INVASION DE LA SUISSE. — CREATION D’UNE RÉPUBLIQUE HELVÉTIQUE
SOMMAIRE
tente* de l'iu ration de ta Suis te. — Situation intérieure de la Suisse. — Réclamation* des Vaudou. — Projets du tribun Orh*. — Occupation tic l’fcrgucl. - Arrêté du Directoire. — Insurmiioii du pays de Vaud. - Affaire de Thiérrns. — Entrée des Français à Lausanne. — Révo* lulkms i Râle, dans TArgovie. eir.— Mesures défensives de Berne.— Force* et positions de l'armée française. — Armistice. - Irrésolution* du Sénat de Berne.— Plans d'attaque dn donc partis.— Prise de Suture et de Fribourg.— Retraite des Confédérés. — Occupatioa de Moral* — (Destruction de rüssusire. - Combat de Neucucrk.- Combat* deScbahireo, de Fraubrunnen, d’Arcteuen et d’Altmrrkingrn.— Combat et prise de Berne. — Insurrection de* troupes confédérée*. — Massacre de «TErtacb. — Effets de ta prise de Berne sur ta Suisse. — Opposition des petits cantons. — Révolution à Zurich. — Combat* divers. — Reprise de taicerae. — Projet de Brune — Établissement de ta nouvelle République helvétique. — Réunion de Genève à la France. — Insurrection de Valais. — Nouveaux troubles dau* les petits cantons. — Pa-
eiheation de la Suisse.
. * . , .i Ménard. — Rrurk-
Généraux français, j scmawuuoim..
Causes de l'învaéton de la Suisse. — Le traité de Campo-Formio ft’arait laissé h la France d'autre enüenri déclaré que le gouvernement anglais. La paix régnait sur lé continent- Au fieu de profiter de cet état de choses , pour consolider les institutions naissantes de la République , le Directoire , animé d'un désir inopportun de propagande , enorgueilli des succès récents de Tannée d'Italie, semblait ne chercher qu’à créer des ennemis nouveaux à la France, en traitant les alliés avec hauteur et en s'efforçant de maintenir les peuples dans un état de continuelle révolte Contre leurs gouvernants. Les frontières naturelles que les victoires de nos armées avaient conquises à la République ne lui semblaient pas suffire; il voulait entourer la France d’une ceinture d'États démocratiques qui , â ce qu’il pensait, devaient en garantir perpétuellement la sûreté. Déjà la gauche et la droite de la France se trouvaient couvertes par les républiques Batave , Ligurienne et Cisalpine. Il en fallait une autre pour lier les diverses parties de celte espèce de ceinture. Ce fut en Suisse qu’il se proposa de rétablir.
Nous n’avons pas l’intention d’examiner ici jusqû’à quel point la position militaire de la France pouvait être fortifiée par un pareil système, et si la violation de la neutralité Suisse, qui devait en être le résultat, ne menaçait pas la République française de dangers plus grands que ceux que l’on espérait ainsi prévenir *. Le projet d’invasion en Suisse marchait de pair
* Le général Jomtni, né dam le canton de Vaud , a d'ailleurs traité I* question avec une impartialité et une supériorité de jugement qui oc nous laisse autre chose i Taire que de citer son opinion :
«La ueutralité delà Suisse se rattache aux plus hautes combinaisons de ta politique européenne : l’Empire, PAutncbe, la France et l'Italie , y ool un égal intérêt. Sans cette neutralité, ta ligne du Rbin a'est plus pour tous les partis qu'une vainc barrière ; les Alpes ne mettront plus obstacle i l'invasion de la France ni de l'Italie. Vondrait-on inférer de ta , que chacun eût été intéressé A s'emparer d'un pays si important? oc raisonnement aérait absurde. La France, maîtresse de Strasbourg et de Mayence , possédait tous les avantages de la ligne du Rhin ; envahissant la Suisse, elle te les arrachait ellemême. Si le sort incertain des armes lui était un jour contraire, l'immense supériorité acquise par la République devenait illusoire : ta moindre victoire des Autrichiens, sur les rive* de l'Aar, leur edi ouvert Fatvès du Jura et permis d'attaquer le sol français , par le seul point vulnérable de sa frontière.
«En portant uos regards du côté de l'Italie , nous trouvons le* mêmes combinaisons supposé 1a Suisse neutre, ta France, maîtresse de Mantoue , de Pizzighitooe , et disposant de toutes les plates du Piémont , avait un avantage très marqué sur les Impériaux réduits, ' pour tout appui , aux murs de Vérone et aux remparts de Palma - Nova. Délruiiez le prestige de cette neutralité, le moindre sucrés obtenu en Suisse par une armée impériale , n’eût-l! pas fait tomber toute T. II.
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dans l'esprit du Directoire, avec celui de la destruction du gouvernement pontifical. On a prétendu dans le temps que l’appât d’un trésor qui existait h Berne et qu’on supposait s’élever à 40,000,000 francs (en réalité, il était die 8,000,000 francs), fut la eause déterminante de l’invasion, et qu’on ne l’effectua qu’aAn de se procurer les moyens d’accélérer les préparatifs de l’expédition d’Égypte, entravés par le manque de fonds. Il n'est pas probable, cependant , que le Directoire ait commencé nne guerre chanceuse, dam l'espoir de s’emparer du trésor de Berne; car il ne devait pas supposer que les magistrats de la République bernoise auraient la simplicité de ne pas le mettre en lieu de sûreté. L’irruption des Français dans le pays de Vaud fut amenée par d’autres couses; et, l’expédition résolue, on ue manqua pas de raisons pour la légitimer.
Situation intérieure de la Suisse. — Ouoique les Suisses eussent beaucoup perdu de l’austérité primitive, qui caractérisait les temps héroïques des Vinkelried et des Guillaume Tell, les cantons se gouvernaient encore séparément, â l’abri d’une fédération qui garantissait leur mutuelle indépendance; la plupart vivaient heureux et contents sous les lois qu’ils s’étalent données. Mais cet état de choses n’était pas commun à toutes les provinces de la Suisse, dont quelques-unes, réunies pins tard par les chances de la guerre, n’avaient pas pris part au pacte primitif. Tel
ta défense de FItaîie , et contraint Parmée française 1 rétrograder . pour arrêter l'ennemi aux contins du Itauphiué ou sur les bord* du Rhône?...
« l.e Directoire commit donc une erreur fatale, en imaginant consolider la postlion militaire de la France par l'occupation pjHsagète de* montagnes helvétiques : on peut dire hardiment qu'il s'affaiblit, su contraire , en raison de IVxlcusion démesurée que œta donnait A sa défense. Car ce n'est pas seulement l'augmentation d'une étendue circulaire de prés de cent lieues qu'il faut considérer ici, c'cst ta rootiguité permanente d’une ligne qui, de Venise, court par Trente H Constance, jusqu'aux marais de la Fnae et à ta mer du Nord. Cet espace étant coupé en deux par ta masse des Alpes, si l'on neutralisait ce centre , il eu résulterait que chacune de* fractions , isolée en elle-même, offrirait une ligne d'opération* entièrement indépendantes. On pourrait dé# lor» choisir sur chacune de* ailes le point stratégique le plus convenable à ses opérai mot, sans s'inquiéter dé ceqoi te passerait aux accessoire*. Par exemple, la gauche, appelée A couvrir le Rhin, s'attacberail particulièrement A l'espace cotre Strasbourg et Mayence, sans craindre que l'ennemi se portai sur ses extrémité* , le long de ta mer ou de ta ligne neutre. On peut en dire autant de ta droite chargée de protéger la Lombardie ; car toute sa défense se concentrerait sur l'excellente ligne du Mincio ou de l’Adige.
« Mai* en comprenant le territoire suisse dans le front d’opé rations , dés lors tout se trouve M , depuis l’Adriatique jusqu'aux bouche* d#
était le pays de Vaud, territoire alors soumis A l’autorité des cantons de Berne et de Fribourg. Quelles que fussent leur naissance et leur fortune, les Vaudois, asservis par les oligarques fribourgeois ou bernois, appelé* magnifiques seigneurs, étaient privés de tous droits politiques et flétris du nom de sujets, si humiliant pour des peuples qui se considéraient comme républicain*. Les villes de l’Argovie, la Thurgovie, les bailliages mixtes, les bailliages italiens et les campagnes du canton de Zurich étaient dans le même cas.
liêd ama/ions des Vaudois. — Les habitants du pays de Vaud, plus entreprenants, et encouragés par la révolution française, après avoir inutilement réclamé la restitution de leurs droits, se décidèrent A demander à former un canton séparé, menaçant, en cas de refus, de recourir à l’intervention française. Ils appuyaient leur demande sur ce que :
1° Le pays de Vaud, appartenant autrefois au duché de Savoie, formait alors une province séparée, régie par des états et par un bailli ducal, dont les attributions étaient circonscrites par des lois constitutionnelles;
2° Ce pays, détaché de la Savoie, était passé sous la domination des nobles de Berne et de Fribourg, qui avaient aboli, il est vrai, les privilèges des Vaudois; mais cette abolition n’avait eu lieu que contrairement A l’acte de cession souscrit en 1564 par le duc de Savoie; la réserve de tous les privilèges des Vaudois étant expressément stipulée sous la garantie du roi de France, Charles IX, et du duc de Savoie, Philibert Emmanuel.
Les magistrats de Berne punirent par les fers ou par le bannissement ceux des patriotes Vaudois qui osèrent réclamer des droits si formellement garantis. De ce nombre, fut le. frère du général Laharpe. La France républicaine accueillit les exilés, qui s'organisèrent A Paris en un comité secret, auquel le Directoire promit la protection de la République française.
Laharpe ayant, dans un Essai sur la constitution des Vaudois , établi les droits dont le pays de Vaud était privé par l'oligarchie bernoise, cet écrit produisit en Suisse une grande sensation; il fut suivi d'autres du même genre, qui firent naître sur plusieurs points le désir d’une réforme. Les patriciens bernois, sollicités de faire au peuple quelques concessions, s’y refusèrent durement, et accrurent le nombre de leurs ennemis par l'opiniâtreté avec laquelle ils se montrèrent disposés A soutenir leurs injustes privilèges.
Projets du tribun Oc/is. — Les abus des gouvernements aristocratiques de la Suisse étaient devenus plus saillants et plus insupportables , depuis que la protection du gouvernement français avait laissé concevoir l’espérance d'un avenir meilleur. Les créations républicaines de Bonaparte, en Italie, avaient enflammé tous les esprits. Lprsque ce général traversa la Suisse ,
rYsael ; et . dans cette étendue de trois cents Iwurs , on s'attachera à tout couvrir, parc* que l'ennemi pourra tout attaquer. La ligne de l'AdiRC . comme ertte de Slrasboun; S Mayence . n’y seront plus que de* fraction» secondaires, dont la défense et l'ai laque seraient subor données à ne qui se passerait à quelques lieues plu» loin, la Suisse elle- même, flanquée par la Souabe et l'Italie, devra être gardée partout . si le sort des coin bal* autre les deux partis sur ses frontrtrr*. Celui qui l'orruperaU. réduit à s’y défendre, «rail obligé de couvrir
lors de son voyage à Rastadt , il fut proclamé A Lausanne le restaurateur de la prochaine liberté, vaudoise. A BAIe, il reçut la visite du grand tribun (Vhs, et conféra long-temps avec ce républicain enthousiaste, des intérêts communs aux républiques française et suisse.
Ochs sc rendit à Paris , et, dans ce voyage, concerta avec le Directoire les moyens de substituer, en Suisse, une république une et indivisible au système fédératif. Il fut convenu que les Français s’empareraient d’abord de Bienne, de l’F.rgucl et du Munsterthal, agrégés A la confédération sous la suzeraineté de l’évêque de BAIe, chassé de scs états par Custine, en 1792. Le* bailliages italiens devaient être aussi poussés A la révolte, et le gouvernement français promit de prendre sous sa protection les pays qui voudraient se soustraire au pouvoir des cantons aristocratiques. Le chargé d’affaires Mengaud, eut ordre de favoriser en Suifte, par tous les moyens possibles , le développement des principes démocratiques.
Occupation de VErguel. — Ce fut le 15 décembre 1797, qu’eut lieu la première hostilité contre la fédération suisse. L’adjudant général Bonamy , ayant pris possession de l’Ergue! avec cinq bataillons de l’armée du Rhin,, s'empara, sans coup férir, des vallées de Moutiers et de Saint-lmier. L’avover Steiger, soutenu par plusieurs membres du conseil souverain de Berne, proposa en vain d’appeler aux armes tous les cantons et de repousser vigoureusement les Français. Ce moyen fut rejeté comme trop dangereux ; la majorité, plus timide, se flatta de tout terminer par des négociations.
La masse du peuple des cantons se montrait, d’ailleurs, généralement peu disposé A guerroyer pour les intérêts de la noblesse helvétique. Sur la demande de Fribourg et de Berne, des députés de tous les cantons se réunirent A Aarau ; mais au lieu d'agir avec résolution, ils perdirent le temps en vaines délibérations.
Arrêté du Directoire. — Le 17 décembre, après la lecture d’un rapport du ministre des relations extérieures, sur les réclamations du comité vaudois insurrectcur, le Directoire français prit un arrêté que Mengaud signifia, le 30 décembre, aux gouvernements de Berne et de Fribourg , et d’après lequel «Les mem- «brrs de ces gouvernements répondraient personnellement de ta sûreté individuelle et des propriétés «des ha ni tant s du pays de Vaud , qui se seraient adressés «et pourraient s'adresser encore A la République fran- «çaise pour obtenir sa médiation , en exécution des «anciens traités, A l’effet d’être maintenus ou réinté- «grés dans leurs droits.*
Insurrection du pays de Vaud — Le Directoire s’apprêtait d'ailleurs A soutenir par la force les prétentions des Vaudois. Mengaud somma avec hauteur,
Rilc . comme SdiafThousc , Rhc mcck , comme le Saint Gothard et le Srmplon, aussi bien que le Mont-Gcnis, sans être dispensé pour cria d'avoir des forces imposante* fur le Rbio et le Pô. Ainsi la puissance qui se trouverait réduite S la défensive , ayant ses armées morcelée* « n vingt corps, donnerait prise partout i un ennemi actif et entreprenant. qui . par la rapidité de tes mouvement, saurait multiplier ses forces assaillantes. •
le 4 janvier 1798, la régence de Berne de lui déclarer dans quel but elle semblait vouloir rassembler des milices, et fit appuyer cette interrogation par la marche, vers les frontières de Suisse, d'une division de l'armée d’Italie, forte d'envirou 10,000 hommes. Ménard, qui commandait cette division, établit son quartier général à Ferney-Voltaire. Dans le même temps, pour soutenir les mouvements que pourraient faire les bailliages italiens, le général Meunier s'en approcha avec une des brigades cantonnées dans la République cisalpine. Ces mesures militaires rendirent l’insurrection générale dans le pays de Vaud. Des députés du conseil de Berne, chargés de ramener les esprits, furent insultés et menacés par les patriotes , qui s’emparèrent sous leurs yeux du château de Chillon.
Les sénats de Fribourg et de Berne avaient enfin ordonné, pour arrêter l’insurrection, le rassemblement d’un corps de 20,000 hommes. Le commandement en fut confié au colonel ;de Webs, républicain sincère, porté à ce poste par le parti démocratique. Il se rendit avec quelques troupes à Lausanne; mais là, au lieu d’agir, il perdit plusieurs jours en pourparlers avec les insurgés. Pendant ce temps, Ménard entrait dans le pays de Vaud ; son approche décida Weiss à se retirer à Yverdun.
• Le départ du colonel bernois fut le signal de la révolution, qui s’accomplit , le 27 janvier, avec une extrême rapidité. Par les soins d’un gouvernement provisoire organisé à la bâte, il ne fallut que quelques heures pour expulser les baillis, saisir les caisses publiques, planter sur toutes les places des arbres de la liberté et arborer la cocarde de couleur verte, couleur qui était celle des Suisses au temps de Guillaume Tell.
affaire de Thiérens. — Ménard fit sommer Weiss , le même jour, d’évacuer le pays de Vaud, et chargea son aide de camp, le capitaine Àntier, de porter luimême celte sommation. Antier partit, accompagné de deux hussards, que les babitauts de Moudon, lors de sod passage dans leur ville, renforcèrent de deux dragons vaudois. Cet officier, arrivé au village de Thiérens, fut attaqué par des paysans armés, qui tuèrent deux hommes de son escorte. Antier ne parvint à s’échapper qu'avec la plus grande peine. De retour à Moudon, il trouva la milice sous les armes, prête à marcher à son secours et à incendier le village où s’était commis le guet-apens. L’aide de camp parvint à apaiser les habitants de Moudon et informa son général de cette agression inopinée. Les patriotes vaudois n’y voulurent voir qu’un acte du machiavélisme des Bernois; ceux-ci, à leur tour, en accusèrent Mengaud qui voulait, disaient-ils , un motif d’hostilité contre Berne. L’affaire n’a jamais été bien éclaircie; quoi qu’il en soit, Ménard se crut autorisé à mettre sa division en marche pour venger l'insulte faite à son envoyé.
Entrée des Français à Lausanne. — La 75* demibrigade, conduite par le général Rampon, traversa le lac de Genève, le 28 janvier , et s’établit à Lausanne où fut porté le quartier générai. Ménard , à son entrée eu Suisse, publia deux proclamations, l’une à scs sol-
dats et l’autre aux Vaudois. L’attentai commis, et dont deux Fraudais avaient été les victimes, y était spécialement attribué aux satellites de l'oligarchie. Le colonel Weiss, épouvanté des suites probables de cette affaire , et ne se croyant pas en mesure de pouvoir résister aux Français, abandonna Yverdun et se replia sur Moral. Ménard se serait alors aisément emparé de Berne et de Fribourg, s’il l’eût voulu; mais n'ayant pas d'instructions précises du Directoire, il eu attendit à Lausanne, et ne dépassa point les limites du nouvel État qui venait de se constituer sous le nom de République lémanique
Révolutions à Bâle, dans l'Argovie, etc. — Celte* révolution, opérée dans une partie du canton de Berne, exerça bientôt une grande influencé sur toute la Suisse; elle y réveilla le désir d’une liberté qui u’exislait plus que de nom, dans la plupart des cantons. Ochs et Mcngaud n’eurent que peu de peine à changer, dans le nord de la Suisse, l’esprit public. Bâle était le centre de leurs menées. Des clubs y prêchaient ouvertement l’insurrection et faisaient un grand nombre de partisans aux principes démocratiques. Mengaud , enhardi par la faiblesse des autorités, se rendit â Aarau avec une escorte de six dragons seulement , et y arbora le drapeau tricolore sans que la diète osât rien faire pour l'en empêcher. Au lieu de prendre des mesures énergiques, elle se borna ù renouveler le pacte fédératif, et â régler. les contingents que chaque canton devait fournir. Aarau devint un foyer de machinations révolutionnaires et s’insurgea , ainsi que Zoffingen , Brugg et Lenzbourg, aussitôt après la dissolution de la diète.
Quelques bataillons réprimèrent d'abord ces premiers mouvements; mais l’insurrection ayant aussi éclaté à Fribourg, â Soleure, à Sihaffhouse et dans le Bas-Valais, le sénat de Berne se décida , pour calmer l’agitation, â accorder des concessions aux mécontents.
Cinquante-deux députés nommés par les villes et les campagnes, se réunircuL le 2 février au grand conseil, pour aviser aux changements que les circonstances pouvaient rendre nécessaires dans la Constitution, l’ne commission fut nommée pour s’occuper de ce travail, mais les oligarques, mécontents de ce qui se passait, firent ajourner â un an l’exécution de ce projet. Il en résulta que des mesures qui auraient pu tout calmer, si on les eût prises de bonne foi, ne contentèrent personne. C’était trop pour les uns, et trop peu pour les autres. Le désordre s’accrut. La régence fut cassée à Bâle, et l’on y proclama l’égalité. Le projet de réforme proposé par le sénat de Berne n’entrait pas non plus dans les vues du Directoire, qui exigea des Bernois la suppression immédiate de toute autorité ancienne , et la création d’un gouvernement provisoire, dont lesancirns membres des conseils devaient être écartés. Il ne restait aux Bernois d’autre parti que de se soumettre ou de se préparer â la guerre: ils se résolurent à combattre. — Une levée en masse fut décrétée; mais avant d’employer la force ouverte, le sénat de Berne crut devoir encore tenter auprès du Directoire une dernière démarche. — » La réponse du gouvernement français fit connaître le
1 Du nom du lac Léman , ou de Genève.
bat réel de l'invasion.— Meogaud répandit dans tous les cantons un projet de constitution en trois langues, d’après lequel la Suisse , ses alliés et «es sujets, devaient être constitués en une république une, indivisible, et démocratique, orga tmée c»m met a République fra aça ise .Quelques cantons reçurent avec la plus grande joie ce projet, offert comme une ancre de salut aux différents partis; mais il y en eut un assez grand nombre dans l'intérieur de* Alpes, ceux désigné* sous le nom de petits cantons, qui ne virent, dans l'organisation nouvelle, qu'une atteinte portée ô leur liberté.
Mesures défensives de Berne.— Réduit à la nécessité de se défendre , le canton de Berne, le plus puissant de la ligue helvétique, appela les autres cantons à son secours. Sdeure, Fribourg et Zurich répondirent à son appel, ainsi que les petits cantons que la révolution projetée aurait privés et de leur* institution* anciennes et de leurs sujets Italiens. Le sénat rassembla ainsi 25 à 30,000 hommes, qui furent mis sous les ordres du général <TErl «ch , ancien colonel au service de France, auquel on donna pour chef d’état-major le colonel Gross qui s’était distingué dans la guerre de Hollande.
Forces et positions de V armée française. — Le général Brune venait de remplacer Ménard envoyé en Corse, et avait le commandement en chef.de* troupes française*, alors partagérsen dru x corps communiquant ensemble difficilement, et qui eussent été aisément écrasés l u n après l'autre par ('armée bernoise, si celle-ci les eût attaqués séparément. - Brune s’empressa d'opérer la réunion de ces deux corps sur la frontière de Fribourg et du pays de Vaud , qui (ni fournit un corps auxiliaire d’environ 4,000 hommes^- Le général Scbawembourg, avec un corps de 12,000 hommes de l’armée du Rhin, était en marche pour venir renforcer l’armée de Brune, campée entre le château d'Aigie et Avencbes , mais iJ ne pouvait arriver que du 15 au 20 février.
Armistice, — Jusqu’à l’arrivée de ces renforts, la position de Brune devait être assez critique. Pour parer à tout danger, ce général résolut d'amuser les Rémois par des négociations, et envoya un agent qui leur parla de paix. Le Sénat donna dans le piège , se flatta d’éviter la guerre, et députa A Payerne, quartier général français, deux de «es membres chargés de conclure un arrangement a veçjc général républicain. Brune offrit de transmettre au Directoire les propositions qui lui furent faites, et en attendant la réponse, accorda un armistice de quinze jours.
Au lieu de profiter de ce temps pour concentrer et augmenter leurs forces , les Bernois se bornèrent ,i fortifier les passages de Neueneck, de Laopen et de Gumincu. Celte position , principalement , composée d'une colline escarpée dont la Sarinc Baigne le pied est très forte. L'Aar, qui la flanque , la reud presque inexpugnable, et cette rivière est, sur ce point égale au Rhin pour le volume et l'impétuosité de scs eaux.
s'avançait par le departement du Mont-Terrible ; lorsqu'il fut près de Ri eux, il concerta un pian d'attaque avec Brune, pour le 1" mars .jour où expirait l’armistice. — U sénat de Berne flottant entre J espoir et la crainte, s’arrêtait chaque jour ans résolutions les plu» contradictoires. Bâte, Zurich et Lucerne lui offrirent en vain leur médiation. Les incertitudes du sénat bei> □ois mécontentèrent l'armée. D'F.riach se raidit dans cette assemblée avec plusieurs de ses officiers, et obtint l'autorisation d'attaquer le* Français â l'expiration de la trêve; mais à peine eut-il quitté le Sénat que cette autorisation fut révoquée par le parti des temporisent? et des indécis qui créèrent une régence provisoire. Une telle cnndfsrendarioe ne pouvait sauver Berne. — Brune, â qui l'on ht connaître la révolution nouvelle, dont cet le ville venait d'être le théâtre, ne répondit à celle communication que par un ultimatum outrageant, d’après lequel l’arune bernoise eût dû être immédiatement licenciée. l/>s patriciens de Berne s'indignèrent d'une (elle proposition, et d'Kriarh fut de nouveau autorisé à corn ba U re.O- général dressa soi) plan d'attaque et les deux partis étaient sur le point d'en venir aux mains, quand ie Sénat, reioutbanL dans «on ic résolu lion première, et caressant quelque nouvel espoir de négociations efficaces, lui envoya un contre-ordre.
Plans (T attaque des deux partis. — D’après le* plan d'attaque concerté entre Brune et Srhawembourg, ce dernier devait avec sa droite forcer le pont de Buren, prendre Soleure avec sa gauche, et porter quelques Loupes sur la route de Berne. Rampon,avee sa brigade, devait occuper Morat, puis tourner ou emporter le passage de Guminen. Enfin le général Pigeon avait ordre de s'emparer de Fribourg, avec' deux bataillons d’infanterie légère soutenus des Fribourgeoi» et des Vaudois insurgés.
D'Kriarh, dans son projet d'agression, avait résolu de subdiviser ses trois corps en douze petites colonnes destinées â assaillir ;i Ja fois l’armée française sur tous le* points. Wattevilledevail forcer les positions, d’Avenches et de Payerne. Graffcnried avait ordre de se porter sur Bienne, et le colonel de Buren, se prolongeant par sa droite, celui de chercher à tourner la gauche de Scbaweinbourg; 2,500 hommes parlant d’Aigie et d'Ormont, sous lesord rendu colonel Tscharner, étaient chargc'sd’iitquiéter les derrières des Français. Le centre et la droite devaient être soutenus par 4,000 Lucernois, Zuricols ou montagnards rassemblés autour de Berne. — Les diverses colonnes allaient se mettre en mouvement dans la nuit du 1rr au 2 mars, quand arriva le contreordre du Sénat. Il serait difficile de bien peindre l'irritation croissante que causaient dans l’armée suisse les irrésolutions du sénat de Berne ; la plupart des soldats semblaient disposés à les regarder , sinon comme un signe de trahison, au moins comme le résultat d’une faiblesse lâche et indigne d’un corps sous la direction du quel tant de braves geijs avaient consenti à se placer.
Irrésolutions du Sénat de Berne. — Schawcmbourg
Prise de Soteure et de Fribourg. — Brune adressa , le 1er mars, aux Bernois et aux autres confédérés