DESTRUCTION DE LA RÉPUBLIQUE DF. VENISE
SOHMAlHt
Insurrection A Bergamr.— Rérohiilon A Brwrfi et 1 Crrma.— Mesures «tu Sénat vénitien contre rinsumction.— Insurrection des Montagnard!. — Prise et reprise de Sak>— Attaque de Brescia. — Prise du ramp île Santa- Euh mia. - *»e de Sa»o. — Mouvements de* IsnpérteM Ajh« le Tyrul.— Progrès de l'iusurrrrtiou vénitienne. -Plaioits de Bonaparte au Sénat.- Pâques véronates.- Entrevue «Vs députés 'éuHk-nsat de Bonjp.ii te.— Massacre d'un équipage français à Vente.— Nosivrtlr rnlnroe de* députés a\cc Bonaparte.— Mauifitic et déetaratiQQ de guerre contre Venue.— Marche de l'armée contre Venue. — Moyen» de défi-nse de* Vénitien*. — Incu t Iode et découragement do Sénat. — Tro itémr entrevue avec Bonaparte.— Traité de Milan.— Révolution A Vente.— AbdtcaUun du Doge et dn Sénat.— Eutrée de* Français A Vente.- Démembrement de la République vénitienne.
Il est temps de revenir A l'armée d’Italie, que noos avons laissée après le traité de Campo-Formio, au moment où elle se préparait A revenir en arrière pour comprimer les insurrections qui, dans les États vénitien*, menaçaient la sûreté des communications. Os insurrections eurent un résultat beaucoup plus grave qu’on ne l’aurait pensé; elles amenèrent U ebute de In République vénitien ne. qui.nprés avoir voulu long-temps conserver une neutralité qu'elle ne sut pas faire respecter se la-ssa aller inopportunément à des hostilités ouverte» contre les Français *.
' Ira extraits suivants d * l'cxce'leote Histoire de fraise , par Dam. feront apprécier que le avait été. dès le commencement même de la Révolution, la conduite de la République vénitienne cuvett la République fi aiiçaise :
« Louis XVI avait éré détrôné ; l'amla<*adcnr de France A Vente avau cessé *c* fonctions : l'ambassadeur » éiiHIcn prit »nr lui de quitter Pari» et de *c retirer tau* prendre congé . non A Vente . mai* en Angleterre, roo tuile qui reçut l'approbation formelle du Sénat. La nouvelle République qui venait de sc constituer en France ne mit pat devoir en témoigner le moindre ressentiment , ni pmi' voir se passer d'envoyer un nouveau ministre A un goto ernr nient qui cessait d'avoir un repréoentni.t anpré* d’elle. Cet.e tentative lui ocrasionj nu «ffroul; le chargé d'afrairct, auquel on envoya de* pouvoir*, ne put parvenir A te faire reconnaître. Le gomerucinent français . qui était loin d’avoir le pre^sru liment de ta destinée, ne jugea pas au-dessous de lui d’insster pour obtenir l'admission de net agent. Il cita vainement l'exemple de l'Espagne , de Naples , de Florence et de Gènes; le Sénat refusa de recevoir de* lettre* de créance dans lesquelle* l'ancienne formule ne *c retrouvait pas littéralement....
• En refusa ni de reconnaître l’envoyé de la République, le Sénat consentit A traiter avec lui , mais pir i'iutrrmédiairc de tou secrétaire de légation , ce qui était anse* bizarre , et cette préférence ac cordée an secrétaire venait de ce que le nom de la République n'était pas daus sc* pouvoir*.
«Lorsqu'on lui avait nullité l'existence de celle République, le gouvernement vénitien avaif répondu , avec une nalrrté qui ne lai était pas ordinaire . qu'il ne serait ni des premiers ni des derniers à la reconnaître.
«C'était faire dépendre son amilié des événements et sc mettre A la dterétioo de la fortune.
«En attendant on persistait toujours A direqn'ou restait avec la France dans k* tenues d'una parfaite neutralité. Cependant on sou mettait le* Français voyageurs A des formalité* qui auraient pu passer pour in jurieuses ; on laissait le passage A toutes les troupes allemandes qui descendaient en Relie ; on trahissait sa partialité en exhortant officiellement la République de Gènes A s'opposer de toutes ses forces au passage des Français', et on te laissait soupçonner d'avoir secouru le roi de Sardaigne par d'imprn tente* Hfeé ratités, que la voix publique faisait monter A cinq cent mille durais. Le* moindres accidents devaient nccruaireuirqt faire éclater une inimitié si faiblement dissimulée. La rrégate française ta Junon , qui était dans la rade de Gènes . ayant envoyé son canot A boni , le* homme* qui le montaient furent assailli* dan* le port par des matelots vénitiens qui les battirent , en blessèrent plusieurs et mirent en pièce le pavillon français.
«Cette offense fit sortir le gouvernement français de son système d'impassibilité ; la réparation demandée fut obtenue ; le* matelots vénitiens furent punis-
«La d p'omatie du gouvernement vénitien et son inquisition domestique rivalisaient d'activité; tandis qu'au dehors on entretenait la correspondance la plus suivie avec le* «menus de la nation fran-
Pour bien nous faire comprendre, nous avons à reprendre notre récil d’un peu haut.
Insurrection à Bergume.- Malgré son irrésolution dans les relations extérieures, te sénat vénitien déployait une extrême rigueur contre les partisans de* idée» nouvelles. Le* provinces de terre ferme, qui avaient te plus A se plaindre du gouvernement, étaient celles qui exeilaient surtout sr» inquiétudes. Dès (796, il s'était formé, A Bergame et A Brescia , des sociétés secrètes, où s'affilièrent tous les partisans des prineipes démocratiques; ces sociétés conçurent le projet de changer le gouvernement; un Hrrscian fut même envoyé A Paris a n 1795 pour faire connaître au Corn lé de salut public le plan d'une vaste insurrection, déjà préparée , cl A ta tète de laquelle se trouvaient les familles Lecchi et Gamban.
Cette communication contribua sans doute A soggéler l’idée de porter une armée par la Lombardie et les provinces vénitiennes de terre ferme , dans les possessions autrichiennes.
Après les victoires de 1796, le Sénat ne voulut s'alier franchement, ni à la France, ni à l'Autriche. Cette politique équivoque dévoilait des sentiments hostiles; Bonaparte De crut pas pouvoir mieux les paralyser
çaise , A Venise Tes prisons te remplissaient de reux qu’on croyait sra partisans. On mulltpl.ail 1rs précautions pour empêcher Cm* traduction de tout ce qm pouvait propager les nom elle* maximes et rappeler le souvcuir de la Frswt. L'animosité des ennemi* qu* n tic uni on avait en Italie était allée jiuqu’A faire imprimer us livre d’église oû tes prière* n'ét aient que des imprécations contre les Français. Ce livre fut défendu par le* iiiqiiituetirs d’etsl. Oo anrait pu voir dans relie proli.bilion un Irait d'impartialité, si des rigueurs rxcrssivrs n'eussent manifesté les véritables senti cocu U de celle magistrature....
• Lrs Vénitiens fournissaient des blés A la République française «t
au gouvernement autrichien ; mais eu même temps >U en refusaient au roi de Sardaigne et de Naples. On promettait de recevoir un ministre de France et on éludait son admission : on traitaH avec le gouvernement sans le reconnaître, on rontinoail de qualifier d'an* bassadeur eu France le ministre vénitien qui s'ftait retiré A Londres, et on croyait que le gouvemement français devait tenir compte de relie n>n descendance illusoire. Ce n'était point IA de Fimpsrtialrté , cVtaient de* al 1er natives de passions contraires....
•Il faut le dire, il y avait des intervalle* où la polireà Venise HwH ptm neutre que le gouvernement ; si die punissait de* patriciens suspects de gallomanie, elle réprimait aussi les écarts de ceux qui déclamaient trop imprudemment dans le sens contraire et des prêtre* dont le zélé allait jmqu'A anatbématnur te* Français. Un jeune artiste , qui est devenu depuis un peintre célèbre , est surpris par les sbire* au moment où il dessinait un point de vue ; après l’avoir dépouillé, garrotté. arcaMé d'indignes lt aiUmeuU. un de er* u usera bien lui dt mande ti t on ré èbre roux e de* fêtes en France. • Plu» que jamais, répond le généreux artiste, la fêle de la Victoire revient tous le» moi*. «Cependant la légation se plaint de eet ouliage, et SunilM l*tequlsoion d'état en punit le* auteurs et condamne A une prison perpétuelle celui qui avait ordonné l'arrestation. Dans un »ulr« m* meut . ortie aventure pouvait coûter la vie à l'auteur du Itéluge et de YSndymion.»
qu'en I aimant •'accomplir la révolution déjà préparée dans les étais de terre ferme. On ■ dit (et ce fait, affirmé et démenti en diverses circonstances, e*t encore au nombre dca problèmes historiquesjqu'au moment d'ouvrir la campagne de 1797, et désengager dans les Alpes Doriques et le» défilé» de la Carinlhie, il confia au chef de l’état-major de la cavalerie Landrieux le soin de correspondre arec Ira société» secrétes organisées dans les étau de terre ferme, de leur imprimer la direction et l'ensemble convenables pour qu'dtes pussent servir de contre- poids aux machinations do Sénat, déterminé A seconder les Autrichiens dans cette nouvelle campagne. Afin de garder une neutralité apparente, kilmaine et les autres généraux commandant en Lombardie et dans les états vénitiens ne devaient prêter aucun appui aux mécontents.
Le passage du Tagliamento devait être le signai du mouvement insurrectionnel.— Le Sénat, informé de» trames ourdies contre lui, se bâta d'envoyer un corps d'Esclavons sur Bcrgame , principal foyer de l'insurrection; ce» troupes étaient au moment d'entrer à Bergaine, quand le 15 mars au malin les conjurés s'emparèrent des portes de la ville. La garnison frança:sc prit les arme», prétextant qu’il y avait émeute, et les officiers, contrairement aux ordres de Bonaparte, encouragèrent les mécontents. Les insurgés sortirent résolument de la ville, attaquèrent les Ksdavons, et, après 1rs avoir mis èn déroute, les p mrsulvircnt sur la fonte de Breseia. On proclama la liberté et la souveraineté du peuple bergamasque, et on établit un gouvernement municipal Le podestat reçut l'ordre de quitter la ville; des députés furent envoyés A M lan pour y demander des secours et la réunion de* Bergame A la république cispadanc. Les Mi'anais envoyèrent aussitôt aux Bergamasque* des habils , des armes et des munitions.
Rêvofrttion à Brescia et à Crcma. — En peu de jours, plusieurs bataillons, formés d'Italiens et de Polonais, s'organisèrent A Bcrgame, et aussitôt organisés, se mirent en marche vers Brescia, où les familles Lecchi et Gambara avaient préparé la Révolution. — Dans le même temps, et par un hasard fortuit , une centaine de sapeurs de la légion lombarde étaieut en route pour se rendre deM lan A Pesrhiera, en passant par Brescia, qui est l'étape ordinaire. Le provédilrut de Brescia avait envoyé sur la route de Brrgame une reconnaissance de 100 cavaliers vénitiens; ceux-ci rencontrant les sapeurs les prirent pour l'avant - garde bergamasque et les (hargèrcnl; mais les Lombards se défendirent bravement , prirent aux assaillants 50 chevaux, et ramenèrent le reste en désordre A Brescia. Les Bergamasques arrivaient par une autre mute; les mécontents, profitant dccc moment, et s'étant rassemb lés A quelque distance de la ville, signifièrent au provéditeur qu'il eût A leur en faire ouvrir les portes, disant qu'ils étaient l'avant-garde d’une armée de Ikrgamasques, de Milanais cl de Français, et que la moindre résistance attirerait sur Brescia les p'us cruels châtiments. Le magistral effrayé capitula; les insurgés pénétrèrent dans la villeet désarmèrent 000 Esclavonsqui y tenaient
garnison depuis quelques jours; comme à Bcrgame, la liberté fut proclamée, et une municipalité établie.
Les Français restèrent étrangers au mouvement insurrectionnel de Brescia, qui «'effectua le 27 mars, et se bornèrent A maintenir la tranquillité dans la ville.
Un mouvement pareil éclata dans Crema le 28 mai?, A l’arrivée des Français. Le podestat ayant permis rentrée de la ville A un détachement de cavalerie républicaine, ce détahement fut suivi par un rassemblement de patriotes italiens : la Révolution eut lien aussitôt; on renvoya les autorités vénitiennes; la liberté fut proclamée et le gouvernement municipal établi. — Le peuple de Crema ne montra pas dans cette ci: constance autant d’enthousiasme que les Bergamasques et les Brescians.
Mesures du sénat vénitien contre V insurrection. — A la nouvelle de ces événements, le Sénat comprit le danger que courait l’antique constitution vénitienne; mais l'imminence du péril ne lui inspira aucune énergie; il ne sut recourir qu’â des moyens faibles, incertains et sans vigueur. Il se borna A écrire au Birectoireet A envoyer une députation A Bonaparte pour demander A ce général s'il refuserait son assistance aux insurgés. Informé que ceux-ci s'étaient placé* sous le patronage de l'adjudant général Landrieux, le résident de Venise A Milan complimenta cet officier sur l'honneur d’avoir été appelé à un pareil rôle; persuadé, disait-il, qu’il était plus qu'un autre capable de s’entendre avec le Sénat pour tout concilier. G*s démarches n’eurent pas de succès. Bonaparte prétendit qu'il ne pouvait rien promettre sans avoir la réponse du Directoire, qui, de son côlé, ne voulut rien décider sans connaître les intentions du général en chef.
La crise imminente dont Venise était menacée eût peut-être été prévenue en introdu sanl dans la constitution des changements qui l'eussent mise en harmonie avec les idées et les besoins nouveaux; c'est même ce que Lallemaot, représentant de France A Venise, conseilla de faire ; mais un tel remède parut aux oligarques vénitiens pire que tous les* maux possibles. La proposition fut rejetée par le grand Conseil, A une majorité de 195 voix sur 200.
Insurrection des montagnards. — La force pouvait seule dès lors résoudre la question; le Sénat finit par oft il aurait dû commencer, et pressa les armements contre les insurgés. De nombreux émissaires parcoururent les campagnes pour y opérer des soulèvements. Des prêtres et des moims fanatisèrent les crédules et ignorants montagnards par des prédications furibondes, leur persuadant que rien n'était plus méritoire et plus propre A leur ouvrir les portes du ciel que de s’armer contre les Républicains, serviteurs du démon. Cf» manœuvres obtinrent un grand succès. Pendant que le provédileur Batraja souvelait A Vérone, contre 1rs Républicains ou leurs adhérents, les sujets restés fidèles au Sénat, toutes le» populations de la rive occidenlaje du lac de Garda et des vallées de la Sabbia et de la Trompia couraient aux armes, et se réunissant aux troupes du Sénat, formaient A Sanla-Eufemia,
près de Brescia, un camp sous les ordres du général Fioravcnti.
Prise et i eprise Je Salo. — Salo, sur la rive occidentale du lac de Garda, avait été choisi par le Sénat pour servir de point central aux opérations contre les démocrates; c'est de celle ville que le provéditeur Zicogna faisait passer aux montagnards des armes et des munitions. Les insurges résolurent de s'emparer de cette place. 1,200 hommes commandés par Lecchi, et quatre pièces de canon, servies par des artilleurs français déguisés, sortirent dam ce but de Brescia. Tormini, poste qui domine Salo, fut promptement enlevé; les habitants de la ville se soumirent et livrèrent des otages.
Des montagnards partis de Santa - Kufemia , où
12.000 hommes se trouvaient déjà réunis, après avoir culbuté le détachement laissé à Tormini, se précipitèrent, le 31 mars, sur le corps de Lecchi, qui, pris à l'improviste, fut aisément refoulé dans Salo. Les Milanais, revenus de leur première surprise, se réunirent et se firent juur à travers l'ennemi; mais 200 Bolonais de la légion de Dombrouwsky s’étant barricadés dans les maisons avec quelques insurgés brescians, y furent faits prisonniei s malgré leur résistance désespérée.
attaque Je Brescia. — Prise du camp de Santa - Eufemia- Sac Je Salo. — Ce premier succès eubardil les montagnards soulevés , et leurs rassemblements conliuuci eut aux cris de mort aux Français ! Le 6 avril, ils se portèrent sur Brescia; mais leur attaque n’mtiinida pas les Brescians, qui, dès les premiers jours de l'insurrection, avaient uiis la ville en état de défense. Ceux-ci ripostèrent vivemeut à une canonnade prolongée, A la suite de laquelle les montagnards regagnèrent leur camp après avoir perdu beaucoup de monde.
Celle double insurrection et la lutte qui ea était la suite pouvaient compromettre la sûreté des Français chargés de mainlcuir les communications de l’armée d'Italie avec le Milanais, dont le nombre n'était que de 8.000 hommes dispersés entre l’Adda et l’Isonzo. Kilmaine se hâta de tirer des dépôts de la Lombardie environ 1,500 hommes, qu’il confia au général Laboz, patriote milanais, eu le chargeant de désarmer les montagards. Laboz combina avec les Brescians un effort dont la dispersion des montagnards du camp de Sanla-Eufcinia fut le résultat. Les fugitifs, poursuivis jusqu’aux environs de Lonalo, auraient été complètement défaits, si les vainqueurs n'eussent été arrêtés par
4.000 paysans véronais qui se disposaient A passer le Mincio.
Afin d’ôter A l’ennemi son principal point d'appui, Laboz résolut de reprendre Salo; mais, pour assurer le succès de l’expédition, il demanda du secours au commandant de Peschiera et A celui de la marine , qui envoyèrent le 10 avril devant Salo toute la flottille du lac de Garda, montée par quelques troupes de terre. Le commandant fiançais somma le provéditeur Ztcogua de lui remettre la place, nécessaire aux Français pour Arrêter le progrès de l'insurrection des montagnaids.
Le provéditeur répondit qoe Salo n’élait pas moins utile A la République vénitienne pour assurer la répression de la révolte des Brescians. La canonnade s’engagea aussitôt et durA toute la journée. Le commandant français se rendit le lendemain à Salo et déclara que si l’on voulait y mettre bas les armes, les Brescians allaient se retirer; U s'offrit lui-méme en otage pour garantir de celte promesse; mais les esprits étaient trop exalté», et les chefs vénitiens refusèrent.
Cependant , la colonne de Lahoz , réunie aux débris de celle de Lecchi, marcha sur Larezzo, qu'eHe reprit aux montagnards après un rude engagement; trois pièces de canon et un grand nombre de fusils, que 1rs fuyards jetaient de tous côtés pour courir plus vite, tombèrent au pouvoir des vainqueurs. Laboz s'avança ensuite sur Salo , qu’avaient abandonné ses habitants; quelques tirailleurs esc! avons en défendaient les approches; un de leurs pelotons, après s’ètre rendu, fit feu sur la colonne de Laboz : celle circonstance fut la cause du sac de Salo.
Mouvements des Impériaux dans te Tyroi. — Ce* événements avaient lieu au moment où Joubert, abandonnant le Tyroi pour rejoindre Bonaparte A Villach , laissait ce pays au pouvoir des généraux kerpen et Laudon et des insurgés tyroliens. La «itualion de* troupes, commandées par kilmaine, allait encore devenir plus difficile. Tandis que Kerpen s’attachait A suivre Joubert , Laudon, après avoir rassemblé 12,000 hommes, avait balayé le Tyroi méridional , et était revenu le 10 avril sur Trente ; de IA il avait dirigé par la droite de l'Adige une colonne chargée de reprendre les postes d'Arco , de Riva et de Torbole qui liennent la tète du lac de Garda. Serviez , qui n'avait, pour les défendre, que 12 A 1300 hommes, fut battu ; une partie de sa brigade se rejeta sur Brescia , l'autre sur les postes du général Balland , dans la vallée de l'Adige. Les postes républicains de la rive orientale du lac de Garda , poursuivis par un ennemi victorieux et supérieur en nombre, essayèrent vainement de gagner Pesebiera par Lacize, et furent faits prisonniers A Caslelnovo. l'ne petite partie atteignit Vérone, le 16 avril , par la chaussée de Trente, après avoir laissé uu poste au fort Cbiusa.
Progrès de l’insurrection vénitienne.— La prise et le sac de Salo avaient porté au comble le ressentiment des nobles vénitiens contre les Français, et peut-être eussent-ils d’abord éclaté , s'ils n’eussent été retenus par le voisinage de la division Victor, qui rejoignait l'année d'Italie. Instruits néanmoins de tout ce qui s'était passé dans le Tyroi et de l’approche de Laudon sur la frontière des états de terre ferme, ils reprirent courage, excités par les secrètes instigations de l'Autriche. On poussa la levée en masse ; un comité fut établi A Vérone pour veiller aux préparatifs de l'acte de vengeance qu’on méditait. Les inquisiteurs d'étals redoublèrent de rigueur , et les prisons se remplirent de tous ceux qui furent soupçonnés d'attachement A la cause française.
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Plainte* de Bonaparte au Sénat. — Plusieurs sol- 4a U français marchant isolément avaient été assassinés ; ces assassinats, non moins que l'armement des montagnards , décidèrent Bonaparte à envoyer son aide de camp Junot faire au Sénat d’énergiques protestations contre ce qui se passait , et demander , avec le désarmement des campagnes, une éclatante satisfaction des crimes commis. Junot était porteur d’une lettre énergique adressée au doge 1 ; il devait, en cas deiefus, déclarer la guerre au sénat vénitien et en faire afficher le mauifeste dans Veuise même. Le Sénat, avec sa politique ordinaire, éluda ce qu'on lui demandait , calma Junot, que les conseils de t’envoyé de la République française avaient déjà beaucoup adouci; puis, se flattant de faire prendre le change au général ea chef de l'armée d’Italie, il lui députa le sénateur Donat et l’ex-ministre de la guerre Jusliniani pour lui réitérer verbalement des protestations d'attachement à la France et de considération personnelle. — Les préparatifs hostiles n’en continuèrent pas moins secrètement et avec la plus grande activité.
PAques véronaises. — Les progrès de Laudon précipitèrent l'orage qui s'apprêtait depuis long-temps , et ce fut à Vérone qu’il éclata. — Balland , qui commandait dans cette place, prévit une crise et se renferma, avec le petit nombre de troupes placées sous ses ordres , dans le fart Saint-Félix et dans les deux autres châteaux. Les insurgés pouvaient être secourus aisément par les Tyroliens; les prêtres appelaient aux armes les peuples des campagnes, ulcérés par les maux d'une guerre qui durait depuis dix mois; 30,000 paysans armés dès le milieu d'avril se trouvaient réunis , partie dans Vérone, partie dans les environs : 3,000 Esclavons y campaient sous divers prétextes. La fermentation, la haine contre les Français allaient croissant; un courrier fut envoyé le 16 avril à Laudon pour l’infor-
* Lettre du général Bonaparte au doge de Penite.
(19 avril 1797.}
« Toute la terre ferme de la aéréoiulme République de Venise est *o arme* de loo* côié* ; le cri de ralliement de* paysan» que tou* avez armés est : Mort aux fronçait ! Pluwcuri centaine* de «oldau de l’armée dllalie en ont déjà été le* * ici une*- Vous désavouez ▼amemeot des rasscrabtcmenis que vous avez organisés Croyezvous qu’au moment où je suis au cœur de l'Allemagne , je sois impoMiant pour fa:re respecter le premier peuple de l’Univers ? Croyezvous que les légion* <f Halte souffriront ks massacres que tous excitez? Le sang de ma frères d'amies sera vengé. Il u'est,pa« un des bai atl tous français qui , chargé d’un si noble ministère , ne seule redoubler son courage «t tripler sa moyen*. Le Sénat de Venise a répondu par la perfidie 1a plus noire aux procédés généreux que nous avons toujours eus pour lui. Je voua envoie mou premier aide ée camp pour être porteur de cette lettre, ta guerre ou ta paix. Si vous ne prenez pas sur-le-ctoamp les moyen* de diasiprr les rassemble menu , si vous ne faites pas arrêter et livrer entre mes mains les auteurs de* assassinats qui viennent de se commettre , la guerre est déclarée. Le Turc n’est point sur vos frontière* ; aucun ennemi ■e vous menace. Vous avez fart à dessein naître de* prétextes pour avoir Pair de justifier uu rassemblement dirigé contre l’armée ; U aer a dissous dans vingt quatre heures. Nous ne sommes plus au temps de Chartes VIH. Si , contre te vœu bien prononcé dn gouvernement français , voos me réduisez au parti de faire la goerre , ne pensez pas cependant qu i l'exemple des soldais que vous avez armés , le* soldais français ravagent ks campagnes du peuple Innocent et infortuné de la Irrre ferme ; je te protégerai, et il bénira dn jour jusqu'aux crimes qui auront obligé l'armée française à le soustraire ivoire gouverne meut tyrannique. »
mer de l'èut de* choses et lut demander du secourt. Balland, en se renfermant dans les forts, n’avait laissé à la garde des portes que le nombre d'hommes strictement nécessaire ; suit oubli ou impossibilité, il ne mit pas à l'abri derrière les remparts ou il s’êlait retiré les agents de l'administration et environ 600 malades qui se trouvaient dans les hôpitaux.
Le lundi de la seconde fêle de Pâques (17 avril) tout fut prêt enfiu pour l'insurrection, et aussitôt après vêpres , le tocsin donna , dans les provinces de terre ferme, le signai d'un mouvement général. Il sonna en même temps à Vérone, à Vicence et à Padoue.— Ce ne fut qu’avec de grands dangers que dans ces deux dernières villes les Français échappèrent au massacre. Us furent moins heureux à Vérone; les rues et les places publiques se remplirent de paysans fanatiques; tous les Français isolés, tous ceux qui vivaient retirés dans quelques maisons particulières furent assassinés, sans distinction d'âge , d'état ni de sexe. Des femmes enceintes furent égorgées sans pitié; les malades et les blessés furent massacrés dans les hôpitaux ; plusieurs Véronais, soupçonné» d'être partisans des Français, périrent dans d’affreux tourments. Desbandes de forcenés s'emparèrent des trois portes de la ville, après avoir fait main-basse sur les sentinelles et les postes qui les gardaient.
Les Français retirés dans les forts entendaient les cris de leurs camarades lâchement assassinés; ils firent alors sur la ville un feu si violent que le provéditeur et le podestat effrayés demandèrent â capituler. Le chef de brigade Beaupoil, commandant du château vieux , se fiant loyalement à ces démonstrations, et, par suite de ces ouvertures, se rendant au palais du Gouvernement, fut assailli par des furieux et faillit être égorgé, quoique la garde bourgeoise l’escortât. Échappé au danger, il conclut avec le pcovéditeur un arrangement dont le désarmement des révoltés et la remise des portes étaient les principales conditions. Le peuple véronais se montra opposé â ce traité, que , de son côté, le général Balland refusa de ratifier ; ce général fit signifier au provéditeur, comme son uitimatum , d’opérer le désarmement dans trois heures, de rétablir la liberté des communications, de remettre six otages â sou choix, et enfin de donner â l’armée ui e éclatante satisfaction pour Jes massacres commis : ces conditions furent rejetées. Le feu recommença; aussitôt les forts tirèrent â boulets rouges, et bientôt plusieurs incendies se manifestèrent dans la ville. La populace rassemblée autour des forts tenta inutilement de les enlever d'assauL
Ce premier succès sur des malheureux égorgés A ('improviste décida le Sénat à lever entièrement le masque ; 2,000 Esclavons eurent ordre de se porter de Vicence au secours des Véronais. Une partie des troupes de Laudon se montrait déjà sur le revers du Montcbaldo; la vue de ce renfort excita au plus haut degré la férocité des égorgeura, qui se croyant certains de l’impunité, massacrèrent la petite garnison de la Chili »a, forcée de se rendre faute de vivres.
Leur joie et celle du Sénat furent de courte durée; |e crime était à peine commis que ses auteurs purent
têt
•n pressentir le châtiment. La nouvelle de l'armistice de Lsoben fut bientôt connue A Venise, et la retraite des Tyroliens v qui eut lieu le 18 sur Rivalta , en fut la •site. L'investissement des fort» n’en continuait pas moins t car cette nouvelle n’avait pas encore pénétré dans Vérone, et les assiégés étaient déjà menacés de famine, lorsqu’ils aperçurent, le 21 avril, l’avantgarde de Kilmaine.— Cbabran, qui la commandait, venait do culbuter uu corps nombreux de paysans, soutenu par 1,000 hommes de troupes réglée», et lui avait pris douze pièces de canon. Il soutint 1rs Véronais d’ouvrir leurs portes ; mais sc trouvant trop faible pour obtenir par la force ce qu’il demandait, il se retira, après quelques insignifiants pourparlers, sur Somtüa-Ompagna, pour y attendre le gros des forces de Kilmaine.
Le général vénitien Montenari, informé de ce mouvement rétrograde, résolut de ne pas laisser â Ghabran le temps de repasser l’Adige au -dessus de Vérone. Humaine, pendant la nuit même, réunit sa division et •e proposait également d'attaquer. Les deux partis se rencontrèrent le 22 A 0 heures du mâtiné laCroce Blancs: 4,000 insurgés soutenaient le corps de 3,000 Bscfsvfins campés en dehors drs murs de Vérone. Le choc fat rade; mais l’ennemi fut culbuté et dispersé en quelques instants.
Le général Montenari essaya de rallier les Eselavons dans une grande ferme du village, ofi il espérait se maintenir; mais un obus avant mis le feu â quelques caissons, le désordre fut en un instant au comble. La Cavalerie du général Landrieux ferma aux Esclavons le chemin de Vérone et 1rs tailla en pièces. Dan» le même temps, Latin*. détaché par Chibron, surprenait le passage de l’Adige A Pc, néant in. a. Les insurgés, après une vive résistance, abandonnèrent ce village A demi incendié, et les Gallo-Lombards, couronnant les hauteurs de Saint-Félix, communiquèrent le même jour avec Balland. Vérone fui alors investi sur les deux rive» de l’Adige.
Balland ne reçut que le 23 la nouvelle des préliminaires de Léobrn; il se bAta d’en donner connaissance •or principaux habitants de Vérone, ofl il en courait déjà un brtlit vague. Cette nouvelle produisit une consternation d'autant plus grande que l'on apprit en même temps l'approche de là division Victor, dirigée ên tonte hîite de Trente contre la ville insurgée. La terreur et la pusillanimité des habitants furent en raison de ta jactance et de la cruauté qu’ils avaient montrées dans la victoire; ils s'attendaient A de terribles représailles : Balland leur accorda une capitulation dont les conditions dures et humiliantes ne garantissaient ni la vie ni les propriétés des vaincus : êlles furent acceptées sans examen. Kilmaine entra dans Vérone. — Quelques maisons furent livrées au pillage, et trois drt principaux habitants fusillés par jugement du conseil de guerre, exécution qui ne violait pas la capitulation , dont les clauses avaient mis le» Véronais A la discrétion de* vainqueurs. — C*s terribles journées, où le fanatisme et la perfidie avaient fait couler le sang des malheureux blessés et des Ré- [ publicains sans armes, furent appelées Pâques véro* |
naines , par allusion aux fameuses vêpres siciliennes. Elles excitèrent dan» l’armée une indignation générale et un légitime désir de vengeance.
Entrante des députés vénitiens et de Bonapai te. — Cependant, les députés du Séuat de Vernie s'acheminaient vers le quartier général de Bonaparte; ili n'y étaient pas encore arrivés , lorsque la nouvelle du massacre de Vérone les atteignit. - Us entendaient dire partout sur leur route que Venise venait do déclarer la guerre à la France ; que la paix avec l'Empereur était signée, et parmi les differentes versions, ü y en avait de douloureuses pour ta République. Plus loiu, depuis Poniieba jusqu’A klageofurt. Il n’était bruit que du partage des états vénitiens ; A Léo ben , iia eurent â entendre les cris de fureur des soldats, qui juraient de venger leur» frères d'armes assassinés. — Enlin, iis arrivèrent A tirât*, où ils eurent une conférence avec le général en chef.
Fidele A notre système de faire connaître les grande événements par les témoignages originaux, noua aurons recours, pour celte conférence, au rapport même que les députés adressèrent au Sénat :
« 4prè* avoir, disent-ils, fait parvenir afi général Bonaparte une lettre de son frère, nous fions présentâmes devant cet homme vraiment extraordinaire, surtout par la vivacité de son imagination, IVncrgH? de scs sentiments cl la promptitude qu'on remarqué en lui au premier coup d’œil. Il noos accueillit d'abord avec assez de politesse et nous laissa dire tout ce que nous crûmes propre A le convaincre de l'amitié de notre République pour la France. Non» établîmes que les deux États ne pouvaient pas voufotf se faire la guerre Nous ajoutâmes que, relative-
ment aux événements qui étaient maiheurcusrmrbl survenus , nous n’apportions que drs justification» tt non des plaintes; que nous étions prêts A répondre âr tout et A détruire tous les soupçons; que pour l'avenir on était A la n cherche des auteurs des assassinat», qui seraient punis exemplairement; que la Répbulique effectuerait, ainsi qu'il en avait témoigné le désir, le désarmement de ses sujets, pourvu qu’il voulût bien faire rentrer dans l’ordre les deux Villes insurgées...
«Après nous avoir écoutés tranquillement, il nous
dit : a Eh bien î les prisonnier» sont - il» en liberté 2 » Nous n’avions aucune instruction sur ce point ; nous lui répondîmes qu'on avait rendu les Français, In Polonais rt quelques Btvscians. « Non, non, répliqua-* «l-il, je les veux tous , tous ceux qui ont été incarcéré* «pour leurs op uions. de quelque lieu qu’ils soient, «même les YéronaL ; ils sont tous amis de fa France. «Si on ne me les rend, j'irai moi-même briser vos «plombs. Je ne veux plus d'inquisition , c'est une ins- «titution des sièclrs de barbarie. Les opinions doivent «être libres...... Et 1rs miens , et les miens qui oui
«été massacrés ? L'armée crie vengeance ; je ne [mis ta «lui refuser, si vous ne punisse» les malfaiteur* ....
«—Ils seront punis, quand on nous les indiquera,
I «quand on fournira des preuves » Il interrompit :
I u Votre gouvernement a tant d’espions; qu*tl punisse
«tes coupables. S'il n’a pas les moyen» de contenir le • pcup'.e, il est inepte et ne milite pas de subsister. Le « peuple hait les Français; pourquoi? parce que la no- « blesse les déteste, et c'est aussi pour cela qu’ils sont «ponrsüivis par le gouvernement; ft Udioe oh il y a «un gouverneur excellent, on n’a pas vu des désoe- «dres comme ail fours...»
«Nous lui représentâmes qui! n'y a point de police qui puisse contenir des mill onide sujets.. .qbesi le peuple hait les Français, ce sont les désastres de la guerre qn'il faut en accuser
«Ici, il nous interrompit encore : « Au fait, si tous eceus qui ont outragé la Prance ne sont pas punis, «tous les prisonniers mis en liberté, le ministre an- «glais chassé, et si Venise ne se décide pas entre l’An- «gleterrr et la France , je vous déclare la guerre. Je «tiens de conclure la paît avec l'Empereur ; je pouavais aller a Vienne; j’y ai renbneé pour cela. J’ai «quatre-vingt mille hommes, vingt barques canon- O nièce». Je ne veux plus d’inqmslton , plus de Sénat ; 9 je serai un Attila pour Venise. Quand j*ava s en tête le «prince Charles, jai offert a M. Prsaro l’alliance de la. «France, je lui ai offert nuire médiation pour faire «jetilrer dans l’ordre les villes insurgées. Il a refusé, «parce qu’il lui fallait un prétexte pour tenir la population sous les armes, afin de me couper la retraite «si j’en avais eu besoin. Maintenant , si vous réclamez p ce que je vous ava s offert, je le refuse à mon tour, «le ne veux plus d'alliance avec vous ; je ne veux plus •de vos projrts; je veux vous donner la loi. Il ne s'agit «plus de me tromper pour gagner du temps, comme p vous l'essayez par votre mission. Je sais fort bien «que votre gouvernement, qui n’a pu armer pour jo- «lerdire l’entrée de son territoire aux troupes des puis- «sauces belligérantes, n’a pas les moyens de désarmer «sa population. Je m’en charge; je U désarmerai. Les «nobles des provint es, qui n’étaient que des esclaves, «doivent , comme les autres, avoir part au gouverne- «ment ; mais déjà ce gouvernement est vieux, il faut «qu’il s’écroula...* .
« Nous représentâmes au général que nous ne pouvions croire qu’il voulût employer à la subversion d’un gouvernement les armes glorieuses qui venaient de sauver le sien; que bien que les étals fussent inégaux en force , ils étaient égaux en droits.....; que nous venions d’ailleurs pour le satisfaire sur les demandes qu’il avait adressées au Sénat , la punition des coupables et le désarmement; que pour les coupables , on était sur leurs traces; que pour le désarmement, on l'opérerait, s’il voulait bien faire rentrer les villes insurgées dans le devoir ; que c’était a- qu'il avait promis , et que nous’corti plions sur sa résol uliou.
« Eb bien 1 dit-il , nous tirerons une ligne le long «du Mincio; il sera défendu aux insurgés d’attaquer «le# Yéronais ; mais ceux-ci se battent contre nous et «répandent le saug français, qui crie vengeance : U la «iaut. Je n'ai pas besoin d’auxiliaire ; j’ai quatre-vingt «mille hommes. Je veux dicter la loi , et je commence «par von» déclarer que si vous n’avez pas autre chose «A tu# dire, vous pouvez partir. »
Massacre dm équipage français à Vcmse—Lcs députés partirent en effet ; mais depuis leur départ il s’était commis à Venise même un acte plus odieug encore, ail est possible, que ce qui avait eu lieu 4 Vérone. Un réglement du port défendait aux vaisseau* armés des puissances belligérantes d'entrer dans le port du Lido; un iougre, la Liberté de l' Italie , commandé par le capitaine Laugier , faisant partio de la Bouille française dans l’Adriatique, chassé par des frégates autrichiennes, s'était sauvé sous le* batteries de ce port de Venise , et les avait saluées de neuf coups de canon. On lui signifia de s’éloigner, quoique le temps fût très mauvais, et quoique les vaisseaux ennemis qui le poursuivaient fussent en vue. Il allait obéir, lorsque, sans lui donner le temps de prendre le large, les batteries firent feu sur le malheureux navire et le criblèrent sans pitié. Le capitaine Laugier , avec un généreux dévouement, fil descendre son équipage à fond de cale et monta sur le pont avec un porte-voix pour se faire entendre; mais il tomba mort sur le pont avec deux hommes de son équipage. Dans le même moment, des chaloupes vénitienne», moulées par des Ksclavons, abordèrent le iougre et en massacrèrent l'équipage, à l'exception de deux ou trois malheureux qui furent conduits à Venise.*— Ce déplorableévénemeot avait l eu le 23 avril.— Le Sénat vénitien s’en était rendu complice en décernant une récompense au commandant de Lido, pour avoir fait « respecter les lois vénitiennes.*
Nouvelle entrevue des députés avec Bonaparte-. —Manifeste et déclaration de guerre contre Venise. — Les deux commissaires n avaient pas encore quitté Lcobeo, lorsqu’ils reçurent la dépêche qui leur donuail des instruction» sur la manière dont iis devaient présenter cette effroyable affaire. Ils furent tellement altérés de ses conséquence», qu’ils n’csèreal pas la traiter de vive voix. Ils expliquèrent par une lettre, k mieux qu'il leur fut possible, l'outrage fait ou pavillon français, et se hâtèrent de partir ; mats , à peine étaient - ils à quelques postes de Léo ben, qu’un autre courrier de Venise les atteignit. Celui - ci leur portait l'avis de l’entrée des Français dans Vienne et dans Padoue et de la révolution qui vcoail d’y éclater L éial des choses changeait A tout moment; il fallait bien cette fois hasarder une entrevue avec un général irrité. Ils allèrent l’attendre A Palma-Nova, et A «on arrivée, ils sollicitèrent de lui par écrit une audience.
Voici quelle fut la réponse de Bonaparte t
« Je ne puis, messieurs, vous recevoir couverts du «sang des Français. Quand vous aurez fait remettre «eu mes mains l’amiral du Lido, le commacdant de «la tour et les inquisiteurs d'Élat qui dirigent U pool ice de Venise, j'écoulerai ce que vous avez à me dire «pour votre justification.
« Vous voudrez bien quitter le continent dans le «plus bref délai.
«Cependant, messieurs, si le nouveau courrier qui «vous est arrivé est relatif à l’affaire de Laugier, voue «pouvez vous présenter devant moi-*
Les députés reçurent celle lettre, toute sévère qu’elle
«ait, avec une joie inexprimable , parce qu’elle leur offrait une conférence; ils s’y rendirent et exposèrent au général qu’ignorant les détails du malheureux événement arrivé au Udo, ils n’hésitaient pourtant point I l’assurer que, ni le Sénat, ni les inquisiteurs d'Etat ne pouvaient y avoir pris aucune part, et que certainement les officiers quelconques qui auraient transgressé leurs ordres seraient punis d’une manière exemplaire. « Nous ajoutâmes, disent-ils dans leur rapport, que, pour le moment, nous ne pouvions lui dissimuler que le meilleur moyen d'obtenir la satisfaction qu’il demandait était d'en prescrire la forme, mais de la prescrire telle qu’elle pttt se concilier avec l’existence politique de la République vénitienne et de ses États; que c’était le vœu de la nation entière; qu’enfin, nous désirions qu’il se montrât pour nous tel qu’il s’était montré pour les ennemis à qui il avait accordé la paix, pour les peuples conquis à qui il avait donné la liberté, pour les neutres dont il avait accepté l'alliance; et qne nous ne devions pas avoir d craindre de le trouver différent à l'égard d'une République toujours amie de la France.
«Il avait. écouté tranquillement; mais, au lieu de nous répondre, il répéta le contenu de sa lettre, disant qu’il ne voulait rien entendre avant qu’on lui eût livré les coupables. Il nous dit que s’il avait douné Ja liberté à d’autres peuples, il briserait aussi les chaînes des Vénitiens ; qu’il fallait que le Conseil choisit entre la paix ou la guerre; que si on voulait la paix, il fallait commencer par proscrire cette poignée de patriciens qui avaient disposé de tout jusqu’à présent et ameuté le peuple contre les Français. Ce fut en vain que nous essayâmes tous les moyens de l'apaiser; nous hasardâmes légèrement de lui proposer une réparation d’un autre genre, il répliqua avec vivacité :« Non, non, «quand vous couvririez celte plage d’or, tous vos f/v*msors, tout l’or du Pérou ne peuvent payer te sang « français .»
En sortant de cette conférence, Bonaparte publia un manifeste qui contient sa déclaration de guerre contre la République de Venise;
Marche de V armée contre Venise. — Pendant que ces événements se succédaient au quartier général, les forces réunies de Victor et de Kilmaine, au nombre d’environ 12,000 hommes , attaquaient sur tous points les rassemblements insurgés. Le Véronais fut rentré dans l’ordre le 28 ; à la même époque , les Français occupèrent Padoue, Vicence, et les rives d’une partie des lagunes. Quelques soulèvements eurent encore lieu dans les vallées bergamasques ; mais le général Chevalier, avec une colonne de 1,800 hommes, dispersa les insurgés sans éprouver de résistance sérieuse.
Cependant, l’armée française avait évacué la Carinthie et était revenue sur ses pas à grandes journées ; elle occupa les positons suivantes : Masséna s’arrêta â Padoue: la division Victor alla s'établir à Rovigo; Joubert prit position à Vicence et à Rassano ; au centre, Mestre et Conegliano furent occupés par Paraguay d’Hilliers; la division Bernadotle je posta à Motta-Sacile et â Pordeaooe: Dumas était à Trévise avec la cava-
lerie; Augereau, revenu de Paris, reprit le commandement de sa division et remplaça Kilmaine â Vérone.
Moyens de défense des Vénitiens. — Le Sénat aurait pu cependant faire une belle résistance, sinon arrêter l'essor de l’armée; il lui restait 14,000 hommes de troupes de terre, sans compter les masses que l’on pouvait mettre en action avec le levier de la religion. Les forces de l’armée de mer sc composaient de 37 galères et felouques et de 108 barques canonnières |»orlant 750 bourbes à feu et 8,500 hommes d’équipages. — Toutes les batteries, qui devaient concourir, avec cette marine, à la défense des lagunes, étaient armées et on en avait élevé de nouvelles. L’arsenal contenait des armes de rechange, des approvisionnements de tous genres, des vivres pour huit mois, et de l’eau douce pour deux. Il était facile d'ailleurs de renouveler ces approvisionnements.
Incertitude et découragement du Sénat. — Venise possédait donc des ressources réelles sous le rapport militaire; mais son état intérieur ne permettait pas qu’on en fit un usage éuergique.— L’aristocratie vénitienne était divisée; elle n’avait, ni les mêmes intérêts, ni les mêmes opinions. — La haute aristocratie, maîtresse des places, des honneurs, et disposant de grandes richesses, avait moins d’ignorance, de préjugés et de passions que la noblesse inférieure ; elle avait surtout l’ambition du pouvoir. La masse de la noblesse, exclue des emplois, vivant de secours, ignorante et furieuse, avait les véritables préjugés aristocratiques. Unie aux prêtres, elle excitait le peuple, qui lui appartenait , 'comme il arrive dans tout les États où la classe moyenne n’est pas encore assez puissante pour l’attirer à elle. Ce peuple , composé de marius et d'artisans, était dur, superstitieux, â demi sauvage. La classe moyenne, composée de bourgeois, de commerçants, de gens de lois, de médecins, rie., souhaitait, comme dans le reste de l'Italie, l'établissement de l’égalité civile; elle se réjouissait de l’approche des Français, mais n'osait pas laisser voir sa j#ie es présence d’un peuple prêt à se porter aux pins grands excès. Enfin, à tous ces éléments de division se joignait une circonstance non moins dangereuse; le gouvernement vénitien était servi par des Esclavons, soldatesque barbare, étrangère au pays, et souvent en hostilité avec lui , n’attendant qu’une occasion de se livrer au pillage, sans volonté de servir aucun parti.—- Telle était la situation intérieure de la République, machine vieillie, usée et prête â se disloquer. — Les grands, en possession du gouvernement, étaient effrayés de lutter contre un guerrier comme Bonaparte, et, quoique Venise pût résister à une attaque. Us n'envisageaient qu’avec épouvante les horreurs d’un siège, les fureurs civiles de deux partis irrités, le* excès de la soldatesque esclavonne et les dangers de toute espèce auxquels serait exposée Venise avec sef établissements maritimes et commerciaux. Ils redoutaient surtout de voir leurs grandes propriétés, toute* situées sur la terre ferme, séquestrées par l’ennemi. Ils craignaient pour les pensions qui faisaient vivre la petite noblesse, et qui allaient être perdues si, en pous-
sa»t la lutte à l'extrémité , on s’exposait à une révolution. - Us pensaient qu'en traitant avec Hunaparle il pourraient sauver les anciennes iusl.tutions de la Répub ique par des mod fi allons; conserver le pouvoir, qui reste toujours aux hommes hab tuésà le manier} sauver leurs terres, les pens ons de Ij petite nobles** et éviter â la ville les horreurs du sac et du pillage. En conséquence, 1rs principaux nirntbns du gouvernement se réunirent chez le chef de l'Etal ; citaient le» six coi. se i Üers du doge, 1rs trois présidents de la yuaramieerimiueltr , les mx sages grands, les cinq sage» de terre ferme, les cinq sages des ordres, les on»? sages sortis do Conseil, les trois chefs du Conseil des Dix, les trois Avogadors; ce le a.sjtcmhh e extraordinaire a va t pour but de pourvoir au salut de Vrni.se. — L'épouvante y régnait; le Doge, vieillard affaibli par l'âge, avait les jeux remplis de larmes. Il dit qu’il n’éteil pas assuré ortie nuit même de dormir tranquillement dan# son ld. Ou fil différentes propositions; un nsrmbr# proposa do se servir du banquier Haller pour gagner Bonaparte : on trouva la proposition ridieule rt vaine; d'ailleurs l'ambassadeur Ruinai avait ordre de faire à Paris tout ce qu’t! pourrait et d'acheter meme 1rs voix des membres du Dirrctoire. D’autres proposaient de ic défendre ; on trouva la propos. lion imprudente et digne de têtes folles et jeunes. Enfin , on s'arrêta à l’idée de proposer au Grand Conseil une modification à la Gonstilulum, et d’envoyer à Bonaparte de nouveaux député».
Troisième entrevue avec Honn parte. — Armistice.
Le Grand Conseil donna son assentiment a toutes ces nirsurt s. Les commissaires partirent sur-le-champ; ils remontrer, nt sur le bo-d dés lagunes, au puni de Margbera, le général en chef de l'armée d’il* Le. Les troupes républicaines annonçaient déjà l'impatiente de combattre; Ire artilleurs français avaient commencé à- échanger quelque» boulets avec 1rs canonnières vénitiennes. Les deux commissaires communiquèrent à Bonaparte I* décision qui venait d’étre prise par le séast vénitien. Le général Ire écouta en silence, puis leur dit d’un ton brusque : « Les trois inquisiteurs d'éfat et le commandant du L*do sont - il» arrêtés? Il nte faut leur tête. Point de traité jusqu'à ce que le s*ug français soit venge. Vos lagunes ne m’effraient pus; je Ira trouve telles que je l'avais prévu : dans quinze jours je serai â Venise. Vos nobles ne se déroberont à la mort qu’en allant , comme les émigrés français, traîner leur misère par toute la terre. » Cependant, sur les vives instances des commissaires, il se radoucit et ronsentit à accorder une suspension d'arme» de quinze jours. La joie que ce moment de répit 81 Mitre dans le Sénat fut promplcinrnl troublée par la fermentation rt 1rs symptôme# de révolte qui se manifestèrent chez les matelots de la flotte et surtout chez les Esclavons; il fallut songer à négocier avec ers derniers, afin d'obtenir qu’ils qui! tassent Venise. L'arrestation dre Inquisiteurs et du commandant du Lido> fat décrétée le 4 mai par le Grand Conseil. Les préparatifs de défense furent suspendus ; le# deux commissures furent autorisés A stipuler toutes les réfor -
mes A la Constitution qui pourraient bâter la paix entre la Fiance et Venise.
Traité de MÙan.~ Satisfait d’avoir jeté l’épouvanta chez Ire Vénitiens, et lie voulant p3s en veuir â des hostilités réélire pour ne pas donner à l'Autriche un prétexte d’intervenir, Bonaparte s’était rendu â Milan, où les tonimissairre l'avaient suivi et où il avait appelé le m n;stre Lallemaiit, résident de la République française â Venise. — Lâ fut conclu, le 16 mai 1*07, un traité dont voici les dispositions:
Le Grand Conseil , renonçant aux droits héréditaires de l’arisli cratie« abdiqua i la souveraineté et reconna ss.iil qu’elle résidait dans la réuniôn des citoyens. Il y mettait seulement celle condition, que le nouveau gouvernement garantirait la dette publique, les pensions viagères et les secours accordés aux nobles pauvres. Lu autre article portait que la République française, sur la demande qui lui en avait été faite, voulant contribuer à la tranquillité de la ville de Venise, accordait line division de troupes françaises pour y maintenir l'ordre , la sûreté des personnes et des propriétés. — La station des troupes françaises à Venise n’ayant pour but que la protection des citoyens, ces troupes devaient se retirer aussitôt que le nouveau gouvernement serait établi et qu'il déclarerait n'avoir plus besoin de leur assistance. — Les autres divisions de l'armée frauçaise devaient évacuer également foutre Ire parties du territoire vénitien dans la terre ferme, lors de la conclusion de la paix générale.
a Le premier soin du gouverneùient provisoire, était-il dit , sera de faire terminer le procès des inquisiteurs et du commandant du fort du L do, prévenus d’être les auteurs et instigateurs des Pâques vérona/ses eL de l'assassinat commis dans le port de Ven se. Il désavouera d'ailleurs cés faits de la manière la plus convenable et la plus satisfaisante pour le gouvernement français.
a Le Directoire exécutif, de son cfité, par l'organe du général en chef de l’armée , accorde pardon et amnistie générale pour tous Ire autres Vénitiens qui seraient accusé» d'avoir pris part à toute conspiration contre l’armée française, et tous les prisonnier» seront mis en liberté après la ratification,»
La rédaction de cet aile annonçait assez la position désespérée dre négociateurs vénitiens; on y stipulait la dissolution du gouvernement même avec lequel on traitait : On ne réglait nullement ce qui devait être mis à sa place. — L’une des parties contractantes âcéoèdafl aux sujets de l’autre pardon et amnistie, termes insolites dans Us traités, dont l'essence est de suppo* scr les deux parties libres, indépendantes et dans des dispositions amicales. — Ce traité ne déterminait nt les forces de la nouvelle république de Venise, ni le territoire qu’elle devait conserver, ui ses rapports avec les autres États. — Venise allait être dans l’anarchie, et cette capitale , on il y avait déjà une petite armée de 14,000 hommes, devait recevoir une division française à titre de protection : il est évident que cette occupation était l'objet principal du traité pour le négociateur français.
Outre ces articles patents , ou avait stipulé cinq articles secrets. — Par le premier, il était convenu que les deux Républiques s'entendraient entre elles pour des échanges de territoire, ce qui laissait les Vénitiens dans une triste incertitude.— Le second et le troisième frappaient Venise d’une contribution de six millions, dont trois en argent et trois en munitions navales.
— Le quatrième obligeait les Vénitiens à céder trois vaisseaux de guerre et deux frégates armés et équipés.
— Le cinquième, enfin, prescrivait la remise de vingt tableaux et de cent manuscrits au choix des commissures français.
Quelque dur que fût ce traité , les Vénitiens furent encore déçus de l’espérance de devoir leur salut à tant de sacrifices. Quand cet ouvrage des plénipotentiaires arriva à Venise, une Révolution populaire avait déjà changé le mode de gouvernement, et l’antique République de Venise avait cessé d’exister.
Révolution <1 Venise . — abdication du Doge et du Sénat.— Bonaparte, maître du territoire vénitien, tenait beaucoup à posséder Venise, afin de négocier plus avantageusement la paix avec l'Autriche. Une Révolution pouvait réaliser ce désir. Il le laissa , dit-on , pénétrer à Villetard , secrétaire de U légation française à Venise, homme de talent et d’esprit, d’un caractère ardent; celui-ci, profitant de l'absence de son supérieur immédiat, appelé A Milan peut-être A dessein, se mit A la tête du parti exalté dont tous les efforts tendaient A faire promptement éclater la Révolution. La terreur régnait toujours parmi la noblesse vénitienne, et l’arrestation de ces inquisiteurs d’état, si terribles autrefois pour elle, avait, au lieu de dissiper son épouvante, contribué encore à l’accroître. Le 7 mai deux hommes du parti populaire remirent au comité assemblé chez le Doge une pièce contenant d’une manière également vague et absolue le modèle d’un nouveau gouvernement, après l’acceptation duquel on promettait d’intervenir près de Bonaparte en faveur des inquisiteurs et du commandant du Lido. On était encore dans l’étonnement produit par la lecture de cette pièce sans signature, quand Nicolas Morcsini , chargé de veiller A la police de la ville, fit demander de nouvelles forces au comité pour prévenir un mouvement qui lui semblait inévitable : la terreur fut aussitôt au comble. — On nomma des commissaires pour concerter l’exécution des nouvelles mesures proposées au comité, et qu’on regardait comme étant l’expression de la volonté de Bonaparte, quoiqu'elles ne fussent appuyées d'aucune signature. — Le Grand Conseil , rassemblé le 12, abdiqua la souveraineté, A la majorité de 512 voix sur 537 votants, et la destruction du gouvernement vénitien fut ainsi légalement consommée.
Une municipalité provisoire fut aussitôt créée pour veiller A la sûreté publique jusqu’à ce que l’on connût les intentions définitives de Bonaparte ; mais le désordre qui régnait dans la ville décida celte municipalité A remettre son installation jusqu’à l’arrivée des troupes françaises, qui , d'après les avis de Villetard, étaient prèles à se rendre à Venise.
La nouvelle Révolution avait été d’abord accueillie par les cris de vive la liberté ! et vive saint Marc! Mais quelques patriciens mécontents soulevèrent contre le nouvel ordre de choses des bandes de gondoliers et de marins; les maisons de quelques riches bourgeois qu’on savait partisans de la Révolution furent pillées, et bientôt la ville fut livrée au désordre le plus complet. — On parvint néanmoins A rassembler, vers deux heures du matin , pour arrêter ce mouvement contrerévolutionnaire, environ 200 soldats , qu’on plaça sur le pont de Rialto; une vingtaine de perturbateurs furent tués, et le calme se rétablit. Lue proclamation défendit le lendemain, sous peine de mort, toute opposition A la Révolution qui venait d’être consommée.
Entrée des Français à Venise. — La flottille vénitienne alla chercher, le 16, au-delà des lagunes la division française, d’environ 3,000 hommes, qui devait entrer dans Venise; on prépara le peuple A la réception de ces nouveaux hôtes, qui débarquèrent sur la place Saint- Marc. Ils prirent ainsi possession de Venise le jour même où les plénipotentiaires du Grand Conseil signaient à Milan un traité qui consacrait la ruine de l’oligarchie vénitienne, et où, par un hasard non moins singulier, le Directoire apprenant le massacre de Vérone notifiait A l’ambassadeur vénitien l’injonction de quitter Paris.
Les premiers jours qui suivirent la dissolution de l’ancien gouvernement furent marqués par de grandes démonstrations de joie populaire. Les prisons de l’inquisition d’état furent démolies; le livre û’or fut brûlé au pied même de l’arbre de la liberté. Sur la page d’uu Évangile , que tenait ouvert le lion de saint Marc, on substitua les mots : Droits de f homme et du citoyen à ceux de : Pax tibi, Marce, evangelista meus; ce qui fit dire assez plaisamment A un gondolier : «Enfin le lion a tourné la page.»
Quoiqu’il n’y eût encore ni constitution, ni forme de gouvernement bien déterminé, la municipalité provisoire se hâta de faire des lois et de se considérer comme le centre des anciens États de la République, prétention que repoussèrent toutes les villes de la terre ferme, chacune voulant se constituer séparément. 11 en résulta que Venise ne reçut plus d’impôts et qu’il fallut recourir à des emprunts forcés pour subvenir à d’indispensables dépenses , augmentées encore par 1a présence des troupes françaises.
Pendant la durée de cet état incertain de choses, qui se perpétua jusqu'au mois d’octobre, la société populaire vota la réunion de la République vénitienne A ta République déjà organisée à Milan. Cette démarche semblait être un pressentiment dir sort dont les États de Venise se trouvaient menacés par le traité de Campo-Pormio, dont nous parlerons plus loin, afin de ne pas interrompre en ce moment le récit de la fin de cette fameuse République, dont la durée égalait celle de l’antique monarchie française.
L’arsenal et la marine vénitienne, au moment de leur remise aux Français, ne répondirent nullement A l’idée qu’on s’en était formée. — A peine put - on mettre en mer deux vaisseaux de fil, quatre bricks
et quelques bâtiments de transport pour conduire j à Corfou un corps de 1 ,500 hommes destinés à prendre possession des tles Ioniennes. Cependant telle était encore la réputation de l'ancienne marine vénitienne , que l’on fut tout étonné de ne trouver à Corfou que cinq vaisseaux de 74, deux de 64 et un de 58, six frégates et onze galères.— La France, par l’occupation des lies Ioniennes, devenait maltresse de la navigation de l’Adriatique.
Démembrement de ta République vénitienne.— Le traité de Campo-Formio fut un coup de foudre pour les patriotes vénitiens. La République était démembrée pour donner des dédommagements de territoire aux deux grandes puissances belligérantes- L’Empereur consentait à ce que la République française possédât en toute souveraineté les Iles vénitiennes du Levant (Corfou, Zantc , Céphalonie, Sainte-Maure, Cérigo, etc.), ainsi que Butrinto, Larta, Vonizza, et en général tous les établissements vénitiens en Albanie situés plus bas que le golfe de Ludrino.
La République française consentait à ce que l’Empereur possédât ea toute souveraineté et propriété l’Istrie, la Dalmatie, les lies vénitiennes de l’Adriatique, les bouches du Cattaro, la ville de Venise, les lagunes et les pays compris entre les états héréditaires et une ligne qui, parlant du Tyrol, devait traverser le lac de Garda, l’Adige, suivre la rive gauche de ce fleuve jusqu’à Porto-Legnago et ensuite joindre la rive gauche du Pô jusqu’à la mer.
Enfin, la République cisalpine devait comprendre, outre la Lombardie autrichienne, Mantoue et le Mantouan, le Bergamasque, le Brescian, le Crémasque, Peschiera et la partie des états vénitiens situés à l’ouest et au sud de la ligne servant de limite aux possessions autrichiennes.
Ce partage répandit dans Venise la rage du désespoir; on voulut s'assembler; on protesta; on jura la démocratie ou la mort; mais on sentait son impuissance, et on voyait les Français, qui occupaient encore Venise, démolir le Bucentaure, employer ou enlever les approvisionnements de l'arsenal , envoyer la marine vénitienne à Toulon, avec les chevaux de
bronze que Dandolo avait conquis autrefois à Constantinople, et qui, comme un glorieux trophée, allaient servir pendant quinze années à l’ornement de la capitale de l’Empire français.
«Les Français évacuèrent Venise le 18 janvier 1798, et les Autrichiens y arrivèrent le même jour. Pesaro , ce farouche inquisiteur d’état qui s’était si obstinément opposé à toute alliance avec la France, et qui, lors de la Révolution, était sorti de Venise pour aller, disait-il, a chercher la liberté en Suisse,» rentrait daqs sa patrie avec la qualité de délégué de l’Empereur. Ce fut entre ses mains que les anciens souverains de Venise eurent à prêter le serment d’obéissance. L'ex-doge Marini, en paraissant devant son compatriote transformé en commissaire autrichien, fut, au moment de prononcer le mot fatal, saisi d’une telle émotion qu’il tomba sans connaissance. Malheureux d’avoir vu périr sa patrie sans pouvoir la sauver, il s’honora du moins par une noble douleur. Mais dans cetle grande catastrophe, les sentiments étaient loin d'être unanimes; la populace se livra à des démonstrations de joie qui tenaieut du délire; les autorités provisoires, plusieurs nobles célébrèrent cet événement par des fêtes. Les hommes passionnés qui avaient embrassé l’espoir d’une utile Révolution, fuyaient la rage dans le cœur, et les vrais citoyens déploraient la bassesse du peuple et des grands, l’impéritie du gouvernement et l’asservissement désormais éternel de la patrie On a blâmé Bonaparte d’avoir sacrifié Venise; mais on n’a pas réfléchi qu'il devait faire la paix et assurer l’existence de la République cisalpine, dont Milan allait devenir la capitale ; que pour assurer cetle existence la possession de Mantoue était nécessaire. —Obligé d’opter entre la République lombarde, dont les troupes avaient été les auxiliaires de nos soldats, et la République vénitienne qui les avait fait égorger, le général de l’armée d’Italie ne pouvait hésiter : Venise fut sacrifiée aux mânes de nos braves assassinés sans défense. Cette vengeance, grande et morale, fut politique aussi , puisqu'elle offrit les moyens de fournir à l’Autriche un dédommagement pour Mantoue et laLombardie. tt^t, k
» Daru , Histoire de Venise.
RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE
15 bxbs. Insurrection à Bergame.
27 — Révolution à Brescia.
29-31 — Prise et reprise de Sala 4 Avnii. -Prise et sac de Salo par le général Laboz.
13 — Lettre de Bonaparte au doge de Venise.
17 — Massacre des Français à Vérone.
20 — Assassinat du capitaine Laugier.
27 — Première entrevue de Bonaparte avec les députés vénitiens.