‹ France MilitaireChapitre 28 sur 62 · SO N MA !R H · texte numérisé non relu

SO N MA !R H

Le* Aulrirhien» repaumt le PA.- Ix* Français passent le Pô à Plaisance.— Combat de Fonibio.-Surpme de Codogno.— Retraite de Reaulim derrière l'Adda. -Armistice are* le duc fie Parme.— Pa«Mge «lu pont de lodi.— Prise de Pizzigbetooe et de Crémone.— Projet absurde du Directoire.— Entrée dm Fiançai* à Milan.— Séjour de Bonaparte à Milan.— Armistice avec le duc de Modénc.— Proclamation i l'armée.-- loturrcrtion de la lombardu*. -RMteCl (UBltlOD dttoür. -Combat de Borflbetlo. Passage il u MMO. Ocoijiation «le Vérone. -Esprit de l’innée d’Italie.— Inrrrtnwement de Mantoue.

arm ta RfrcBMCAtxc.

Général en chef. — Bonaparte.

Debarrassé de l’armée sarde par l'armistice conclu entre la France et le Piémont, et certain d’appuyer désormais ses opérations sur trois bases excellentes, Goni, Alexandrie et Tortone, Bonaparte lança son armée victorieuse sur les traces de Beaulieu.

Les Autrichiens repassent le Pô. — Ce vieux génégal.qui venait d’assister dans une si inconcevable inaction à la ruine de ses alliés, semblait avoir recouvré l’activité d’un jeune homme depuis qu’il se trouvait obligé de résister seul à touslcseffortsdc l’armée d’Italie. Oubliant l'alliance encore récente des Autrichiens et des Piémontais, il tenta de s'emparer par surprise des places d’Alexandrie , de Tortone et de Valence. Ses efforts échouèrent contre les deux premières; mais il fut plus adroit ou plus heureux contre la troisième. Valence étant prise, il sc porta en bâte vers le Pô, et y traversa, le 2 mai, ce fleuve; ensuite il coupa le pont de Valence et se retira, emmenant la cavalerie napolitaine qui tenait garnison dans cette ville.

Les Républicains, dont l’activité de Bonaparte quadruplait les forces, ne tardèrent pas à garnir la rive droite du Pô.— Ce fleuve, qui est le plus considérable de l’Italie, sort du flanc oriental du mont de Viso, audessus de Salures, coule au nord jusqu'à Ghivasso, et là, tournait brusquement à l’est, va se jeter dans la mer Adriatique, à quinze lieues au-dessous de Ferrare, après avoir coupé transversalement l'Italie septentrionale.

Le passage du Pô, devant une armée nombreuse et recrutée des secours envoyés par Rome, Naples Pt le» autres petits étals italiens, était à peu près inexécutable de vive force. L’armée française n’avait d’ailleurs rien de ce qui aurait été nécessaire pour une telle opération. Elle était dénuée d’équipages de pont, «à cent lieues de ses arsenaux , cl réduite à compter sur les barques et les autres agrès qu’on espérait enlever sur le fleuve même.— Il fallait donc faire prendre le change à l’ennemi sur le lieu oi'i le passage était projeté. Dans cette circonstance, la vieille expérience de Beaulieu fut rn- . çorc mise en défaut par l’adresse de son jeune rival. —Bonaparte, dans l'armistice avec le Piémont, s’était réservé la possession de Valence, comme s’il eût eu le dessein d’y passer le Pô. Beaulieu, qui avait détruit le pont de cette place, ne croyait être menacé que d'une attaque de front par Lorw llo. Il avait, en conséquence, placé le gros de son armée près de Valleggio, sur la Cogna; détaché la division Roselmini vers Sommo; et Wukawowich , avec l’avant-garde sur la Sésia. Çplli ,

au sue n*pfrfAi.E-

Général en chef. — Beaulieu.

qui depuis l'armistice était passé au service de l'Autriche, fut dirigé sur Bufarola, et Liptay prit position sur la gauche du Tésin. Les environs de Pavic étaient garnis de redoutes. Les forces de l'armée impériale, accrues par de nombreux renforts de troupes et d’artillerie, augmentaient encore la confiance de Beaulieu.

Les Français passent fe Pô à Plaisance. — Après quelques mouvements militaires, exécutés vers Sale, Gastellaccio et Valence, pour mieux entretenir l’erreur du général ennemi, Bonaparte, qui s’était arrêté au projrt de descendre le Pô jusqu’à Plaisance, et de le passer de façon à tourner l’aile gauche des Autrichiens, se porta, le 6 mai, par une marche forcée, à Castello- San-Giovani , près de Tidone; il était suivi de 3,000 grenadiers et de I, r>00 chevaux. Des officiers d'état-major, côtoyant avec un parti de cavalerie la rive droite du fleuve, enlevèrent plusieurs bateaux chargés de 500 malades et de toute la pharmacie de l’armée ennemie. Ces embarcations servirent, le 7 mai, à transporter sur l’autre rive le corps des grenadiers arrivé à Plaisance, dont le commandement avait été confié au chef de brigade Lannes. Deux escadrons de hussards, en bataille sur la rive gauche, firent mine de vouloir résister; Lannes sauta le premier à terre, et y fut bientôt suivi de quelques centaines de grenadiers , avec lesquels il mit en fuite cette cavalerie.

Dès que le mouvement sur San-Giovani cl Plaisance eut été démasqué, toutes les divisions placées en échelons s’avancèrent à marche forcée, afin de traverser le fleuve. Le passage, déjà commencé, continua sans interruption, quoique singulièrement ralenti par le mauque de bateaux ; les divisions Laharpc et Masséna passèrent vers Plaisance, les troupes d’Augereau à Verato.

Au moment ofi Beaulieu s’occupait des fortifications sur le Tésin et des redoutes de Pavie, il eut avis tout à coup de l’entreprise effectuée par Bonaparte. Honteux de se trouver encore surpris par un ennemi qu’il ne pouvait jamais surprendre , il abandonna .«es retranchements , devenus inutiles, et se porta au-devant des Français sur la route de Milan. Mais dans cette circonstance encore, rebelle aux leçons coûteuses de l’expérience, au lieu de réunir toutes ses forces, il les dissémina et dirigea le général Liptay, avec huit bataillons et huit escadrous entre l’Adda et le Lnmbro pour rouvrir la communication par Pizzighelone et Mantoue. Lui -même, avec dix bataillons et vingt-deux escadrons, se porta sur Corte-Olona, espérant arriver assez

lût pour troubler le debarquement de* Français. Cette direction était bonuc; mais au lieu de faire prendre la même roule A toute son armée, il laissa à PavieSeboltcodorf, avec dix bataillons et dix escadrons, et oublia en quelque sorte Colla A Buffarola.

Combat de Fombio. — Liptay, avec l'avant-garde , forte de 3,000 fautassius et 2,000 chevaux, appuyés par vingt pièces de position , se retrancha , le 8 mai au matin, dans le village de Fombio. Bonaparte, convaincu des avantages d’une brusque offensive, fit reconnaître l'ennemi, et donna aussitôt ordre de l'attaquer, afin de ne pas laisser â Beaulieu le temps de le rejoindre. L'avant -garde française était conduite par le général Dallemagne, l’adjudant général Lanusse et le chef de brigade Launes. Le premier attaqua la droite de l'ennemi avec les grcnjdiers; Lauusse se porta sur le centre, et Lannes chercha à tourner la gauche. Liptay réussit, par une défense opiniâtre, A arrêter les Français pendant plus de deux heures. Les retranchements de Fombio furent enfin emportés, et le général autrichien se retira sur (xnloguo, qu’il fut presque aussitôt contraint d’évacuer devant la cavalerie républicaine. 11 continua sa retraite dans la direction de Pizzighetone, où il passa l’Adda. Dans cette affaire les Autrichiens perdirent leurs bagages, une partie de leur artillerie, et eurent environ 500 hommes tués ou faits prisonniers; la cavalerie napolitaine fut très maltraitée.

Comme il était probable que Beaulieu se hâterait de quitter le Tésin pour venir au secours de Liptay, la division Laharpe fut dirigée sur Codogno, avec ordre de bien observer la route de Casal-Pusterlengo, par où le général autrichien devait déboucher. Le reste de l’armée observa Pizzighelone A droite, et le cours du Lambro A gauche.

Surprise de Codogno. — Retraite de Beaulieu derrière VAdda. — Beaulieu accourant au secours de son lieutenant, marchait en effet, vers cinq heures du soir, avec neuf bataillons et douze escadrons, dans la direction de Casai - Pustcrlengo. Au lieu de se diriger sur les Français avec cette petite masse réunie, il en fit ce qu’il avait déjA fait de toute son armée, et la morcela en six divisions; un bataillon fut porté A Senna; un autre A Somaglia ; deux sur Fombio; deux autres furent envoyés A la découverte de Liptay, dont la fuite avait été si prompte qu'on n’en avait aucune nouvelle; Beaulieu enfin arriva lui-méme à Casal-Pusterlengo avec les trois bataillons restant et sa cavalerie. B résultait de ces dispositions, que pendant que la gauche de l'ennemi était en arrière de Pizzighelone, et la droite sous Pavie, lê centre, éparpillé, se trouvait en face de toute l’armée républicaine.

Informé A frasai de l’occupation de Codogno par les Français. Bcanlieu résolut de profiter de la nuit pour les surprendre et pour rétablir scs communications avec Liptay, qu’il supposait dans le voisinage. Le reste de l’armée, si imprudemment laissé en arrière, eut ordre de se diriger sur l’Adda, par Lodi et Cassano.— Les avant-postes de Laharpe furent surpris par la colonne autrichienne. Laharpe, en essayant de rétablir

le combat, tomba mortellement frappé d’un coup de feu. On a dit qu'il avait été tué dans l'obscurité et dans la confusion du combat par un détachement de ses propres troupes : cela est probable. L'armée d’Italie perdit eu lui un de ses plus braves généraux.

ikrthier, informé du désordre causé par la mort de Laharpe, accourut A Codogno, rallia la division, repoussa les Autrichiens et les poursuivit jusqu'A Casai où il entra sans coup férir. — Beaulieu venait d’en partir pour se diriger sur Lodi , où Scboltendorf et Wukassowich avaient ordre de se diriger.— Colli marchait pour se réunir A l’armée par Cassano sur les bords de l’Adda, après avoir jeté une garnison dans la citadelle de Milan. Ces mesures, que le succès eût peut-être couronnées si elles eussent été prises au début de la campagne, étaient trop tardives alors. La rapidiléde Bonaparte avaitfrappé de stupeur toute l’Italie. LePô,que l’on regardait comme devant êlrel’obstacle insurmontable opposéà l’armée française, n’avait pas arrêté ses triomphes; ce passage merveilleux et inattendu avait porté Pépodvanle au comble. Il est certain que Beaulieu ne dut son salut qu’A la lenteur avec laquelle il s'exécuta, faute d'un équipage de ponts. En effet, si l’armée eût pu être transportée le 8 au matin A Fombio, avec son artillerie et sa cavalerie, toute retraite aurait été coupée aux Autrichiens, prévenus A Casal-Pusterlengo sur la route directe de Manloue , et A Lodi sur celle de Brescia.

Armistice avec le duc de Parme. — Le général de l’armée d’Italie avait mis A profit 1rs quarante- huit heures de son séjour forcé à Plaisance. Pendant que l'armée effectuait son passage, et qu’Andréossi jetait un pont sur le fleuve, il signa un armistice avec le duc de Parme et de Plaisance. F.ffrajé des triomphes si nombreux et si rapides de Bonaparte, ce prince avait demandé A traiter avec la Bépublique. Le général français, alliant habilement la politique à la guerre, accueillît d’autant mieux cette demande qu’il sentait la nécessité de se débarrasser du soin de x'cillcr sur 1rs petits états dont il était entouré. Celte convention devait avoir encore pour résultats de procurer A l’armée de l’argent et surtout des vivres, dont elle avait un si pressant besoin.

Les conditions de l’armistice, résumées en six articles, étaient extrêmement dures; on reprochait au prince, parent et allié du roi d’Fspagne, de n’avoir pas participé au traité de BAIe. Pour ne pas être traité toul-à-fail en ennemi, il dut payer une contribution militaire de deux millions; fournir pour le service de l’armée, 1,700 chevaux, dont 1.200 de trait, 400 de dragons et 100 de selle pour les officiers supérieurs. Bonaparte exigea , en outre, dix mille quintaux de blé et cinq mille quintaux d’avoine pour les magasins deTortone; deux mille hcèufs pour le service des vivres de l’armée; enfin vingt tableaux choisis dans les plus belles collections ducales de Parme et de Plaisance, et qui furent destinés au musée national de Paris.— Bonaparte, à l’exemple des généraux romains, voulait que les trophées de scs victoires servissent A l’ornenirnl delà capilalede la République.

Dans le tribut imposé au duc de Panne , se trouvait

Cullirdmlr de Atilau

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KRANCR militaire.

la fameuse Communion de Saint-jÆôine; le prince of- | Frait deux millions pour la conserver : « Non, répondit «Bonaparte, je nai pas besoin de millions; tous vos I « trésors ne valent pas à mes yeux la gloire d’offrir à « ma patrie un chef-d'œuvre du Dominiquin. » Bonaparte refusa aussi, quelques jours après, de s’approprier quatre millions sur la contribution de guerre payée par le duc de Modène. Plus tard il dédaigna sept millions qui lui furent offert , pour sauver de la destruction la république vénitienne. Le désintéressement du général de l’armée d’Italie fait un contraste remarquable avec la rapacité dont plusieurs de nos généraux , même les plus illustres, donnèrent le scandaleux exemple.

Passage du Pont de Lodi. — Après le désastre de Fombio, Beaulieu avait pris position derrière l'Adda, la gauche appuyée vers le confluent de cette rivière avec le Pô, au-dessous de Pizzighctone, le centre à Lodi, et la droite vers Cassano. — Bonaparte, décidé à l’attaquer de front, détacha \A division Laharpe ( alors provisoirement commandée par le général Menard) sur Pizzighctone, autant pour observer cette place que pour couvrir les communications de l’armée avec Plaisance. — Serrurier marcha sur Pavic pour y enlever les magasins autrichiens , menacer Milan , et couvrir le mouvement des divisions Augereau et Masséna .qui furent dirigées sur Lodi.

Bonaparte avait quitté Plaisance dans la soirée du 9 mai, aussitôt après la signature de l’armistice. Il était arrivé h Casai à trois heures du matin, et en était aussitôt reparti pour se porter à l’avant-garde. Il hâtait sa marche, dans l’espoir d’engager avec l’ennemi une affaire générale. — Beaulieu, indécis sur ce qu’il avait à faire, s’élail déjà retiré avec quelques bataillons à Créma, laissant à Lodi Sebottendorf avec 10.000 hommes ; le passage de Cereto était gardé par la brigade Nicolelti ; un autre corps s’étendait vers Fonnigara, et Colii était à Cassano, à portée d’opérer sa retraite sur Brescia. — Ces campements éparpillés prouvent combien l’esprit routinier de Beaulieu profitait peu des | leçons de l'expérience; il parait n'avoir jamais entrevu | la cause principale, et facile à reconnaître, de scs défaites.

Pour arriver à l’ennemi, Bonaparte avait à passer l’Adda ; il eôt pu tenter ce passage au pont de Cassano, où Colline paraissait pas très décidé à sc défendre; mais la marche sur Gissano aurait pris deux jours et laissé à l'ennemi le temps de s'échapper. Le seul équipage de pont que l'année eôt pu réunir étant employé A Plaisance. le manque d’embarcations ne permettait pas de songer à passer l'Adda vers Pizzighctone. Bonaparte résolut de brusquer le passage au pont de Lodi. L’entreprise était audacieuse. Ce pont, qui a plus de cent toises de longueur, se trouvait enfilé et croisé dans tous les sens par trente pièces d’artillerie de gros calibre, en batterie sur la rive gauche. La confiance des Autrichiens dans la force de cette position était telle qu’ils n’avaient pas cru devoir détruire le pont.

Bonaparte, qui était parvenu à tromper le général autrichien, lors du passage du Pô , réussit encore à lui

faire prendre le change sur le lieu oh il se proposait de traverser l’Adda. Ses divisions furent réparties sur différens points, mais néanmoins de telle manière qu'elles pouvaient être réunies dans trois heures de marche.

Lodi est sur la rive droite, en avant du pont. Cette ville et ses abords étaient occupés par quelques escadrons et un bataillon. L’avant garde française culbuta tous leurs postes avancés, et s'empara d'un canon. L’ennemi rentra dans la ville, où les grenadiers du général Dallemagne le suivirent; mais, effrayé de leur vigoureux élan , il ne tenta même pas de la défendre, et se bâta de repasser l’Adda.

Bonaparte, ceriaiu que le pont était encore intact, s’y rendit aussitôt, et. pour empêcher les travailleurs autrichiens de le rompre, il fit placer lui-même en batterie, au milieu d’une grêle de mitraille, les deux pièces d’artillerie légère attachées à l’avant-garde de Masséna. Il n’y avait pas un instant à perdre pour emporter la position. Masséna eut ordre de former tous les bataillons de grenadiers en colonne serrée en masse, de les conduire à l’attaque du pont, et de les faire suivre par sa division et par celle d' Augereau.— On battit la charge: cette redoutable colonne, ayant en tète le 2r bataillon de carabiniers, s’élança au débouché du pont; mais la mitraille, que vomissaient trente pièces de gros calibre, ébranla les plus braves; la tête de colonne s’arrêta. L’n moment d’hésitation pouvait tout perdre; les généraux Berthier, Masséna, Cervoni, Dallemagne, lè chef de brigade Lanncs et le chef de bataillon Dupât virent l’imminence du danger et s’élancèrent à la tète de la colonne. Leur exemple entraîna les soldats qui, remplis d’enthousiasme, se précipitèrent sur leurs traces. Parvenus au milieu du pont , quelques grenadiers s’aperçurent que le côté gauebe de l’Adda était peu profond et pouvait presque se passer à pied sec ; de nombreux tirailleurs sc glissèrent aussitôt au bas du pont, traversèrent la partie guéablc de la rivière, et attaquèrent en flauc l’ennctni, afin de faciliter la marche de la colonne. Celle-ci redoubla de vitesse et d’audace, et le pont fut franchi à la course en quelques instants. Tout ce qui tenta de s'opposer à son élan fut culbuté. L’artillerie des Autrichiens fut enlevée et tournée contre eux. Épouvantés de tant d’audace, ils s'enfuirent dans toutes les directions, abandonnant armes , caissons et bagages. La division Augereau arrivant alors, traversa aussi le pont et acheva la déroute de l’ennemi. C’en était fait des 10.000 hommes de Sebottendorf v si la cavalerie , qui avait dû descendre l’Adda afin de passer A un gué près de Mozzauica , eût pu arriver assez à tempe pour se mettre à la poursuite des fuyards.

La cavalerie ennemie essaya de protéger la retraite de l’infanterie, mais la nuit et l’extrême fatigue des troupes, qui avaient fait plus de dix lieues dans la journée , empêchèrent que la poursuite ne devint très active. Outre plusieurs drapeaux et vingt canon», l’ennemi perdit dans cette affaire 3,000 hommes, tués, blessés et prisonniers.

Le passage du pont de Lodi fut, d’après le rapport même de Bonaparte, l’action la plus audacieuse et la » plus vive de toute la campagne; elle eut des résultats

décisifs pour l'armée autrichienne, qui se vit forcée d’aller attendre des renforts dans les marais de Mantoue.

Seboltendorf avait rallié son infanterie vers Fontana,et il opéra sa retraite, pendant la nuit, sur Créma. Tandis qu'il effectuait ce mouvement, les escadrons de la division .Masséna eurent l'occasion de tomber sur le flanc des Napolitains, qu’ils maltraitèrent. — De son côté, Beaulieu se relira derrière le Mincio, faiblementpoursuivi par la division Augcrcau , qui était harassée de fatigue.

Bonaparte, apres cette victoire, voulut, sans être connu, interroger lui-mémc les prisonniers, afin de connaître l’effet moral que produisaient sur l’ennemi des revers si rapides et si multipliés. Il s'adressa à un gros capitaine allemand : « Cela va très mal , lui répou- « dit celui-ci, je ne sais pas comment on en finira, il « n’y a plus moyen d'y rien comprendre. Nous avons « affaire à un jeune général qui est tantôt devant nous, « tantôt sur uotre queue, tantôt sur nos flancs, qui n nous attaque à droite, à gauche, par-devant, parce derrière... Pour ma part, je suis tout consolé d’avoir et fini. »

On raconte qu'à l'armée d'Italie , soit à cause de la jeunesse du général en chef , soit pour toute autre raison, il s’était établi un singulier usage; après chaque bataille, les plus vieux soldats se réunissaient en conseil, et donnaient un nouveau grade a leur jeune général. Ou and cclui-ci rentrait au camp, il y était reçu par les vieilles moustaches, qui le saluaient de son nouveau titre. Bonaparte fut fait caporal A Lodi, sergent à Castiglione, et ainsi de suite après chaque victoire. C’est là l'origine du surnom de petit Caporal , qui lui était resté parmi les soldats, et qui , dans leur bouche , était à la fois une parole d'affection et d'admiration.

o Vendémiaire et même Montenottene me portèrent pas à me croire un homme supérieur, a dit depuis Napoléon ; ce n’est qu’après Lodi qu’il me vint dans l’idée que je pourrais bien devenir un acteur décisif sur notre scène politique. »

f Prise de Pizzighetone et de Crémone. — Les Autrichiens avaient été poursuivis jusque sous Pizzighétone, après le combat de Fombio, mais les Républicains n’ayant alors aucun moyen de franchir l’Adda, qui couvre cette place, l’attaque en avait été retardée. la* passage de l'Adda permit d’en opérer l'investissement sur lesdeux rives. Serrurier, d'abord dirigé sur Pavie, eut ordre de se rabattre sur Pizzighclone, pour l’attaquer par la rive droite, pendant que Masséna l’investissait le même jour { 1 1 mai' par la rive gauche. Pizzigbetone se rendit le lendemain, après uneassez vive canonnade; on y fit 100 prisonniers.

Le même jour, l’avant-garde française entra dans Crémone, qui ne chercha point à opposer aux vainqueurs de Lodi une résistance inutile.

Projet absurde du Directoire. — Après la bataille de Lodi, Bonaparte reçut une lettre du Directoire, qui lui ordonnait de marcher sur Rome et sur Naples avec

20,000 hommes , rt de laisser son armée à Kellermann , qui viendrait établir et commaudcr le blocus de Man* toue. C'était porter à l'armée d’Italie un coup plus terrible que ne le pouvait faire l’armée aulriebieune. Le général en chef représenta avec énergie les vices de ce projet , et offrit sa démission , ne voulant pas être l’ins- ] IrUmcut de la perte de son armée. « Si vous affaiblis- | « sez vos moyens en partageant vos forces, écrivait-il o aux Directeurs, si vous rompez en Italie l’unité de la tf pensée militaire, je vous le dis avec douleur, vous « aurez perdu l'occasion d’imposer des lois à l’Italie. — (f Je crois qu'il faut mieux un mauvais général que <f deux bon». La guerre est comme le gouvernement , « c'est une affaire de tact. » Le Directoire rapporta son arrêté; il avait été séduit par l'appàt irrésistible, pour les hommes de la révolution, d’arborer le drapeau français sur le Capitole. Peut-être aussi les victoires du jeune général inquiétaient-elles déjà les Di recteurs; peutêtre Carnot avait-il étudié et deviné le grand homme, et dans Bonaparte, avait-il entrevu déjà Napoléon. —•L’absurde projet du Directoire avait été conçu en désapprouvant un plan présenté par Bonaparte, d’une incursion dans le Tyrol; il a été vivement blâmé par Jomini.ff Le vainqueur de Montenottc , dit-il , jugeant trop bien les dangers du système monstrueux que voulait établir le Directoire, refusa de compromettre sa gloire , et proposa de remettre â son collègue le commandement général , plutôt que d’entraîner par une funeste division la perte de l’Italie et de l’armée. Cette proposition, sur la sincérité de laquelle on a élevé des doutes , était d’autant plus naturelle, qu'il valait mieux renoncer au commandement que de courir â une catastrophe inévitable. — La singulière mesure du Directoire mettrait en doute la solidité du jugement de Carnot , si l’on n’était tenté d’y reconnaître une arrièrepensée, Comment expliquer en effet les étonnantes contradictions de ce Directeur qui, tantôt développait ses plans par les principes les plus lucides, et qui , le lendemain, violait ces mêmes principes d’une manière aussi manifeste? Ou jugeait imprudent â Bonaparte de pénétrer en Tyrol , et on n’hésitait pas â l’envoyer dans le fond de la presqu’île avec la moitié de l’armée! En admettant même qu'il fôt vainqueur, c'cst-â-dire bien engagé jusqu’aux portes de Naples, espérait-on que Kelicrmann ferait â lui seul ce qui semblait si téméraire de la part de son collègue, avec toutes les forces réunies? On poussa la folie jusqu’à prétendre que si l'armée du Sud essuyait quelque revers, si le vainqueur de Montenottc et de Lodi cédait â la supériorité des légions napolitaines et des troupes du pape, ce serait â Kellermann à le soutenir et à renforcer son armée; comme si celui-ci. en butte . sur l’Adige , aux efforts de toute la monarchie autrichienne, côl pu , avec une poignée d'hommes, disperser les armées impériales, et détacher sur les bords du Tibre, des forces à peine suffisantes pour investir Mantoue.

Entrée des Français à Milan. — La marche impétueuse de l’année républicaine, scs victoires rapides, ses faits d’armes éclatants excitaient l’admiration des peuples et remplissaient d'épouvante la noblesse et le

clergé d'Italie. Ce n’est pas que le général en chef se fût encore montré hostile envers les classes élevées ou les ministres de la religion catholique ; mais les souvenirs de la révolution française dominaient tous les esprits; on pressentait la chute d’un ordre de choses consacré par plusieurs siècles de pouvoir et de grandeur. La crainte éveillait la conscience, et ceux qui , pendant long-temps, n'avaient pas connu de bornes à leur volonté, devinaient qu’à leur tour ils allaient avoir à subir les violences populaires. Les idées de liberté fermentaient dans la multitude. Le parti révolutionnaire, qui espérait échapper enfin au joug autrichien, levait la tête avec audace, et ces mêmes états, qui préparaient, au commencement d’avril , un contingent de plus de 200, OüO hommes, ou menaçaient même de se lever en masse pour écraser l’armée française, formaient alors des vœux pour la voir triompher, et s’affranchir ainsi de la tyrannie étrangère. L’élan des peuples du Milanais vers le nouvel avenir qui semblait leur être promis n’était déjà plus que difficilement contenu par la présence de l’Archiduc ^ oncle de l’empereur d’Autriche et gouverneur de Milan, qui, d’ailleurs, sc hâta de quitter Milan dès que Beaulieu se retira sur le Mincio.

Ce fut alors que Bonaparte résolut de marcher sur cette ville, mouvement qu’il avait hésité à faire tant qu’il n’était pas assuré que les Autrichiens n’essayeraient pas d’insulter scs communications. La victoire de Lodi lui ôtait toute inquiétude à cet égard ; leur retraite d’ailleurs lui livrait la Lombardie, et, dans une guerre où l’opinion des peuples occupait une si grande place, l’entrée des Français dans la capitale de l’Italie autrichienne était une victoire sur l'opinion de tous les peuples de la Péninsule. Avant d’entreprendre de nonvelles opérations, Bonaparte sentait la nécessité d’assurer la soumission des provinces conquises, par l’organisation de nouvelles autorités administratives entièrement dévouées à la cause française et républicaine. Il était prévenu qu’une 1 partie de la population avait manifesté scs vœux et ses opinions d’une manière non équivoque. Les armes d’Autriche, gravées et peintes sur les édifices publics de Milan avaient été mutilées ou couvertes de boue, au moment où les trois couleurs étaient arborées avec enthousiasme.

De Crémone, où elle était placée, la division Serrurier pouvait facilement observer l’ennemi vers Mantoue et couvrir le mouvement de l'armée sur Milan. — Augercau, qui de Pizzigbetone s’était porté à Pavie, quitta cette ville le 13 mai, et se dirigea sur Milan ; Masséna y marcha de Lodi. Les autorités municipales étaient venues, dès le 13 mai, à Mariguan, faire leur soumission au général en chef et lui offrir les clefs de la ville , que Masséna occupa le 14.

Bonaparte y fit son entrée solennelle le 15; il était accompagné desgrenadiers vainqueurs à Lodi. La marche de ces braves était un véritable triomphe. La garde urbaine et la population de la ville, réuniesà la porte Romaine, attendaient l’armée française ; les compagnies de milices présentèrent les armes au général en chef; les citoyens le saluèrent de leurs acclamations; la noblesse.

qui, conduite par le comte de Melzi, était allée au-devant de lui jusqu’à Lodi, l’accompagna en cortège au palais archiépiscopal , où son logement était préparé et où une garde d’honneur milanaise l’attendait. La journée finit par un bal brillant, où toutes les dames se montrèrent décorées de rubans tricolores.

En se retirant surCassano, le général Colli avait laissé dans la citadelle de Milan une garnison de 1,800 hommes, force peu considérable pour défendre une enceinte aussi étendue. Bonaparte la fit investir aussitôt et donna des ordres pour en presser le siège; malheureusement l'armée manquait d'artillerie de gros calibre. On convint avec les Autrichiens qu’ils ne tireraient pas sur la ville, mais seulement sur les troupes employées à l’attaque.

Le jour même où les Français entraient à Milan, la paix conquise par leurs victoires en Piémont était signée à Paris avec le roi de Sardaigne. Le même jour aussi on célébrait au Champ-de-Mars, dans la capitale de la République française, la Fête des Victoires, où, parmi d’autres glorieux trophées, figuraient vingt et un drapeaux enlevés à l'ennemi par l’armée d’Italie, et dont Bonaparte avait fait hommage à la nation

Séjour de Bonaparte à Milan. — Armistice avec le duc de Modène. — Proclamation à r armée. — Le séjour du général en chef à Milan fut rempli par de nombreuses et importantes occupations. Il eut à établir l’administration intérieure de la Lombardie : ce

* Il n'cxislait alors pour récompenser 1c* brave* qui so distinguaient aux armée* , aucun de ce* moyen* qui ont été employé* depuii. titre», décora lions , dotation», etc.) L'ordre de Saint-Louis avait été aboli; riostilulioa de* Armes d’houneor n'était point encore consacrer; nnl n'aurall songé, à celle époque , à la création de la l/giond*1 tanneur, l'austérité républicaine s'en fût Indignée. — Les décrets par lesquels un corps ou un homme était signalé comme ayant bien mérité de la patrie avaient été prodigués par la Convention et avaient perdu de leur prix. — L'éloge n'élail d'ailleurs plus dislriboé par le* assemblées nationales , il partait directement du gouvernement. C’est ainsi qu'a pré* le* première* victoires de l’armée d'Italie , le Directoire , eberenaot à donner cet encens de la gloire qui est le pltrt puissant véhicule de l’ardeur militaire , avait écrit :

A Bonaparte. — « Il est satisfaisant pour le Directoire de voir justifier, par 1rs launert que vans venez de cueillir, le choix qu'il I fait de vous pour conduire l'armée d'Italie à la victoire. Herevez aujourd'hui , général , le tribut de la reconnaissance nationale; mérite*-la de plus eu plus , et prouvez à l'Europe que Braulieu , pour avoir changé de champ de bataille, n'a pas changé d'ennemi; que battu au nord, il le sera constamment par la brave armée d’Italie; et que, avec de tels défenseur*, la liberté triomphera de* efforts impuissants de* ennemi* de la République.»

Au général La harpe.— ■ L’effroi que vou* in*pirez aux ennemi» île la République peut seul égaler ta reconnaissance ef l'estime due à votre courage et à vos talents.*

Au chef de brigade liant pon. — «Intrépide militaire , amant de U liberté, continuez à la servir’ que le sermeo* que vous avez fait prêter aux brave* soldai* que vous commandiez dans la redoute de Mon leo ot te, soit répété dan* Corrasion par tous les Républicains qui sont dignes de le tenir, et qu’il serve k fortifier chez eux, s'il en était besoin, la haine de l'esclavage, et le désir de vaincre des ennemis qui n’ont pa* renoncé au projet insensé de noua donner de* Per*. La valeur française les forcera bientôt * demander la paix.... Vous y aurez concouru par le trait héroïque qui mot honore.»

Ces lettre* ne produisirent pa* sans doute long temps l’effet qu'en attendait ie Directoire, et d'ailleurs , en se multipliant , elle* auraient perdu leur influence. Carnot songea donc a en revenir aux éloge# collectif», et cette pensée lui inspira le projet de célébrer une Fête de * Fictotrestn l’honneur des année* de la République. Celte solennité militaire, qui devait se renouveler tous les ans, n'a eu beu qu'une seule fois. Nous eu reproduisons le tableau avec quelques détails

fut là qu’il donna la première preuve de sou génie organisateur. Ensuite ses soins se portèrent sur l'approvisionnement de l’armée, occupation Ingrate et dont les difficultés égalaient la nécessité. L’ne convention signée avec l'envoyé du duc de Modène fournit heureusement les moyens de subvenir aux premiers besoins. Le prince de Modène, Hercule 111 , effrayé, à l’approche d'une colonne de l'armée française, des mouvements insurrectionnels qui se manifestaient parmi son peuple, mécontent d’une administration plus fiscale que vexaloire, s’était enfui à Venise, emportant un trésor considérable. Il laissait à une régence le soin de gouverner ses états, et à sou frère naturel , le commandeur d’Est, le pouvoir de traiter avec le vainqueur. Les conditions de l’armistice, qui fut accordé au sou-

rtutH* dan» le programme rédigé par Carnot lui-mémc, et dan» Ici journaux du temps

vtrr wj victoires.

A dix heures du malin une salve d'artillerie annonça la frie qui devait commencer A midi Une plaie forme élevée sur un ttrlre au ceo tic du Champ de -Mars, portail la statue de la hberté, mur »ur de* trophée» d'armes, appuyée d’une main «ur la charte constitutionnelle, et tenant de l’autre une lance surmontée du bonnet de Guillaume Tell. — Le pourtour de la plate forme était décoré de quatorze peupliers supportant le» trophée* et le* drapeaux des quatorze armées de la République. A chacun de» arbre» était un bouclier avec le nom d'une de» armée*. IX» enseigne» militaire*, réunies par de» guirlandes, remplissaient le* intervalle* dre arbre* entre eux. Derrière la statue s'élevât! un grand peuplier où étaient suspendu» en forme de trophée* le* drapeaux cwiquis sur reuucuu.

Le* membres du Directoire exécutif, accompagnés des mioisires, devaient se placer en avant de la statue et pré* d'un autel où étaient déposées de* couronne* de cbéuc et de laurier, destinées A être dis tri buées au nom de la pat™ rcr ou naissante, Une foule immense cou vrait le* grand* talus qui environnait le ihamp-de Mar*. Un cordon de ta garde nationale paritienne garnissait le tour de l'enceinte, où rtufantehe et la cavalerie étaient rangées en bataille. D'autre* troupes formaient une double baie depuis rlrolc-Militaire jusqu'au tertre central- Un peu avant midi une députation de* autorité* uiusliUiére •'avança vert TÉrule-Mililairc, où le Directoire t'était rendu. Bientôt après , le» Directeur*, précédé» de* ministres, du corp* diplomatique, de la députation des autorité» constituées, d’un grand nombre de militaire» A cheval et de leur garde , «orUrenl en cortège et Durebéreut, an bruil de* instrument» milium*, ver» l'autd de la liberté. Le Directoire, le* nu nuire* et le corps diplomatique prirent ks place» qui leur étalent destinée», et aussi tût la musique du Conservatoire exécuta une symphonie militaire. Il te ht ensuite un grand aileuce ; le secrétaire général lut k décret qui ordonnait la fête et co déterminait k motif ; puis Carnot , président du lbrecioirc, prononça un long discours dont nous citerons 1rs fragment» suivant» :

«t'est au moment où la nature semble renaître , où la terre , «e parant de fkurs et de verdure, nous promet de nouvelles amusons; où (ou* le* êtres publiait dans leur langage l’intel ligeme bienfaisante qui renouvelle l'univers . que le peuple français vient , daus cette fête solennelle, rendre un éclatant hommage aux talent» et aux vertu* amies de la pairie il de l'humanité....

•Celui qui c*t boa hls cl bon (1ère t*l aussi bon citoyen. Il aime ta pairie, et lui paie avec joie le tribut de te* servira; il ae plaît à rendu à ses frère* la protection qu'il en a reçue: magistrat ou guerrier, artisan ou cultivateur, au temple de* art*, au sénat, anx champ» de la gloire, «tons k* ateliers de l'industrie. Use montre ja Jeux de cooli huer A la prospérité de ton pays . ‘ t de mériter un jour *a recoe naissance; car il est aussi une raoowMuaMM» de* nations envers le* ludmdus. tn ce moment même un grand peuple est assemblé tout entier pour exprimer la sienne aux citoyens vertueux qui l'on* méritée selle lèche nous rai piéoeiur k remplir ! que nous aimons A vous rendre ret hommage, vous tou* A qui la patrie doit son salut et sa gloire, et les baies de sa prospérité :

• Vous, A qui la franur a dû sa régénération politique . philosophe* courageux dont ks écrit* oui préparé la révolution . Itmé les fers de f esclavage et atténué dé longue main les furturv du fanatisme;

• Vous , citoyen», dont le bru Intrépide a effectué mie heureuse révolution , fondé b BépuMiquc et lutté depuis sept ans l'outre 1e crune et l’aulNtioo, le royalisme et r anarchie ,

> craio* fugilif furent plus dure* que celles imposées au duc de Panne; il dut payer une somme de 7,500,000 francs en espèces, fournir de* denrées, de* poudres et des munitions de guerre pour uue valeur de 2,500,000 francs, et enfin livrer aussi vingt tableaux choisis parmi les meilleurs de scs galeries.

La nécessité où se trouvait lionaparlc d'entretenir et de nourrir son armée, et de créer des magasins destinés A appuyer ses opérations futures, le forcèrent à imposer à Milan une contribution militaire de 20,000,000 de francs. Celle ville dut envoyer aussi plusieurs tableaux remarquables et d’autres objets d'art au musée de Paris.

Pendant son séjour A Milan, Bonaparte adressa A l'armée d’Italie la proclamation suivante, que l'on

• Vous Ion* , enfin, qui travaillez A rendre la France heureuse et florissante, qui hllittrez par vos tairais, qui l'ennrhiatez de vu» découvertes;

• Recevez le témoignage solennel de la reconnaissance nationale.

• Recevez- le surtout, années républicaines, vous doot tout rappclla ia la gloire et k» succès. C'est vous qui nous avez défendus contre dix ro« coalisé*, qui les avez (baisé* de notre territoire, qui are* reporté chez eux kt fléaux de la guerre. Vous n'avez pat seulement vaincu drs hommes , vous avez surmonté tous le* obstacles de U nature ; voo* avez triomphé des fatigue» , de la faim «t de» hivrre. Quel spectacle pour k» peuples, et quelle terrible leçon pour tes ennemi* de la liberté! Uue république naissante arme ses eufaatt pour défendre sou indépendance ; rien ne peut retenir leur impétuosité : traversant le* fleuves, forçant le» retranchements , gravissant les ruchers; ici, après uoc foule de victoire*, il» recuirai no» limite* jusqu’aux barrière* que la nature nous a données, et , poursuivant sur 1e» glaces les débris de trois armée» , vont d’une Dation opprimée a ennemie faire un peuple libre et allié; IA, ils vont rxletminer les bordes de traîtres et de brigands vomis par r Angleterre , punissent les chef* coupables , et rendent A la République de* frères trop longtemps égarés : ici , franchissant les Pyrénées , Ile te prek'iP'lcul de leur sommet , renversent tout ce qui s'oppose A leur élan , et ne sont arrêtés que par «ne paix honorable ; IA, escaladant le* Alprt et l'Apennin, II» s’élancent A travers te Pô et l’Adda. L'ardeur du soldat est secondée par le génie et l’audace des chefs : ils conçoivent avec iwofondrur, ils exécutent avre énergie , tantôt disposant leurs force» avec calme, tantôt se précipitant au milieu des dangers A la léte de kur* rrêres d'armes. Oh ' que ne puis je dérouler ici r un moue et glorieux tabkau de leur# victoires' que ne puis- je nommer nos plu* intrépides défenseurs' quelle foule d’images sublime* et de noms chéris se presse dans ma mémoire ! !!... Immortels guerriers , la postérité refusera d’ajouter foi A la multitude de vos triomphes; mais pour nous l 'histoire n‘a plus d’m vraisemblance •

Après le discours de Carnot, les troupes, qui avaient été distribuées en quatorze corp*. représentant k* quatorze armée*, envoyèrent au Directoire des députations composée* principalement d'officiers et soldais vétérans blessés au service de la Ré|sibliquc. Ces députation* montèrent sur le Irrtrr, et IA, au pied de la statue de la liberté, le président du Directoire remit A chacune d'elles un drapeau. Produit nette distribution la musique exécutait l'Hymne d la Victoire, de (•osser parole* de Coupigny) et le Chant ries fi et aires, de Mebal paroles de Chénier ). Ensuite eurent lieu diverse* évolutions imliiairr* exécutées avec la précision et Tordre qn*on pouvait attendre dans une st solennelle circonstance ; puis Us troupe h envoyèrent de nouveau au Directoire k urs députation» el leurs drappanx. Les Directeur* attachèrent des couronnes dr cbt'nc et de laurier aux drapeauv, et en placèrent sur la léte de* blessé* vétérans. La musique intrvrosn- I«uü fréquemment par les cris de t rive la Hé/atbUgue l exécutait m j nouvel lij/nne à ta fie taire, de Chnubuii paroles de t Los,' et le Chant Martial, de Côtier (paroles de la (.habcaussière:.

Celte distnbntion de couronnes termina la solrnnité. lai musique du <x)D*crvaU>in- exécuta enrore nn chant lynco-bacbique, de Calot ; parole* de Lebrun], et un durur général. I.'artillonc avait salué de plusieurs salves la disiribulion dre drapeaux cl celle des couronne* ; elle annonça, par une salve générale, le départ du Directoire* qui, «uivi de son cortège, retourna à l'École Militaire. Après son départ dre orchestres nombreux s'établirent dans le Champ de Mars, dot repas fraternels s'improvisèrent entre les citoy ens et le» soldats, put* Ire danses commencèrent, et le reste de la journée fut consacré au plaisir et à la joie.

considère comme la plus remarquable de toutes ses belles allocutions militaires:

« Soldats,

« Vous vous êtes précipités comme un torrent du haut de l’Apennin: vous avez culbuté, dispersé tout ce qui s’opposait à votre marche.

« Le Piémont, délivré de la tyrannie autrichienne, s’est livré à ses sentiments naturels de paix et d'amitié pour la France.

* « Milan est à vous, et le pavillon républicain flotte dans toute la Lombardie. Les ducs de Panne et de Modène ne doivent leur existence politique qu’à votre générosité.

« L’armée qui vous menaçait avec tant d’orgueil ne trouve plus de barrières qui la rassure contre votre courage. Le Pô, le Tésin, l’Adda n’ont pu vous arrêter un seul jour; ces boulevarts vantés de l’Italie ont été insuffisants. Vous les avez franchis aussi rapidement que l’Apennin.

« Tant de succès ont porté la joie dans le sein de la patrie. Vos représentants ont ordonné une fête dédiée à vos victoires, célébrée dans toutes les communes de la République. Là, vos pères, vos mères, vos épouses, vos sœurs, vos amantes se réjouissent de vos succès et se vantent avec orgueil de vous appartenir.

«Oui, soldats, vous avez beaucoup fait; mais ne vous reste-t-il plus rien à faire? Dira-t-on de nous que nous avons su vaincre, mais que nous n'avons pas su profiter de la victoire? La postérité nous rcprocherat-elle d’avoir trouvé Capoue dans la Lombardie? Mais je vous vois déjà courir aux armes; un lâche repos vous fatigue. Les journées perdues pour la gloire le sont aussi pour votre bonheur. Hé bien! partons. Nous avons encore des marches forcées à faire, des ennemis à soumettre, des lauriers à cueillir, des injures à venger.

« Que ceux qui ont organisé en France les poignards de la guerre civile, qui ont lâchement assassiné nos ministres, incendié nos vaisseaux à Toulon, tremblent !... l’heure de la vengeance a sonné.

« Mais que les peuples soient sans inquiétude; nous sommes amis de tous les peuples et plus particulièrement des descendants des firulus, des Seipion et des grands hommes que nous avons pris pour modèles.

Rétablir le Capitole, y replacer avec honneur les statues des héros qui le rendirent célèbre ; réveiller le peuple romain engourdi par plusieurs siècles d’esclavage; tel sera le fruit de nos victoires; elles feront époque dans la postérité. Vous aurez la gloire immortelle de changer la face de la plus belle partie de l’Europe.

« Le peuple français, libre, respecté du monde entier, donnera à l’Europe une paix glorieuse et qui l’indemnisera des sacrifices de toute espèce qu’il a faits depuis six ans. Vous rentrerez alors dans vos foyers, et vos concitoyens diront en vous montrant : Il était de l'armée d‘ Italie, n

Insurrection de la Lombardie. — Révolte et punition de Pavie. — Bonaparte quitta Milan le 25 mai, applaudi et salué par la multitude, comme il l’avait

T. II

été lors de son entrée, et ne se doutant guère que ces signes extérieurs de joie couvrissent une noire perfidie. Une réaction s’était opérée dans les opinions d’une partie du peuple soumise plus particulièrement à l’influence des partisans de l’Autriche La levée de la contribution de guerre avait mécontenté certaines classes, bien que, afiu d’en rendre la perception plus facile et la charge moins onéreuse, l’administration se fût occupée d’en compléter une forte part avec l’argenterie des établissements religieux. Bouaparte était  peine arrivé à Lodi.d’où il projetait de gaguer Brescia pour attaquer Beaulieu, le rejeter derrière l’Adige et bloquer Mantoue, qu’un courrier vint lui annoncer que trois heures après son départ le tocsin avait sonné à Milan et dans une grande partie de la Lombardie révoltée. — Cette insurrection, qui éclata spontanément, partait d’un point central qu’on présuma être Pavie. — Cette ville, occupée depuis le 13 mai par une partie de la division Augereau , était importante par sa position , riche et influente par son université. Elle avait donné l’exemple de l’insurrection. Les domestiques des nobles , congédiés par leurs maîtres sous prétexte d’égalité républicaine, les douaniers et les agents de la police autrichienne, figuraient en première ligne parmi les insurgés, et répandaient défausses nouvelles : «Beaulieu, renforcé de 60.000 hommes, disaient-ils, va arriver à Milan; les Anglais ont surpris Nice, et Condé avec une armée débouche sur le Tésin par la Suisse, etc.

Une prompte répression était urgente : l’armée française n’était pas assez considérable pour mépriser ces mouvemeuts , qui auraient pu la compromettre. Bonaparte prit son parti sur-le-champ: il rebroussa chemin avec un bataillon de grenadiers et 300 chevaux. Sa présence rétablit l’ordre à Milan, où il fit enlever plusieurs étages et fusiller tous ceux qui avaient été pris les armes à la main.

L’Archevêque, le Clergé et la Noblesse furent déclarés responsables à l’avenir, de la tranquillité publique. Lannes, avec une colonne mobile, se porta sur Binasco où un noyau d’insurgés se rassemblait; il en tua une centaine sur 7 à «00 qui s’y trouvaient, et brûla le village.

Une proclamation du général en chef fut inutile-

1 Voici ce qu'écrivait A cc sujet le premier historien de la campagne d'Italie. le général Pommemill, qui parait avoir composé son livre mhm l'inspiration du général Bonaparte ;

• (Quelque modération qu’eût montrée le général de Tannée française, quelque sévère discipline qu'il eût Tait observer A su troupe*, et quelque éclat qu eussent eu ses succès, Il était fiole A ceux qui connaissaient l’Italie de prévoir que le Clergé et la Noblesse , qui redoutaient encore plus les opinioos des Républicains que leurs baïonnettes, et qui, depuis le commencement de notre révolution n’avaient cessé de la calomnier dans leurs discours et dan* leurs écrits , et d’animer contre elle le peuple afin de le conserver dans une dépendance qui tournai t tout entière A leur profit , et dont ils seulaieut qu'il échapperait s’il ouvrait les yeux A la lumière, et s’ils ne parvenaient A le trom|ier; Il était , dis-je. facile d'imaginer que cm deux classes, unies par leurs intérêts, leurs craintes et leur haioc , susciteraient quelque trouble inferieur, embarrassant pour les armées. Ccfio méthode ai. vil d’ailleurs presque toujours réussi sut Italiens dans les précédentes invasions des Français, et ce devait être noe nouvelle gloire pour Boonaparte* d’en proclamer I’insufluanoe et de dégoûter leurs partisans du projet d'y revenir. •

* Le général en chef de l'armée d'Italie signait Indifféremment Bonaparte ou Buooaparle.

ment portée J Parie par l'archevêque de Milan , les habitants persistèrent dans leur imprudente révolte. Bonaparte s’y rendit alors, il troura la rille remplie d'hommes armes, 6,000 paysans insurgés y ayant été introduits. La garnison du château, manquant de munitions et derinrs, arait été obligée de capituler. — Avant d'agir, Bonaparte Ht faire aus habitants une dernière sommation; elle fut repoussée avec mépris. Le générai Dommartin s'avança avec un bataillon de grenadiers en colonne serrée et deux pièces de canon. Les portes forent enfoncées et les grenadiers pénétrèrent dans la ville; la multitude insurgée se dispersa lâchement alors dans les Caves ou sur les toits. «Trois fois , écrivit Bo- « naparte an Directoire , l’ordre de mettre le feu â la « ville expira sor mes lèvres ; mais je vis arriver la gar- « nison du château , qui avait brisé ses fers. Je fia faire • l'appel, il n'eo manquait aucun. Si le sang d'un seul « Français eût coulé , j'aurais fait élever sur les ruines « de Pavie une colonne avec cette inscription : M Hait « kt ville de Pavie, Une esécutioo rigoureuse étant « cependant nécessaire pour éviter de pins grands « matra , j'ai fait fusiller la municipalité , et arrêter « 200 Otages qoe j'ai fait passer en France. Tout est « tranquille aujourd'hui , et je ne doute pas que cette « leçon ne serve de règle ans peuples d’Italie. »

Après avoir pris toutes les mesures nécessaires pour prévenir de nouvelles insurrections, le général en chef, irrité de la conduite de la Noblesse et du Clergé milanais, accéda à la demande des assemblées primaires, qui s’étaient formées sur quelques points de la Lombardie , et qui lui demandaient de donner â la province les institutions de la République française.— Cette détermination eut des suites funestes pour la cour d’Autriche. Les Républiques Cisalpine et Transpadane Rirent quelques mois plus tard proclamées , depuis les montagnes de Chiavenne jusqu'aux confluents du Pô et de l'Oglio. Les nobles, dont on abolit les privilèges, s'enfuirent de toutes parts. Une armée nationale fut levée. La Lombardie , Parme ët Modène furent chargés de l’armement et de la solde de ces non ■ veaux soldats, dont le secours ne fut pas inutile â l'armée dans ses derniers efforts eonlre les Autrichiens.

Combat de Borghetto. — Passage du N incio. — Cependant l’armée, dont l'insurrection n'avait pas suspend u la marche, s’était dirigée sur la Chiesa. Le généra I en chef avait établi ton quartier général â Brescia ; Masaéni s’était porté sur Monte-Chiaro; Augereau sur Ponte-San-Mareo, et Serrurier torVolta. — Le» places du Piémont dont l'occupation avait été stipulée étaient gardées par la division Vaubois, détachée de l'armée de» Alpes sor la demande de Bonaparte-

Beaulieu avait profité du court séjour des Français â Milan pour se retrancher derrière le Mincio; sa ligne de défense, suivant le cours du fleuve, avait sept lieues de longueur. Quoiqu’elle fût déjà très forte par elie-Bième, U n'avait négligé aucune des précautionaqui pouvaient la rendre encore plus rrdoulable. — A l’extréme droite, vers Castel-Noro , Liptay gardait 1rs défilés du Tyrot, par laChlusa, et s’appuyait a la forteresse de Peschiera, place appartenant aux Vénitiens,

mait qne ceux-ci avaient laissé occuper aux Autrichiens ; l’ittoni était â Valeggio-, une avant-garde occupait Borghetto. Séboitendorf se trouvait un peu plus â gauche , et se liait au eorpa de Collt , fort de vingt bataillons et chargé de la garde de Mantoue, seule Tille en Italie qui restât encore â l’empereur. Une partie de cette garnison , composée des troupes les plus aguerries (celles de Roeeavina , de Wukassowich et de Roselmini) , tenait encore la campagne et avait pris position â Golto, â la gsnehede l'armée; enfin la réserve, sous les ordre» de Mêlas, était établie â Ogiiosi près de Valrggio. Beaulieu était maître de trois ponts sur le Mincio, l’un â Rivalta, le second à Golto et le troisième â Borghetto.

L'intention de Bonaparte était de forcer le passage du Mincio par le centre de l'ennemi â Borghetto. Dans cette vue , il maniruvra snr la droite de Beaulieu, de manière â lui faire craindre de perdre ses eommnnieationsavec le Tyrol. Salo, sur le lac Garda, fut occupé par une demi-brigade ; la cavalerie , aux ordres du générai Kilmaine, s’avança jusque sous le canon de Peschiera oû elle eut, avec les avant-postes autrichiens, plusieurs engagements dans l’un desquels fut tué le général Liptay. Le centre et la droite, destinés â la principale attaque , furent placés en arrière , derrière la Chiusa, où ilsavaient i'air de se tenir sur la défensive. — Le 29 mai, Augereau remplaça â Draenxano, Kilmaine, qui vint se poster â Castigiione. Masséna était â Monte- CbiarO et Serrurier à Monza. — Tonte les divisions furent dirigées pendant la nuit du 29 au 30, et â deux heures du matin, sur Borghetto.— Cette ville, en avant du Mincio , était occupée par 3 â 4,000 fantassins et 1,800 cavaliers qui furent culbutés par la ravi le rtc républicaine , flanquée par les carabiniers et les grenadiers. L'ennemi repassa le pont à la hâte, et en coupa une arche, a L'artillerie légère, dit Bonaparte , engagea a aussitôt ta canonnade. L'on raccommodait avec peine a le pont, soos le feu des batteries ennemies, lorsqu'une « cinquantaine de grenadiers, impatients, se jettent A a l’eau, tenant lents fusils sur leurs tètes, avant de « l’eau jusqu’au menton. Le général Gardanne, grena- « dier ponr la taille comme pour le courage , était â « leur télé. Les soldats ennemis croient revoir la terria ble colonne dn pont de Lodi ; les pins avancés lâchent a le pied. On raccommoda alors le pont avec facilité, et a nos grenadiers, dans an seul instant, passent le Mino cio et s’emparent de Valeggio, quartier général de « Beaulieu, qui venait seulement d’en partir.

« Cependant, les ennemis ébranlés, en partie en d é- « route, étaient rangés en bataille entre Valrggio et a Villa-Franca. Nous nous gardons bien de les suivre, a Ils paraissent se rallier et prendre confiance, et dfjà « leurs batteries se multiplient et se rapprochent «de nous. C’était justement ce que je voulais. Ta- « vais peine â contenir l'impatience , ou pour mieux « dire , la foreur des grenadiers.— le généra! Aogereatt « passa sur ces entrefaites avec sa division; U avait a ordre de se porter, en suivsnt le Mincio, droit sur « Pèsehiera, d’envelopper cette place, et de couper aux a ennemis les gorges du Tyrol. Beaulieu et les débris « de son année se seraient trouvés sans retraite.— Pour

• empêcher le» ennemi» de «Apercevoir du mouvement

< du général Augereau , je le» 8» vivement canoaner

< du village de Vaieggio ; mais le» ennemi», instruits par » leur» patrouille» de cavalerie, du mouvement du gémirai Augereau, te mirent aussitôt en route pour

• gagner le chemin de Caitelnnovo. lin renfort de

• cavalerie qui leur arriva le» mit à même de protéger

• leur retraite. Notre cavalerie, commandée par le gémirai Murat, St de» prodige» de valeur. Ce général « dégagea lui-même plusieurs chasseur» , que l’ennemi

• était sur le point de faire prisonnier». Le général « Augereau, arrivé i Peschiera, trouva la place évacuée

• par l'ennemi. »

L'armée française se porta le 31 mai 1 la pointe dn jour sur Rivoli ; mai» déjà les Autrichiens avaient repassé l’Adige et rompu presque tous les ponts. Leur perle, dans cette joqmée, fut de 1,600 hommes, 100 chevaux et cinq pièces de canon.

Bonaparte après le passage du Mincio, courut un danger personnel qui aurait pu mettre fin dès lors 1 sa glorieuse carrière, et faire peut-être considérer par le vulgaire, comme des échauffourées heureuses, mais blâmables, les actes de génie par lesquels il venait de débuter. L'affaire était décidée , les ennemis fuyaient, poursuivit dans toutes les directions; le général en chef, après avoir donné ses ordres, harassé de fatigue, souffrant de la tète , s'arrêta dans un chèfeau pour y prendre un bain. Tout è coup arrive un fort détachement autrichien qui , cherchant une issue è sa fuite, s’était égaré en remontant le Mincio. Bonaparte était presque tout seul dans le chiteau. La sentinelle en faction à la porte n’eut que le temps de la fermer en criant aux armes , et le général victorieux , au milieu même de ton triomphe, fut réduit i se sauver, une jambe nue et l'autre bottée, par les derrière! des jardins. Ce danger, qui, en raison de la riracité et de la rapidité que Bonaparte mettait dans toutes ses opérations, pouvait se renouveler fréquemment, fut la cause de la formation des guides, chargés de garder sa personne, Ce corps fameux, qui fnt composé de cavaliers d'élite ayant tons dix ans de service , reçut dès sa création l'uniforme adopté depuis pour les chasseurs de la garde impériale : glorieux uniforme, qui fut aussi le dernier habit porté a Sainte-Hélène par l'Empereur mourant,

Occupation de Vérone. — Sauf la citadelle de Milan et Mantoue , ad une partie de l’armée autrichienne s'était retirée après le combat de Borghetto , les troupes impériales avaient enlièrement évacué l'Italie. Les avant-postes français étaient établis au pied des montagnes du Tyrol. Un des résultats les pins utiles de la dernière défaite de Beaulieu fut l'occupation de Vérone par les troupes de Masséna. Cette place, où elles entrèrent le 3 juin . appartenait è la République vénitienne, mais en s’en emparant, les Français ne faisaient qu'user de représailles envers le Sénat, qui avait permis aux Autrichien» d’occuper Peschiera.

Bonaparte se proposait de faire de Vérone la base de ses opérations ultérieures. La possession de cette place lui permettait de surveiller è la fois et les mou- |

vements des Véaitiens et ceux des impériaux , dans la Tyrol; elle le reudail maître de troia ponts sur l'Adige, qui est la torrentueux et très rapide. Vérone commande tout le cours de cette rivière depuis la Chiuia jusqu’à son embouchure dans l'Adriatique. Cette villa est le seul point de communication du haut et du bas Adige. Les montagnes qui se rattachent aux cbalots du Tyrol, viennent aboutir à Vérone même, et séparent la vallée de Roveredo du pays vénitien et de la vallée de la Brenta.

Pen de temps auparavant, Vérone était lé refuge du frère de Louis XVI (Louis XVIII) et l’asile de sa petit* cour. Les Véaitiens l’avaient accueilli avec empressement , mais l'approche de l'armée républicaine changea totalement la politique du Sénat.

Le gouvernement vénitien lui fit intimer brusquement et assez insolemment l'ordre de quitter le territoire de Venise. Le prince fugitif, en répondant au podeatat chargé île ce message , demanda que son nous et celui de ta famille, inscrite depuis plusieurs siècles sur le livre d'or de la noblesse vénitienne, en fussent préalablement rayés, et qu’on lui reodlt l'épéa dont Henri IV avait fait présent i la République. La première demande lui fut aussilAt accordée, mais on lui déclara qu'une somme de douze millions étant encore due è la République par Henri IV ; il fallait , pour recouvrer l'épée de sou Sieul, qn’il acquittât cette dette. Réponse plus digne d'un préteur sur gages, que d'un gouvernement qui a la conscience de sa dignité.

Bonaparte, qui pent-ètrepar un pressentiment desa grandeur future, semblait éprouver uoe aversion instinctive contre la famille qui continuait t se déclarer propriétaire du Irène où il devait s'asseoir un jour, contribua d'une manière active à faire ezpulser de Vérone le prince émigré. — La lettre suivante, écrite au Directoire , le jour même de l'entrée des Français è Vérone , en offre la preuve.

« J’arrive dans cette ville, pour eu partir demain matin. Elle est très grande et très belle. J'y laisse une bonne garnison pour me tenir maître des trois ponts qui sont ici sur l’Adige. Je n’ai pas caché aux habitants, que si le roi de France n’eùt évacué leur ville avant mon passage du PU, j'aurais mis le feu à une ville assez audacieuse pour se croire la capitale do l'empire français.

«Je viens de voir l'amphithéâtre ; ce reste du peuple romain est digne de lui. Je n'ai pu m'empêcher de me trouver humilié de la mesquinerie de notre Champ^le- Mars. Ici, cent mille spectateurs sont assis et entendraient facilement l’oraleur qui leur parlerait. — Le» Émigrés fuient de l’Italie; plus de quinze cents sont partis avant notre arrivée. Ils courent en Allemagne porter leur misère et leurs remords.»

Esprit de t armée d'Italie. — L'ascendant que les victoire» du général en chef obtinrent sur l'esprit dn soldat, avait tourné au profit de la discipline. L’extrême énergie de Bonaparte, ses grandes qualités, sa politique habile, les soins qn’il prenait des besoins des I troupes, luiavaient aussi acquis l'affection de t'armée;

les soldats étaient fiers et empressés de lui obéir ; ils supportaient leurs fatigues avec joie, certains d’avance qu’elles auraient un but glorieux. Os hommes naguère, pour la plupart, animés par l’esprit de révolte, suite de leur extrême misère , étaient devenus soumis et subordonnés. La sévérité même que le général en chef avait employée pour rétablir la discipline fut utile à ses succès futurs. Le goût du pillage et du désordre disparut, et les habitants du pays qui s'attendaient à subir les déprédations ordinaires des hommes de guerre, furent étonnés de n’avoir A souffrir que les charges régulières inséparables d’une occupation militaire et s’attachèrent franchement à la cause française.

Voici comment Bonaparte, lors du passage du Mindo , rendait compte au Directoire de l’esprit de ses soldats, —p Je ne vous citerai pas les hommes qui se sont distingués par des traits de bravoure : il faudrait nommer tous les grenadiers et carabiniers de l’avantgarde. Ils jouent et rient avec la mort; ils sont aujourd’hui parfaitement accoutumés avec la cavalerie, dont ils se moquent; rien n'égale leur intrépidité, si ce a’est la gaieté avec laquelle ils font les marches les plus forcées. Ils chantent tour à tour la patrie et l’amour. Vous croiriez qu’arrivés A leurs bivouacs Us doivent au moins dormir? Point du tout .chacun fait son conte, ou son plan de l’opération du lendemain , et souvent l’on en rencontre qui voient très juste. L’autre jour je voyais défiler une demi-brigade; uu chasseur s’approcha de mon cheval. « Général , me «dit-il, il faut faire cela. — Malheureux, lui dis-je, « veux-tu bien te taire ! » Il disparaît A l’instant ; je l’ai fait en vain chercher*. Ce qu’il me disait était justement ce que j’avais ordonné que l’on fit. »

Investissement de Mantoue. — Beaulieu ayant organisé A Man loue tous les moyens de résistance que cette place forte avait pu recevoir, s'était d’abord retiré sur Üotcc, puis sur Calliano. Masséua sortit le

* Le général, frappé do t'intflliftenoc militaire de cc simple soldai, voulait le nommer officier et Pattaeber à non état-major.

4 de Vérone pour se mettre A la poursuite, culbuta et dispersa les débris de l’armée autrichienne et vint prendre position à Rivoli et à la Corona , sa droite à l’Adigc et aux rochers escarpés de Monte-Magnoue, sa gauche au lac de Garda. — La division du général Augereau, sortie de Peschiera ou elle avait laissé une garnison française, s’était d'abord portée à Casliglionc- Mantovano ; elle en partit le 4 A la pointe du jour pouf passer le Mincio au-dessus du lac de Garda, et marcha ensuite sur Manlooe, ofi elle s'empara du faubourg de Cériale, après avoir enlevé divers postes extérieurs. L’ennemi, battu sur tous les points, rentra dans la place. •

Bonaparte, avec la division Serrurier, s’était porté le même jour sur la Favorite, superbe palais des ducs de Mantouc, A une demi-lieue de la forteresse. En même temps le général Dallemagne et 4e chef de brigade Lanncs se dirigeaient, avec 600 grenadiers de l’avantgarde, sur le faubourg Saint-Georges. Le général en chef, pour les soutenir, fit avancer une demi-brigade; mais déjA Dallemagne, attaquant l’ennemi A la baïonnette, avait enlevé les retranchements avancés, et s’était rendu maître du faubourg ainsi que de la tête de pont sur le Mincio. Les grenadiers, malgré la mitraille que vomissaient les batteries de la place, s’avancaient même en tirailleurs sur la chaussée. Emportés par un courage qui semblait ne rien trouver d’impossible, ils voulaient se former en colonne pour enlever la place d’un coup de main, et lorsqu’on leur eut fait remarquer les batteries qui hérissaient les remparts, «il y en avait, dirent-ils, bien davantage A Lodi.» Mais les circonstances étaient différentes, et Bonaparte, loin d'acquiescer A leur désir, leur donna l'ordre de rétrograder. Mantoue étant investi , le général en chef songea à mettre à exécution un plan conçu pour assurer la neutralité et la tranquillité de l'Italie méridionale et revint à Milan. Masséua resta sur l’Adigc pour tenir tête à Beaulieu. Le blocus de .Mantoue fut coufié au général Serrurier. Augereau marcha sur Borgofortc pour y passer le Pô et se porter sur Bologne.

RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE

1 7 et 8 mai. Passage du Pô.

8 — Combat de Fombio.

9 — Affaire de Codogmx Mort du général Labarpc .

— — Armistice et convention avec te duc de Panne et de Plaisance.

10 — Combat et passage du pont de Lodi.

12 — Prise de Piuighetone.

Prise de Crémone

15 — Entrée des f rançais A Milan.

15 mai. Fête de» Victoire* à Paris.

20 — Armislice et convention avec le duc de Modène.

25 et ‘JG — Révolte de la I^mbardie.

Reprise et punition de Pavie.

30 — Combat de Borghetto.

Passage du Mincio.

Prise de Peschiera.

3 J ci*- Occupation de Vérone, j— Prise de* faubourg* de .Saint-Georges et de Cériale. — — Investissement de Mantoue.

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