait nuit Hm ; c'élall le moment od il faitail prendre foffemne aux généraux. «J'ai opposé la forer à la fprnr, dll-ll S la Convention. Il a bien fallu combattre mix qui t'a vançaient obstinément pour s’établir sur rot banque 'Irt. Maintenant il ne s’agit plus que de dissoudre 1rs rrsies de la rébellion lx* assaillants de Saint Ro h se sont retranchés dans l’église ; ceux de la me de rtcbcHe et de ta rue de Samt-Niraise se sont repliés sous les g»lerirs du Théâtre de la République et du Palais-Royal Ils sont encore trop voisins, et voici les dispositions qui \ool terminer la journée : Duvigneau et Montcboisy, qui ne sont plus nércs-vnire* .1 lu place Louis XV, se sont mi* en marche avre deux pièce* de canon par la Grande Rue Royale. 11» tournent la place Vendfmie par le boulmrt de la Madeleine, tu même temps Üerruyer déimurhe des passagi s des Feuillants sur la plair Vendôme ; Brune , sorti du déh lé de la rue Samt-Niratsc, pousse divanl lui des obusirr* qui achèvent île balayer la rue de Richelieu, et Cartrauv, qui n’a plus non à faire du cbié du Louvre, passe sur la place du l ‘a lais Royal pour dégager la roe Saint Honoré jusqu'à l'Oratoire. Le succès n 'étant plus contesté, on ne tire plus qu'à poudre .»

1 Cette manœuvre fut celle que les Paritieu* employèrent en 1830. | t. 11.

i contraire, une grande partie des citoyens réunis sous j les drapeaux srctionnaires n’avait, par prudence ou I par principes, aucune envie de se battre, et n’y avait été entraînée que par un faux point d'honneur. Leurs chefs leur avaient, en outre, persuadé que les fusils et les cartouches n'étaient 1.1 que pour la forme; que dès qu’ils se présenteraient aux Tuileries, les troupes fraterniseraient avec eux, et que la majorité de la Convention les accueillerait .1 bras ouverts. Ainsi, quand la inousqueferie et la canonnade se firent entendre, la plupart des srctionnaires se sauvèrent en couvrant d’imprécations les intrigants qui les avaient trompas »

Le manque d’artillerie avait été la véritable cause de la défaite des Parisiens.- La journée du 13 vendémiaire ne fut pas d'ailleurs aussi sanglante qu’on le crut alors, le nombre des morts de part et d’autre ne dépassa pas quatre cents. — Le 14, toutes le» administrations publiques reprirent leur service La trésorerie fut retrouvée intacte. L’arrivéect le départ des courriers n’avaient pas été un moment interrompus.

Il fallait des punitions pour l’exemple. La Convention usa modérément de son triomphe. (Généreuse après sa victoire, elle ne déploya pas l’appareil de la sévérité pour exercer des vengeances. Trois commissions militaires furent créées pour juger dans les dix jours les chefs de l'insurrection, auxquels on avait laissé déjà le temps de s’enfuir: leurs sentences ne frappèrent que trois agents subalternes, tous les autres condamnés étaient contumaces. Le général Menou, mis eu accusation, fut acquitté grâce J l’intercession de Bonaparte et â l’énergique amitié du représentant Thibaudeau; il n'était d’ailleurs coupable que de trop de faiblesse. La mesure la plus rigoureuse ordonnée par la Convention fut le désarmement de la garde nationale; les compagnies de ranonniers, de grenadiers et de chasseurs furent supprimées, un cassa l'état-major et on le remplaça par un commandant militaire qui fut mis sous les ordres du général en chef de l’armée de l'intérieur.

Récompenses. — Bonaparte général en chef de Vannée de l’intérieur. — Après la part des punitions vint celle des récompenses. Les généraux, les officiers, les fonrt'omiaires destitués ou suspendus, qui avaient pris la défense de la représentation nationale, furent rendus à leurs emplois par les Comités. Mais il était des services supérieurs que la Convention voulait récompeuser elle-même. A celle occasion, dans la séance du 18, cinq jours après l’événement, le nom du général qui avait commandé en second sous Barras fut eu fi il prononcé.

« N'oubliez pas, dit Fréron, que le général d’artillerie « Buonaparte, nommé dans la nuit du 12 au 13 pour « remplacer Menou, n'a eu que la matinée du 13 pour « faire les dispositions savantes dont vous avez vu « les eff ts! » Quelques instants après. Barras appela formellement l’attention de ses collègues sur les servicesUe son lieutenant, et fil rendre uu décret qui confirma celui-ci dans l’emploi de commandant en second de l’armée de (‘ultérieur.

* Ttubaudeau , Mémoires sur ta Convention et te Directoire.

« De la tribune, le nom du général de brigade Bonaparte passa dans les journaux et sortit dès ce moment de l’obscurité qui l’avait jusqu'alors enveloppé.

«Le 14 vendémiaire (16 octobre 1795) Bonaparte avait été promu au grade de général de division ; dix jours après le 4 brumaire (26 octobre), il fut définitivement nommé général eu chef de l'armée de l’intérieur. Cette grande faveur^qui éclatait tout à coup sur un homme nouveau et le contraste de sa jeunesse avec sa haute position fixèrent sur lui l’attention \

« Il était à peine Agé de vingt-six ans; sa taille était petite et mince; sa figure creuse et pâle; des cheveux longs lui tombaient des deux côtés du front, le reste de sa chevelure, sans .poudre, se rattachait eu queue par-derrière. L’uniforme de général de brigade , dont il était encore revêtu , avait vu le feu plus d'une fois, et se ressentait de la fatigue des bivouacs. La broderie du grade s’y trouvai} représentée dans toute la simplicité militaire par un galon de soie qu'on appelait alors système. Son extérieur n’aurait rien eu d’imposant sans la fierté de son regard!

« On se demandait d’où il venait? ce qu’il était? par quels services extérieurs il s’était recommandé? Personne ne pouvait répondre, excepté son ancien général

1 Le plan de la France militaire, qui e* t l'histoire de Parrnéc rrauçaite, ne nom permet pai de cuivre le général Bonaparte dans »o n commandement de l'armée de l’intérieur, noue nom bornerons à citer à ce sujet on passage de notre Histoire de l’empereur Napoléon.

■ lié* cette époque ton nom devint populaire. Chargé du maintien de la paix publique, il dut fréquemment te montrer au peuple, parcourir le* halle* et le* faubourg* , et parfoic haranguer la multitude sur laquelle il Huit par acquérir de l'influence. — Il cul aussi , pendant ce commandement , I lutter contre quelque* circonstances difficiles. l'ne disette extrême affligeait les hsbilants de Parie et occasionnait courent des trouble* graves. Un jour, entre autres, que la distribution avait manqué, et qu’il s’élait formé de nombreux attroupements à la porte des boulangers, Napoléon, visitant la ville pour s'assurer si le* mesures d'ordre public qu'il avait ordonnée* étaient convenablement exécutée*, fût entouré avec son état-major par un groupe tumultueux. C’étaient de* femmes en grand nombre et demandant du pain 4 grand* cris, l-a foule augmentait , le* menaces te multipliaient , et la situation devenait de plus eu pim critique. l'ne de ces femme*, momtrueusement grosse et grasse, se faisait remarquer au milieu de* plus exaltées par se* gestes et par se» parole* plus qu’énergiqnea. C’était quelque notabilité des halles. «Tout ce tas d’épauletier* . criait-elle en apostrophant le général et «se* officiers, se moquent de nous : pourvu qu'il* mangent et qu’ils « s’engraissent, il leur est fort égal que le pauvre peuple meurt de • faim.» Bonaparte se tourna vers elle, et en souriant lui Ht seulement cette observation : « La bonne, regardez moi bien , et ditrs- «moi qud e*t le plus gras de nom deux. * On sait qu’il était alors extrêmement maigre. Celle question, faite d’un ton simple et Iranquille, fut accueillie par on rire universel, l/oralcur femelle resta court et sans réplique, heureux d’échapper par une prompte retraite aux buées de la multitude, qui, vaincue par une plaisanterie, se dispersa aussitôt, et laissa le général continuer paisiblement sa route.

« Pendant son commandement de l'armée de l’intérieur, le général Bonaparte fut chargé de deux opérations délicate*, dont II s'acquitta de manière & mériter l’approbation du gouvernement. L’une fut b réorganisation delà garde nationale de Pans, et l'autre la composition de la garde du Directoire et du corps législatif. Cette troupe d’élite est devenue plu* lard le noyau de cette garde impériale, qui «e munira toujours si digne et si calme dao* nos triomphe*, si ferme et si terrible dans nos revers , et dont le souvenir est encore une de no* gloire*. »

Carteaux cl le» représentants qui avaient été au siège de Toulon ou sur la ligne du Var.

« Ouand le nouveau général de l’armée de l'intérieur prit possession du quartier de la rue des Capucines, il amena avec lui le générai Duvigneau, comme chef d’état-major, et n’élail accompagné que de deux aides de camp: Jonot, officier qui lui était attaché depuis long-temps, et Lemarois, élève de l'école de Mars, que Letourneur de la Manche venait de lui donner. Le général n'avait pas encore de secrétaire; il emprunta dans ce moment le secrétaire des représentants chargés de la direction de la force armée, et celui-ci (M. Fain) écrivit les premiers ordres que le général Bonaparte signa comme général en chef. Tout Paris s'étonna de voir sortir des batteries de vendémiaire un état major si jeune et si peu révolutionnaire, o

Jugement sur la Convention. — Yold sur cette fameuse assemblée un jugement d’autant plus remarquable qu’il a été porté par un de ses membres (Tbibeaudeau), homme de talent et de principes, qui ne figura jamais parmi les promoteur* et les approbateurs des mesures sanguinaires auxquelles, sous prétexte de l’impérieuse nécessité, une minorité vigoureuse entraînait une majorité sans énergie.

« La Convention avait été convoquée sous le canon du 10 août; le canon du 13 vendémiaire annonça sa retraite. Pendant une session de trois ans elle avait résisté A l’Europe, vaincu ses ennemis, dicté la paix, constitué la République, amené lès rois coalisés à la reconnaître et à conclure des traités avec elle, ajouté la Belgique A son territoire, élevé la France au premier rang parmi les nations, triomphé de scs ennemis intérieurs et pacifié la Vendée. Elle avait établi l’uniformité des poids et mesures, préparé une législation égale pour tous, jeté les principales bases d’un code civil et constitué la dette publique en l’inscrivant sur le grand livre. Elle avait décrété des codes pour toutes les branches du service militaire. Elle avait fondé le Musée national des arts, des écoles pour les sciences, les lettres et toutes le* parties de l'enseignement public. Elle léguait à l’avenir d’abondantes ressources, de terribles leçons et de grands exemples. Le bien qu’elle avait fait ou préparé était son ouvrage; les calamités qui, sous son règne, avaient Affligé la patrie, étaient le résultat des circonstances. Jamais assemblée n’avait été convoquée dans des conjonctures plus difficiles. Trois ans de révolution avaient miné le trône, ébranlé la monarchie dans ses antiques fondements, allumé les haines et enflammé les partis. La France était un volcan, et la Convention fut appelée au moment où l’explosion ne venait que de commencer; le cratère était ouvert et vomissait des torrents de lave embrasée. Il était au-dessus de la nature humaine de leur assigner des bornes : un Dieu seul aurait pu les maîtriser ou gouverner au milieu de tous les éléments déchaînés. »

Ti

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