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la 46* demi-brigade. fl Dali nus, df la 1W. Laliarpe , assailli presque ati même instant dans sn retranchements de Yado, par une nouvelle division de 12,Ot'0 hommes, parvenait aussi A la repousser; mais une attaque dirige en même tempe par un autre corps de 12 000 hommes, sur les postes de Saint-Jacques, centre de la division française dr droite, se termina moins heureusement. Celte position fut enlevée après un combat acharné. Dans la mèmè journée le général Argeuteau, avec 5,000 coalisés, emporta t aussi la redoute de Mclogno , qui était gardée seulement par deux bataillons.
Divers combats curent lieu pendant ce jour et les suivants, pour réparer ces revers inattendus. Mtsst'na reçut de Ki llerinann l'ordre de reprendre immédiatement avec quatre bataillons le» haut euh» île Melogno. Un épais brouillard s’étant élevé, favorisa sa marche. Il avait ru soin d'exalter le courage de ses soldats, en leur présentant le salut de l'armée comme attaché au succès de leur attaque. On arriva A sept heures du soir devant les rctrant heinents occupés par Açgrnteau. Les quatre bataillons, divisés en colonnes, s’élancèrent sur l'ennemi aux cris accoutumés de/7 iw /a Répuft/Zi/Mé*/ Celui-ci, sa si de terreur, prit aussitôt la fuite, et les Républicains rentrèrent dans Melogno. Une seule redoute de ce poste important, qui liait l'aile drô le avec le centre, resta an pouvoir des Autrichiens, et c’était malheureusement la principale.
Les Autrichiens, secondés par les Piémonfais, multipliaient leurs efforts de tôt * côtés, mais sms Ordre et sans plan, sur la ligne A peu près rétablie des Républicains. Le camp de Saint-Bernard, non loin de Spinardo, fut attaqué pour la troisième fois. Laharpe eut A soutenir une nouvelle aitaque dans Vado. D’autres combats eurent lieu A Saint -B.irnou il, au camp de Sabione , dans les neiges du mont de Tende, sur les hauteurs de Larpotlcs. Les alliés, après une suite de revers et de succès, furent enfin repoussé» partout, hormis de la redoute de Melognn, qui dominait Vado et ôtait A Kcllcrm.inn j'esp >ir de conserver l’indispensable position de Finale, située A deux lieues au-delà sur la route de Gènes. Ce général ordonna doue une nouvelle attaque sur ce point. Les troupes fuient divisées en trois colonnes: deux d< va eut tourner la position par la droite et par la gauche, tandis que la troisième. aux ordres de M.isséna lui-même, l'attaquerait de front. On se mil en marche, le 27, à quatre heures de l'après-midi ; niais le brouillard , qui avait favorisé la première expédition, dérouta la seconde : il fut s épais que les colonnes de droite et de gauche, n’apercevant pas les chemins qui leur étaient indiqués, se fourvoyèrent et vinrent se réunir A la colonne du centre. L’attaque ne put être tentée que de front. Mais A cause du nombre des Aulrichiens.de leur position avantageuse et de leur artillerie formidable, l'expédition échoua complètement.
Pendant cette infructueuse tentative, 12,000 Autrichiens st* ruaient avec acharnement sur les postes de Gares&O, de Carlinn, de Viosena. sur le camp de Saint- Bernard et le col de Spiuardino. L’ennemi fui repoussé
partout excepté à Spiuardino. Cette position fut em-
portée après un combat sanglant qui dura quatorze heures.
Conseil de guerre. — Mouvement rétrograde des Républicains. — Il devenait dès lors facile aux Coalisés de couper en deux l'année d’Italie, dont la position n'était plus tenable. Les généraux républicains s'assemblèrent en conseil de guerre sur le sommet d’une haute montfgne d«s Apennins, entre Savone et Finale, pour décider ce qu'il convenait de faire dans des circonstances aussi critiques. Tous furent d’avis de sc replier afin de resserrer l’armée pour accroître sa force de résistance. B» rlhier proposa d’appuyer la droite A Borghetto et A Alhenga, et dr se réunir, par Cériale et ZucarelIn.A la div sion de Maequart. Ce nouveaa front de l’armée, en arrière de la Taggia, était couvert par les profondes vallées de cette rivière, hérissées de rochers et d'escarpements. Son avis fut adopté, et ce mouvement rétrograde, qui ne compromettait ni l'ariir'e ni la frontière, eut lieu , à la fin de juin, sous sà direction et celle du ci minaudant d’artillerie Andrénssi. Onabandoiina aux \ustro-Sardes Finale, Loano.Savonè, Vado, la redoute de la Planelta, les posles de Saint- Bernard , de Bocea-Barbena et de Rianco. Li s approvisionnements furent transportés A Oneille et A Albenga. L’armée. dans **s nouvelles pos lions, prêsentaità Fcnnemi un front impénétrable.
Ce mouvement rétrograde ne s’était cependant pas exécuté sms péril, et il avait fa lu. pour reculer, combattre comme on le fait ordinairement pour avancer. - I>e général I, harpe, au moment de l'évacuation de Finale et de Loano, battit encore une fo!s le général Devins entre Savone et Vado. — Le poste de Viosena. le plateau de la Planelta. le camp de Saint-Bernard furent aussi assa-llis, le 2 juillet, par les Austro-Sardes. Après un engagement meurtrier Ils furent repoussés de rcs différents postes, dans les juels ils tentèrent encore et inutilement de rentrer le lendemain, avant que les Républicains ne les eussent évacués complètement. — Le 5 juillet, les avant-p* stes de l’armée furent tout A coup attaqués en avant d’Ormea, A droite et A gauche du passage de Terme. Le général Serrurier rétablit bientôt l’ordre dans les rangs: 1.500 Piémomais s’enfuirent devant le 9e bataillon de la f0r demi-brigade, commandé par le chef de bataillon Dallous. Mais A droite du passage, un large sentier, comité «a ni au col dcl’lnferno, avait été franchi par 2,000 Austro - Sardes. 1.200 d’entre eux étaient descendus jusque dans le camp en arrière du col de Terme, et de IA fusillaient tous les Français qui se présentaient sur re passage. D'autres Autrichiens établis sur le plateau de Corsini arrêta ent par leur mousqucteric tout ce qui sortait de re village. Le général Pelletier fil avancer deux pièce» de canou soutenues par un détachement de 2T0 hommes commandé par le chef de bataillon Mnllin-Larivièrc. Cette petite troupe suffit par son audace et sa bravoure pour repousser le> 2.000 Austro-Sardes et les contraindre A repasser la gorge de l’Inferno.
Privations éprouvées par l'armée française. —
L’armée d’Italie et celle des Alpes éprouvaicut alors
presque les horreurs de la famine. Cette circonstance, connue de l'ennemi, encourageait les Austro-Sardes, plus acharné que jamais, à multiplier des affaires de postes qui fatiguaient les Républicains déjà si affaiblis, en n entraînant pour eux, en cas de non succès, que des revers sans conséquences. On doit néanmoins blâmer ce système de guerre puisque, avec des masses aussi compactes que celles qui composaient leur armée, ils eussent pu, par un vigoureux effort , /percer sur uu point de la ligue française et décider en un jour de toute la campagne.
Conduite diff érente du général en chef républicain et du générât en chef autrichien. — Pour expliquer la conduite que tint alors le général en chef autrichien «il faut croire, dit Joinini, que la mésintelligence entre Colli et Devins amena une rupture entre eux , ou bien qu'ils méconnaissaient également les règles de la guerre. Devins commandait alors au moins 18,000 hommes; car les premiers renforts envoyés des étals héréditaires en Italie, venaient de le rejoindre; Colli , de son côté, n’en avait pas moins de 15,000 sous ses ordres: c’était donc 35,000 combattants tout frais, bien pourvus de vivres et de munitions, qui pouvaient en accabler 18 â 20,000 harassés de fatigue, pieds décbaux et se battant pour ainsi dire tous les jours à jeun. Cette mésintelligence servit à souhait Kellermann, en lui donnant le temps de se raffermir dans sa position. Persuadé qu’il est plus avantageux de* soutenir la défensive en pays montagneux que dans la plaine, ce général ne voulait quitter les Alpes maritimes qu’à la dernière extrémité, et prit toutes les mesures nécessaires pour disputer les lignes de la Taggia et de la Roya,s'il venait à perdre celle de Borghetto. Il parvint, à force de patriotisme, à surmonter tous les obstacles provenant du dégoût des troupes, du discrédit public, de la baisse monstrueuse des assignats et de l’épuisement de la misérable contrée où l’on était forcé de se maintenir. Pour retenir les soldats sur des rochers affreux et les y faire travailler au milieu des privations les plus rudes, il les haranguait souvent en leur faisant entrevoir le terme prochain de leur misère. « La «paix, leur disait-il, est conclue avec l’Espagne; in- « ccssamnient nous serons secourus par nos frères « d’armes des Pyrénées. Voudriez-vous leur laisser la a gloire de forcer le roi de Sardaigne à la paix ?» On assure même que la caisse de l’armée ne reufermant que des assignats sans valeur, il offrit et livra aux fournisseurs français ou étrangers tous ses fonds particuliers. pour les engager sous sa garantie personnelle à former quelques approvisionnements: sacrifice d’autant plus méritoire que le désintéressement ne lui était pas naturel. Attentif A saisir toutes les circonstances qui pouvaient le conduire à son but, kellermann accueillit le commissaire génois Spinola , se lia d’amitié avec lui, et, par son intermédiaire, parvint à se rendre favorables non-seulement les membres du sénat, mais encore les négociants. — Par un contraste tout particulier, le baron Devins s'occupait bien moins des intérêts de sos alliés que des siens propres. U commit dans la rivière de Gênes des déprédations qui excitèrent
■ mille plaintes. Dès qu'il fut maître de Savone, Vado et Loano, il arma des corsaires pour son compte. Malheur aux caboteurs rencontrés par eux ! ils étaient ramenés à Vado pour y prendre un passe-port qui, après avoir été chèrement payé, ne leur servait pas même pour entrer à Savone. On assure qu’en trois mois il acquit ainsi de grandes richesses. Une telle administration devait particulièrement déplaire dans un pays tout marchand; et loin de la tempérer p3r des formes aimables , Devins y joignit une hauteur qui lui aliéna jusqu'au dernier Génois... Il alléguait le manque de vaisseaux pour justifier son inaction, et prétendait qu’il ne pouvait s'avancer le long du littoral sans avoir sa gauche appuyée par des batiments de guerre. — Après le combat naval d’Ilyères, lord Hotham détacha une frégate et quelques bricks à Vado, pour l'aider, suivant sa demande, dans ses opérations ultérieures; mais ce surcroît de ressources ne le détermina pas à marcher en avant; si les Génois n’avaient pas crié si fort contre ses exactions, les républicains auraient pu croire qu'il s’endormait sur ses lauriers.»
Engagements divers. — Nous n’entrerons pas dans le détail de ces engagements. Jusqu'au milieu de juillet, la droite de l’armée des Alpes et l’armée d’L talie eurent fréquemment à repousser de nombreuses attaques, dans lesquelles les généraux Garnier, Macquart, Dalfemagne, Vau bois, etc., se distinguèrent particulièrement— Le 1 1 juillet, devant les cols de Tanér et Fréjus, le capitaine Gazan, à la tête du 10e bataillon de grenadiers, se vit enveloppé p%r 1,500 Croates. Il eut l’épaule cassée au milieu du combat; alors, comme Condé à Fribourg, jetant son sabre dans les' rangs ennemis: «Grenadiers, dit-il à ses soldats, « sauvez mon sabre de la main des esclaves.» Après une lutte désespérée ses braves grenadiers mirent en fuite les Croates et rapportèrent le sabre de leur capitaine. — Aux postes de Zuccarello, de l’Inferno et de Rocca- Rarbena, les généraux Serrurier, Laharpe et Masséna eurent de nouvelles occasions de triompher des Austro- Sardes dont l’acharnement n’était pas ralenti par le peu de succès de leurs tentatives, qui furent impuissantes pour faire rétrograder les Français de la ligne de Borghfllo. — Tour â tour le mont Cenis, le col de Tende, Tuirano et le camp de Limone furent aussi assaillis vainement. — Celait une lutte incessante sur les Alpes et dans les Apennins. Les balaillous ennemis mis eo fuite étaient remplacés par d’autres, auxquels de nouveaux succédaient bientôt , comme si l’on eût espéré de vaincre enfiu par la fatigue les Républicains, que ne pouvaient soumettre ni la famine ni les combats.— Les Anglais tentèrent une descente dans la rade d’Alassio, afin de s’emparer des approvisionnements de l’armée : ils perdirent quelques hommes et furent repoussés; mais ils enimeuèreut deux petits bâtiments de transports. - Peu de temps après, le 27 juillet, une soixantaine de grenadiers français, embarqués dans de frêles esquifs, reprirent, près de Borghetto, une tartane française dont un corsaire ennemi venait de s’emparer dans In rade d’Albcnga.
Fil ANGE MILITAIRE.
Attaque du mont Genèvre. — L’armée d'Italie, et particulièrement son aile droite, avaient , jusqu'à la fin d’aoiU, été l’objet le plus constant des attaques des Coalisés. Le 31 aortt, l’armée des Alpes fut attaquée par une division de 4,000 hommes, dont le but était de s’emparer du mont Genèvre, poste important de la ligne française, situé dans les Alpes -Col tiennes, à une lieue de Briançon , entre le mont Viso et le mont Cenis.
L'ennemi s’était divisé en quatre colonnes, dont trois partirent d’Houlx, se dirigeant sur la droite, et la quatrième de Fiueslra, se portant seule par la gauche. Le plan d’attaque était bien conçu, mais il fut mal exécuté. Les colonnes, au lieu d’agir avec ensemble, n’arrivèrent que successivement, aux points d’attaque indiqués, et se firent battre séparément. La seconde colonne seule montra une intrépidité digne d'éloges, en emportant deux fois à la baïonnette le poste de la Ceche; néanmoins les Français, dont le nombre ne dépassait pas 800 hommes, parvinrent, à repousser l’ennemi.
Le sergent-major Janncria, du 2e bataillon d’infanterie légère, réussit à désarmer seul et à amener aux avant-postes français un détachement de 30 Piémontaisqui conduisaient 21 prisonniers républicains; il fut nommé officier sur le champ de bataille. — Le capitaine du 2e bataillon du 79* régiment, Labafour, fut promu au grade de chef de bataillon, pour avoir arrêté, avec 10 hommes seulement, une colonne de GOQ hommes qui sc portait sur Clavières. Sa résistance donna le temps aux troupes cantonnées dans ce village de prendre les armes et de venir attaquer et vaincre cette colonne.
Combat de Cerisoles et de Lantosca.— Pendant que la droite des Piémoutais attaquait le mont Genèvre, leur gauche cherchait à débusquer Serrurier du camp de Cerisoles et du poste de Saint-Martin-de-Lantosca. La marche des assaillants fut favorisée par la chute de la neige et par un épais brouillard. Au sortir du col de Pierre-Etroite, ils fondirent sur le camp de Cerisoles, oh se trouvait seulement un poste avancé qu’ils emportèrent. Serrurier était à Saint-Martin; prévenu à minuit seulement de ce qui venait de se passer, il fit battre la générale, rassembla 800 hommes qui furent prêts les premiers; arrêta l’ennemi déjà parvenu à l’entrée du village, cl le contraignit à la retraite quoiqu'il fût cinq fois plus nombreux. 1*8 Piémontais s’étaient retirés sur des hauteurs voisines, dans l’inleuUon de revenir à la charge au jour; mais les Républicains les ayant aperçus se hâtèrent de les prévenir, et vers six heures du malin demaudèrent qu’ou les conduisit au combat- Serrurier se mit à la tète de la colonne d’attaque. Les Piémontais, chargés à la baïonnette, furent culbulés et ramenés jusqu’au camp de Cerisoles, où ils tentèrent vainement une nouvelle résistauce. Leur déroute fut si complète que pas un d'eux n’aurait pu s'échapper si les Républicains eussent été assez nombreux pour les arrêter au col de Pierre-Étroite. Le général Bonnaud, émigré, chef de l’expédition, ayant été dangereusement blessé dans le combat, sc tua d’uu coup de pistolet afin de ne pas tomber vivant eutre les mains
de ses compatriotes.— Le 1er septembre, une attaque de C00 Piémontais, contre le col de Finestra, fut repoussée avec une égale énergie, et dans la soirée du même jour, une division de Croates s'étant retranchée dans de vieilles masures, sur le front de la droite de l’armée, fut presque entièrement exterminée.
Combat de Saint- Bammiit. — Le même jour encore le poste de Saint-Bamouil, déjà une fois vainement attaqué, fut assailli de nouveau. Les Piémontais se présentèrent devant la position, eu force supérieure, suivant leur habitude. Le combat dura cinq heures; il fut opiniâtre et meurtrier. Les Piémontais furent enfin contraints de se retirer, laissant aux Républicains plus dc30ü prisonniers et un grand nombre de morts sur le champ de bataille. Le lendemain ils renouvelèrent leur tentative, et dans le désir de la faire réussir, ils l'appuyèrent par de fausses attaques sur toute la ligne, notamment sur les postes de la Lombarde, de Sainte- Anne et de Saint-Élieuue; mais partout ils furent repoussés et éprouvèrent une perle immense. Devint fatigué de tant d'attaques sans résultats, les ralentit pendant quelques jours afin de sc préparer à une action générale.
Kellermann reconnut ledessein du général autrichien au mouvement géuéral qui s'opérait sur la ligue austrosarde; mais il s’eu inquiéta peu, se bornant A recommander aux généraux de tenir la troupe en alerte, et toujours prèle à recevoir l’ennemi.
Attaque du Petit-Gibraltar. — Le mouvement agressif de l'armée coalisée eut lieu le 19 septembre. Le centre et la droite des français devaient être menacés par deux fortes divisions, appuyées d'une réserve de 8,000 hommes. Au pied du centre de la ligne, entre Borghetto et le Tauaro, en avant du village de Zucarello, sc trouve un rocher d’un accès difficile, sur lequel les Français occupaient un poste fortifié nommé le Petit-Gibraltar, et qui était défendu par 400 hommes aux ordres de l’adjudant général Saint-Hilaire. Devins décida que l'attaque générale n’aurait lieu qu’après l’enlèvement de ce poste qui, par sa position avancée, gênait les manœuvres de son armée. 2,000 Autrichiens d’élite occupèrent en conséquence, au-dessus de Campodi-Preti, une redoute armée de cinq pièces de canon et d’un obusier. Les défenseurs du Petit-Gibraltar en essuyèrent le feu sans en paraître ébranlés. Alors la colonne autrichienne s'avança pour enlever le poste de vive force, et sc précipita avec impétuosité sur les retranchements. Les Républicains, pénétrés de l’importance du fort confié à leur courage, étaient déc. dés A mourir plutôt que de le rendre. Deux fois l'ennemi gravit la colline au pas de charge, et deux fois arrivé au pied des retranchements il fut repoussé â la baïonnette et écrasé par le feu de la mousquelerie , qu’il reçut presque à bout portant. Devins, convaincu qu’une attaque de front était impossible, chargea une colonne de tourner la colline ; mais cette dernière tentative échoua également. Le brave Saint-Hilaire, secondé par quelques compagnies que Joubcrt lui amena, s’élança sur les Autrichiens et les culbuta jusqu’au pied de la
colline, où il acheva de les écraser. Enveloppas de toutes paris, a peine quelques hommes parmi ce» 2 000 parvinrent-ils à s'a happer pour aller informer Devins de leur désastre. Ce général, épouvanté d’un tel résultat, renonça à sou attaque el fil replier scs troupes pendant la nuit.
Scherer succède à kellermann. —Ce brillant combat fat le dernier par lequel l'armée d’Italie se signala sous Kelierinann. Le Comité sépara de nouveau le* deux armées. Ce général alla remplacer Moulins à l’armée des Alpes et eut lui- même pour successeur à l arm e d’Italie Stberrr, qui s’empressa d'adopter en partie ses plans et continua les op rat.ons qu'il avait projetées *.
Scherer avait été suivi A Nice de deux fortes divisions de l’armée des Pyrénées Orientales, formant ensemble 12,000 hommes. Il s’éleva entre les nouveaux venus et lés soldats qui depuis long-temps faisaient la guerre sur les Alpes, une émulation sans jalousie, honorable rivalité de courage A laquelle on dut le sucrés brillant qui termina la campagne de l’armée d'Italie.
Combat de Nalchaunce. - Pendant que Kellermann
* Quelque* iVmauu militaire* qui font autorité attribuent le rrmpliccmenl de keliermauu p^r -S» hcrer sut dnu-iuttunsqui l'ttorérrnl entre lui cl le comité mil iaire rtc la Convention , *nr k- plan de campagne à suivre. t.’e*l aussi l'opinion de Jonuni. • L'inhiit.oo du fién«rai français CLiu de rotij-cr les Auli-nhcus de* l’iémanlai*. en alla' puni leur ligne sur trois points. La preunéte ntkmue à garn i e perçant par Carlii-orl VhMena, te col de Tende et lutrappa . aurait délogé les derniers des hanteui s de la rive oend ulak- «tu Tanaro; la monde aurait tourné et attaqué la droite des impériaux à >p«uardu, la l’Iaiietla et >an Bcruardo, taudis que la hoisiéiue rûl tenu leur gambe en échec dan* b pta ne de lakiuu, et qu'un fort délai-brnteiil eût MIC par I titra no |mnr seconder les deux pmifm attaque* sur la gsudw. — SS l'citculwu de ce plan lépuotlail S l'uke qu'on s'en était formée, le centre de la ligue eiiiieiine eût été cmIIhiIi «■ dé* I* début , sur la Bornmbi. Maître «les crélcs principale* rte l'Apennin . Kellermann sr proposait etiso le de marcher sur Mclogno cl San l.ia iimm, de ronper tout ce qui serait resté dans le bassin de Iswno. en le faisant attaquer de front pendant qu'im détachement edi cherché A lui couper par Birslro la roule de Savoue à Alexandr e- — l.'armi'c de» Alpr* aurait favoris»1 <■»* entreprise* par de* démonstrations et princ-pak-ment par un grand fourrage dans la vallée d’Iioulx. — Le projrt différait en ions points de «* ux i risrnlés à la campagne précédenie.- Tu cl fri, lkni.i|iai le avait a loi s piuj -osé la jonction dr» ai mt'es des Alpes cl «filai e dan* la vallée de la Siura, et le sort de la Sar daigne aurait dépendu de la prise de «k ux plates el d'une bataille dan» la plante <Je tout ; mais akns les Français ti'éiaienl point connut actuellement établis sur le versant d<« eaux de l'Apennin. Pénétrer en Piémont par la vallée du lanaro était doue mie nk’e IrtH heuituse pnisquVIle fa sait élu.Jer deux plaît1* «(uni k* siège edi été atMsi long que difficile. Toutefois on pouvait reprocher ail p*an de keUcrmann d ; tirer trop peu de parti de sa gauche; il n'a tirait dû laisser i I armée des Alpes qu'un rideau cl renforcer sa droite rte 7 à 8 INIO honv nies, attendu que la frontière de ce «*Até n'aurait ronrn auruii risque tant qu’une armée de 4â,l)W) remballant* édicté matin «w- «te la plaine au revers de l'Apennin. Sort que k* Comité de salut public n 'approuvât pas ee projet , *o t qu'il edt déjà Tmlrnlion d'en confier l'exiTution à un autre général, il ne répond ! point i KeHermaon...— Ce comité avart d'ailleurs un autre1 plan.
■ Partant de ret axiome assez vrai, que si h nature a borné la France aux Alpes, elle a tracé de même ks bmin-sdr l'Autriche aux montagnes du Tyrol. k* comité excité par qm Iqnes méronletits vénitiens et lombard*. a va t conçu, dit on, dé* Uns, le projet d'alk-r ronquérir In paix* ad cœur des étal* héréditaires de IT.inpeieur. Mais pour arriver à ce bul II fallait rt’aN>r«l descendre en Piémont: Par jikV d’tulic devait «loue faire les premiers pas en s'emparant de San Bit nordo. San Liaromo et \ ado, et chassant de v*ve fom* ou |tar d»*s manœuvres 1rs Aulrnhiens de Monlenot te. telle opération a bevée, le cix» de l'armée se serait porté par BiCStro il Moule Zcmoki sur Mtlk simo, ou. après avoir rallié la division laissée à Sun Reniant» pour tenir en échec les Piémonuu. et celle chargée de balayer les
i était nu on? à Nice p >ur remettre le commandement à i Scbfrtr, 200 tmmlagoatds vauilois *c ruèrent itnpélueiisum-nli-l A l'imprimait sur qui lqun» avant -postes français qui «'étaient avancés jusqu'au col de la Croix, l'un îles tlcboudns du pajs de Vaud. Le gént ral Rouget, coiiimai.dant la dtvihiou degauihe de l’armée des Alpes, vint eu bàle au secours des Ripublicains qui avaient été repoussés en désordre sur le camp. Non content d'obliger les milice* vatido scs A la retraite, il forma le dessein de le* attaquer dans leurs relraucbemeLits pic» du bourg de MaL haussée.
Cinq «epls homme» divisés eu trois colonnes, sous lisordiesdc l'adjudant générai Cbanibaud, partirent du camp de Moulai, le 2ô septembre au soi r,«l après une longue mai* lie de nuit, ai rivèrent au lieu de leur destination, lue fu»6e donna les gnai de l'attaque, qui commença par uu f«u 1res vif de mousqueterie. Ce feu se soutint d'abord entre les deux partis; mats Chambaud, craignant que l’ennemi ne fût secouru, ordonna A scs soldais de se porter eu avant au pas de charge, quoique pour atteindre les retranchements il lailùl gravir une colline escarpée. Le* Républicains y
hauteur* i gauche du Tanaro, il eût tenté d'enlever le ramp retranche rtc U va. d'iiiu-slir < t d'auM'git la eiladcRe «le relie pbrr. La «avaler» iCpubhcat uc aurait rampé sur le revers septentrional de l'Apmiiuu, dans la valk-e du Ta»>aro, el nua (ouïe la plaiite A contribution. L'a rü lime oé« oaaire au siège «te U:va aurait été riiibarqné i « «ueille, ni-sc à tcncà V adu aus»itoi après u prise de Moulc-ZemolA, |hiis ou devait jderi Savoue une eeiitaim- dé raiioiink rs avtv an milloT rte famass iis |<iur pion ger la rrlraite en ras dVxéucments l.uiMox. Atiu d’aitm-r ks IVn nui lais sur unauttr itniirr, et de le» eiupéi-bcr «le troubler k- s.égc d» Istva, la dio.tc de l'armée des Alpes «K va i se réunir à la gaiulw de celle dTiabe, dan* ü vallée delà Mura, s’inipircr des Barnmdes. investir tK-mout et re.iidre «le rassu'gcr.— Léva lédinl, ou aurait léparé et auj.nieiilé k-s tonifications, et cV«l son» m murs qui k-s Français, obi g* s de se ixMieeiitrcs pen dunl la saison des nrig«s. eioseut pn'-paré tout ce «pu était lutTssaire |nmr Li rauqiagiie piv«funtir.— la- Comité se Matiart «le rmieitlir tes plus beaux r«siiiiats tk.- ec plan, lersuarté que le rmdr Sairtavgoc ne verra»! point les Républicains au c«cur de ses étals sans perdre tout i*l loir d* nmiHpiéiir La Sa'oe il le couitedc Nhe; il sup|i«sail que dés kirs la |ire*corc rte l'ariiit'e auirl» birnne mettrait un faible iihsiaelt-i la paix séparée du i'iéuioiit; el |iuur eu faciliter les négo* eut nous, il diria aux irptéseuiauts el au général eu «-tuf le rôle que chacun d'eux au» ait i iem|rtir. — Les (hciiiuts devaieat aix ueillir toutts les ouxei fuies cl lais* r entrevoir au «-abli.H de Turin la possibilité de m-evuir en Ismiltaidie une inrteiuuité pour la mtow et le comté de Nkv. krllerniuuii, de sou «Ole, avait ordre de t raiier avec k s plu» Qiaods v, ard* k-s pns<MMWers sardes, aHu d aivroitre la mésial< iljgeiHequi riguail déjà cuti ceux el k-s mi) seriaux. I x roruité alla plus kilo ; prévoyant le cas même où la paix serait conclue, il re nrr mandait qu'on veillât à requ'.Vk-vandrie ne restât pas cuire les mains dt-s Aulrirlm-iiS. llans l b>|»oltr黫- contraire, I armée fiança ise devait usvii'grr Turin au mois de février, pnsrr k* t’ô, et après avoir conquis la Ihmbsrrfte, tr.nulur le* gorges de Trente rt Tenir A travrr* le Tyrol opénr la jonciiuu sur ks Ijocds «le l'fiiu avec les armévs du Rbin. — Assurément ce pro>-l , hors de toute proportion avec les force* qu'on pouvait v ruiployiT, ne valait pas iiim-ux que celui «t« Kelk-riiiann ; bw-n qu'il i-nmbn â( k-s primipanx efforts des Français sur ta droite, il rr,rtart le* aiiilro- santés sur leurs vo'rsde relraiu», et taisait «-ii ouirc rté|*t-u<trt* le sueixs de Popi'raiion de la risc do deux places. Totîlefoi» le généial eu chef pat Ut moins frappé rtc* IncfHitéineufs «le Ij seconde partir que des obstacles q«it s'opposaient â l'cx <4-111 ion de la pn-uuérc; ce fut du moins h- point sur l< quri fl idtiSla plus vivement. Il ri-|>r«hi-iila que 5.4 «lioifr ayant à peine :0,000 bomuH'V, il ne pceirrait la porici à avai.t un mois, en sorte qu'il hu ri-stcraii trop pntde frmpsimur réduire téva, et, romme s.1 réponse miff-muul eu o«itre quelques oliserxallons tranchantes Sur la pri nnétc partie du projet , le Lunule «le saltil publ.c le puint de sa framiuM- en le reléguant à ( armée rtc* Alpes, rl faisant duuncr A .Scherer, par décret du 31 août , te comniamk-tncn t de l’ai niée U'(tabt.»
armèrent sous une grêle de balles. Les Vaudois, se- 1 condés par les Piémontais, se croyaient en sûreté der- ] rière leurs retranchements; ils raillaient les Républicains tout en faisant contre eux le coup de fusil avec beaucoup d’ardeur, et comme pour les engager A persévérer, chantaient en le parodiant le fameux Ça ira. Cette insulte remplit de rage les Français, qui firent d’incroyables efforts et parvinrent aux retranchements. Les Vaudois ne chantaient plus; ils continuaient à combattre avec courage; mais leur défeuse obstinée et même héroïque fut inutile : leurs retranchements furent enfin emportés. L’acharnement redoubla alors : un combat corps à corps s’engagea dans les redoutes. Le bruit de la mousqueterie, les chants ironiques firent place à un affreux silence, seulement interrompu par des gémissements, des cris de vengeance et de mort. L* carnage fut terrible dans les retranchements ■et se continua dans le bourg même de Malchaussée', dont les Républicains restèrent maîtres. Les Piémontais eurent un grand nombre de morts et de blessés. La moitié des leurs restèrent prisonniers; très peu parvinrent k s’enfuir.
Combat de la Novalaise. — Le général Pouget résolut de profiter de l’effrdi qu’avait causé aux Piémontais le combat meurtrier de Malrbaussée pour mettre la ligne de défense du Mont-Cénis k l’abri de toute surprise, en rejetant l’ennemi au-delà du village de la Novalaise. —Cette expédition eut lieu le 14 octobre. 6000 hommes en furent chargés. Pouget les divisa en trois colonnes, et se chargea lui-même de la direction de la première qui devait marcher entre les deux autres et attaquer la position de front. La seconde, aux ordres du général Fournier, devait longer le revers de la montagne de Montpensier, et prendre l’ennemi à dos par le poste de la Chapelle-Sainte-Marie; enfio la troisième, commandée par l'adjudant général Lacombe, avait ordre de se diriger par les montagnes de l’Arpon , afin de protéger la retraite en cas de besoin.— Le poste de la Chapelle- Sainte-Marie fut emporté après une résistance des plus vigoureuses.— Ce premier succès enhardit les Républicains. Fournier tourna le village de la Novalaise et arrêta les secours que le poste de Venans envoyait aux Piémontais; ceux-ci, ayant été cernés, mirent bas les armes, après avoir inutilement tenté de se faire jour à la baïonnette.
Prise de Campo-di-Preti. — Les divisions Augereau et Cbarlet, à peine arrivées de l’armée des Pyrénées orientales, montrèrent à l’armée d'Italie ce dont elles étaient capables, en chassant, le 16 novembre, les Autrichiens de Campo-di-Preti , position si souvent teinte du sang des deux partis.
Opérations de l'armée des Alpes. — Avant de passer au récit de la célèbre victoire de Loano, qni tira l’armée d’Italie de la position critique où elle sc trouvait; nous allons mentionner rapidement les opérations de Kellermann, qui, devenu simple général en chef de l’armée des Alpes, contribua avec une abnégation bien rare de toute vanité, de tout ressentiment,
aux succès de son successeur à l’armée d’Italie.
Afin d’occuper les Piémontais et de les empêcher de porter des secours aux troupes que Schercr avait en tête, et contre lesquel les un effort vigoureux se préparait, il ordonna aux différents postes de son armée de harceler l’ennemi sur tous les points que la neige et les glaces ne rendaient pas encore absolument impraticables.-Ainsi le général Vaubois dut porter un fort détachement sur les Clapières par le col de Mers, dans la vallée de Maurienne, pour y enlever un camp ennemi OUe opération fut couronnée d’un plein succès. Une attaque fut aussi dirigée par le même général contre les postes avancés de l’ennemi , dans les vallées de la Stura et de la Mayra. Trois détachements forcèrent les postes de Sarrela, du pont de Mayra et des Sellettes. Les Piémontais s'enfuirent après un léger combat, et une forte tourmente empêcha qu’ou les poursuivit. Trois autres colonnes faisaient en même temps une reconnaissance dans la vallée de la Stura pour y enlever des fourrages. Les postes d’Argentera , quoique fortement retranchés et gardés par les régiments suisses de Meyerhoff et de Millins , furent emportés k la baïonnette;. l’ennemi, poursuivi jusqu’à Démonté, fut culbuté et perdit beaucoup de monde. Les Français poussèrent leur course jusqu’aux postes des Barricades, et même jusqu’à Vinadio, où, se trouvaut en face de retranchements défendus par des forces supérieures, ils durent rétrograder.
Le centre de l’armée des Alpes attaqua avec succès les divisions qui lui étaient opposées; une colonne pénétra jusqu’à la Chapelle-Saint-Charles qui domine le village d’Houlx, et en chassa l’ennemi.— A la gauche, Kellermann se rendit lui-même à Barcelonnette et à Briançon , pour diriger les différentes attaques parties de ces points importants , les plus rapprochés de Scherer. R réussit par ses engagements multipliés à empêcher les Piémontais de dégarnir aucun point de leur ligne pour renforcer les Autrichiens. Mais bient/it la chute abondante des neiges et la rigueur excessive du froid suspendirent forcément toute opération, et la ceinture de glace qui se forma autour de l’armée des Alpes la contraignit à prendre ses quartiers d’biver.
Bataille et victoire de Loano. — Fin de la campagne. — L’armée d’Italie jouissait d’une température plus supportable , et se préparait à terminer la campagne en livrant une grande bataille que Scherer espérait rendre décisive.— Cette armée s’étendait par sa droite, depuis le rocher de Borghetto , que baigne la Méditerranée, jusque sur les monts parallèles à ceux de la Planetta et de San-Bemardo , touchant aux défilés de Garessio et du Tanardo. Le centre , aux ordres de Masséna, était formé par deux divisions de l'ancienne armée d’Italie, occupant les positions de Zucare Ifo et de Castel- Vecchio. Une troisième division de la même armée formait l'aile gauche, que commandait le général Serrurier. La droite, sous Augereau , se composait des divisions récemment arrivées des Pyrénées avec Schercr. Saorgio était couvert par une division restée au col de Tende. Toute cette armée, qui, avec les renforts qu’elle venait de recevoir, s’élevait à peine à 40,000
FBANJCE MILITAIRE.
combattants, manquait de pain , d’habillr ment* et de monitions, ses communications avec Gênes étant interrompues par la flotte anglaise, qui était restée maîtresse de la mer après le combat des lies d’Hyère*.
L'armée austro-sardc au contraire, forte de &f»,00Û hommes, malgré les pertes que lui avaient fait essuyer les maladies, était abondamment fournie de vivres et d'approvisionnements de toute espèce. La position qu’elle occupait était parallèle à la ligne française, dont elle était séparée par un vallon étroit et profond, mais qui s’élargissait à Loano, village en avant duquel trois fortes redoutes avaient été établies sur des mamelons assez élevés pour dominer tous les environs. Celte position se composait de postes en quelque sorte inexpugnables, liés les uns aux autres par des retranchements, et défendus par cent pièces d’artillerie de tout calibre. Les Autrichiens, aux ordres de Wallis, formaient la gauche; ils s’appuyaient sur la mer A Loano, occupant la Pictra et Finale, où Devins avait établi son quartier général'. Le centre, que commandait Argcnteau, s'échelonnait de hauteurs en hauteurs depuis Campod»-Pr«ti et Rocca-Barbena jusqu’aux monts de Melogno et de Settepani, en traversant les fortes positions de Bardinetto et du mont Calvo. Les Sardes formaient la droite sous Colli. Ils s'adossaient au Piémont, sur les places de Céva , de Coni et de Mondovi. L’ensemble de ce système opposait aux Français une triple barrière a franchir; la première, du mont San-BernardoA Loano; la seconde, de Bardinetto A la Pietra; et la troisième, de Settepani à Finale.
Quelques camps retranchés avaient été aussi établis en avant de différents points de cette position. Aucune précaution eufln n’avait été négligée par Devins pour ferroeraux Français les routes de Gènes et du Piémont. Ceux-ci, sans pain, sans souliers, dénués de tout, ne s'en montraient que plus impatients A franchir les obstacles au-delA desquels ils devaient trouver l'abondance. Ils demandaient le combat A grands cris.
Scherer, arrivant dans un pays qui lui était tout-Afait inconnu , fut assez modeste pour se défier de lui-méme, et rassemblant autour de lui les généraux qui avaient déjà combattu avec succès dans ccs montagnes, offrit généreusement au plus digne de tous la direction des plans d’attaque. Masséua , que ses camarades proclamaient le plus habile, en fut donc chargé, et s’en occupa sur-le-rbainp.
Une reconnaissance générale de toutes les positions avancées de la ligne ennemie fut d’abord ordonnée. — Le général Cbarlet se présenta le 17 novembre devant Campo-di-Preti , A la tète d’une forte colonne. Les Austro-Sardes étaient loin de s’attendre A celte visite; ils furent culbutés, et leurs retranchements furent détruits. Le général français, sans rencontrer de nouveaux obstacles, parcourut ensuite tous les avantpostes, depuis Rocca-Barbena jusqu’A Tuirano, et revint avec trois pièces de canon et 500 prisonniers. Cr début était d’un heureux présage: d'autres circonstances vinrent encore accroître les espérances des Hé-
» Ce général pn rhef. privé, par un abof* dnns la bonrhe, «le l'otage de U pan Je. avait depuit peu de jour* rvmr* le coamiandcmeat par it\tfrun à Wallis.
publicains; le frivole Argentr.au, plus courtisan qu liomme de guerre , avait permis A la plupart de ses officiers d’aller s'amuser à Turin , ne concevant pas que les Français osassent tenter une bataille dans une saison si avancée , et avec de si faibles moyens de succès. D’un autre côté, Wallis, qui remplaçait Devins malade, ne croyait pas avoir. A s’occuper de disposer son armée pour une bataille, et donnait les ordres nécessaires pour qu'elle s'établit en quartiers d'hiver.
Néanmoins, le premier plan d’attaque concerté entre Masséna et Scherer ne fut pas heureux ; il s'agissait de tourner et de placerentre deux feux la droite des Austro-Sardes. l’a brouillard épais et prolongé, une abondante chute de neiges, qui eut lieu tout A coup du côté d’Ormea, fermèrent brusquement pour quelques jours tous les sentiers des montagnes; il fut impossible d'y pénétrer. Le ciel s’éclaircit enfin , les neiges se fendirent, mais Scherer et Masséna venaient d’arrêter va autre plan daltaque.
Il s'agissait d’opérer sur le centre de l’ennemi le mour veroent qu’on avait d'abord voulu exécuter sur sa droits, de s’emparer des positions qui le couvraient A Banco, b Rocca-Barbena et A Bardinetto; de les dépasser, et d'en prendre d'autres aussitôt en arrière de sa ligne. Masséna, qui proposait ce plan hardi, se chargea de l’exécuter lui-méme. U fallut faire redescendre les troupes qu'on avait portées sur la gauche pour l'exécution du premier plan, mais afin de donner le change A l’ennemi et aux habitants sur cette marche rétrograde, on répandit le bruit que l’armée allait prendre ses cantonnements d’hiver, et des ordres furent donnés pour préparer des logements dans tous les villages voisins.
Parmi les privations qu’enduraient les Républicains, une des plus pénibles était le manque de chaussures au milieu de neiges, de glaces, sur des rochers couverts d'aspérités, et dans des chemins semés de cailloux tranchant». Leur industrie naturelle avait beaucoup A faire pour suppléer A cette privation : ils s’enveloppaient les pieds de linges, de bandages, de lanières tirées des sacs de peau, etc. Une circonstance inattendue exerça, au moment où les divisions allaient se mettre en marche pour la bataille, une influence salutaire sur l’armée: ce fut l’arrivée d'un brick qui, trompant la vigilance des croisières anglaises, lui apporta 100,000 rations de bjscuit et 24,000 paires de souliers ; tout le camp fut dans la joie. On en fit aussitôt la distribution : d'abord les faibles et les souffrants, puis ceux que quelque action d’éclat avait signalés; et combien restèrent nu -pieds malgré des droits incontestables A la faveur d’une chaussure! « Qu’importe, dit un vieux grenadier, nous n’eu manquerons pas demain , l’ennemi sera chargé de la fourniture. »
On comptait former trois attaques, une fausse et deux sérieuses. Augereau commandait l’aile droite, avec laquelle il devait chercher A déborder la gauche de l’ennemi. Serrurier, avec l'aile gauche française, était chargé de tenir en échec les camps de San-Bernardo et de la Plauetta , et de les empêcher par do feintes attaques de porter secours au centre de l’armée austro-sarde, sur lequel Masséua allait faire Iç principal effort.
FRANCHI MU.ITAltlK.
Ce général partit de Castel-Vecchio, le 22 novembre, à la nuit tombante, et à la tétc de deux divisions. Il comptait par deox attaques simultanées, l’une sur la droite, Vautre sur la gauche du centre de l'ennemi , le séparer du corps qui se trouvait à Loano, puis, après l’avoir battu, le gagner de vitesse sur les positions de Melogno et de Settepani, par ofi Àrgenteau devait I naturellement se retirer en cas d’échec.
L’aitaque commença A la pointe du jour. Masséna j avait fait une courte harangue A ses troupes pour leur I dire que la victoire était dans leurs batonnettrs. Les généraux La Harpe et Charlct attaquèrent les troupes postées A Hocca-Barbena, et les culbutèrent sur tous les polnis pendant que Masséna s’emparait des positions de Malsabeno, et de Banco et poursuivait jusqu’à Bardinetto l’ennemi qui s’y était rallié.
A Bardlnctto, les Autrichiens opposèrent une résistance désespérée, et paralysèrent long-temps les efforts des Français. Masséna s’indignant de la longueur d’une attaque sur la rapidité de laquelle reposait tout le succès de l’entreprise, fit approcher sa réserve, et le combat recommença avec une nouvelle fureur. Le brave Charlet, donnant l’exemple aux soldats, se précipita le premier dans les retranchements et y tomba frappé d’un coup mortel. Sa mort excita la rage des vieux soldats républicains, qui, les rangs serrés et la baïonnette en avant, se ruèrent en masse compacte sur leurs adversaires, que cette charge furieuse épouvanta enfin, et dont la déroute fut bientôt complète. Ils s’enfuirent en désordre vers Bagnasco, sur la rive gauche de la Bormlda , ofi Argenteau chercha â les rallier.— Les hauteurs de Melogno avaient été occupées par le général Cervoni.
Pendant que l'armée ennemie était ainsi percée à son centre, Augereau attaquait avec succès son aile gauche, depuis Loano jusqu'aux hauteurs occupées par Argenteau. Neuf chaloupes canonnières embossées entre Borgbetlo et la Pietra, et armées de pièces de gros calibre, mitraillaient les troupes ennemies placées dans le voisinage de la mer. Fn même temps l’adjudant-général Rusca attaquait, â la tète de 1,700 hommes, les redoutes qui défendaient les approches de Loano. Les deux premières furent emportées d’emblée, et aussitôt le chef de brigade Suchet $c dirigea avec 400 hommes sur le Moote-Calvo. Le troisième mamelon , dit le Grand Caslellaro, défendu par le général milanais Rocca vina avec 1,200 hommes et deux pièces de canon, opposa plus de résistance. Une première attaque des chasseurs français fut repoussée, bien qu’elle eût été appuyée par la brigade Victor. Augereau craignant de perdre un temps précieux, laissa sur sa droite le général Dommartin pour contenir l'ennemi devant Loano , chargea Victor d’investir le mamelon , et ordonna â Barnel , commandant la brigade de gauche , d'enlever le village deTuirano, et de gagner, conjointement avec Rusca, les hauteurs de Monte-Cariuclo. Cette attaque se fit avec vigueur : une partie des troupes qui défendaient Tuirano se réfugia vers la Chartreuse, comme dans un réduit de sûreté; l’autre se retira sur le Monte-Carmelo. Barnel , renversé d’un coup de feu à l’attaque du village, fut aussitôt remplacé par le chef de bri-
gade Lannes, qui se mit à la tétc de la eolonne. Les Républicains, animés par son exemple, gravirent au pas de course la croupe où s’appuyait la droite de Wallis, et emportèrent successivement quatre batteries retranchées, dont les pièces furent aussitôt tournées contre les Autrichiens. Alors, jugeant que le momeut était venu de se rabattre sur le Castellaro, Augereau somma Rocca vina démettre bas les armes. Celui-ci , témoin de l’échec des siens , consentit à quitter la redoute , à condition qu’on le laisserait se retirer avec armes et bagages sur le Carmelo. Sa demande fut repoussée. Il offrit alors d’abandonner son artillerie , mais en insistant pour avoir la liberté de se retirer. Augereau rejeta cette offre avec dédain, et lui donna dix minutes pour sc rendre à discrétion. »Dix minutes, répondit ce brave «Milanais, il ne m'en faudra pas tant pour passer «par là.» Et il montra la brigade Victor déployée entre Castellaro et le Monte-Carmelo. Oo crut d'abord que c’était une bravade; mais Roccavina avait pris sa décision^ déterminé, s’lldevaitétrevaiucu,Âsuccomberdu moins avec gloire, il sortit de sa redoute, tomba en furieux sur les 117* et 1 18* demi-brigades, les culbuta, et, malgré le feu du reste de la brigade, parvint à effectuer sa retraite, au grand étonnement des Républicains, que sa vigueur et sa résolution généreuse pénétrèrent d’admiration.— A la vérité , cette retraite de Roccavina fut favorisée par des manœuvres de la cavalerie que Wallis fit sortir de Loano, et qui donnèrent un moment d'assez vives inquiétudes à Augereau. — Restait à prendre celte vieille Chartreuse, placée dans une gorge sur le flanc du mont Tuirano , et qui s'était tout à coup changée en une forteresse dont le feu portait le ravage dans les rangs des vainqueurs. 800 soldats autrichiens s’y trouvaient renfermés avec le général Thicrny. Ils n’imitèrent pas le bel exemple que venait de leur donner Roccavina, et capitulèrent à la vue des préparatifs qu’on faisait pour les enlever d’assaut.
Les Austro-Sardes, honteux de leur défaite, s’étaient ralliés sur le mont Carmelo , pour disputer encore une fois la victoire à un ennemi dont ils connaissaient la faiblesse numérique, et qu’ils croyaient épuisé par dix heures non interrompues de combat Scberer, devinant leurs projets, et résolu à ne pas leur laisser reprendre l’offensive sur un point si important , s’avança contre eux avec sa droite.— Pendant ce temps, le chef dr* bataillon Suchet, descendant des hauteurs presque inaccessibles du mont Calvo, dont il venait de s’emparer avec le plus grand courage, manœuvrait de manière à prendre A levers l'extrémité droite de leur aile gauche. — Cependant Schercr, incertain de ce qui s'était passé au centre, hésitait encore. Il craignait, dans le cas où Masséna ne serait pas assez avancé sur les derrières de l'ennemi, de tout compromettre en obligeant les Autrichiens à une trop prompte retraite; de même que, dans le cas contraire, il pouvait laisser échapper, par de trop longs tâtonnements, l’occasion de les vaincre. Un message de son lieutenant fit bientôt cesser ses perplexités : Masséna lui annonça que scs deux divisions étaient victorieuses d’Argcnteau, qu’elles menaçaient déjà les hauteurs de l'Apennin et mar-
chaicnt pour se placer entre le Piémont et les alliés. Scherer, afin de seconder ces manœuvres, fit renforcer par trois bataillons Suchet , qui fut chargé d’envelopper la droite de l'aile gauche autrichienne, sur le front de laquelle il s'avança lui-tnéme aussitôt avec le reste de la ligne. Mais tout k coup un brouillard humilie, infect, accompagné de tourbillons de neige et de grêle , cacha la lumière du jour et mit fin à la poursuite. Les Républicains, impatients de combattre, attendirent en vain sous les armes qu’il se dissipât. Des rangs entiers furent renversés par les raffales de la tourmente, et l'on compta sur le champ de bataille des morts et des blessés que n'avait pas 'frappés la main des hommes. La nuit survint au milieu de ces ténèbres anticipées.
Les Autrichiens en avaient profité pour sc replier sur Finale, abandonnant tentes, artillerie et caissons. Le lendemain , au point du jour, Augercau les poursuivit avec des troupes légères. Déjà même il avait atteint leur arrière-garde, quand l'apparition deMasséna vint accroître leur danger. Après avoir achevé la déroute du centre par la prise, des postes cl de San-Pietrodel - Moule , dont la perte laissait l’aile gauche à découvert, le général était arrivé sur les hauteurs de Cura et de San-Pantaleone,qui dominaient toute cette aile. L'orage l’y avait surpris; mais prévoyant que l'ennemi, s’il était réduit à s’enfuir, chercherait à g ,ig ncr les défilés de Saint-Jacques, il avait marché malgré la tourmente, et il avait fait occuper ces défilés par quatre bataillons aux ordres de Joubert.
Tout se passa comme les deux généraux 'Scherer et Masséna; l’avaient prévu. Pressés par derrière, sur leur front et sur leur flancs, les Autrichiens se débandèrent pour s'enfuir isolément par les sentiers des montagnes. Vado, où se dirigeait en désordre le gros de l’armée, et les hauteurs de Savone, ayant été occupés par 4,000 hommes, les débris des troupes battues à Loano s'enfuirent dans la vallée de la Bormida.
Suivant ses instructions. Serrurier, par de fausses attaques, s’était borné à contenir l’aile droite austrosarde pendant les journées du 23 et du 24. Scherer le fit renforcer le 25, par 5,000 hommes, pour contraindre cette aile à suivre le mouvement rétrograde du reste de l’armée ennemie. Le général français exécuta dès-lors sur l'armée piémontaisc une attaque plus impétueuse. Il la rejeta le 25 sur le Tauaro, s’empara
le 26 d’Intrapa et de Garmio î débusqua l’ennemi, le 27, des hauteurs de Spinardo, et, après lui avoir enlevé toute son artillerie, le contraignit la nuit suivante de se réunir dans le camp retranché de Ceva, aux débris d'Argenteau.
Telle fut cette bataille célèbre qui dura cinq jours. Les Coalisés laissèrent 4,000 morts, 5,000 prisonniers et presque toute leur artillerie sur le champ de bataille. Cette victoire, après laquelle l’armée prit ses quartiers d'hiver, livra aux Républicains tous les dépôts d’approviSionnements de guerre ou de bouche que les Austro-Sardes avaient rassemblés à grands frais A Finale, k Vado, \ Loano, à Savone, etc. Elle rétablit leurs communications avec le littoral génois , et leur ouvrit les portes de la péninsule italique.
Le commandement de Scherer à l’armée d’Italie fut, pour sa gloire, trop rapproché de celui de Bonaparte. La victoire de Loano peut être placée au nombre des plus brillantes dont se glorifient les armées de la République. Elle est remarquable par le courage des soldats, et par l’habjlelé des manœuvres des généraux. Néanmoins , sans parler de quelques fautes de détail qu’on peut reprocher au général en chef, comme, par exemple, de s’être trop acharné sur la gauche des Autrichiens qui se trouvait inévitablement perdue sans coup férir, par suite de la Manœuvre et des succès de Masséna, on doit reconnaître qu’il eut le tort grave de ne pas obtenir de son triomphe le résultat immense et facile qui pouvait en être la conséquence, si , au lieu de se borner à établir son armée sur la côte de Cènes, depuis Savone jusqu’à Voltri, il eût remis à une époque plus éloignée le soin de prendre ses quartiers d’hiver, et si , débouchant par la vallée du Tanaro, d’après l’impulsion donnée par Masséna, il eût entièrement séparé les deux années ennemies, rejetant Colli sur Ceva et Wallis vers la mer. Ce dernier serait resté sans ressource, pourvu qu’on eût occupé les hauteurs des sources de la Bormida , et qu'on fût descendu par Zucarello sur Finale ou Noli. Scherer aurait eu la gloire de prendre l’armée autrichienne, et de forcer la cour de Turin à la paix, qu’elle désirait depuis long-temps, et qu’elle s'empressa de faire en 1796, dès que les premières victoires du général Bonaparte à Millesimo, à Dego et k Mondovi l’eurent débarrassée du secours onéreux de ses alliés autrichiens.
RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE
12 mai. tombât et prise du col de Monte.
21 jria Combat du col de Spinardo.
23 — Combat de Savooe.
24 — Combat de Vado.
25 — Attaque générale de la ligne française par les austrosardes.
2-5 juillet. Combats de San-Bernardo, de Violera, du col de Terme.
1 1 — CorolxH du col de Tanée.
31 — Combat du mont Genèrre.
1er septembre. Combats de Gerisotes, Lantosca, Fincstra, Saint Barnouil , etc.
19 — Attaque du Petit-Gibraltar.
25 — Scherer arme pour remplacer Kellerman.
Combat de Malchanssée.
14 octobre. Combat de la Novalaiae.
Combat* du col d'Argentera et de la vallée d'Houix.
16 — Prise de Campo-di-Preti.