ARMÉE DE SAMBRE-ET-MEUSE. — RETRAITE DES AUTRICHIENS DERRIÈRE LA NAAB
SOMMAIRE
L'Europe, la Franc? et le Directoire.— Situation des années du Rhin, françaises et autrichiennes.— Rupture de l'armistice.— Plan de campagne de Carnot.— Combat cTAHcnkircben. Les Français passent le Rhin.— Retraite de Wurtemberg sur la Labn.- Combat de Welzlar. —Retour des Français sur la rive gauche,— Combat d'Ukeratb.— Passage du Rhin A kehl par l'armée de Rhtn-cl Mosdte.— Départ du prince Charles pour le Haut-Rbia.— L’armée de Sambre et-Meuse repasse le Rhin A Neuwied.— Retraite des Impériaux.— Combat de Willeradorf.— Combat d'Offtieim— Prise de Runrtd.— Passage de la Labo— Combat d'Ober-Mcrl.— Combat de Friedberg.— Prise de Francfort.— Dispositions de Jourdan après l’occupation de Francfort.— Réflexions. - Opérations du corps de Marceau.- Retraite de Wartensleben.— Marche des Français. -Prise de WurUbourg.— Jourdan malade est remplacé par kléber — Marche sur Bamberg. - Combat et prise de Bamberg.— Combat de Forchelm.— Jourdan reprend le commandement en chef.- Prise de Rotbenburg. —Combat de Neuk irctien . —Combat d*Aagsberg.— Combat de WoJfceiog.— Retraite des Autrichiens derrière la Piaab.
Ajusta FRANÇAISE.
Général en chef. | JotrmuN.
KlAber.
Chef s de corps d’armée. } Mirceaü.
( Bkkbaixjtte.
La Convention venait de léguer le pouvoir au Directoire. Ce gouvernement tout nouveau allait être mis eu jeu au moment où la guerre allait elle-même prendre des formes toutes nouvelles. Peu de temps après leur installation, les directeurs purent entendre les salves d’artillerie qui célébraient la victoire de Loano. — Ce premier triomphe de l’armée d’Italie balançait pour le moment, auprès des puissances européennes, l’influence des succès de Clairfay t a ux envi rons de Mayence.
L'Europe , la France et te Directoire. — Les gouvernements étranger» s’étaient déjà familiarisés avec l’existence de la République, qui venait de reculer ses frontières jusqu’au Rhin et aux Alpes, au moment où le célèbre Burke déclarait insolemment à la tribune britannique que la France ne présentait plus qu'un vide immense sur la carte de l’Europe. Cette République, qu’on affectait de mépriser, maîtresse des ressources de la Hollande, réconciliée avec la Prusse , prête à s’allier par un traité offensif et défensif avec I' Espagne, était réellement une ennemie redoutable. Les gouvernements qui continuaient à lui faire la guerre ne paraissaient pas éloignés d’accepter la paix.— La Diète ne voyait pas d’autre moyen de sauver le corps de l’Empire, la ligue et la neutralité des états du nord-ouest de l’Allemagne, menaçant déjà de dissoudre le lien fédéral qui retenait les contingents des Cercles Impériaux. — Toutes les petites puissances maritimes, en considérant la prospérité commerciale de la Suède et du Danemarck, voyaient et enviaient les heureuses conséquences d’une sage neutralité. — La Russie, qui s’appliquait à organiser ses provinces polonaises, et dont l’Impératrice, préoccupée d'une expédition sur les bords de la mer Caspienne, et de projets contre la Turquie,avait les yeux vers l’Orient, n’était pasdécidée à prendre part à la guerre d’Allemagne. — Nous avons déjà fait connaître les dispositions secrètes du roi de Sardaigne , et la tiédeur guerrière des petits états de l’Italie. — Le sénat de Venise, renommé pou rsa prudence et sa perspicacité politiques, affectait de se rapprocher de la République française, et allait retirer brutalement à Louis XVIII l'asile qu'il lui avait jusqu’alors accordé à Vérone.— Naples ,
Aim>;x iHPtauiK.
Général en chef. | Le prince Cr arles.
( Wartemlrren.
Chefs de corps d'armée. 1 Kiu.
( WlKTEXURG.
au contraire, influencée par l’Angleterre, resserrait scs liens avec l’Autriche, et envoyait des troupes auxiliaires à l'armée impériale réunie dans le Montferrat. — L’Autriche, énorgueillie des récents avantages de Clairfay t, n’avait pas oublié les velléités pacifiques que lui avait inspirées la réunion diplomatique de Bàle, mais elle paraissait décidée à attendre la détermination de l’Angleterre.—La République Batave était dans tous les embarras d’un enfantement politique, causés par la rédaction de la nouvelle constitution , où le parti unitaire et le parti fédératif cherchaient alternativement à faire dominer leurs 'principes. Travaillée par les faction», elle ne pouvait être ni une enuemie bien dangereuse , ni une alliée bien utile; elle allait d'ailleurs éprouver, par la perte de ses colonies, les conséquences de son défaut de résolution. — Les agens de l’Angleterre et de l’Autriche n’avaient négligé aucun moyen pour entraîner le cabinet de Berlin dans une voie plus convenable à leurs intérêts, et pour faire rompre le traité de Bàle. Mais Frédéric-Guillaume goûtait les bienfaits de la paix; scs finances se rétablissaient; il réglait le gouvernement des nouvelles provinces qui lui étaieut échues par le partage de la Pologne; son armée, exercée chaque jour, réparait ses pertes et se rendait capable de pouvoir, au besoin, défendre la paix ou soutenir la guerre. L’Association des États de l'Allemagne septentrionale , à la tête de laquelle il s’était placé, lui donnait une importance qu’il ne se souciait pas de perdre, en se mettant de nouveau aux gages de l'Angleterre.
On put croire ainsi, pendant quelque temps, que l’Europe touchait à une pacification générale : le roi Georges III, électeur du Hanovre, avait accédé, comme prince allemand, à la petite coalition formée par Frédéric, et il avait placé ses États du continent sous la protection de la ligne de neutralité prussienne. Dans le même temps, il disait au parlement , le 29 octobre , dans son discours d’ouverture : « Si cette crise se termine en France par un ordre de choses compatible avec la tranquillité des autres États, et qui puisse apporter un espoir raisonnable de sûreté et de durée pour les traités qui pourraient être conclus, l’apparence d’une disposition à traiter pour une paix gécé-
raie ne manquera pas d’èire saisie de ma part , avec le plus vif désir de lui donner un plein et prompt effet, o
Ces paroles étaient dignes et sages, mais elles ne s’accordaient malheureusement pas avec les vues secrètes du ministre qui dirigeait alors le gouvernement britannique. « Comprimer par des lois sévères le» efforts du parti démocratique, augmenter les moyens d'action et d’influence de l'autorité, assurer la continuation du pouvoir aux familles aristocratiques, employer la supériorité maritime de la nation pour asseoir sur des bases inébranlables la puissance anglaise dans Flnde, en détruisant l'empire de Mysore et du Nizam, que la France était alors dans l'impuissance de secourir} épier l’occasion de porter des coups décisifs À la marine et aux colonies espagnoles, afin de rendre nulle ou impuissante l'union de la République avec l’Espagne; profiler des embarras de la Hollande et du prétexte de son alliance avec la France, pour s’emparer de ses riches colonies a sucre et A épices», tels étaient les projets de Pltt. Peu scrupuleux sur les moyens, il ne négligeait aucune occasion d’en assurer le développement. Pour y atteindre, la continuation de la guerre continentale et une guerre maritime A outrance contre les colonies françaises, hollandaises et espagnoles lui étaient nécessaires. Mais, obligeant A continuer la guerre le peuple anglais, dont tous les vœux étaient pour la paix , Pilt chercha un moyen de rendre cette guerre populaire. Il voulut faire expliquer le gouvernement français sur les conditions d’une paix générale dont la première condition était l'abandon de la Belgique et de la Savoie, afin de rejeter ensuite sur la France tous les torts d’une prolongation d’hostilités odieuse. Il chargea donc l’envoyé anglais Wickam de faire à ce sujet des ouvertures A Barthélemy, qui se trouvait encore A Baie, au centre des communications diplomatiques, et paraissait destiné A devenir le pacificateur de l’Europe. Wickam demandait A connaître les bases sur lesquelles la République serait disposée A traiter et proposait la réunion d’un congrès européen où se régleraient les intérêts généraux de toutes les parties froissées par la guerre. C’était remettre en question ce qu'avaient déjà décidé la victoire de nos armées, et les traités de paix récemment conclus. La fierté du Directoire, enflée par les succès de Schercr, interrompit d'autant plus facilement la négociation, que le ministre anglais n’avait pas le dessein de la suivre sérieusement.
La gUcrre fut donc continuée.
Malheureusement le début du Directoire ne répondit pâs A l’attente publique; il ne prit pas l'attitude qui convenait au pouvoir exécutif d'une des premières puissances de l’Euro|ie ; livré, par la nature même de sa composition ■, A différentes intrigues et au choc de
I, * Les rintf premier* din cintrs. -• La RèvellMrr!.<*peaux avait embrassé le parti de la révolution. A I Assemblée coi.Miluaute, il avait siégé au cùlé gain lie, volé pour la cause populaire et tint» ries opinions' morum-bique*. — A \â Convention, It «• réunit aux Giron* dm» et vota efpmriani la mort fin Itr*. Il ue <v*m rte s’opposer avec eux S la rac-do» des JariJbiu». Voyant les Uiroodiu» pruScrrt», le 2 juin 17Stt, il s’écria qu’il partagerait leur sort, ri duuiia sa démission. Il ftrt décrété d’areiiMliou et uns hors la loi. fl resta rarbé pendant ta terreur et rentra dan» la Convention après le W thermidor, Républicain .zélé, il eombailu également les tachons anarchiste et royaliste, le» révolté» du lri prairial et aux du 13 veudémiaire; il prit
rivalités honteuses excitées par des ambitions subalternes, il s’entoura d boni mes auxquels la nation et l’Europe n’accordaient pas une considératioi» suffisante , et avec le respect des nationaux il perdit l’estime de l’étranger. On doit reconnaître aussi qu’il avait pris les rênes du gouvernement dans des circonstances éminemment critiques. Bien que l’autorité parût raffermie, les factions étaient encore trop ardentes pour qu’on pût imprimer une marche régulière à l’administration, depuis deux ans livrée au chaos. Toutes les institutions étaient à former. Pour ramener la tranquillité dans le pays, et l’élever promptement au degré de prospérité qu’il pouvait atteindre, ce n’était pas assez que la Convention eût tâché, par ses décrets, de donner au peuple des mœurs républicaines, il aurait encore fallu que les premiers magistrats de la République eussent eu ce xèle* ces lumières, cette probité çt ce patriotisme qu’il est rare de trouver en ceux que les révolutions poussent A la tète des affaires.
La position intérieure du pays offrait d’ailleurs de grands embarras. Les finances étaient dans un état épouvantable. Eu se séparant, la Convention avait retiré au nouveau gouvernement les trois grandes ressources qui l’avaient principalement soutenue, les confiscations, le maximum et les réquisi lions. Il ne restait que des biens nationaux gaspillés et sans valeur.
pari aux travaux dr différent* comité», cl fût un dut onze rédacteur» de la Constitution. Il y avait un caractère moral daus sa conversation c*t scs discourt. Il avait dr» goûts simples, dr» manières douces et Pair de la bonhomie. Étranger su monde, il vivait haMtMfletoent dans la retraite au *em de sa famille, et intimement Ii4 avec k» frères Thouiu , il allait souvent au Jardin des Plantes te délasser de «es travaux législatifs par IVtode de ta botanique. Mais U RéTCillère- Uqiraux. pour me servir d une expression vulgaire, ne parut P» de mme: il était contrefait , cl eu France, où les meilleure» qualité* ne tiennent pas contre un défaut physique qui prête au ridicule, le directeur, aux yeux de hraumup de gens, ne paraissait pas heureusement placé dans ooe magistrature qui exigeait de la représenta hou.
• Ht u bd I, aussi membre de l’Aséruibléc constituante et de la Convention, y avait donné h la dévolution et A la République les même* garantie» que la Rcrdllêre. — fondant le règne des Jacobins il eut l’art de ne point partager leurs excès et de ne pas se compromettre avec eux. Après le 9 thermidor, il fit aussi a lier nativement la guerre aux terroristes, aux royalistes et aux prêtres réfractaires. U fui memhre de* comités de gouvcrn.-mèut , et il apporta dans le maniement des affaires une assurance que lui donnaient sou savoir comme jurisconsulte, et son expérience routine législateur. Mai» il était entêté , colère, emporté, et quelquefois , au lieu de raisons, il employait dans «es discussions des manières violentes qui s’accordaient mal avec la dignité dont il était rtTêtu. Il é’étalt élevé des nuages sur sa probité, dés le siège de llsyeaes, où il s'était trouvé km mie repi ésc niant du | toupie aux armées, ci m nuages ne s’étaient point Unit -à-fait dissipé*.
• Lelourneur, officier du génie, s’éiait prononcé pour la révolution. Membre de r Assemblée législative et de la Convention, II s’y . était principalement occupé de travaux et de missions militaires , cl n'avait pris que très peu de part aux dissension» et aux débats des fartions et <H~- partis. Dans le procès du rot, il avait voté comme la majorité. De* cinq directeurs, c'était reliu qui paraissait avoir ht ■noms de vues politiques et être le moins propre au gouvernement. C’était, du reste, un bouillie de nm-ut'S douces, naturellement bou et
bon nê le.
• Barras, l'roveuval, noble, officier, après avoir couru le* aveu turc», devint un révolution uaire exalté. Après le 1U août , juré de la hautecour nationale, il fui élu A la Convention, fut mi de* coryphée* de la Montagne, et se prononça fol lement contre la h i ronde an 31 mal. Représentant du iwuplc A l'année employer contre Toulon , il suivit les opéi allons du siège, et quand relie ville fut réduite, il y exerça de terribles vengeances. A son retour dans la Convention, menacé par Robespierre, Il Ht, le 9 thermidor, cause commune avec feux qirt al laquèrent le tyran , et, nommé commandant général de la force armée, il marcha sur rilôtcl-vlc- Ville et coulnbua beaucoup au sort
FRANCE IIIJilTAIRB.
Cependant , pour faire face aux diverse* dépense# des service* publics, la tâche était immense. Les assignais n'avaient plus de valeur : dix mille francs représentaient A peine vingt francs en numéraire ; on évaluait a prés de cinquante milliards la somme mise en circulation, et la dépréciation de ce papier-monnaie rendait presque impossible de lui en substituer un autre '. I^s impôts présentaient un arriéré de quinze ceuls millions en numéraire. Les services étaient compromis par l'embarras du trésor, autant que par les dilapidations. Les armées manquaient de tout; la cavalerie et l'artijlcrie n'avaient plus de chevaux, et l'infanterie, démoralisée, désertait par baudes pour regagner scs foyers,
« Arrêter ces désordres , faire rejoindre 1rs réquisitionnaircs, compléter les régiments des différentes armes, pourvoir tous les parcs, rétablir la marine, asseoir de nouveaux impôts et en assurer la perception , n'était pas chose facile avec une administration décriée, et d'autant plus à plaindre, qu elle se trouvait dans U dure nécessité de lutter contre la moitié de la nation * et de réduire l’autre au désespoir, a
Dans une telle extrémité, et quoique présentant encore au-dehors une ligne de troupes que les Coalisés étaient habitués 1 respecter, la France aurait succombé, livrée à une administration intérieure harde celte journée. Barra» devint alors d’autant pltu violent antagoniste <W jacobins et <1e* terroriste», qu’il avait été un de leurs plus ardents auxiliaires. Il en dénonça plusieurs ; il fui à son tour dénoncé par eux pour dos dilapidation* et oWigé de *e juntifler. Il fut l’un des promoteurs de In réaction et Je chef de ce» bande» de jroor* rnis qui , à Caris, par suprême bon ton . attaquaient 1rs institutions et le* hommes dp la révolution, et dan* tes départements fgorgraicnl sous prétexte de lerrorwme. Dans 1rs journées des 12 germinal et l«v prairial , il fut revêtu du cominandeiiR'at de la force armée pour répn mer les jacobins; il le fut encore dans celle du 13 vendémiaire pour combattre 1rs royalistes. Alors M redonna une existence aux terroristes. qu’il avait persécutés, prétendit que la terreur n’avait été qu’un fantôme imaginé pour proscrire les patriotes, «1 essaya d’établir une terreur nouvelle, d’ajourner la Conslilutiou et de coubuucr le gouvernement révolutionnaire. Barras n'avait ni principes fixes, ni vues légistatives, ni habileté dans tes affaires, ni aptitude à l'adiDinictraltoo cl au gouvernement. Mais dans ks mses politiques, dans les troubles civils et dans les miumnirnis populaire», il avait quelquefois du coup d'œil et momentanément de la résolution et de l’audace. Il était plus fait pour tes camps et la guerre que pour la tribune et le conseil. Ses mœurs étaient ou moins très relâchées ; il aimait le plaisir, la dépense, et sa fortune personnelle ne lui permettait pas de subvenir à ses goûts dispendieux.
■Carnot avait une réputation trop bien établie en France et en Europe pour qu’il soit besoin de rappeler les litres sur lesquels Hic était fondée. Son caractère, son savoir, sa probité, la solidité de ses principes et la pureté de *c* mœurs lui avalent acquis l'estime de tous les partis. On lui reprochait seulement d’avoir été membre du romité de saJui public décemvir»! ; mais il avait organisé les armées et dirigé la guerre de l'indépendance nationale, et la grandeur de ses services imposait silence à ses .imuateurs.
(Tels étaient lac cinq hommes auxquels fat confié le gouvernement de la République. Il n’y avait point entre eux crttc bomdgémté parfaite qui semblait nécessaire pour produire l’unité de vues et d'intentions ; mais comme ils paraissaient Irréconeihables avec la royauté ol Faocienue dynastie , on n’avnit pas A craindre du moins qu'aucun d’enirc eux trahit la Hépubliqut* , et l’on pouvait espérer qu’ils la feraient triompher de ms cnneuns intérieurs, Uauuuup plu* à cruiudrr alors que les armées étrangères ; car les rois qui faisaient encore la guerre A la France ne prt tendaient plus lui imposer une forme de gouvernement ; mass les royalistes et les jnoobuis, malgré leurs dé faites, u'avaicnt pusul renoncé à re nverser la corulitulioD. •
1 TntBAroeAif. — Mémoires.)
1 lorsqu'on brisa A la place Vendôme, le 20 février IÎ96. les pom- £uns et les matrices qui avaient serv i i ta fabrication des assignats , leur fabrication s'était élevée successivement 4 40, ivl ,1X10^1 4 livres.
celée et méprisée par le* quatre parti* qui divisaient alors le pays (royaliste* purs, royalistes constitutionnels de 91, partisan* de la üuusliluLioii de %, qui s’intitulaient Républicains , et partisans de la Constitution de 93, que les Républicains nommaient anarchistes ) , t*l contre lesquel* die était impuissante. U fallait des victoires pour conquérir la paix et contenir le* factions; le salut de la République était dans ses armées, et ses armées U sauvèrent.
Situation des années du Rhin, françaises et autrichiennes.—Rupture de l'armistice.— Après l'armistice conclu sur le Rhin, A la tin de l’année 1796, l'armée de Jourdan avait pris ses cantonnements dans le Hundsruck, et celle de Picbegru derrière la Queich. R ne se passa rien d’important sur les rives du Rhin [vendant les cinq mois que dura l'armistice. C'était l’époque 06 avaient lieu Jrs premier* triomphes du général Bonaparte en Italie, sur lesquels nous reviendrons. — Afin de ne pas morceler ce* mémorables campagnes, nous avons pris le parti de n’en présenter le récit quaprès avoir offert à nos lecteur* le tableau de* campagne* de* armée* de Sambre-ct-Meu&e et du Rhin. —Pendant la trêve Picbegru avait continué d’intriguer A Strasbourg avec les émissaires des princes émigrés, dont les imprudences faillirent faire tout découvrir. Mécontent deux et sans doute de lui-même, reconnaissant d'ailleurs l'impossibilité de rendre son armée complice dune trahison, il voulut s'éloigner d'un voisinage dangereux pour lui ; il offrit sa démission , qu’on accepta ; Moreau fut nommé pour lui succéder.
C'eût été le moment que les Autrichiens auraient dû choisir pour dénoncer l'armistice. Il* laissaient accabler et combattre en Italie une armée de £0,900 , hommes et ils avaient sur le Rhin 180,000 homme* inactifs. L'inconcevable lenteur du conseil aulique à prendre une décision permit aux généraux républicains d'améliorer la composition cl la situation de* deux armées françaises réunies sur le Rhin. La discipline, si relâchée sous Pichegru , fut rétablie; les soldats furent exercés et les cadres remplis avec exactitude. Malheureusement le désordre des finances empêcha de s’occuper du matériel de l’armée, des munitions et des subsistances, qui n’étaient guère dans un éut moins déplorable qu’en 1705.
La force de l’armée de Wunnser sur le Haut-Rhin était, dans les derniers jours de mai, de 83,000 hommes, dont 22JJ00 cavaliers. L'aile gauche, aux ordres de Latour, s’appuy ait à Huniugue et s’étendait jusqu’à Philisbourg; le centre se prolongeait de Philujbourg à Maaheim, où commençait l'aile droite, qui s’appuyait 3 kaiserslautern. — L’armée du Rhin, sous le général Moreau, opposée A celle de VVurmser, comptait 71,000 fantassins et 0,500 cavaliers, y compris les garnison». Le général F* ri no commandait l'aile droite, établie en ligne, d'Huuipgoe A iferdt; le centre, aux ordret de Desaix, était posté entre (iermersheim et linpfliugen; l'aile gauebe, sous Saint- Cyr, se prolongeait jusqu'à Ilombourg.
L’archiduc Charles avait remplacé Ciairfayt, dis*» gracié par le conseil aulique A cause de l'armistice
conclu avec Jourdan. — Son armée, qui comptait 21,600 cavaliers, s'élevait à 93,000 hommes. Le gros de ses forces (le centre et la gauche) campait en avant de Mayence et sur la Nahe; la gauche, aux ordres du duc de Wurtemberg, s’étendait sur la rive droite du Rhin entre la Lahn et la Sieg. — Le général Jourdan, opposé à l’archiduc, avait sous ses ordres 63,000 fantassins et 11,500 chevaux. Sa droite, formée par les divisions Marceau, Poncet et Bernadotte, gardait le Hundsruck et la rive gauche de la Nahe; le centre, vers Cologne, se composait des divisions Grenier, Championnet , de la réserve de cavalerie du général Bonnaud, et d’une brigade aux ordres du général Bonnard. Kléber, opposé au duc de Wurtemberg, avec les divisions Lefebvre et Coilaud , commandait l’aile gauche à Dusseldorf. Beurnonville avait remplacé Moreau à l’armée du Nord, qui, forte d’environ 40,000 hommes, devait servir de réserve aux armées de Sambre-et-Meuse et de Rhin-et-Moselle.
Les succès de Bonaparte en Italie ayant enfin déterminé le conseil aulique à tenter une diversion sur te Rhin , les Impériaux devaient reprendre le 1" juin l’initiative des hostilités, quand Wurmser reçut l’ordre de partir de l’armée du Haut-Rhin avec une division de 25,000 hommes pour couvrir le Tyrol et sauver Mantoue. Le reste du corps de Wurmser passa sous les ordres de Latour, et l’archiduc, par suite de cette circonstance, prit le commandement général de toutes les troupes autrichiennes. Quoiqu’elles s'élevassent encore, après le départ de Wurmser, à 150,000 combattants, l’archiduc crut devoir se maintenir sur la défensive ; mais les armées du Rhin , jalouses de rivaliser de gloire avec celle d’Italie, ne tardèrent pas à commencer elles-njèmps les hostilités.
Plan de campagne de Carnot. — Carnot avait repris la direction des affaires militaires. Son plan de campagne, basé sur les mêmes principes que ceux qui avaient déjà valu de si brillantes victoires a la République, avait expressément pour but de porter la guerre sur la rive droite du Rhin ; tout engagement sérieux avec l’ennemi sur la rive gauche de ce fleuve avait été absolument défendu aux généraux Jourdan et Moreau. La jonction entre les deux années étant assurée au moyen d’un corps de 25,000 hommes, placé sous les ordres de Marceau, en avant de Trêves, Jourdan, pour rappeler l’ennemi sur la rive droite du Rhin, et faciliter le passage de ce fleuve à l’armée de Moreau., devait le traverser lui-même avec le gros de scs troupes, à Dusseldorf. Si, pendant le passage de Jourdan, l'ennemi se portait sur les troupes de Marceau, restées dans le Hundsruck et près de Trêves, Moreau devait alors être prêt a attaquer les Autrichiens; puis dès que l’archiduc voyant ses communications menacées par Jourdan , reviendrait sur la rive droite, Marceau devait , ralliant ses troupes, filer derrière l’armée de Rhin-et-Moselle et aller tenter luimême le passage du fleuve entre Huningue et Strasbourg. Afin d’assurer la réussite de ce» mouvements, on devait répandre le bruit que l’armée de Moreau n’élait pas destinée à agir offensivement, mais seule-
ment chargée du soin de couvrir l’Alsace, ruse grossière et dont il était peu probable que le général autrichien fût la dupe. Ce plan, dont l’exécution fut long -temps retardée par l’état de délabrement de l’armée de Sambre-et-Meuse, présentait de grands inconvénients : il eût probablement échoué si on eût tenté de l’exécuter avant le départ des 25,000 hommes conduits par Wurmser en Italie. Son vice principal était de diviser tellement les forces de Jourdan , qu’il rendait improbable la réussite des opérations de ce général. En effet, il allait se trouver placé à cheval sur le fleuve, en face de forces supérieures contre lesquelles il ne pouvait espérer aucun secours, à cause de l’éloignement de l'armée de Rhin-et-Moselle et de la direction imprimée au corps de Marceau.
Combat d’ altenkirehen.— Jourdan était bien résolu à prendre l’initiative, et il pouvait d’autant plus compter sur un succès, que les Autrichiens, par suite de leur dessein de rester défensivement sur la rive gauche, laissaient des forces considérables paralysées entre KreuUnach et Mayence.— Kléber, conformément à ses instructions, réunit ses troupes dans la journée du 30 mai, et passa la Wipper vers le soir. Il campa le lendemain entre Pfortz et le château de Bensberg, le général lefebvre guidant son avant-garde vers les montagnes.— Le 1er juin il était déjà sur la gauche de l’Agger, et s’avançait sur la Sieg. Lefebvre culbuta la première avant-garde autrichienne commandée par Kienmayer, et enleva le pont de Siegburg. Ce succès fut d’autant plus facile , que les troupes du duc de Wurtemberg étaient disséminées et morcelées comme le sont habituellement les corps d'observation. Le gros des forces ennemies, dont plusieurs divisions avaient été détachées, campait à Krappach et à Altenkirehen. — Pendant que l'avant-garde ennemie se trouvait vigoureusement pressée de front par le général Lefebvre, Coilaud , qui avait passé la Sieg vers Meindorf , tournait le flanc gauche des Autrichiens et le» forçait de se rejeter sur Ukerath, oû ils se rallièrent à une division que Wurtemberg amenait lui-même en toute hâte. Cette première journée coûta â l’ennemi 2,400 hommes dont 1,000 prisonniers.
Tous les préparatifs avaient été faits par Kléber pour forcer, dans la position d'Ukerath , les Autrichiens qu’il y croyait retranchés; mais ceux-ci s'étaient retiré» sur Kroppach et Altenkirehen. Le général français y arriva le 3 juin. Il fit camper à Jnngrath le gros de sa division et résolut d’attaquer le lendemain. Dès le point du jour les troupes se mirent en marche sur trois colonnes : le général Soull conduisait celle de gauche par Hilgerod sur Krappach ; Lefebvre guidait celle du centre contre Altenkirehen; la troisième s’avançait sur Almersbach ; Coilaud marchait en réserve derrière le centre. Ney, avec un fort détachement de troupes légères, devait tourner la gauche des Autrichiens et se jeter sur leurs communications.
Leur position, quoique très fortifiée, était trop étendue. La colonne Lefebvre franchit aisément les passages de Weyerbusch, qu’ils avaient négligé d’occuper, et se forma au pied des hauteurs d’Alteokirchen,
soutenue par la division Collaud.— Pendant que Kléber répondait par une vive canonnade à l’artillerie autrichienne, la troisième colonne, qui s’était emparée de Schonberg et d’Almersbach , se portait sur le régiment des grenadiers de Jordis, Tonnant la gauche de lennemi,et la cavalerie républicaine culbutait sur ce régirent quelques escadrons autrichiens au moment oft l’infanterie le prenait en flanc. Il fut mis en désordre ët voulut fuir; mais on le força à mettre bas les armes. Soult, qui s’était avancé sur Krappach, contenait la réserve de Wurtemberg. — Les Autrichiens, chassés de leurs positions, profilèrent de la nuit pour gagner Ffeilingen.— Lefebvre prit poste à Hachenburg. — Quinze cents prisonniers, douze pièces de canon et Quatre drapeau* furent, pour les Français, le résultat de cette nouvelle affaire.
Les Français passent le Rhin. — Retraite de Wurtemberg sur la lahn. — Cette première conquête d’un pays que la précaution des alliés avait couvert d’approvisionnements ne fil qu’enflammer l’ardeur des soldats républicains. Ney et Collaud entrèrent le même jour, 4 juin, à Dienlorf.— Le général autrichien Finck avait brdre de se porter de NeuwiCd sur Montabauer. — Wurtemberg s’y dirigeait aussi pour n’étre pas coupé par tes Français; mais en arrivant, le 6* à Molzberg. il apprit que ceux-ci occupaient déjà Montabauer, et que Collaud débouchait vers Walmerode : alors il se détermina, sans attendre Finck, à Hier en toute bâte derrière là Lahn, près de Limburg. Finck avait pris la même direction.— Kléber poursuivit l'ennemi sur celte rivière, et le général Crenier, malgré la résistance des Impériaux, passa le Rbin pour le rejoindre au&siUH que Neuwied fut occupé par les Républicains.
Le résultat de ces mouvements sur la rive droite du Rhin fut tel qu’on s’y était attendu. — L'Archiduc, aussitôt après l’affaire de la Sieg, avait renforcé Wurtemberg de six bataillons; après l'échec d'Altcnkirchen, il ordonna au général Werneck de partir pour Ilombourg avec onze bataillons et vingt-deux escadrons , et luitttêmè, appelant à lui la division Hotxe de l’armée de VVurmser, laissa sur la rive gauche, pour couvrir Mayence , 20,000 hommes aux ordres du général Mercantin, et marcha vers la Lahn, le 6 juin, avec le reste de son armée, forte de trente-deux bataillons et de quatre-vingts escadrons. Il passa le Rhin le tO, et n’arriva que le 14 à Wètzalr. — Jourdau avait redouté d’abord d’être attaqué sur la Nahe par toutes les forces de l’Archiduc, ce qui eût peut-être offert à ce dernier de bien plus grandes chances de succès; délivré de cette Inquiétude , Il fit suivre l’arrière-garde ennemie par un corps léger, et laissant Marceau, avec 30,000 hommes, en face du camp de Met cantin , il se mît en marche par sa gauche pour passer le Rhin à NewWted et soutenir Kléber.
Oomhat de fFetzlar. — Jourdan établit le 12 juin son quartier général à Ober-Hadamar. Son armée sê forma, le 13, en une seule ligne, derrière la Lihn. 6— La division Bernedotte s’appuyait au Rhin , de- j puis Nassau jusqu’à Lahustein; Championne! occu- j
paît les hauteurs vers Dielz; la division Grenier campait sur l’KIs, et Collaud sur les hauteurs de Limburg. Bonnard bloquait Kbrenbreitstein ; la division Lefebvre formait un crochet sur la gauche de Collaud, défendue par le ravin de Sleiubach , qui s’étendait le long de son front. La brigade Soult, campée près d'Her liorn , et dont les flanqueurs s’avançaient jusqu’à Ciesen, couvrait cette aile gauche; la cavalerie était en réserve derrière les divisions Lefebvre et Collaud.
Le général en chef de l’armée de Sainbre-ef -Meuse voulait forcer le passage aux environs de Limburg, pour attaquer Warleusteben qui avait remplacé Wurtemberg; mais au lieu de le faire, dès le 15, alors que toute la masse des forces que le prince Charles amenait sur la Lahn n’y était pas encore arrivée, il renvoya l'affaire au 17, pour attendre que la division Lefebvre pût occuper Wetzlar et couvrir la gauche sur laquelle semblaient particulièreriwnt se diriger les colonnes ennemies. C’était en effet l’aile que l’Archiduc se proposait d’attaquer. — Le retard de Jourdan fut cause qu’il sc laissa prévenir par son ennemi.
Les corps destinés par le prince Charles à cette attaque étaient: 1° celui de Holze, de 0,500 hommes, dont les avant-postes étaient près de Weilburg;2° celui de Kray, de 10,000 hommes, campés sur les hauteurs de Braun fois, avec des avant-postes près du pont de Lein, sur la Lahn ; 3" la réserve et les grenadiers aux ordres de Werneck, campés derrière Wetzlar; 4° une division saxonne campée à Gros-lfocheubach. — Le général Gotteshfim devait inquiéter les lianes de l’armée française avec 2,000 hommes de troupes légères; 30,000 hommes étaient en outre dispersés sur la Basse-Lahn,ct ne devaient prendre qu’une part indirecte à l'attaque. Les forces ennemies formaient ainsi un total de 64,000 hommes ; l'armée française eh comprenait à peine 45,000.
La réserve autrichienne passa la Lahn à Wetzlar, le 15 jüillet, et campa sur les hauteurs au-delà de cette, rivière. Lefebvre , qui marchait sur cette ville, engagea d’abord le combat, qui ne devait avoir lieu que le lendemain. Instruit que les troupes légères de l'ennemi poussaient déjà de Werdorf sur Herborn. il divisa ses forces en deux colonnes : l’une courut au pont de Lein, l’autre sur Werdorf, à la rencontre de l’ennemi. Quoique bien inférieure en nombre , cette dernière , après trois assauts contre les grenadier* de Werneék, emporta l’abbaye d’Altenburg: celle de gauche s’empara aussi des hauteurs de la Chapelle-de-Lfolheim. — Les Autrh chiens se Retirèrent derrière ia Dill et danf Wetzlar
Il était quatre heures de l’après-midi, l'éloignement où Lefobvre était de l’armée française lui fit perdre les fruits de ce succès. L’archiduc envoya les Saxons au secours de Werneck, en ordonnant à ce général de s’emparer des hauteurs et du bois d’Allenstetten, où Lefebvre avait posté sa gauche. — Ce point important attaqué de front et sur les flancs, fut pris par l’enueini malgré une vive défense.— Les Français s’établirent en arrière sur les hauteurs de Berghausen. — Cependant le lieutenant général Lindt avait aussi passé ta Lahn et s’était formé en avant de Wetzlar.—' Vivement attaqués
dans leur nouvelle position, les Français en furent débusquas et y perdirent sept canons. Cette affaire mit fin au combat à leur gauche; ils se maintenaient encore ;'i la droite dans le village d'Aitenburg, i'eunemi parvint à les en repousser , et Lefebvre, à la faveur de la nuit, revint dans sa première position derrière le ravin de Tielfenbach.
Wcrneck marcha le 16 sur Greiffcnstein pour s'y lier à la colonne de Kray. Hotie vint le même jour appuyer sa droite à Mchrenberg , et VYartensleben , avec l’aile gauche, s’avança sans obstacle par Limburg surüber- Hadamar, les Français étant en pleine retraite.
Retour des Français sur la rive gauche. — Après ce combat, Jourdan se trouvait dans une position fâcheuse , par suite delà direction de sa ligne de bataille, perpendiculaire au Rhin; car l’ennemi se portant en masse sur l’extrémité opposée au fleuve, pouvait accabler une de ses ailes; et s’il exécutait un changement de front parallèle au cours du Rhin, il courait le risque d’y être précipité. Deux partis lui restaient: la retraite ou une bataille. La supériorité des forces de l’ennemi rendait le dernier trop hasardeux; il se décida d’autant plus aisément pour le premier, que le but de sa marche sur la Lahn avait été rempli, puisqu’il avait attiré de ce côté le gros des forces autrichiennes. L’armée, sans avoir perdu un seul homme, rentra dans Neuwied et repassa le Rhin.
Combat d’Ükerath. — Pendant cette retraite, Kléber, avec trois divisions, 9e dirigeait sur Dusseldorf par Allenkirchen. Il s’arrêta dans la forte position d’Ukerath , paraissant, contre la volonté même de Jourdan, vouloir se maintenir sur la Sieg et ne pas pousser jusqu’à Dusseldorf le mouvement de l’aile gauche. Le général Kray attaqua le 19 au matin ses avant-postes et les repoussa jusqu'à la position principale. Kléber fit avancer en ligne son artillerie, pendant qu’il formait son corps de bataille. 11 ordonna au général Levai de se porter sur-le-champ sur le flanc droit du général Kray, que les brigades Lorges et Bastoul furent chargées d’attaquer par sa gauche. Kléber se réserva la direction de la colonne du centre. Le général Collaud , avec une partie de sa division, resta en réserve pour soutenir, suivant l’occasion , l’attaque de front ou celle des deux autres colonnes. La cavalerie était commandée par l’adjudant général Ney cl par le général Richepanse. La première attaque opérée par le centre fut heureuse; l'artillerie française avait fait taire celle de l’ennemi; Ney et Richepanse culbutèrent les escadrons autrichiens. Les positions centrales de l'ennemi, ainsi que le village de Kirchrup, furent emportés malgré sa vigoureuse résistance.
L’ennemi se retrancha sur les hauteurs eu arrière du village et parvint à s'y maintenir contre l’impétuosité de Kléber, qui tenta vainement de les gravir sous un feu violent d'artillerie. Bientôt même la cavalerie de Kray força celle des Français à la retraite. D’un autre côté, la marche des généraux Lorges et Bastoul éprouvait dans les bois d’insurmontables obstacles. Os diverses circonstances permirent au général Kray de
reprendre l’offensive. Le centre des Français fut attaqué à la baïonnette par quatre bataillons de grenadiers aux ordres du général Millius: un combat opiniâtre s’engagea; la mêlée devint horrible; mais les Républicains, après avoir perdu un drapeau, furent contraints de céder. Pendant ce temps la cavalerie autrichienne repoussait les escadrons de Richepanse. Kléber se vtt contraint d’ordonner la retraite. Il regagna ses premières positions, où l'infanterie française se soutint encore intrépidement jusqu’à la nuit, dont elle profita pour se retrancher derrière la Sieg.
Le combat fut meurtrier et soutenu , mais l’Archiduc était resté pendant l'affaire vers Altcnkircben ; Kléber n’eut à combattre réellement que la division Kray, quoi qu'aient prétendu quelques écrivainsqui désignent celle journée sous le nom de bataille d’L'keratb, croyant mal à propos que Kléber y soutint le choc de toute l’armée autrichienne.
Après le combat les Républicains effectuèrent leur retraite jusqu'au bord du Rhin. La division Bonnard repassa sur la rive gauche à Bonn et à Cologne; celles de Lefebvre et de Collaud se retirèrent derrière la Wipper, dans la forte position de Benrad et d'Obladen, décidées à faire tous leurs efforts pour se maintenir sur ce point important de la rive droite, et pour couvrir en même temps le camp retranché établi à Dusseldorf.
Passage du Rhin a Kehl par l’armée de Rhin-et- Moselle. — Départ du prince Charles pour le Haut- Rhin. — Les premières opérations de l’armée de Sambre-et-Meuse eurent pour résultat (comme on le verra bientôt) de favoriser le passage du Rhin à l’armée de Rhin-el-.Moselle. Moreau franchit le fleuve â Kehl. Son mouvement menaçait la ligne du Danube. Le prince Charles partit aussitôt pour s’y opposer. Il emmenait avec lui 26,000 hommes, laissait .Mayence avec une for te garni son, et le général NVartensleLen à la tète de 28,000 fantassins et de 10,000 cavaliers, chargés de couvrir le Mayn. — Ce corps d’armée était posté de la manière suivante: 14,000 hommes formant le corps de bataille, campaient à Ncukircb, derrière la Nister, à la jonction des routes de Siegbcrg, Siegen , Limburg et Wetzlar; une avant-garde de 8,000 hommes, dont 3,000 cavaliers, occupait les montagnes de Kaltein-Kiche, Dcken, Hausen, Ilassel et Krpel ; entre Labnstein et Erlich se trouvaient 7,000 hommes d’infanterie et 1 ,600 chevaux , Neuwied était surveillé par le gros de ce corps, placé sous les ordres du général Finch; idslein, enfin, était occupé par la réserve de grenadiers et de grosse cavalerie, composée de 4,000 fantassins et 3,200 cavaliers. La distance qui séparait toutes ces positions décousues ne permettait pas aux différents corps chargés de les défendre de s’appuyer mutuellement. L’armée impériale avait toutefois sur les armées républicaines l'avantage d’étre sous le commandement d’un chef unique, muni d’un pouvoir presque discrétiounaire, tandis que les deux généraux français. Moreau et Jourdan , ne pouvaient , d’aucune manière , concerter leurs opérations, et, pour u’élre pas responsables des incidents malheureux, devaient se confor-
mer rigoureusement à des instructions venues de Paris. — Ainsi Jourdan avait ordre de s’éloigner le plus possible des bords du Rhin, de remonter la Haute-Lahn, puis de s’avancer sur la Kintz, le Haut- May n et enfin sur la Rednitz. On lui avait prescrit de s’efforcer de déborder toujours la droite de l'ennemi, de lui livrer bataille pour la rejeter en Bohême ou sur Ratisbonnc, et de la suivre partout afin de rendre impossible sa réunion avec les troupes de l'Archiduc. Le résultat le plus probable de ces instructions devait être un effet diamétralement opposé A celui qu'on en attendait. En imprimant ainsi aux deux armées françaises une marche excentrique, on rejetait nécessairement l’un sur l’autre les deux corps autrichiens qu'on se proposait d'isolcr.
L'armée de Sambre-et-Meuse repasse le Rhin à Neuwied. — C’était vers Neuwied que Jourdan, voulant profiter de l'absence de l’Archiduc, s'était résolu A repasser le Rhin. Kléber, avec l’aile gauche, partit de Dusseldorf le 27 juin pour faciliter celle opération. Peudantqu’il se dirigeait sur la Sieg, afin d’attirer de ce côté l’attention des ennemis, la division Grenier passait le fleuve A Cologne, pour se réunir à lui. Quelques détachements de cavalerie légère autrichienne observaient seuls la Sieg; cette rivière fut aisément franchie le 30 par les trois divisions de l'aile gauche; elles se postèrent ensuite, la droite au village de Plées et la gauche aux montagnes. Bonnard vint les rejoindre avec la réserve.
Toutes les troupes se rapprochèrent en silence dans la nuit du 2 juillet, des deux points indiqués pour le passage, où avaient été rassemblées d’avance toutes les barques qu’on avait pu découvrir. 5,000 hommes du corps de Finck étaient les seuls dont on pût craindre quelque résistance. Les grenadiers de la division Championnct s’embarquèrent derrière ITIe de Weisenthurm, et, sous le commandement du général Damas, abordèrent A Neuwied; la division Bernadotte franchit j le fleuve et prit terre près de Bendorf. Vingt-quatre ! pièces de canon en batterie sur la rive gauche firent aisément taire le feu de l’artillerie autrichienne. Le chef de bataillon Chauchard s’empara de Neuwied au pas de charge. Les grenadiers de la division Bernadotte enlevèrent aussi le village de Bendorf. Tous les postes ennemis furent repoussés. Damas, avec un renfort de quelques cavaliers et de deux pièces de canon, s’empara d’Hettesdorf et de tous les villages le long de la YVietbach. Les Autrichiens firent partir leurs équipages par la route de Dierdorf et rassemblèrent en hâte deux bataillons pour opposer à Bernadotte. Bendorf, réattaqué par eux avec fureur, fut vigoureusement défendu et resta au pouvoir des Républicains ; bientôt un nouveau combat s’engagea sur les hauteurs en arrière de ce village, avec les troupes du prince de Darmstadt, dont cette position interceptait la retraite. Les Républicains en furent repoussés, et les Impériaux étaient maîtres des hauteurs, tandis que le village restait encore aux Français; ceux-ci se répandirent A l'entour en tirailleurs; leur petit nombre ne leur permettait pas de tenter autre chose: mais
leur courage leur suffit pour se maintenir dans un poste nécessaire à la protection d'un pont de bateaux auquel on travaillait dès le point du jour et qui fut terminé le 3 juillet à dix heures. Aussitôt l’artillerie légère et la cavalerie du général Championnet se portèrent rapidement sur la Saynbacb,au secours des grenadiers de Bernadotte. L’arrivée de cette colonne détermina la retraite de l’ennemi, qui se replia sur Montabauer, après une perte de 300 hommes et deux pièces de canon. Tandis que le passage de l'armée continuait, la division Bernadotte fut établie sur les hauteurs d’Hilschcid, et celle de Championnet vers Dierdorf; le général Poncet resta en deuxième ligne sur la Saynbach; l’aile gauche prit position en avant d'Lkeratb. Pour tourner la ligne ennemie entre la Sieg et la Lahn, Kléber avait dirigé la division Lefebvre sur Siegen. Le 4 juillet toute l'armée française opéra sa réunion; mais avant de marcher en avant, elle s’arrêta pendant deux jours pour attendre des vivres.
Retraite des Impériaux.— Combat de ff 'iUcrsdorf. — De son côté et quoique ayant reçu la nouvelle du passage du Rhin par les Français, Wartensleben était encore resté deux jours dans son camp de Neukirch , et Werneck , ayant rallié le corps de Finck, s’était retiré sur la Lahn avec 14.000 hommes. Il eût été possible, eu poussant vivement l’un de ces corps dès le 5 juillet au matin , de les isoler totalement et de rendre leur réunion impossible pour le reste de la campagne; mais Jourdan, sans doute mal informé des positions décousues de l'ennemi, ne profita pas de la supériorité de ses forces pour frapper un coup décisif. Mieux instruit le 6 de la position de Wartensleben, entre Neukirch et Dillenburg, il fit marcher l’armée par sa gauche; mais cette marche trop tardive resta sans résultat. — La position de Lefebvre, dans les montagnes de Kaltein-Eiche, était inconnue du reste de l’armée, dont il était séparé par des montagnes et par des bois presque impraticables. — Ce général avait attaqué le 4 juillet, vers Willersdorff, les Impériaux aux ordres de K ray, et les avait rejetés avec perte sur Allendorf. Cet échec, joint à la nouvelle de l’arrivée des Français, fit craindre à Colloredo (qui remplaçait momentanément Wartensleben) d'être enveloppé et le décida à opérer un mouvement rétrograde. Il partit le 5 sur deux colonnes : la première se dirigeant à gauche sur Wctzlarpar Herborn, l’autre sur Lein par Grciffeustcin. Kray gagna Giesen par Dillenburg. Les Impériaux rejoignirent ainsi la ligne de la Lahn, où ils s’établirent le 6 juillet.
Combat d'Offheim. —Prise de Runckel. — Kléber, pour opérer sa jonction avec Lefebvre, posta les divisions Collaud et Bonnard, la droite près du village de Dierdorf, et la gauche un peu en arrière d'Herborn. L’aile droite fut mise, le lendemain 7, en mouvement. Le blocus d'Ehrenbreitstein et la garde de la tête de pont de Neuwied furent confiés A six bataillons aux ordres de Poncet. Le reste de la division de ce général devait s’avauccr sur la Lahn pour en garder la droite depuis DicU jusqu'à son embouchure. Bernadotte s’a*
vauçait sur Limburg par 1rs deux rivrs de l'Elz pour en couvrir le débouché et faire observer celui de Dietï. Ce général rencontra sur les hauteurs d'OFfhciin un gros corps de la réserve de Werneck , qui cherchait à inquiéter la queue de la division Cbampionnet. Lu rude combat s’engagea aussitôt, et les grenadiers républicains eurent l’avantage. L’occupation de toute la partie de Limburg située sur la rive droite de la Lahn fut le résultat de cet engagement. Rendant ce temps le général Damas emportait le pont et la ville de Runckel ; Grenier marchait sur Mehrenberg et portait son avant-garde sur Weilburg; Kléber poussait des troupes légères au-delà de la Lahn, et Lefebvre s'avançait sur ta gauche de la Dill, pour être en mesure de se porter sur Gieseo.
Passage de la Lahn. — La prise de Runckel avait tellement effrayé les Impériaux , que Werneck se croyant sur le point d’être tourné, s’étail hâté de décamper avec toutes scs forces pour se replier sur Nauheim. Les divers détachements postés dans les lieux voisins, Gicsen, Lein , Welzlar , etc., l’imitèrent L’arrière-garde, forte de 8,000 hommes et de 1,800 chevaux, aux ordres du général Kray, se retira sur Pollgauz , où elle se réunit aux troupes venant de Lein.
Le général de l’armée de Sambre-et- Meuse, qui voulait déboucher par les montagnes sur le Mayn, s'avancait sur un front aussi étendu que celui de l’ennemi, lorsqu’il eût pu obtenir un succès décisif en poussant des masses sur le centre ou sur la droite, qu’il eût aisément écrasée, —Trois corps principaux formaient alors l’armée: la droite, aux ordres de Marceau, observait Mayence sur la rive gauche du Rhin; la gauche, commandée par Kléber, devait marcher sur Francfort, et Jourdan se proposait de déboucher, avec le centre, dans les plaines du Mayn, depuis la Nidda jusqu'à CasseL — La retraite de Werneck sur Escb le déeida. le 9 juillet, à mettre loutc l’année française en mouvement pour franchir la Lahn. La droite du centre, renforcée, et commandée par Rernadotte, passa par Nassau et Limburg, et se dirigea sqr Wisbaden. Un engagement eut lieu près le village d'Esch entre Cbampionnet et la cavalerie de Werneck. Les Autrichiens furent culbutés et Werneck se relira en arrière du fort de Kœnigstein. Grenier marcha sur Grafcn- Wiesebarh, et le même jour les troupes de Kléber passèrent la Lahn près de Lein, de Gicsen et de Welzlar, en trois colonnes aux ordres de Ronnard , de Lefebvre et de Collaud.
C ombal d’Ober-Merl. — La cavalerie de la division Kray campait dans la plaine de Nieder-Merl ; elle fut abordée par l’avant-garde de Collaud. que commandait l’adjudant général Ncy. Ce dernier engagea le combat; mais afin de ne pas être écrasé par les masses de cavalerie ennemie, il attaqua les hauteurs avec la 20e lé- | gère, et s’en empara. Kléber lui ordonna de s'y arrêter cl fit prendre poste en avant d’Ober-Merl au général i Collaud. Il venait de recevoir l’avis qu’il allait être attaqué par les Impériaux. Ceux-ci s’avancèrent en effet i
contre les Républicains; la lutte fut longue et opiniâtre; le village d’Ober-Merl fut pris et repris plusieurs fois: il finit par rester aux troupes de (îollaud. Kray sc retira à Nieder-Merl, et Wartensieben continua sa retraite sur Wilstadt et Kosbach.
Combat de Friedberg. — Le gros des forces autrichiennes semblait vouloir tenir ferme dans la position de Friedberg. Kléber résolut de les y attaquer. Les divisions Collaud et Bonnard eurent ordre de se porter sur Nieder-Wrisel et Rutzbach , afin de soutenir l’avant-garde chargée d’engager le combat de front. Lefebvre, qui marchait sur la gauche de la Welter, devait passer cette rivière à Baurrnbeim et Offenheim pour tourner la droite de l’ennemi. Wartcnslcben s’était mis lui-même en marche pour attaquer Kléber; mais informé de la marche de Lefebvre, il arrêta son mouvement, porta ses forces par la droite à Offenheim. afin d’en disputer le débouché à ce général. Les positions d’Ockstadt et de Friedberg étaient attaquées pendant ce temps par Ney ; tandis que Ronnard débouchait sur la droite vers Rosbacb. Après un combat aussi vif que meurtrier, les Autrichiens se retirèrent et abandonnèrent Friedberg aux Républicains. L'action aurait eu les plus grands résultats si la division Grenier et la réserve de cavalerie eussent pu y prendre part. Lefebvre cependant avait de son côté gagné l’ennemi sur son flanc droit; cette circonstance détermina la retraite précipitée de l’infanterie autrichienne, qui eût été entièrement défaite sans le secours que lui prêta la nombreuse cavalerie réunie sur ce point. La perte des Français fut de 500 hommes tués ou blessés. Celle de l'ennemi dépassa le nombre de 1,200; on lui prit en outre 500 prisonniers, trois canons et un drapeau. Le manque de vivres obligea les Républicains de séjourner, le 1 1 , dans leurs positions.— Wartensieben profita de lenr inaction forcée pour se retirer derrière la Nidda et de là sur la rive gauche du Mayn, vers Offenbach, après avoir laissé une forte garnison dans Francfort.— Championne! fut chargé de l’investissement de Kœnigstein, petite place que le général Meunier avait défendue d’une manière si brillante au commencement de la guerre de la révolution.
Prise de Francfort. — Le 12 au matin, Kléber poussa des postes sur la Nidda , dont tous les ponts étaient rompus; celte rivière nVtant pas guéable il fallut les rétablir, travail auquel la fuite des paysans obligea d'employer les soldats. Kléber se présenta ensuite devant Francfort, et le reste de l'armée s’étendit le long du Mayn, le centre à Hoechst , Bernadotte vers Wisbaden.
Jourdan ignorant ce qui se passait à l'armée de Rhinet -Moselle, $e décida à occuper Francfort, dont les remparts, entourés de fossés pleins d’eau, étaient garnis d’une artillerie nombreuse. — Kléber ayant disposé convenablement ses batteries, nn feu des plus j vif» commença de part et d’autre; mais l’artillerie républicaine prit le dessus; la ville d’abord sommée i iuutil* m ut, fut soumise à un bombardcineut de deux