‹ France MilitaireChapitre 34 sur 62 · BATAILLE DE RIVOLI. - BATAILLE DE LA FAVORITE.- REDDITION DE MANTOLE · texte numérisé non relu

BATAILLE DE RIVOLI. - BATAILLE DE LA FAVORITE.- REDDITION DE MANTOLE

{SOÂtMA/Rt.\

Diipotiliotu réelle* du Dircriorre et rie Ij cour d’Autriche. Occupation de Bergamc.— Préparatif» contre Rome.— Force* et «ituation de* armée* impériale et républicaine.— Plan d'Alvinzi et du ronucil auliquc — Combat de Dm ilacqua.— Combat de Saint-Mk-bei.— Bataille de Riroli-— Prorera patte PAdige 1 Angbiari. — Combat d’Angbtari.— Armée de Prover* devant Manlotie. — Bonaparte à Roverbclla.— Bataille de la Favorite Réflexion*.— Décret — l'ourmite de l'armée d’Alvinzi.— Combat de (arpencdolo.-Gombala d'Avio et de Torbole. — Pri*e de Rovercdo.— Combat de Caltiano.— Reptile de Trente.— Combat de Lava.— L’armée frauçaiie reprend *c* position* sur la Üreota.— Reddition de Mauloue.

armCk RCnriLiCAiNC. I arums ihKmaue.

Général en chef. — Bonaparte. | Généraux en chef. J w c rjmul ****T**A‘

Dispositions réelles du Directoire et de la cour d'.lutriche. — Malgré le» victoire» de l’armée d’Italie le Directoire voulait sincèrement la paix avec l’Autriche. La paix était necessaire à la République, qui avait A faire consacrer par l’assentiment général de l'Europe ses accroissements de territoire, à s’habituer à l’exercice d'utle nouvelle constitution, A réformer et A compléter son administration et sa législation, à Cicatriser les plaies de la guerre civile, A relever son crédit expirant sous le poids des quarante milliards d’assignats mis en circulation, à faire renaître successivement l’agriculture, le commerce et l’industrie. La France avait assez de gloire; il lui fallait du boubeur et du repos. L’Autriche, au contraire, malgré les nombreuses défaites de ses armées, espérait encore que la guerre lui offrirait, par des chances plus heureuses, les moyens de réparer ses désastres, de reconquérir ses provinces perdues; elle ne tenait parfois un langage pacifique que pour obtenir des délais qui lui laissassent le temps d’aecroilre ses forces et de mettre en action toutes ses ressources.

Après la bataille d’Arcolc, le général Clarke avait été chargé par le gouvernement français de s’aboucher A Virence avec le baron de Saint- Vincent pour entamer des négociations qui missent un terme à la guerre. L’empereur d'Aulricbe avait refusé de laisser le général français arriver jusqu’à Vienne, où. des communications directes et plus franches auraient dû nécessairement s'établir et amener une plus prompte conclusion de toutes les difficultés. Ce refus n’était pas d’un bon augure pour la paix. Le cabinet autrichien ne voulait que gagner du temps. L’entrevue des deux négociateurs eut lieu le 4 janvier, et n’amena aucun résultat. Déjà avant cette conférence diplomatique l’Autriche avait proposé un armistice auquel Bonaparte s’opposa. Il fit comprendre à Clarke que la suspension d’armes serait tout à l’avantage des armées qui venaient d'étre vaincues, surtout si, comme cela était demandé, on leur permettait la moindre communication avec Mantoue, dont la famine toujours croissante assurait la prompte reddition. L’armistice fut refusé.

A ses préparatifs militaires et A ses manœuvres diplomatiques, l'Autriche ajoutait de moins honorables manœuvres, elle cherchait par tous les moyens possibles A déterminer les différents étals italiens, surtout

Venise, Rome et Naples, à se prononcer hostilement contre les Français.

Occupation de Bergame. — Préparatifs contre Home. — Les gouvernements romains et vénitiens n’avaient pas attendu les premières opérations d'Alvinzi pour témoigner par des actes extérieurs, quoique peu éclatants, la haine qu'ils portaient aux Républicains. Le château de Bergame, sur le territoire de Venise, servait de repaire à des bandes organisées qui interceptairnt les communications des Français de l’Adige A i’Adda. «Il y avait dans la ville de Bergame un comité chargé de répandre les nouvelles les plus ridicules sur le compte de l'armée; c’était sur le territoire de cette province qu’on avait le plus assassiné de nos soldats, et c'élait de là que l’on favorisait la désertion des prisonniers autrichiens.» Bonaparte donna ordre au général Baraguey-d'ililliers de l’occuper. Celte occupation eut lieu au commencement de décembre. Les partisans qu’y avait organisés le podestat Ottolini voulurent faire résistance et furent presque tous passés au fil de l'épée.

Le général en chef se rendit à Bologne pour y achever l'organisation delà république Cispadaoe. Là, afin d’en finir avec la cour de Rome, il forma une colonne mobile d’environ 4,000 hommes; c’élait plus qu'il n’en fallait pour forcer le Pape à la paix; mais au moment où il allait entrer sur le territoire pontifical, les mouvements d'Alvinzi, qui reprenait l’attitude offensive, le rappelèrent à Vérone.

Forces et situation des armées impériale et républicaine. — D’immenses efforts asaient été hits pour réorganiser l'armée impériale. Des milices hongroises remplacèrent A Vienne la garnison, qui, envoyée à Alvinzi, fut suivie bientôt par des corps nombreux de volontaires autrichiens, de Croates et de Tyroliens. Ces nouvelles troupes, dirigées en poste sur le Tyrol, élevèrent les forces d’Alvinzi, au moment de la reprise des hostilités, à plus de 50,000 hommes, indépendamment de la garnison de Mantoue.

Il n’en était pas ainsi à l’armée d’Italie. Malgré les vives et pressantes demandes de Bonaparte, aucun renfort important n’y était arrivé; les derniers bataillons de l'armée des Alpes et quelques régiments venus de l’intérieur ne comblaient qu’iuiparfaitement

les vide» formés par les dernières batailles. Cette armée était encore réduite, malgré tant de triomphes, à conserver sa ligne défensive sur l’Adige. Depuis la bataille d’Arcole elle occupait les positions suivantes: 10,000 hommes, sous les ordres de Dumas et de Dallemagnc, bloquaient Mantoue; la division Vaubois,dont Joubert avait pris le commandement ( la plus forte de l’armée et qui comptait 10,250 combattants), était établie A la Corona; Masséna avec sa division en seconde ligne à Vérone, se liait par sa gauche avec Joubert, et par sa droite à Augereau qui surveillait Legnago et le Bas-Adige; de ce côté les mouvements de l'ennemi étaient observés par des partis que poussaient les avant-postes sur Montebello et sur Vicence; la rire occidentale du lac de Garda jusqu’à Salo était éclairée par une réserve postée à Desenzano, sous les ordres du général Rey; la brigade Victor était postée à Goito, de façon à pouvoir au besoin secourir les troupes de siège ou l’armée d’observation. Dans le cas où les divisions du centre et de la gauche 'Masséna et Augereau) auraient été assaillies par des forces supérieures débouchant de l’Adige, elles avaient le refuge d'un camp retranché établi A Castel-Novo. Néanmoins la totalité de l’armée active, disséminée nécessairement sur cette longue ligne de l'Adige, ne s’élevait qu'à 34,000 combattants.

Plan d‘ Alvinzi et du conteil antique. — Le but d’Alvinzi était toujours le même: il voulait forcer la ligne française afin de pénétrer vers Mantoue, de débloquer cette place, et par sa jonction avec VVurmscr de rendre inutiles les précédents succès de Bonaparte. Une seule victoire pouvait amener ce résultat, dont l'espérance seule avait déjà fait sacrifier trois armées autrichiennes. Bonaparte, au contraire, avait d recommencer tous les jours sa lutte tant de fois victorieuse, et un seul revers pouvait lui faire perdre en un iustant le fruit d'une année de travaux et de gloire. Alvinzi devinant à moitié la cause de sa défaite précédente, crut se préparer un triomphe en évitant de placer entre scs colonnes, soit le lac de Garda, soit des chaînes de montagnes presque impraticables; mais il ne revint pas aux vrais principes, et d’après le vieux système de Lascy, préconisé par les plus habiles tacticiens allemands, il résolut de s'avancer avec le centre et la droite sur Rivoli , pendant que Provera, avec un corps de 9,000 hommes, se porterait sur Mantoue par Padouo et Legnago. Ce plan était mauvais, car si Alvinzi était vainqueur à Rivoli, la diversion de Provera devenait inutile; dans le cas contraire, Provera devait être perdu , en supposant même qu’il parvint à pénétrer dans Mantoue, dont il n’eùt fait qu’augmenter les embarras.— Le général en chef autrichien eût bien plus probablement réussi à délivrer Mantoue en marchant sur cette place avec toutes scs forces par le Bas-Adige. où les Français n'auraient pas trouvé pour la défensive les mêmes avantages qu'à Rivoli , et dans les rochers du Monte-Baldo1.

* Il eat jatte rte faire remarquer qne tou» In auteurs ne iont pas d'accord pour charger Alvinzi «cul du reproche que nom venons d'exprimer. Bonaparte Iql même c*t d'avis que les fs nies du pUo

Combat de Bevilacqua. — Alvinzi se mit en mouvement le 7 janvier. — Provera, avec la gauche, partit le même jour de Padoue et s’avança le lendemain, 8 janvier, vers la rivière de Pratta. Son avant-garde, aux ordres de Ilobenzollern , eut vers Bevilacqua un vif engagement avec un corps avancé de la division Augereau. Ce corps, commandé par l’adjudant général Duphot, se replia sur Legnago; mais sa résistance avait été assez longue pour que toute la ligne, prévenue de la marche de l'ennemi, eût eu le temps de se mettre sur la défensive.

Dès que Bonaparte reçut A Bologne, le 10 janvier, la nouvelle du mouvement de Provera, il fit renforcer Augereau par 2,000 hommes de la colonne qu’il avait d’abord destinée A marcher sur Rome, et il se dirigea lui-même sur Vérone, où il arriva le 12, après avoir donné A Serrurier, en passant devant Mantoue, les instructions nécessaires pour le cas où l’ennemi se présenterait devant la place.

Combat ifc Saint-Michel. — Cependant Alvinzi, parti de Bamno avec le centre de son armée, avait remonté les gorges de la Brenla, et après avoir rallié l’aile droite A Roveredo, marchait avec trente-six bataillons sur Ala pour accabler Joubert.— Une autre colonne, forte de six bataillons et de quelque cavalerie, aux ordres de Bayalilsch, avait marché de Bassano sur Vérone; elle attaqua le 12 les avant-postes français à Saint-Michel , village situé à trois quarts de lieues de cette ville; mais vigoureusement accueillie par la division Masséna , elle fut repoussée avec perte de trois pièces de canon et de quelques centaines de prisonniers.

Pat aille de Bhvli. — Arrivé A Vérone, pivot de tous ses mouvements, Bonaparte n’avait pas tardé à reconnaître que ces démonstrations sur sa droite et sur son centre cachaient des projets plus sérieux. Alvinzi en effet ne projetait rien moins que d'enlever U gauche française, postée entre l'Adige et le lac de Garda ; il comptait y réussir en faisant attaquer le Monte-Baldo et en poussant des troupes par le chemiu d'Incanale pour déboucher sur le plateau de Rivoli.

Cette attaque avait été fixée au 12 janvier.— L’armée impériale réunie sur le Haut-Adige avait été divisée en six colonnes : la première, A la droite des Autrichiens et placée sous les ordres du prince de Lusignan, dc-

dont Alvinzi maya l'exécution doivent être attribuée* an cabinet autrichien. • Dana crllc campagne, dit-il, le pixfjrt du contrit auhqur était que les opérations d' Alvinzi par Mantebaldo, et de Provera f*ar le Bas-Adige, fussent indépendantes l’une de l’autre. L’ordre avait été donné A Wurmarr de manœuvrer pour •e réunir avec Provera , ai Ahrinzi réuaaiaaait , et de pouaacr la victoire anlant que le permettraient le* rirronalancc*; mai* ai Alvinzi était battu et que Provera réuaalt , de profiler de* deux ou troia Jour* où il aérait maître du cour» du Pô pour le paaaer avec tout ion étatmajor. loua aea radrea (fart literie , d'infanterie et de cavalerie, ae porter aur Rome , te joindre » t’armée du Pape , augmenter et discipliner ica levée», et obliger ainn le général frauça» i ar dm ter en deux rua Me» Quant A Mantoue, il devait l'approvisionner pour deux moi» , »’il pouvait ae maintenir maître du Scmgbo aaiez de tempa pour cela : ai au contraire il ne le pouvait paa. il devait abandonner celte place importante et mener avec lui dana lea état» du pape toute rariilkriç cl Ica munition* qu'il lui «errtit powiblp d'évacuer* •

vait partir le 1 1 de Brentonico, et après avoir tourné le revers occidental du Montc-Baldo, marcher par les hauteurs qui bordent le lac de Garda, afin de prendre Joubert à revers et de lui couper la retraite; la deuxième, aux ordres de Liptav, devait partir d'Avio, gravir le col de Capione et se lier à la première par les crêtes du Montc-Baldo; le général Koblos, partant de Belluno avec la troisième colonne, avait ordre d’attaquer de front par Ferrara ; Ocskav et (juasdanowich, longeant la droite de l’Adigc avec les quatrième et cinquième colonnes, pour déboucher sur Rivoli par le ravin d’Osteria, avaient aussi l’ordre de soutenir au besoin les attaques du Monte-Baldo; enfin la grande route de Vérone à Trente, par Dolce, sur la gauche de l' Ad ige, devait être balayée par la sixième eoloune , aux ordres de Wukassowich.

Lusignan, gêné par la neige qui tombait abondamment depuis deux jours, ne put occuper le 12 le revers du Monte-Baldo. Koblos et Liptav arrivèrent le matin du même jour en face de l’avant-garde de Joubert, établie à Ferrara. Os deux colonnes, fortes ensemble de 9 A 10,000 hommes, auraient aisément enlevé la position s’il y eût eu de l’accord dans leurs mouvements; mais Koblos attaqua seul Ferrara: Liptay refusa de le soutenir avant d’étre informé du résultat de la marche de Lusignan. L’artillerie des retranchements de Castelli et d'Olivetti foudroya la tête de la colonne de koblos, qui ne pouvait répondre qu'avec des pièces de montagne; ce général dut chercher dès lors à tourner la position par les Dossi et la chapelle de Ferrara, maïs la nuit survint et mit fin à cette première attaque.

Après avoir fait lever les ponts de i’Adige, et informé Bonaparte de ce qui se passait, Joubert abandonna le lendemain avant le jour la position de la Corona. Sa retraite fut déterminée par la marche de Lusignan, qui était enfin parvenu à tourner la gauche des Français, et avait franchi te versant occidental du Monte-Baldo. L’ennemi essaya inutilement d’inquiéter ce mouvement rétrograde, qui se fit avec beaucoup d’ordre; l’arrière-garde ne fut pas même entamée. Joubert s’établit à midi sur les hauteurs de Trombalora , en arrière du vallon de Caprino, pour y attendre des ordres du général en chef; mais le soir à dix heures il crut encore devoir quitter cette position, déjà tournée à droite et à gaurhe, afin de se replier sur Compara et Castel-Novo. En route il reçut, avec la nouvelle de la prochaine arrivée de Bonaparte, l’ordre de tenir ferme au plateau de Rivoli, et il s’y arrêta aussitôt, disposant scs troupes de façon à garnir militairement celte position.

Al vinzi, quoique sou premier projet contre Joubert fût déjà déjoué, aurait pu, en poussant vivement le 13 ta division française, déboucher avec elle sur Rivoli et y réunir cinq de ses colonnes. Il se borna au contraire à la faire suivre lentement par deux de ses lieutenants. Ne visant qu’à envelopper son adversaire, il s’occupait beaucoup plus de la manière dont il profiterait de la victoire que des moyens de la remporter. Toutes les précautions qu’il avait prises suffisaient à ses yeux pour cerner complètement Joubert; il comp-

tait l’attaquer le 14, et ne pas laisser échapper un homme de sa division, lorsqu'il apprit que des renforts arrivaient aux Français.

Bonaparte avait reconnu par les rapports de Joubert que, suivant une habitude que des revers multipliés auraient dû pourtant leur faire perdre, les Autrichiens s’avancaient divisés en plusieurs colonnes, marchant par des routes différentes. Son plan fut aussitôt arrêté.

Il résolut d’aller les attendre sur le plateau de Rivoli, où tous 1rs chemins qui sillonnent la contrée montagneuse que l’ennemi avait à traverser viennent aboutir. Cette position lui donnait la faculté d’agir avec la masse de scs forces contre des troupes séparées entre elles par des obstacles insurmontables, tels que le Monte-Baldo, les crêtes de San-.Mareo et les eaux profondes de l'Adige. Il pouvait en outre se servir de son artillerie, tandis que les Autrichiens, à cause de la nature des chemins, avaient dû laisser leurs canons en arrière. Il se mit donc aussitôt en marche avec le gros de ses forces pouf se porter sur Rivoli. La 2.V demi-brigade resta seule sous Vérone, afin d’observer Bayalitseh; Ney, avec la réserve, se porta rapidement de Desenzano sur Castel-Novo, et Augercau eut ordre de ne pas s’engager sérieusement s’il avait affaire à des forces trop considérables, mais seulement de harceler l’ennemi. Bonaparte lui laissa la réserve de cavalerie que Victor remplaça à Villa— Pranca, et qui eût été presque inutile sur les rochers du Monte-Baldo.

Bonaparte rejoignit à minuit Joubert, que Masséna et Rev venaient appuyer à marche forcée. U faisait un beau clair de lune, et sur les cimes blanchies des montagnes on distinguait facilement les feux des bivouacs ennemis. On y comptait cinq camps différents. Le général en chef ordonna aussitôt un mouvement en avant, dans le but d’empêcher Al vinzi de déboucher sur le plateau de Rivoli, seul point oû il eût pu réunir el déployer ses colonnes. Joubert resserrant donc sa position s’avança pour reprendre le poste de San- Marco.

L'avant-garde autrichienne fut repliée sur San-Giovani et Gambarone, par la brigade Via!, soutenue de la 33e de ligne; la 14* marcha au centre sur Rovina, et Lrblay, avec la gauche de Joubert, reprit les hauteurs de Trombalora ; la 39e resta dans les redoutes d’Osteria pour défendre le ravin de ce nom. Ce poste et la Chapelle-San-Marco, sur la crête du Monte- Magone, étaient les deux points importants du champ de bataille, puisqu’ils étaient les seuls par oû l’ennemi pût arriver sur le plateau. D'autres postes moins essentiels, comme Monte-Castello, Monte-Rocca, le fort de Chiusa, furent gardés par des détachements. Le quartier général fut établi sur les hauteurs de Zoane.

Rey avait l’ordre de ne pas s’arrêter à Castel-Novo, et de forcer de marche par Compara ; Masséna accourait avec deux demi-brigades et trois régiments de cavalerie (sa division arriva à Rivoli avant le jour, et eut deux à trois heures pour se reposer); la 18e demibrigade fut dirigée sur le débouché de Garda, afin d’arrêter la marche de l'ennemi sur Peschkra*.

1 Yiwi’i la li*te <ks corp* qui rouibal tirent à Biroli :

Division Jotoutr. 3 Orisodct.— VW : 1’, 17', 22*, 29' légère; —

Ht A.Nt'K MI1.ITAIRK.

(oinl)Ml du CoiumaDiUnt Duvivier .

• Boqtpp^

Difll'i,' >:g I :■'/ Ç.OOgle

FRANCK MI1JTAIKK

Bataille de Rivoli

JDigjtizeçUj^OOgle

Le qifartier général autric hien <5lait eu avant de Dolce; Qoasdanowich campait derrière Incanalc, dans la valU'c de l’Adige; Wukassowich Otait sur la gauche de cette rivière, et Lusignan débouchait sur Pezzena. La 18* devait inquiéter les flancs de cette dernière colonne , jusqu’à ce que Rey fût en mesure de l’attaquer avec avantage; la 39e était chargée de contenir au raviu d'Osléria la rolunne de Ouasdanowich. Ainsi 1 tranquille sur sa droite et sur sa gauche, le général en chef résolut de profiler de sa position centrale pour écraser, vers Caprino, le corps principal des Autrichiens, avant que les colonnes secondaires pussent entrer en action, bien sûr d'avoir ensuite bon marché de celles-ci.

Depuis l’attaque, commencée avant le jour, Joubert était engagé avec ce corps, formé des deux colonnes d’Ocskay et de Koblos; sa droite disputait vivement les hauteurs de San-Marco, quand Liptay attaqua sa gauche avec, des forces supérieures. Prise en flanc, à la faveur d’un ravin où l’ennemi s'était glissé, la 85* éprouva une terreur panique et entraîna la 29* légère; mais la H*, quoique débordée, résista opiniàtrémcnt en avant de Sau-Giovani. Bonaparte vola sur ce point avec la 32* qui arrivait de Vérone, après avoir marché toute la nuit. Celte brave demi- brigade rétablit le combat; elle attaqua l’ennemi avec sou impétuosité habituelle, et dégagea 1rs flancs de la 14e; mais pendant ce temps Yial, à la droite, cédait les hauteurs de San-Marco aux troupes de Koblos et d'Ookay ; Ber l hier, au centre, défendait les haies et le village de San- Giovani, avec la plus rare intrépidité1.

Quoique la I8r occupât le passage important de la Rocca-di-Garda , Lusignan s’avançait rapidement sur le flanc gauche et les derrières de l' irniée française ; il était près d’occuper Affi; Wukassowich se portail par la gauche de l’Adigc vers Snmauo. protégé par une nombreuse artillerie établie près de ce village; Ouasdanowieb attaquait de front les retranchements d'Ostéria, et la 39* se repliait devant lui. Le plateau d’où dépendait le gain de la bataille allait tomber au pou-

Lrbljy : 33*. 85' de ligne ; —Sa ados : |4r, 3!)' de ligne, 22* rhafwur*.

Division M vsséna. 3 brigades. — Moiimer : |8r, 75* A* ligne; — Brun* : 25', 3 T de ligue; — Leclerc ; 18' légère, l,c cavalerie, 15* dragnru.

Ih vision Ri y. 2 brigades. — Bsragneyd’IIîllier» : 53* de ligne, II' légère; — Vaut : 12' légère. 8* dragons.

Nota. I.J brir.ak- Mural faiKait aimti partie de 1a division Itry; mais cr général eut pendant la bataille une mission dont il sera ijiK-ii ion plus loin.

•• J’avais envoyé, dit Berthter dans sa relation de cette «.-ronde* campagne contre Alvinzi, j'avais envoyé le deuxième bataillon dr la M' pour favoriser la retrait»- de crlui qui était dans 1rs haies de Saint Martin ; avec h* troisième j'ociujui* la hauteur dn rentre. Test 12 que ce bataillon , enfoui* par tes font-» dn rentre cl d’une partie de celle* de la droite de l'ennemi, en reçut le choc avec la plus granité valror ; il tint environ vingt minâtes dans rcitc position, d'ou l'ennemi ne put le débusquer, et tYmpérha de s’emparer de deux pièces de canon qui étaient à tni-eôlf eu avant dr lui. et que no* charretiers avaient abandonné». Au moment où je donnais l'ordre à uue compagnie de te porter sur les piè»-es où l'eannni était déjà parvenu , cl lâchait de rtfaiteler les chevaux pour les emmener, un ofHcier de a* bataillon se précipita seul en criant : Non, vous n'aurez pas nos pièces. Mais lr fru de l'ennemi ayant empêché de parvenir jusqu'à elle», j'ordonnai qu'on fU un feu terrible sur celte batterie, où l’on tua tous les chevaux et les Autrichiens qui y étaient , et te* deux pièces u'ayaul pu être emmenées nous mtèrent.»

voir de l’ennemi qui, favorisé ttur un autre point par h retraite de la droite de Joubert, occupait déjà le revers du Monte-Magotie, au-delà de San-Marco. Le moment était critique. Bonaparte néanmoins, quoique presque cerné par un cnnrmi qui se croyait victorieux , conserva un admirable sang-froid et donna des ordres qui, vivement exécutés, changèrent totalement la face des affaires. L’infanterie légère de Joubert ayant opéré un changement de front, se porta au secours de la 39*; Leclerc, avec la cavalerie, marcha sur le même point, et la 75* fut dirigée sur les hauteurs de Tiffaro pour couvrir la gauche de l’armée et arrêter la colonne de Lusignan.

Un prompt succès couronna ces dispositions. La tête de la colonne de Ouasdanowich , dont le gros était encore massé dans le ravin, commençait à peine à déboucher sur le plateau qu’elle fut attaquée de front et sur les deux flancs par la Cavalerie, l’infanterie légère et la 39* de ligne; elle fut refoulée dans le ravin. L’action fut des plus vives. Joubert ayant eu son cheval tué, prit un fusil et marcha lui-même en tête des grenadiers, auxquels il communiqua sa résolution et son élan. L’ennemi, épouvanté, fut culbuté en désordre dans le défilé qu’encombraient, outre les troupes pressées, de l’artillerie et de la cavalerie. L’explosion de quelques caissons augmenta l’effroi et le désordre. La victoire fut dès lors Irrévocablement fixée de ce côté.

Pendant ce temps, Masséna descendait les hauteurs de Tromhalora avec la 32* et la brigade Leblay (de fa division Joubert). Koblos et Orskay, qui débouchaient déjà par Mutole. après avoir poussé la brigade Via! au-delà de San-Marco furent débordés. Joubert, après avoir repoussé Ouasdanowich, revint sur l'infanterie d*Ocskay, qui s’était débandée en s’abandonnant à la poursuite. LasaNe, avec 200 chevaux, alla renforcer Vial. La vue de ces deux escadrons, la présence de Masséna sur la droite de la colonie ennemie, remplirent les troupes autrichiennes d’uu inconcevable découragement: l’espoir de vaincre qui les avait d’abord soutenus les abandonna subitement , et malgré les efforts d’Alvinzi elles s’enfuirent versSan-Giovani, leur déroute ne s'arrêta même qu’au-drlâ du torrent du Tasso. Liptay rétrograda sur Caprino.

Tandis que la fortune favorisait ainsi les Français sur le front de la ligne, l'ennemi paraissait sur le point d'obtenir à l'extrême gauche et sur les derrières des avantages importants. 4,000 hommes se trouvaient eu bataille derrière Rivoli, et couronnaient toutes les crêtes entre l'Adige et le lac de Garda, de sorte que l'armée se trouvait entièrement tournée par ce corps et avait toutes ses communications coupées avec Vérone et Pcschiera. Néanmoins «cette situation, dit Bertbier, n’inquiétait ni le général en chef, ni les militaires éclairés; mais ceux qui apprendront que nos soldats la voyaient avec le même sang-froid, en disant dans le temps même que le front de la ligne se battait avec le plus de chaleur ; Eh bien ! ceux-là sont encore pour nous, pourront juger de la confiance qu'ils avaient en leurs généraux.»

Ce corps ennemi était celui de Lusignan, qui de

Pezzcna s’élail avancé sur Affi et avait marché de là contre les hauteurs de Ttffaro, en obligeant à se replier la 75e qui lui avait d’abord fait quelques prisonniers. Pendant que cette colonne, déjà maîtresse du mont Brusini , s’avançait par la crête du mont Pipolo, la 75e fut rejointe à Pozzolo par deux bataillons de la 18e qui, après avoir culbuté à Calcina 1rs flanqueurs de Lusignan, s’étaient rabattus sur Rivoli. Bonaparte, certain que Rey déboucherait bientôt d’Orza, avait disposé à sa gauche (devenue sa droite par suite du changement de front fait pour s’opposer à l'attaque de l’ennemi) la 75e et la 18e, appuyées par une batterie de 12. « On s’observait de part et d’autre. Les Autrichiens criaient A nos gens: A'ous les tenons; et ils se partageaient déjà nos dépouilles. On était assez près pour s’entendre. Un feu de file part de toute leur ligne : c’était un signal. Aussitôt les Autrichiens sortant par le bas de l’Adige, se portent avec fureur pour emporter le retranchement de Rivoli. Ils attaquent à trois reprises différentes; ils ne trouvent que la mort ou fuient épouvantés. Pendant ce temps Bonaparte avait fait établir quatre pièces d’artillerie légère qui cauonnaient la droite de la ligne 3u corps ennemi qui nous avait tournés. La 18e et quelques troupes de la 75e demi-brigade, commandées par les généraux Brune et Monnier, reçoivent l'ordre de se porter sur trois colonnes pour attaquer l’aile droite de cette ligne ennemie, qui occupait une hauteur avantageuse et qui nous avait tournés. Nos troupes partent : il ne semble pas qu’on aille porter la mort dans les rangs ennemis; il semble plutôt que c’est une manœuvre d'instruction. Le soldat, l’arme au bras, part en chantant l'hymne du Chant du départ : il fond sur l’ennemi. L’attaque et la déroute ne sont qu'un même instant1.» Lusignan, dépourvu de canons, fut forcé de se retirer sur le mont Brunisi, où bientôt même il fut assailli à revers par la 58e, aux ordres de Rey, pendant que Monnier et Brune le pressaient de front, à la tête des 18e et 75e. La colonne autrichienne fut en peu d’instants culbutée et dispersée complètement. Une grande partie se rendit prisonnière sur le champ de bataille. Un des débris considérables de ce corps, cherchant à se retirer sur Garda, fut arrêté au défilé près du lac par une compagnie du 18e, aux ordres du capitaine René qui, avec 50 hommes, fit 1,800 prisonniers \

1 Berthicr, Relation delà bataille de Rivoli.

•Voici en quel* terme* le brave René (mort en 1808 (fédéral de brigade > rendu compte à ton père de cct événement étrange dan* une guerre qui en préurntc de li remarquable* : • Le général Monnier me demanda ni je roulai* rester an * illage de tarda avec cinquante hommes, pour surveiller le lac et favoriser un débarquement. .l'acceptai. Environ à quatre heures, au moment où je visitais un petit poste placé en avant, sept Autrichien* parurent, .le commandai de les attendre et de les prendre pendant que j'allais rassembler le restant de mon détachement. On le* Ht prisonniers. Mais craignant d'étre attaqué, je me disposais à prendre dans les environs une position avantageuse, lorsque tout à coup se présenta une colonne autrichienne que je n 'aperçu* qu'à vingt pas. parce qtre la route formait un tournant, la? commandant me crie de mettre bas tes armes, que je suis prisonnier.— «Non, monsieur, répondis- je , c'est vous; J'ai

• déjà désarmé votre avant-ganlc, vous en voycx une partie : bas les

• armes, ou point de quartier.» Mes soldats, eveité* par mon exemple. ! répètent ce cri. le* prisonniers, voyant qu'au premier feu ils seraient I tMé», criaient de toutes leur* forets à leurs camarades de sç rendre. I

Ouasdanowich se retira sur Rivalta et Péri ; de sorte que le centre de l’ennemi, replié derrière le Tasso, resta livré à scs propres forces. Bonaparte se disposait A l’attaquer quand il apprit que Provera ayant passé l'Adige A Anghiari, marchait sur Mantoue. Certain que la journée était décidée, il partit en hâte pour Villa-Franca, avec les troupes de Masséna, laissant à Joubert, renforcé de la réserve de Rey, le soin d’achever la victoire.

Pour que cette victoire fût complète, il restait à détruire le centre des Impériaux, campé autour de Pazzone. Joubert accorda A peine à scs troupes quelques heures de repos. Un sentier presque inaccessible, sur les hauteurs de la Corona, était la seule voie par où l'ennemi pût échapper. Yial, pour tourner la gauche autrichienne, eut ordre de longer les crêtes du Monle- M.tgone, pendant que Baraguay-d’Hilliers attaquerait Saint-Martin, et que Vaux, pour tourner la droite des enuemis et les prévenir à la Corona, loDgrrait le revers du Monte Baldo. Une petite colonne de trois bataillons fut aussi dirigée sur Ferrara par le Monle- Baldo, afin de leur couper la retraite.' Néanmoins les Républicains auraient pu être prévenus A ce sentier dont nous venons de parler, si Bonaparte, dont (a haute prévoyance embrassait A la fois toutes les dispositions d’une bataille et toutes ses conséquences, n’eût dès la veille donné A Murat l’ordre de s’embarquer à Salo avec la 12e légère, d’aller descendre A Torre, et de gagner par Montagna les crêtes du Monte-Baldo. En conséquence, arrivé A Torre le 14 au soir, à l’insu des Autrichiens. Murat avait continué sa marché pendant la nuit jusqu’A Pozella, d’où il poursuivit sa route sur la Corona par Pozzo-Lagunc et les Collonclli. Le combat, pendant ce temps, était engagé avec acharnement sur la ligne du Tasso. L’ennemi, quoiqu’il eût commencé sa retraite A la pointe du jour, fut chassé de Saint-Martin et vivement harcelé par la colonne du centre, ce qui donna le temps au général Vaux de se

Tout c* tapage* étonna l'officier ennemi; il mit parler. Nous ne répondons qu'en répétant ; Bat les armes! Il propose de capituler. «Non, lui dis je, bas les armes cl prisonnier.— Mai*, monsieur, ajou-

• ta-t-il, si je me rends, n'aurai je pas de mauvais traitements A «éprouver?* Je fui répondis que non, et sur ma parole d'honneur. Il ôte alors son chapean, s'avance et me présente son épée: toute sa troupe mot bas le* armes. Je n’élai» pat à mon aise, je craignais qu’ils ne s'aperçwacnt enfin du peu de monde que j'avais. Je les As rétrograder; mais se trouvant deux barques sur les bords du lac, une rerlaine quantité d'impériaux s’y jettent et gagnent h* large , sans que moi ni leurs officiers pussions les en empêcher : mais à peine furent-ils à soixante toises que les barques, trop surchargées , roulèrent bas et ta majeure partie se noya. Un instant après beaucoup d'entre eux refusèrent de marcher; les officiera eux-mêmes avaient l'air d’y souscrire. Je sentis le danger extrême où j'étais, surtout en entendant un capitaine leur dire : • Attendons encore.- Qu'attendez -

• vous, monsieur? lui dis- je d'un ton ferme. Où est donc l'honneur ? «n’éü's-vous pas prisonnier? m'avrz-vous rendu vos armes? ai -Je

• voire parole? Vou» êtes officier, je compte sur votre loyauté : pour « preuve je vou* rends votre épée, et faite* marcher votre troupe; «sans quoi je me vois forcé de faire agir contre vous la colonne de six

• mille hommes qui me suit. » Le mot honneur, et surlout, saut doute, cette colon ne imaginaire le déridèrent. «Je vais vous prouver, mon

■ sieur, medit-il, que je connais l'honneur; marchons, et je réponds

■ que tout le monde nous suivra.* Il parie alors en allemand à ses soldats, et le calme se rétablit. Nous arrivâmes ainsi sans fâcheuse rencontre. Cette colonne était composée du régiment de ligue impérial Kliberk.et d'un corps franc, faisant en toul environ dix hui{ cents hommes. »

lier à Mural vers Pravassar, pendant que Vial s’avançait sur Spiazo et la Corona. Les Impériaux, ainsi pressés et entourés, fuyaient dans le plus grand désordre. Une partie se précipita des hauteurs escarpées qui longent l’Adige, en voulant gagner le chemin de RiYalta. La plupart cherchèrent A fuir par Pravassar et par l'escalier de la Madona, mais ils tentèrent inutilement de forcer ce poste occupé par les Français. O* défilé fut un gouffre où vinrent s’entasser péle-méle et sc rendre à discrétion plus de 5,000 hommes, tant cavaliers que fantassins.

Ce second acte de la bataille de Rivoli, qui eut lieu le 15, entraîna la perte de ce qui avait échappé la veille, à quelques cavaliers près qui tentèrent de franchir l’Adige, et dont le plus grand nombre se noya. L'armée autrichienne éprouva des pertes considérables en tués et en blessés. Douze drapeaux et 13,000 prisonniers restèrent au pouvoir des vainqueurs.

Provera passe f Adige A Anghiari. — Revenons à Provera, que nous avons laissé, après le combat de Beviiacqua, au moment où, venant de contraindre Dupbot â se retirer sur Legnago, il marchait lui-mème sur l’Adigc. Le général autrichien resta trois jours inactif sur la rive gauche de cette rivière. Aucune cause militaire ne semble pouvoir être assignée â cette inaction inconcevable; car il est certain que l’armée autrichienne ne manquait pas d’équipages de pont.

Enfin, le t3 janvier au soir, Provera sc décida à tenter le passage de l’Adige à Anghiari, à une lieue au-dessus de Legnago. Pour mieux donner le change â la garnison de celte ville, quelques démonstrations furent faites du côté de Bonavigo et de Niccsola. La brigade de Hohenzollern fut même dirigée un instant contre Legnago. Ces manoeuvres eurent un plein succès; une petite avant-garde put traverser l'Adige et s'emparer d’ Anghiari, afin de faciliter la construction d'un pont auquel on travailla aussitôt avec beaucoup d'activité. — Le général Guyeux, avec 1,200 hommes, tenta inutilement de s’y opposer; les Autrichiens avaient sur ce point des forces trop considérables : après une longue fusillade sans résultat, il dut sc retirer sur Ronco aussitôt que le pont fut achevé.

Provera se hâta d’effectuer son passage, et dè« lors, libre de ses mouvements, se dirigea sur Cerea avec la majeure partie de sa colonne, soutenue par une douzaine de pièces de canon. Il arriva le 14 par Sanguinetto à Nogara, où ses troupes bivouaquèrent.— A u gère a u, chargé de la défense de l’Adige, et dont la ligne venait d’être coupée, ne pouvait plus communiquer avec les brigades Bon et Guyeux, non plus qu’avec la réserve de cavalerie de Dugua, que Bonaparte lui avait donnée en échange des troupes dirigées sur Rivoli; néanmoins à la première nouvelle du mou veinent de l’ennemi il rallia la colonne mobile de Lannes, rassembla toutes les autres forces qu’il pouvait avoir disponibles, et marcha sur Anghiari; mais il y arriva trop tard. Déjà le général autrichien, qui ne cherchait qu’à gagner Mantoue, avait filé avec la majcitre partie de ses forces, et l’on ne put atteindre que son arrière-garde.

Combat (T Anghiari. — Les dispositions d’attaque furent faites aussitôt. Les Français se formèrent sur trois colonnes : le général Point commandait celle de gauche, Lannes celle de droite; les généraux Guyeux et Bon, débouchant de Bonco, devaient prendre l’ennemi à revers. Le chemin d’ Anghiari à Gerça forme un défilé d’une demi-lirue de longueur, aboutissant à une digue qui lui est perpendiculaire. Une des colonnes françaises tourna l’ennemi, et s’embusquant derrière cette espèce de retranchement, arrêta court les Impériaux. Ceux-ci, pressés de front et hors d’état de résister seuls aux forces qui les altaquaieut, cher- ^ «.-liaient à rejoindre le gros du corps de Provera ; mais celui-ci ne fit rien pour les soutenir. Le succès fut complet. Toute celte arrière-garde et quatorze pièces de canon restèrent au pouvoir des Français.

Cette affaire, où l’adjudant général Duphot et quelques escadrons de cavalerie s’étaient particulièrement distingués, commença par une espèce de duel héroïque entre le commandant d’un escadron de hussards autrichiens et le chef d’escadron Duvivier, du 9e de dragons.

La cavalerie impériale ayant fait volte-face pour repousser les Français, «le commandant des hussards se présenta devant l’escadron du 9r de dragons, et par une de ces fanfaronnades communes aux Autrichiens: «Rendez-vous», cria-t-il au régiment. Duvivier fit arrêter son escadron. « Si tu es brave, viens me prendre», répondit-il au commandant ennemi. Les deux troupes s'arrêtèrent et s’écartèrent par un mouvement spontané pour laisser le terrain libre aux deux champions, qui donnèrent pendant quelques minutes un exemple de ces combats que le Tasse décrit avec tant d’agréments. Le commandant des hussards fut blessé de deux coups de sabre. Les troupes alors se chargèrent et les hussards furent faits prisonniers'.»

Après le combat d’Anghiari, le pont de l’Adige fut brûlé, de sorte qu’il ne resta à Provera aucun moyen de revenir en arrière dans le cas où il ne parviendrait pas à se réunir à la garnison de Mantoue.

Arrivée de Provera devant Mantoue. — Cependant, poursuivant sa route par Castellaro, ce général arriva le 15 à midi devant Mantoue. Son avant-garde se composait de hussards dont l’uniforme était semblable à celui des hussards français de Berchiny; elle faillit surprendre le poste de Saint-Georges qui, de ce côté, couvrait la ligne du blocus. Le tact d’un vieux sergent sauva les Français; il examina ces hussards qui arrivaient à l’improviste, et remarqua qu’ils avaient des manteaux neufs, tandis que les manteaux des cavaliers de Berchiny étaient lavés par les pluies et usés par les bivouacs. Cette observation n’eùt peut-être pas été faite par un officier général. Le sergent abaissa la barrière, et aidé d’un tambour donna l’éveil. La brigade du général Miollis prit aussitôt les armes et obligea l’ennemi à s’arrêter.

Provera avait espéré trouver à son arrivée devant la place qu’il venait débloquer, les ouvrages du siège presque dégarnis de soldats; mais il était surtout loin

1 Rapport du R*néral en] chef .

de s’attendre à avoir à combattre les marnes bataillons qui, la veille, A quinze lieues de IA, avaient vaincu Alviuzi. Bonaparte, dans son admirable et prévoyante sagacité, n'avait appelé A lui la majeure partie du corps de siège qu'a près avoir fait élever des retranchements et des ouvrages fermés pour recevoir les troupes char gées de contenir la garnison et d'assurer le bloeus. Les 1,200 hommes de Miollis, postés dans le faubourg de Saint-Georges, étaient parfaitement défendus du côté de Mantouc : un retranchement en terre et un large fossé les couvraient du côté de la campagne., Provcra leur üt en vain la sommation de se rendre, et se décida, après avoir essuyé le feu de leurs batteries, à se rabattre du côté de la citadelle. — Au moyen d’un officier d'état-major qui avait traversé le lac sur un frôle bateau , il était parvenu à communiquer avec Wurmser. Les drus généraux avaient arrêté une attaque siruultaQée sur la Favorite et San-Aulouio; en conséquence, apres avoir franchi la Kossa-Magua , qui coule eutre les routes de Yéroue et de Legnago, il se dirigea sur la Favorite.

Bonaparte à Boverbel/a. — Bataille de la Favorite. — Mais déjà Bonaparte était à Roverbclla, ou le 15 au soir il établit son quartier général. La cavalerie de Leclerc, la réserve de Dugua, toutes les troupes de Masséna et de Victor, qui avaient forcé leur marche pour arriver sur ce nouveau champ de bataille, étaient réunies en avant de celte ville. Le général en chef venait de combiner contre son audacieux adversaire une série de mouvements si habilement conçus, qu’il allait l'envelopper comme dans un réseau dont il était impossible de rompre une maille. — Victor, avec les 18‘" et 57p de ligne, et le 25e de chasseurs, reçut l’ordre, dans la nuit du 15 au 10, de marcher sur la Favorite, afin d'attaquer l’ennemi à la pointe du jour. La réserve de Dugua dut aussi se diriger sur le môme point. Dumas resta chargé de la garde de San-Antonio, tandis que Serrurier, avec un corps de 1,506 hommes, se rbargeail de défendre la Favorite du côté de Mantoue, et d’empôcher la garnison de communiquer avec Provcra. Rampon, avec la 32e, fut envoyé entre la Chaussée et Rue-Caslelli, pour se lier avec Bon et Guyeuxqul, manœuvrant sur les derrières de Provcra, avaient reçu l’ordre de suivre cette direction. Augcrcau, avec les troupes de Lannes et de Point, coupait 13 route de Castel la ro; enfin la ca%'aleriedc Leclerc, renforcé du tf de dragons, dut longer la Molinclla pour tourner la gauche de l’ennemi. Provcra se trouvait ainsi traqué de tous les côtés.

Le 16 janvier, à cinq heures du malin (une heure avant le jour), la Favorite et San-Antonio furent attaqués simultanément. Provcra attaqua la Favorite et Wurmser San-Antonio. Le vieux maréchal, à la tôte des troupes sorties de Manloue, parvint d’abord A culbuter le général Dumas et à s’emparer de San- Antonio; mais l’arrivée de Victor avec la 57* demibrigade, et une attaque de Serrurier, changèrent la face du combat: Wurmser, vigoureusement repoussé, se vit obligé de rentrer dans Mantoue, laissant le

champ de bataille couvert de morts et de blessés.

Victor, avec la terrible 57% se porta aussitôt contre Provcra ; son mouvement était soutenu par les troupes de Dugua et favorisé par la marche dps brigades de Bon et Guyeux. Il réussit bientôt à acculer au faubourg la colonne autrichienne, où le désordre et la confusion commençaient A s’introduire; déjà il commençait à faire des prisonniers, quand tout à coup, à dix heures du malin, Miollis débouchant par Saint- Georges sur le flanc gauche des ennemis, la 32* et la 75* opérant par Caste Ile tto une attaque sur leur flanc droit , cl Augcrcau arrivant par Casletlaro pour les prendre en queue, portèrent le désordre au comble eu un instant: l’artillerie, la cavalerie et l’infanterie se mêlèrent. Provcra entouré de tous côtés, abandonné de Wurmser, privé de son pont sur l’Adige, désespérant d’obtenir aucun succès par une plus longue résistance, fut réduit A se rendre prisonnier avec les 6,0Ü0 hommes qui lui restaient. Cïlait la seconde fois que ce général, plus brave qu'heureux, se voyait forcé A mettre bas les armes avec un corps considérable. Déjà A Cosseria, Provera avait été forcé de demander à la générosité française une honorable capitulation.

Bêflexions. — «Ainsi, dit Jomini, dans trois jours, Bonaparte, par un habile emploi de sa plus forte masse, battit alternativement les colonnes autrichiennes, fit A Atvinzi environ 18,000 prisonniers, lui prit toute son artillerie, le rejeta dans les montagnes, et, par cette nouvelle défaite, le mit hors d'état de tenir la campagne.

« La précision des mouvements, l'activité des troupes sont aussi dignes d'éloges que les dispositions de leur général ; plusieurs brigades françaises surpassèrent, dans celte occasion , la rapidité tant vantée des légions de César; aucune ne leur céda en bravoure.

« Ges glorieux succès causèrent d'autant plus de joie A Paris que les journées d’Arcole et la retraite des armées d’Allemagne y avaient semé l'alarme. L'allégresse fut générale parmi les bons Français; mais, il faut l'avouer, celte nouvelle trouva beaucoup d'incrédules, et il fallut plus d’un certificat des autorités de Milan, constatant le nombre des prisonniers qui y passèrent, pour que la multitude crût à de si beaux résultats

1 II semble difficile d'admettre que l'esprit de parti ail jamais pu étouffer assez le srutimcut national pour que les triomphes les plut certains an ni Clé mis obstinément en doute. La postérité pourra-t-elle croire que l'armée d’Italie a eu besoin de certificats pour atlrster scs victoires? Voici un de ceux qui furent publiés A ortie époque :

«Je certifie que, dans les différentes batailles qui ont eu lieu depuis le 19 nivôse .9 janvier; jusqu'au 27 du même mois, l'étal des prisonniers dr guerre autni hieni. dont la revue a été passée, munie déjA A plus de 20.000. dont 700 hommes de cavalerie, rl qu'il en arrive A chaque lustaut; que l'runsmi nous a la **4 quara ule-quatre pièces de canon avec leurs caissons, tons les bagages «le la colonne du général lYovcra et loua les drapeaux de scs corps, dont une partie a été brisée par l'ennemi. Je certifie que d'après 1rs ordres du général en chef, j'en al donné au général de division [le y. pour étro chargé de conduire jusqu'il (.renoblc la rolonnc de 20, 000 prisonnier* de guerre, par convois de 3.000, marchant A un joirr de distance le* uns des autres , et sous l'escorte de la U demi brigade et d'un escadron de cavalerie.

«Ces trophées de la brave armée d 'Italie sont fûts pour étonner tellement nos pins vrais amis, que j'ai cru leur faire plaisir en Ira certifiant d'une manière officielle * «Alex. Bcaraiaa.*

Décret.— Les triomphes de l’armée d'Italie sortaient trop de la ligne commune pour que le gouvernement pensât pouvoir les récompenser en s’astreignant aux formes ordinaires. Long-temps il avait suffi pour stimuler le zèle des défenseurs de la République , de décréter que telle armée avait bien mérité de la patrie. Le Directoire y avait ajouté des lettres flatteuses pour les généraux. Le Corps Législatif crut devoir sortir du protocole commun en faveur des vainqueurs d’Arcole, de Rivoli et de la Favorite; un décret fut rendu en l’honneur de Bonaparte et d’Augrreau : car, dans un but facile A deviner, celle basse et inquiète jalousie, sentiment naturel aux gouvernements républicains, fit placer sur le même rang, et le général divisionnaire qui , dans l’exécution des ordres de son général en chef, avait montré la bravoure d’un grenadier, et le grand capitaine qui, tout en faisant preuve d'un courage égal A celui du plus audacieux soldat de l'armée, avait seul conçu les admirables combinaisons qui assurèrent la victoire A l'année la moius nombreuse et la moins favorisée par les difficultés du terrain et par les sentiments des populations. La gloire du général de l’armée d'Italie était déjà trop éclatante aux yeux de certains hommes. Voici ce décret:

« Considérant qu’il est de l'intérét de la nation et de sa justice de récompenser les actes de dévouement el d’exciter l’utile émulation des vertus;

« Les drapeaux tricolores portés A la bataille d’Arcole contre les bataillons ennemis, par les généraux Bonaparte et Augereau, leur sont donnés A titre de récompense par la nation. »

Poursuite de l’armée d'AMnzi. — Après la défaite de Provera, Bonaparte resta au camp de Mantoue pour être plus A portée de régler les conditions de la capitulation de cette place, dont la reddition était assurée et prochaine, et pour mieux surveiller les mouvements intérieurs de l’Italie • et les intrigues de la cour de Rome, qu'il s’apprêtait à punir. Il chargea ses lieutenants du soin d’empécber la réunion des

• Ven cette époque Bonaparte écrivait au Directoire :

11 y a dana ce moment-ci en LombarJie trois partis : I" celui qui se laisse conduire par les Français ; 2" celui qui voudrait la liberté et montre même son désir avec impatience; 3° le parti ami des Aulri- i r tuent et ennemi des Français. Je soutiens et j'eucourage le premier, j Je contiens le second et Je réprime le troisième...

« Les républiques cupadaues sont divisées en trois partji ; 1° les anus de leur auciea gouvernement ; 2° les partisans d'une oonstitu- Uoa indépendante, mais an peu aristocratique; 3° les partisans de la constitution française , ou de la pure démocratie. Je comprime le premier, je soutieas le second et Je modère le troisième.

• Je soutiens le second et modère le troisième, parce que le parti des seconds est ‘•elui des riches propriétaires et des prêtres, qu'il est essentiel de rallier autour du parti français.

• Le dernier parti est composé de jeunes geoi, d'écrivains et d’bon) mes qui , comme en France et dans tous les pays, ne changent de gouvernement , n’aiment la liberté que pour faire une révolution.

• Les Allemands et le Pape réunissent leur crédit pour insurger les Apennins; leurs efforts sont mutiles : une partie de la Lratigoaua s’était cependant révoltée, ainsi que la ville de Carrara. J’ai envoyé une petite colonne mobile pour mettre ces geus-lâ Ji 14 raison, et faire des exemples terribles qui apprennent à «s monlaguards A ne pas jouer avec nous. La révolte des Apennins, si elle éclatait au moment oii nous aurions affaire à l’ennemi , nous donnerait beaucoup cfcm barras. Ces montagnes s’étendant Jusqu'à Tortone, les habitants pourraient gêner les communications : aussi j’y ai perpétuellement les yeux. »

débris épars de l’nrtnée impériale, qui avaient d’abord fait une retraite excentrique sur Hoveredo et sur la Brenta. Alvinzi, il est vrai, avait cherché A rectifier ces mouvements.— Afin de défendre le plus long-temps possible l’entrée de la vallée de l’Adtge, il donna A Laudon l’ordre d’occuper, avec 8,000 hommes, les environs de Hoveredo; et pour avoir le temps de rallier ses troupes dans la vallée de la Trente, el de gagner la Piave, derrière laquelle il espérait se maiutenir jusqu’au printemps, il confia la défense de Bassano A Bayalistch.

Ces dispositions furent déjouées par la rapidité avec laquelle les Français poursuivirent l’armée vaincue. Augereau, marchant par la droite, se porta sur Padoue avec sa division , et passa la Brenta ; IA , informé du mouvement de Bayalistch sur Bassano, il se rabattit vers Citadclla , où il rencontra l'ennemi qui s’enfuit A son approche; A la gauche de l’armée française, Joubert suivit Laudon par les gorges du Tyrol; Masséna, au centre, marcha le 24 janvier sur Vicence, puis sur Bassano où les Autrichiens semblaient vouloir tenir. Pendaut que les éclaireurs de sa division attaquaient les retranchements qui couvraient le chemin et le pont de Bassano, l’avant-garde d’Augereau ayant tourné Citadella, se trouvait aussi engagée avec les postes avancés de l’ennemi. L’attaque fut interrompue par la fin du jour.

Combat de Carpenedoio. — Les Impériaux profitèrent de la nuit pour se retirer sur Carpenedoio et Crespo, par les deux rives de la Brenta ; mais dès que ce mouvement fut connu, le général Ménard reçut de Masséna l’ordre de se porter avec la 25* de ligne au pont de Carpenedoio, en longeant la droite de la rivière. Ün bataillon de la 32*, 50 dragons et deux pièces d’artillerie furent dirigés sur le même point par la rive gauche. L’ennemi, atteint près de Carpenedoio* opposa la plus vive résistance. Le pont fut néanmoins forcé A la baïonnette. Les Autrichiens, en déroute* s’enfuirent en laissant sur la place 200 morts, 000 prisonniers et une pièce de canon. La pluie qui tombait par torrents empêcha seule la poursuite du reste de cette division.

Combats d’ Avio et de Torbofe. — Prise de Roveredo. — Cependant, A la gauche, Joubert ne harcelait pas l’ennemi avec moius d’activité; après trois jours d’une marche rendue plus pénible par la mauvaise saison, il réussit le 27 janvier A atteindre l’arrière-garde autrichienne postée à Avio, et qui paraissait vouloir soutenir le combat; néanmoins, après un assez court engagement elle fut chargée A la baïonnette et abandonna le village, laissant 300 prisonniers aux mains des Républicains. — Laudon se replia sur Torbo le et Mori , appuyant sa droite au lac de Carda et sa gauche A l’Adigc. Dès le lendemain il fut débusqué de cette position par l'attaque simultanée de Mural et de Via!, qui le contraignirent A la retraite. L’occupation de Roveredo fut la suite; de cette affaire.

Combat de Calliano. — Reprise de Trente. — Dans l’espoir de couvrir Trente, l'ennemi avait fortement

T. II

retranché la gorge de Calliano, déjà célèbre par la victoire qu’y avait remportée l’armée d’Italie lors de sa première invasion dans le Tyrol. Les Autrichiens essayèrent d’y faire résistance; mais tournés par Bdiiard, pendant que Yial les assaillait de front, ils en furent chassés avec perte de 2Ü0 hommes tués et de üüO prisonniers. Joubert réoccupa ensuite Trente, oft il s’empara des magasins de l'ennemi, et oh il trouva les hôpitaux encombrés de 2,000 malades ou blessés que Laudon, en fuyant, recommauda à la générosité des vainqueurs.

Combat de Lavis. — Afin d'assurer à l’armée française la tranquille possession des gorges de la Brenta, l'occupation de Segonzano et de Lavis était nécessaire. Joubert, apres avoir accordé à ses troupes quelques moments de repos, se remit en mouvement le 29 janvier. La brigade Vial attaqua Lavis, que les Impériaux occupaient en forces. Les hauteurs qui dominent la droite de ce poste furent emportées par l’infanterie française ; les Autrichiens furent culbutés et poursuivis jusqu’à Saint-Michel , oh on leur fit 800 prisonniers. Üaos ce combat, la 20** demi-brigade vainquit seule 3,000 Hongrois. — L'ennemi demanda le lendemain une suspension d'armes de vingt-quatre heures, à laquelle ou ne répondit que par une nouvelle attaque. — Le rapport du général en chef fit connaître que dans cette affaire l’aide de camp du général Sandos, Lambert, avec deux carabiniers seulement, avait obligé un major hongrois et 100 soldats à mettre bas les armes.

L'armée française reprend ses positions sur la Brenta. — Dans le méinc temps, Masstfna, afin d'assurer sa position à Bassano, avait balayé les gorges de la Brenta et assuré ainsi sa jonction avec Joubert. — De son côté, à l’extrême droite, Augcreau avait fait occuper T révise par sa cavalerie. L'armée française s’arrêta dans ces positions, où elle était en mesure de s’opposer avec avantage à toute tentative nouvelle <Jes Impériaux, afin d’y attendre les renforts qui lui étaient envoyés de l’armée du Rfiin , et qui étaient déjà en marche pour la rejoindre. — Ses derniers succès avaient augmenté la dispersion des troupes autrichiennes. Alvinzi et Laudon, pour se réunir à la gauche, qui s’était retirée par Gonegliano sur le Tagliamento, furent obligés de descendre la vallée de la Drive par Willach.

Reddition de Mantoue. — Le moment était arrivé oà, après six mois de la plus opiniâtre résistance, Mantoue, que l’on considérait comme le dernier boulevarl de l’Italie, et comme l'écueil contre lequel devait se briser la fortune de Bonaparte, allait enfin tomber au pouvoir des Français. La garnison, décimée par la misère et par les maladies, était aux abois; les fièvres pestilentielles, produite» par les exhalaisons des marais qui entourent la place, avaient encombré et les hôpitaux et les édifices publics transformés en hôpitaux ; on y comptait 7,000 malades. Les vivres étaient épuisés; tous les chevaux de la cavalerie, au nombre de 5,000, avaient été tués pour nourrir les soldats ; on

se disputait les plus vils aliments. Le sort des habitants, privés des distributions faites à la troupe, était encore plus misérable que celui des soldats. La mortalité exerçait aussi parmi eux les plus grands ravages. Wurmser, que la capitulation de Provera et la retraite d'Alvin/.i laissaient sans espoir de secours, n’avait plus que pour trois jours de vivres, lorsque, vaincu par la plus impérieuse des nécessités, il se décida à rendre la place.

Les clause» de la capitulation, qui fut signée le 2 février, avaient été arrêtées entre les généraux Wurmser et Serrurier. Soumise par ce dernier à l’approbation du général en chef, celte capitulation fournit à Bonaparte l'occasion de donner au vieux maréchal un témoignage de sa haute estime. La garnison, réduite à 13,000 hommes, fut déclarée prisonnière de guerre jusqu’à parfait échauge, et fut, après avoir déposé ses armes sur les glacis de la place, envoyée dans le Frioul où cet échange devait être effectué. Mais Wurmser ne fut point considéré comme prisonnier de guerre; il obtint toutes les conditions* honorables qu’il demanda et même plus Il eut la libre sortie de Mantoue avec son état-major et ses adjudants généraux, toutes les personnes de sa suite, tout ce qui lui appartenait personnellement, une escorte de 200 hommes, six pièces de canon avec leurs canonniers, munitions et attelages, et enfin 500 individus à son choix dans toute la garnison. Lrt 700 hommes et les officiers emmenés par le maréchal s’engagèrent seulement à ne pas servir contre

* • Je me mi» attaché, dit Bonaparte dan» non rapport an tMreeèoire, à montrer la générosité française vis- A vis Wurmur. général âgé de im vauic du an» , rn vers qui la fortune a été . celte campagnes*, très cruelle ; tuai» qui u'a pa» cessé de montrer une constance et un courage que l'histoire remarquera. Enveloppé de tou» côtés a pré» la bataille de Batuno , perdant d’un seul coup une partie du Tyrol ft *on armée, il ose repérer de pouvoir le réfugier dan» Mantoue, dont H »t éloigné de quatre A cinq journée», passe l'Adigr , culbute une de du» avant gardes A Crrea , (revente la Moluiella et arrive daiu Mantour. Enfermé dan» otite ville, il a frit deux ou troi* tort te» ; loulea lui ont «té malheureuses et à loutre il élad i la Use. Mau outre les obstacle» très considérables que lui présentaient uo» lignes de droonvatlatlnn , hérissée» de pièces de campagne, qu'il était obligé de surmonter, il ne pouvait agir qu’avec de» soldat* découragés par tant de défaite» et affaibli» par le» maladies pestilentielles de Mantoue. Ce grand nombre d hommes qui s’attachent toujours à calomnier le malheur oc manqueront pas de chercher à persécuter Wurmser. •

Tour bien apprécier dans celte tirooaataocc la généreuse conduite de Bonaparte, il faut savoir qu’à une époque oû le général de Cannés d’Italie demandait au Directoire dre renfort* pour assurer U prise de Mantoue, les Directeurs, au lieu de lui euvoyer de» troupe», B avaient rien trouvé de mieux que de rengager A essayer d’obtenir ta reddition de rette place , eu menaçant W urmser, ru cas de résistance , de toute la sévérité dre lois rendue» contre les émigré».— Wurmser était effectivement né en Alsace ; mais descendant d’une famille précédemment toute dévouée A l'Autriche, il avait suivi ion père qui renonça A sa patrie alsacienne pour se fixer dans les Etala autrichiens, et depuis cinquante an» il servait avec distinction dans le» armée» impériales. Il y avait déruioii et iniquité à lui parler dre lois rendue» contre l'émigration.— On voit par te» condition» que Bonaparte accorda au défenseur de Mantoue, le cas qu’il crut devoir faire de la singulière instruction du Directoire.

I.’àme du vieux maréchal était digne de la magnanimité du jeanc Bonaparte. Wurmser lui donua quelque temps après la preuve de sa reconnaissance , en l'avertissant d'un complot d'empoisonnement ourdi contre lui dans la Ro magne Cet arts sauva peut-être tes jours du vainqueur de l'Italie. — Ç>uanl au vénérable guerrier, accueilli à Vienne avec tes honneur* que ménlait sa belle rétislaure, il fût nommé gouverneur général de la Hongrie ; tuais il ne put pa# se rendre A ion poste et il mourut A Vienne, en Juin 1797, d une maladie dont 11 avait pris te germe A Mantoue.

l’armée française pendant trois mois à dater du jour de la capitulation.— La ville de Mantoue fut confirmée dans tous ses droits et privilèges. On promit respect aux propriétés et à la religion, et les habitants qui voulurent se retirer dans les pays héréditaires de l’Empereur eurent des passe-ports et une année pour vendre librement et de gré à gré leurs possessions mobilières et immobilières. — Bonaparte, qui était resté devant Mantoue jusqu'à la conclusion de la capitulation, partit pour Bologne aussitôt que les bases en furent arrêtées, afin d’épargner au vieux guerrier le chagrin d’avoir â remettre son épée aux mains d’un aussi jeune général.

Les Français entrèrent le 3 février dans Mantoue. Ils y retrouvèrent l’équipage de siège qu'ils avaient abandonné avant la bataille de Castiglione. L’artillerie des remparts et toutes les pièces du cort>s de Wurmser (en tout 538 bouches à feu} tombèrent aussi en leur pouvoir. La place renfermait aussi , outre d’immenses munitions de guerre et l»a armes qui furent remises par la garnison, 17,115 fusils, un équipage de 25 pontons, 184 chariots et caissons, et tous les drapeaux de l’armée de Wurmser (au nombre de soixante) qui avaient échappé aux vaioqueurs.de Castiglione, de Roveredo et de Bassano, et que le général Augerean eut la mission d’aller offrir au Directoire.

La prise de .Mantoue ne fut pas du moins mise en doute; elle causa en France une allégresse universelle, un enthousiasme difficile A décrire'. La nouvelle eu fut publiée A Paris au son du tambour et avec une grande solennité. Des détachements nbmbreux de troupes de ligne accompagnaient l’officier public chargé de proclamer sur les places publiques la conquête de l’armée d’Italie. La garde uationalc sédentaire

1 «Aussitôt l'arrivée du courrier porteur de la nouvelle officielle de ta reddition de Mantoue, lea employé* des bureaux du Directoire tinrent mnsril entre eut sur In» moyens de payer S la braTP armée ; d'Italie leur part de la reconnaissance publique. l’ne pétition présentée au Directoire, il y a quelques jour», par le citoyen Augcrcau, marchand fruitier ri*- Mouf retard, leur avait appris qu'il est le |>ère de l’immortel général de ce nom, digue compagnon «le Bonaparte, et dont la renommée n’a cessé de publier les battis faits depuis l'ouvert arc de la campagne, t est m la personne de ce mq*vlahle vieillard. Agé de soi sa nie quinze ans, qu'ils déterminent d'bonorer Tarmée d'Italie. l’ne députation lui est envoyée pour le prier de ar rendre à un banquet frugal et fraternel, lin fautrail l'attendait au haut de U laide, et un bouquet de laurier, orué d'un ruban tricolore, lui est présenté au nom de la société. Des couplets analogues A Ut fête, et inspirés par t'enthousiasme . sont chantés pendant le modeste repu, dont la gaîté Ht les plus grands frais. Après le dîner, une nombreuse députation reconduisit chez lui le vénérable vieillard. » Journaux de 1797.)

N’y I Ml psts quelque choac de touchant A voir la gloire de» enfants

rejaillir ainsi publiquement sur le froat des père* ?

avait aussi voulu rendre hommage aux vainqueurs de Mantoue et s’était empressée de fournir des piquets pour assister à cette proclamation. C’était une fêle populaire. Les conseils des Cinq-Cents et des Anciens, auxquels un message du Directoire transmit la nouvelle, l’accueillirent avec des acclamations unanimes J et au milieu de l’ivresse générale, proclamèrent qüc l’armée d’Italie, victorieuse de Mantoue, n’avait jamais cessé de bien mériter de la patrie '.

1 Malgré le* déclamation» il souvent renouvelée» de» ennemis de l'armée d’Italie, il était impossible, en voyant connue «lie armée »e conduisait, de croire qu’elle n'était qu’un ramassis de saurages et de barbares, les barbares, en effrl , srmiitaienl avoir plus de souri des gloirrs réelles de l'Italie que les Italiens rnx-inéme*. Il fallut une in* 'dation de Bonaparte pour que la République Cisalpine élevât au milieu de la place publique de Krggio une statue au divin Ariosle. U («lise de Mantoue fournil au général en cher de I armée d'Italie une nouvelle occasion de montrer que les Républicains français se faisaient honneur de rendre hommage au génie : le Iku ort est né Virgile ; Andes , aujourd'hui htlole) est voisin de Mantoue; c’est un village du Scraglio ; le* rbamps qui l'environnent et dont te grand poète A fait la description dans ms Egloguet, sont ceux que Virgile reçut de la libéralité d'Auguste. Ils porlrnt encore le nom de champ» virgdimi. Malgré leur classique illustration, ce» campagnes n’avairnl pas moins souffert pendant le siège de Mantoue que pendant le» guerres du triumvirat. «Mais Bonaparte , disent les journaux italien* du temps, aussi généreux et aussi amateur des lettres qu’Octave, protégea la pairie dé Virgile. U mémoire de ce poète fut eorore une seconde fol», et après plus de dix huit siècles, utile A son pay». fl voulut que l ança n patrimoine du prince des poètes latins fdt distingué, et que les colons fussent indemnisés de toutes les pertes que la guerre avait pu leur oecasioner. »

I n obélisque fut érigé dans le xlltage de Pic-toie, patrie de Virgile, au milieu d’un bois de rbénet, de myrte» et de lauriers , qui lui fat dédié. On inscrivit sur la première face de son piédestal :

P ri mus ego in patriam mec uni, mndi ) vita supersit , Aonio rt. lient deducam verlice Mutas :

Primas fdurmvas referont tibi , Mant ua, patmas.

Sur la seconde :

If te tpet liberia fis erat.

Sur ta troisième :

O Melibae, Deus nobis hœc olia feelt.

Sur U quatrième ;

Matai, pub. Pirgitii Maroni t sacrum.

L'obélisque de Pietole a depuis été remplacé par une colonne, (.'hommage rendit par l’année française A l'illustre compatriote des Mauiouans éveilla l'émulation des habitants de Mantoue ; il» voulurent rendre eux-mémes hommage à celte armée : peu de temps aprtl Us élevèrent dans la citadelle de Saint Georges an monument pour remémorer scs exploits, et sur le champ de bataille de la Favorite, Ils placèrent anfant de pyramides que rarméc française avau de dMsMin». avec des inscnplioas destinées A rappeler la part que «baratte d’elles avait prise A la victoire.— Jadis les peuples de ta Gaule avaient élevé des trophées aux légions romaines; le temps était arrivé pour le» peuples de ritalto d’en dresser aux soldats français.

RESUME CHRONOLOGIQUE

8 jsnvif.ii- Combat de Bevilacqua.

12 — Combat de Saint-Michel.

13 — tombal d'Anghinri.

14 et 15 — Bataille de Rivoli.

15 — tombât de Saint-George».

l(â — Bataille de la Favorite. — Capitulation de Provera.

20 j a tv vi un. Combat de Carpencdolo.

27 — Combat d’Avio.

28 — Combat de Torbole et prise de Roveredo.

Combat de Calliano et pri»e de Trente.

20 — Combat de Lavis,

2 rivniKa Capitulation de Wurmser.

3 — Entrée de» Français h Mantoue.

ninitÎ7PH

Page 1