‹ France MilitaireChapitre 29 sur 62 · ARMÉE D'ITALIE. — PACIFICATION DE L'ITALIE MÉRIDIONALE · texte numérisé non relu

ARMÉE D'ITALIE. — PACIFICATION DE L'ITALIE MÉRIDIONALE

SOMMAIRE

Noorrau plan de campagne — Armistice aw Naplei— Révolte cl pacification de» Fief* Impériaux.— Marche *ur U Romagne — Prite de Bologne, d l rbiD ci de Perrarc.— Armistice avec Rome.— Occupation de Uvourne. -Entrevue de Bonaparte cl du Grand Duc de Toscane. — Ptmc du château de Milan.— Combat de la Bocbelta. - loturm'tion de la Romaine.— Révolte et châtiment de Lugo.— Progrès de l'opinion en faveur de* Fraoçai*.- Conduite sage et politique de Bonaparte.

Nouveau plan de campagne. — Kn faisant le récit des opérations de Jourdan cl de Moreau en Allemagne, pendant l'année t79fi, nous avons montré que le Directoire , dans l'espoir de forcer l’Autriche A la paix , avait adopté un plan de campagne vaste, compliqué et a peu prés inexécutable, â cause de l'extrême étendue de la base sur laquelle les armées devaient agir. Il aurait fallu, par unconccrt parfait d'opérations, réunir les armées de Bonaparte, de Jourdan et de Moreau sur les frontières des F.tats héréditaires d’Autriche, pour frapper ensuite A Vienne un coup décisif.— On peut, en consultant la date des principaux mouvements des trois armées, s'assurer qu’une telle jonction a été constamment impossible. — Bonaparte était trop éclairé pour ne pas sentir dès le principe l’impossibilité de mettre ce plan A exécution ; elle dut le frapper davantage lorsque, avec sa petite année, il fut arrivé sur l'Adigc. L’adhésion qu’il avait paru donner aux vues du Directoire; tm manifeste singulier qu'il avait adressé de Tortone auxTyroliens, pour Icurannoncersa marche surV’ienne, â travers leur territoire, ne doivent être considérés sans doute que comme des moyens employés pour obtenir plus promptement du gouvernement directorial les renforts dont il avait besoin.— Kn effet, qu’aurait-il pu tenter, lors de son arrivée, le 31 mai, sur l’Adige, avec une armée de 25 A 30,000 hommes , quand Jourdan et Moreau se trouvaient encore derrière le Rhin. Il était entouré d’alliés d'une foi douteuse et que des terreurs exagérées avaient seules décidés à la paix. Naples et Venise, secourues par les Anglais qui occupaient la Corse, pouvaient faire une diversion dans l'Italie méridionale et prendre l’armée française à dos. Il avait a bloquer Manloue, à assiéger la citadelle de Milau, à contenir tous les États de la Péninsule italique, et a garantir le littoral des entreprises des Anglais. Ce qui lui serait resté de troupes disponibles après toutes les diversions occasionées par ces divers mouvements, était-il suffisant pour pénétrer dans le Tyrol et la Bavière, à travers toutes les forces des Autrichiens qui s'augmentaient graduellement à mesure que le tbéAtre de la guerre se rapprochait du centre de l'Empire?

Le Directoire, comprenant enfin l’impossibilité actuelle de ce projet, enjoignit à Bonaparte de porter ses efforts sur le midi de l’Italie. Le jeune général apprécia la justesse de ces nouvelles mesures, et se décida à les exécuter d’autant plus promptement qu'une sourde fermentation, présage de futurs soulèvements, régnait dans quelques parties des pays conquis. Rome et , Naples semblaient disposées A profiler du moment où ils se.dirigerait vers le nord pour agir hostilement. La rupture du Saiut-$iége avec la France pouvait être Regardée connue complète depuis l’assassinat de

Bassville le 13 janvier 1793. Les communications avec la rivière de (iéues étaient menacées , l’insurrection agitait les Fiefs Impériaux. On y enlevait les courriers, on y attaquait les convois, on y assassinait les malades; la politique et le fanatisme se coalisaient pour enlever plus sûrement aux Français leurs premières conquêtes, et les expulser totalement de l’Italie, — Dans cet état de choses, et au moment où l’armée impériale n’était pas encore en mesure de reprendre l’offensive, Bonaparte, pour mettre à profit le temps pendant lequel il devait attendre les renforls qui lui étaient envoyés, se décida, après l’investissement de Manloue, dont le siège, faute d’artillerie, était momentanément impossible , A diriger sur la Romagnc une division assez forte pour imposer A Rome et A Naples, et les déterminer A accepter la paix. — Le résultat d'une démonstration hostile contre ces deux puissances ne semblait pas devoir ètro douteux. Les classes supérieures témoignaient, il est vrai, une baine profonde aux principes de la révolution française; mais leur état de faiblesse ne leur permettait pas de compromettre, par une résistance ouverte et sérieuse, des intérêts qu’un traité de paix aurait pour but de leur garantir.

Armistice avec Naples. — Au moment où les troupes républicaines allaient se mettre en marche pour la Romagne, la cour de Naples envoyait A Milan un ambassadeur pour solliciter la paix. — L’époilvante causée par les victoires de Bonaparte était si grande, que la reine Marie-Caroline, qui tenait dans le gouvernement la place de son insouciant et royal époux , dut imposer silence A la haine qu’elle portait au nom français depuis la mort de sa sœur, l’infortunée Marie- Antoinette. Le ministre Acton,qui avait jusqu’alors entretenu ses projets de vengeance , crut devoir lui conseiller une démarche pacifique.

La proposition du cabinet napolitain entrait trop dans les vues de Bonaparte pour que l’arrangement ne fût pas bientôt conclu. — Une suspension d’armes , signée le 5 juin en Italie, devint la base du traité, qui se conclut bientôt A Paris, et d’après lequel le rôi des Deux -Sici les s’obligea A garder une stricte neutralité et A payer huit millions A la République. — La cavalerie napolitaine quitta aussitôt l’armée impériale et fut cantonnée autour de Brescia , où elle resta comme en otage à la merci des Républicains.

Révolte et pacification des Fiefs Impériaux. — Arquata, bourg à cinq lieues de la forteresse de Tortone, était le foyer de l'insurrection des Fiefs Impériaux. Des baudes armées y tenaient bloqué un détachement français, — Il n’y avait pas A user de clémence avec

une populace crédule et grossière , pour qui l'exemple de Pavie et de Binasco était resté sans effet. — Le général Laones partit de Tortone avec une colonne mobile de 1,200 hommes ; il se porta sur Arquata , arrêta et fit fusiller les chefs de la révolte, brûla leurs maisons et le bourg même qui s'était signalé par les plus grands excès et dont il fallut s’emparer de vive force. Une égale sévérité fut déployée dans les environs de Tortone. — Quelques actes de rigueur indispensables, pour qu'une armée numériquement aussi faible que l’armée française pût se maintenir en Italie, ne tardèrent pas A rétablir le calme dans le pays; mais afin d'en mieux assurer la durée , le général en chef exigea que les seigneurs possédant des fiefs vinssent à Tortone prêter personnellement serment d'obéissance A la République. Chaque commune fournit deux otages, et les cloches qui avaient sonné le tocsin furent brisées.

Marche sur la Romagne. — Prise de Bologne , d’Urbin et de Ferrare. — Cependant les forces destinées h agir contre Rome avaient -été mises en mouvement; Augereau passa le PA, le 16 juin, à Borgoforle et se dirigea sur Bologne. Une division, formée de divers détachements de l’armée des Alpes, fut réunie à Plaisance sous les ordres de Vaubois, et dirigée, par Firrenzuela et Parme, sur Reggio. Augereau entra le 18 dans Bologne, et y fit prisonniers, avec 400 hommes des troupes papales, qui se rendirent A la première sommation, le cardinal légat et les officiers de l'état-major. — Bonaparte quitta Tortone le 17, et arriva le même jour à Modène; il fit sommer le commandant du château d’Urbin. Ce fort, garni d une enceinte bastionnée, entourée de fossés pleins d'eau, et d’un chemin couvert en bon état, était armé de cinquante pièces de canon, bien approvisionné, et renfermait une garnison de 300 hommes. Il se rendit néanmoins sans résistance et à la première sommation. Le général en chef se dirigea ensuite sur Bologne, où il arriva huit heures après Augereau. Les avant-gardes furent poussées sous les murs de Ferrare. Quoique le château de Ferrare eût été mis en état de défense et contint cent quatorze pièces de canon, le commandant, qui était uu chevalier de Malte, comme ceux de Bologne et d’Urbin, se rendit aussitôt. La garnison et le cardinal légat de Ferrare restèrent prisonniers de guerre. Cette triple conquête fournit à l'armée un équipage de siège suffisant pour entreprendre celui de Mantoue.

La coloune de Vaubois était entrée le 19 A Reggio, et s’était ensuite dirigée sur Pistoie, à travers les Apennins, menaçant de se porter sur Rome par la Toscane. A la nouvelle de sou approche, legraud-duc Ferdinand- Joseph, qui était depuis long-temps en paix avec ta République, envoya à Bologne son ministre, Manfredini, pour réclamer la neutralité de ses états, et pour faire observer au général de l’armée d'Italie que le passage par la Toscane ayant été récemment refusé aux Napolitains, il serait injuste aux Français de violer un territoire que les Coalisés avaient respecté. Bonaparte promit A l’envoyé toscan de diriger la marche des troupes par Sienne, au lieu de les faire passer par Florence. Cette promesse, qui garantissait sa ville capitale,

détermina le Grand-Duc i rester paisible spectateur de ce qui allait se passer autour de lui.— Vaubois se dirigea donc par le moût Cenere et San Marcello, sur Pistoie.

Armistice avec Rome. — La terreur précédait les Républicains. La cour pontificale était dans la consternation. L’histoire écrite par nn Bonaparte avait conservé le souvenir du sac de Rome, en 1627, par le connétable de Bourbon ; les habitants de la capitale du monde chrétien tremblaient en pensant aux excès que, pourraient commettre les soldats mécréants de la République française, dans une ville que n’avaient pas respectée les guerriers de l'Espagne catholique. — La Lâcheté des garnisons des légations; la défection des Napolitains , qui venaient d'abandonner la Coalition , ne laissaient au Pape d’autre espoir de salut qu’une prompte soumission. Pie VI s’y résigna.

Un prélat romain, monsignor Giudi, fut député au général victorieux, et le chevalier d'Azara, ministre d’Espagne A Rome, l’accompagna pour faciliter le succès de sa mission Un armistice fut signé le 24 juin A Foligno. Les conditions en étaient dures et proportionnées aux torts du Saiot-Siége envers la République. Pie VI céda aux Français les légations de Bologne et de Ferrare, les côtes de l’Adriatique depuis l’embouchure du Pô jusque» et y compris la citadelle d'Ancône; tous les ports des états romains durent être A l’avenir fermés aux puissances en guerre avec la République; enfiu, outre un tribut de cent tableaux , statues, bustes et vases, et de cinq cents manuscrits de la bibliothèque du Vatican, choisis par des commissaires français, le Pape s'obligeait A payer à la France 21, 000, OOOde francs, dont 15,600,000 fr. en espèces ou lingots d’or et d’argent, et 5,500,000 fr. en denrées, marchandises, chevaux, bœufs, etc., au choix de» agents de la République.

Occupation de Livourne. — • Mais il importait peu à Bonaparte que le Pape fermAt ses ports aux Anglais, si ceux-ci devaient conserver sur les derrières de l’armé* française celui de Livourne, dont ils s’étaient A peu près rendus maîtres, usant A l’égard du grand-doc d’aussi peu de ménagements qu'en ont d'ordinaire les grandes puissances pour les Etats qu’elles croient peu redoutables. L'intention du général en chef était de les surprendre dans ce port, où ils avaient de nombreux vaisseaux, et A eet effet l'avant-garde du général Vaubois avait passé l'Amo A Fusecchio, ie 27 juin, sous les ordres de Murat. Vaubois lui -même la suivait avec la 75e demi-brigade. Le lendemain ces troupes, au lieu de se diriger sur Sienne, où elles étaient attendues, se rabattirent brusquement sur Livourne. — Livourne fut occupée sans obstacles, mais les Anglais, avertis par ie gouverneur toscan, quittèrent le port avec plus de quarante vaisseaux au moment où Vaubois et Murat entraient dans la ville. Une seule frégaU, qui se trouvait A l’ancre, faillit être prise; elle n'eut que le temps de mettre A la voile en coupant ses cAblet.

, — Le séquestre fut mis sur tous les magasins contenant de» objets appartenant aux Anglais et aux Impériaot. Il s'en trouva pour une valeur de plusieurs millions. Bono-

1 1'rrwjiK* tout In traités définitif* «igné* i Parte , à crtl* époque , avec les ÉUt> italien* , U- furent sous la médiation de PEspasmc.

parle fil arrêter le gouverneur Spinoecbi, que se» propres garde» eoDéuisirent À Florence , et que le grandduc fit renfermer dan» une prison d’Etat. Cet homme te faisait gloire de la haine qu'il portait aux Français, et du mai qu'il leur avait fait ou qu’il avait cherché a leur faire; il avait essayé de soulever le peuple contre le» Républicains en lui représentant leur petit nombre , et U avait laissé, peu d’beurcs avant l'occupation de Livourne, prendre deux bâtiment» français par une frégate anglaise, sou» le feu des batteries du port.

Entrevue de Bonaparte et du grand- due de Toi» cane.— Laissant Yaubois à Livourne , avec la 75" demibrigade, Bonaparte se rendit à Florence, où il eut une entrevue avec le grand - duc. Ce prince était frère de l’empereur d'Autriche, et marié avec une princesse du sang des Bourbons; néanmoins il accueillit avec un empressement suffisamment expliqué par les événements politiques, le jeune général que tant de victoires rendaient déjà célèbre, et qui représentait en Italie la puissante République française.

Prise du cMtrau de Milan. — Pendant qne Bonaparte dînait chez le Grand-Duc, à Florence , un courrier vint au dessert lui apporter la nouvelle de la prise du château de Milan. — Depuis la conspiration de Pavie, il avait senti toute l'importance de cette citadelle, et il en avait fait pressser le siège avec vigueur par le général Despinois. Un petit équipage de siège avait été formé â Torlone vers le milieu de juin ; la tranchée •'était ouverte dans la nuit du 17 au 18, et tous les travaux ayant été poussés avec activité, les batteries furent démasquées le 27 ; leur feu acquit en quarante-huit heures une telle supériorité sur celui du château, que le gouverneur autrichien battit la chamade et demanda une suspension d’hostilités afin de pouvoir instruire son gouvernement de ia situation où il était. Despinois envoya pour toute réponse les articles d'une capitulation, avec injonction â la garnison de les accepter surle-champ si elle voulait éviter d'ètre passée au fli de l'épée. Cette menace produisit l'effet désiré. La garnison , forte de 2,800 hommes, se rendit â discrétion. On trouva dans la citadelle cinq mille fusils , deux cent miniers de poudre, cent cinquante bouches à feu et des approvisionnements considérables. — L'artillerie et les munitions furent aussitôt dirigées sur Mantoue.

Combat dé la Bochetta. — Après le combat de Borghetlo, une partie de l’armée impériale s’était réfugiée sur les hautes montagnes qui défendent l’entrée du Tyroi , et s'y était fortifiée. Une ligne de retranchements avait été établie entre l'Adige et la tète du lac de Garda, moins pour reprendre l’offensive que pour assurer la défensive. La difficulté de vivre dans ces gorges avait fait disséminer l'armée jusqu’à Trente. Enfin 8,000 Tyroliens couvraient les crêtes des montagnes et les petites vallées aboutissant â celles de l’Adige. — Masséna , qui tenait la position de la Corona et de Rivoli, résolut de ne pas les souffrir dans son voisinage. Il ordonna, le 7 juillet, & Joubcrt, d'attaquer Beaulieu par la Bochelta-di-Campion. Le chef de bataillon Marchand tourna l'ennemi par fa droite, et

commença le combat. Les soldat» gravirent les rochers, tuèrent 100 hommes et en firent 200 prisonniers. Pendant ce temps, le chef de bataillon Recco tournait l'ennemi par la gauche, lui tuait 300 hommes et s’emparait de l'excellente position de Belone. Les Autrichiens, culbutés sur tous les points, abandonnèrent en quelques instant» les retranchement» qui leur avaient coûté plus d’un mois de travaux et de fatigues.

• Voici, dit Bonaparte dans son rapport, les traits de bravoure qui ont honoré les Républicains dan» cette affaire. — Claude Roche, carabinier à la 2e compagnie de la 11" demi-brigade d’infanterie légère, sauta le premier dans les retranchement» ennemis, tua l’officier, et, sans s’arrêter k sa montre, qui paraissait, ni à ses dépouilles, il se saisit de son sabre nu, en tna ou Autrichien et en fit trois prisonniers. — Jean Gerriu, de la même compagnie, tombe sur douze Autrichiens, les met en joue : son fusil manque; il se jette sur eux le 9abre à la main , coupe le bras au premier; les autres tombent à ses genoux et te rendent.— Ardionne, souslieutenant de ia même compagnie, le même qui, avec une vingtaine d’hommes, s’empara d’une pièce de treize à Borghetlo , s’est toujours présenté dans le» retranchements k la tête des carabiniers, à qui son exemple fait affronter tous les danger». »

Insurrection de la Romagne. — Révolte et châtiment de Lugo. — Le fanatisme religieux était un moyen de sédition parmi les peuples ignorants de l’Italie romaine; on vint à bout d’en accélérer i 'explosion au moyen de fausse» nouvelles. C’est ainsi qu’eut lieu l’insurrection de la Romagne , qui attira k la ville de Logo un si terrible châtiment. Bonaparte, occupé alors de ses préparatifs contre Mantoue, parait néanmoins s’en être peu inquiété. Voici comment il en instruisait le Directoire ; «Un moine arrivé de Trente a porté dans la Romagne la nouvelle que les Autrichiens avaient passé l’Adige, débloqué Mantoue, et s’avançaient à grandes journées dans l’halie centrale. Des imprimés séditieux, des prédicateurs fanatique», prêchèrent parlent l'insurrection : il» organisèrent en peu de jours ce qu’ils appelèrent l 'armée catholique et papale ; ils établirent leur quartier général â Lugo, gros bourg de la légation de Ferrare, quoique enclavé dans la Romagne. Le général Augereau donna ordre au chef de brigade Pou rail lier d’aller soumettre Logo. Ot officier, â la tête d’un bataillon, arriva devant cette bourgade, ofi le tocsin sonnait depuis plusieurs heures: il y trouva quelque» milliers de paysan». Un officier de grenadiers se porta en avant en parlementaire. On lui fit signe d'avancer, et un instant après il fut assailli d'une grêle de coups de fusil. Ces misérables , aussi lAchcs que traîtres, se sauvèrent : quelques centaines sont restés sur la place.*»— Le» journaux italien» donnèrent plus d’importance à cet événement. Un Bolonais, témoin ocolaire, après avoir parié des tentatives cf \ogereau pour amener, sans effusion de sang, la sotmihtsion de Lugo, raconte l’histoire d’une embuscade dressée par les Lugois k un détachement de dragons français qui eut cinq hommes tués, dont les tètes furent exposée» sur la place publique de Lugo, i! ajoute : *M. le baronCapcllcti,

chargé d’affaire» d’Espagne, voulut interposer se* bons offices pour sauver la ville séditieuse; il se rendit A Lugo , exhorta les habitants A la soumission et A la confiance envers l’armée française, disposée A leur pardonner les excès commis; mais il ne put rien obtenir de ces malheureux , égarés par les plus perfides conseils. Alors le général Augereau fit marcher un gros de cavalerie avec des canons et des caissons bien fournis. Une bande nombreuse de rebelles s’avança à sa rencontre et fut attaquée par une colonne de troupes républicaines, sur deux points: l’un du côté d'Imola, l’autre du côté d' Argenta. La défense fut terrible et opiniâtre; mais après un combat de trois heures, le désordre se mit parmi les rebelles ; les uns furent taillés en pièces, les autres échappèrent par la fuite. On prétend que dans ce combat il y a eu plus de 1,000 révoltés tués ou blessés, et environ 200 Français. La ville fut ensuite livrée au pillage pendant trois heures. Tout a été dévasté; tout individu rencontré les armes à la main a été mis à mort; les femmes et les enfants ont été épargnés. »

Progrès de ropinion en faveur des Français. — Conduite sage et politique de Bonaparte. — Malgré ces derniers efforts d’un fanatisme aveugle , les succès multipliés de l’armée française produisaient l'effet qu'on, en devait attendre. Les dispositions des peuples de l’Italie devinrent généralement favorables aux Français.—Milan, Bologne, Kerrare en donnèrent la preuve en organisant spontanément des gardes nationales qui rendirent de grands services à nos armées. Les Italiens commencèrent à voir en nos soldats les libérateurs des peuples. Nos victoires n’atteignaient que leurs oppresseurs, nos triomphes étaient des Tètes pour la liberté. —Néanmoins les partisans de l'absolutisme autrichien cherchaient encore à effrayer les classes éclairées en leur représentant les Républicains comme des ennemis naturels des sciences et des lettres, et en leur rappelant quelques manifestations absurdes de l'ignorance et de la barbarie révolutionnaires contre les connaissances humaines. Ils avaient ainsi réussi A épouvanter quelques savants.

Le général Bonaparte était revenu A Milan , il connaissait l'empire de l’opinion ; il aimait et cultivait les sciences. Sa politique élevée, sa tolérance large et généreuse se montrèrent d’une façon éclatante , dans jme lettre qu’il écrivit au célèbre astronome

üriani,et qui, rendue publique, réduisit bientôt au silence les calomniateurs ennemis et lui attira l’aftection de tous les hommes distingués de l’Italie : « Les sciences qui honorent l’esprit humain , disait-il , les arts qui embellissent la vie et transmettent les grandes actions à la postérité, doivent être spécialement honorés dans les gouvernements libres. Tous les hommes de génie, tous ceux qui ont obtenu un rang distingué dans la république des lettres, sont Français, quel que soit le pays qui les ait vus naître. — La pensée est dovenue libre en Italie.... Il n’y a plus ni inquisition, ni intolérance, ni despotisme. J’invite les savants à se réunir et ù me proposer leurs vues sur les moyens qu’il y aurait A prendre, ou les besoins qu’ils auraient, pour donner aux sciences et aux beaux-arts une nouvelle vie et une nouvelle existence. Tous ceux qui voudront aller en France seront accueillis avec distinct lion par le gouvernement. Le peuple français ajoute plus de prix â l’acquisition d’un savant mathématicien , d’un peintre de réputation , d'un homme distingué, quel que soit l’état qu’il professe, qu’à celle de la ville la plus riche et la plus abondante. »

Dans le même temps, et comme pour prouver que ses promesses n’étaient pas de vaines paroles, il réorganisait et faisait rouvrir la célèbre Université de Pavie.

C’est encore de Milan qu’il écrivit A un commissaire du Directoire , qui voulait sc mêler des opérations de l'armée, une lettre pleine de convenance , oii l’on remarque ces passages, qui peigucnl bien le caractère calme et la volonté ferme du général de l’armée d'Italie : « La réquisition que vous avez faite au général Vaudoiscst contraire à i’inslructionque m'a donnée le gouvernement. Je vous prie de vous restreindre désormais dans les bornes des fonctions qui vous sont prescrites par le Directoire exécutif , sans quoi, je me trouverais obligé de défendre A l'ordre de l’année d’obtempérer à vos réquisitions. Nous ne sommes tous que par la loi ; celui qui veut commander et usurper des fonctions qu'elle ne lui accorde pas n’est pas républicain. » De telles paroles adressées aux populations « des observations aussi dignes opposées aux agents du gouvernement, avaient un caractère de haute raison et de grandeur fait pour produire une impression profonde. Partant d’un jeune général , elles étaient nouvelles et inattendues, comme les merveilleuses actions qui lui avaient donné le droit de faire parler aussi généreusement la politique , la justice et la vérité.

RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE

5 mis. Armistice avec Naples.

14 — Révolte et châtiment des Fiefii Impenaux.

16-19 — Prise de Bologne. Kerrare, Reggio et Urbio. 24 — Armistice de Foligno avec Rome.

28 — Occupation de Livourne.

29 inn Prise du château de Milan.

lrr juillet. Entrevue de Bonaparte avec le grand-duc de

Toscane.

7 — Lombal de la Bochetta-di-Campione (Tyrol).

9 — Révolte et châtiment de Lugo.

A. HUGO

On souscrit rhrr DELLOYE . Éditeur, place de la Bourse, rnc des Filles-S. -Thomas, 13. Pari». — Imprimerie et Fonderie de Kiasovx. et C*, roe de» FraBc*-Bourgeoi»-S«iat-Mirhel.

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