RÉVOLUTION ROMAINE. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
SOMMAIRE
Diipocitions réciproque* du Directoire el du (iottrerDcmeot pontifical. — Effort* de Joseph Bonaparte pour prévenir une iruurrcction. — Insurrvctjon. — A**aumal du Kéoéral Duphot. — l/amba*«jdeur quitte «orne. — Instruction» du Directoire au commandant en chef de l'armée d’Italie. — Marche de* Fiançait *ur Rome. — Consternation dan» Rome. — Occupation du château Saint-Ange par le* Françaé*.— Rérolutiou. — Fondation de la nouvelle République romaine. — Honneur* funèbre* A Dupbot. — Entrée de* Français A Rome. — Cooca*tloo*. — Révolte de l’armée. - tnaurrcction à, Rome. — Képre**ion de l’imurreclioD. — l’unit ion de* conclusion nuire*. — Révolte de la garnison de Mautoue. — Insurrection en Cône. — Trouble* à Vienne. — Élection de l'ao v*.— Disciiutoni avec la République cisalpine — Affaire* du Piémont. — Occupation de Turin. — État* de* négociation* de Railadt.
Au moment oii s'opérait en Suisse la révolution qui changeait l’antique gouvernement du pays, Rome en éprouvait une à peu près pareille. Le gouvernement pontifical était renversé, par suite des intrigues mêmes au moyen desquelles les ministres de Pie VI avaient cherché à se soustraire aux obligations que le traité de Toleutino imposait au Saint-Siège.
Disposition} réciproques du Directoire et du gouvernement pontifical.— Après avoir d’abord improuvé la modération de Bonaparte envers la cour de Rome, le Directoire était reveuu â une manière de voir plus saine el plus calme. Bien qu’il n’etit pas entièrement renoncé, suivant sa manie, au projet d’imposer aux États romains comme aux autres Étals de l’Italie, une constitution à la française, il s’était décidé, avant de réaliser ce vœu, à attendre la mort du Pape Pie VI, événement que le grand âge cl le délabrement de santé du Pontife faisaient regarder très prochain. En témoignage de sa modération et de son désir d’observer strictement les clauses du traité de Tolentino, il avait envoyé à Rome, en qualité d’ambassadeur, un des frères du négociateur du traité, Joseph Bonaparte, connu par ses manières conciliantes et son caractère modéré. Les prélats romains chargés du gouvernement temporel des États de l’église ne parurent pas comprendre tout ce que, dans la situation relative des deux États, avait d’avantageux pour la cour de Rome, la politique adoptée par le gouvernement de la République française.
Le Pape accueillit néanmoins l’ambassadeur français avec u ne considéra lion particulière; maisaprès quelques semaines écoulées, au moins en appareuce, dans la plus complète harmonie, les cardinaux qui environnaient Pie VI, et qui s’étaient déjà plus d’une fois signalés par leur haine pour la France, renouvelèrent leurs instances pour engager le Saint-Père à rompre le traité de Tolentino par lequel , lui disaient-ils, son caractère de chef du monde chrétien se trouvait compromis. Pie VI était disposé à céder aux vœux de ses ministres; Fenvoyé de la cour de Vienne applaudissait à cette intention, en lui laissant entrevoir la possibilité d'être soutenu par l’Autriche. L’envoyé napolitain exprimait la même opinion; sa cour, certaine d’étre appuyée par les Anglais, sembtait aussi disposée à prêter aide au Saint-Siège. Eu effet, le ministre Acton, dont l’audace s’était relevée en raison de l’éloignement de Bonaparte et de l’armée d'Italie, déjà rentrée en partie, sur le territoire français, éludait ouvertement l’exécution du traité conclu avec la République. Le port de Naples était resté ouvert aux vaisseaux anglais, au t. n.
mépris d’une des clauses de ce traité; le gouvernement napolitain faisait même secrètement des apprêts de guerre dont il informa les ministres du Pape, en leur promettant de prompts secours dans le cas où ils rompraient avec la France. Le Pape, obsédé et circonvenu par ses familiers, commença â s’habituer à l'idée de manquer à un traité solennel ; il cessa de donner à Joseph Bonaparte les mêmes marques de confiance; il se refusa à reconnaître la République cisalpine qui venait d’étre constituée; enfin, et ^ l’instigation des ministre* autrichien cl napolitain, il se décida à nommer le général Provera , commandant de ses troupes.
Joseph Bonaparte n’avait pas eu l’air de remarquer jusque-là les changements qui s’opéraient autour de lui ; il crut devoir enfin rompre le silence et s’expliquer positivement. Il exigea le reuvoi du général autrichien, renvoi qu’il eut de la peine à obtenir. — Le Directoire, quoique fortement indisposé contre la Cour de Rome, se montra satisfait de cette concession, et la bonne intelligence parut, pour le moment au moins, rétablie entre Rome et la France.
Efforts de Joseph Bonaparte pour prévenir une insurection. — La conduite irrésolue et incertaine de la cour de Rome l’avait rendue presque un objet de mépris pour une partie de ses sujets, et ses préparatif* hostiles, tant de fois et si inutilement renouvelés, avaient fait un grand nombre de mécontens. Les dépenses énormes de ces arméniens avaient obligé le gouvernement à accroître les impôts. Les mécontens favorisaient la propagation des idées d’égalité et de liberté que les événements qui s’étaient passés avaient rendues populaires en Italie. La haine du parti opposé aux Français ne faisait que s'en accroître. — Joseph Bonaparte, impassible témoin de toutes ses intrigues, cherchait à concilier les esprits sans pouvoir y parvenir. — Quelques individus vinrent l’avertir le 26 décembre 1797, qu’un mouvement insurrectionnel devait éclater dans la nuit contre le despotisme papal, et lui demander la protection de la France. Il reçut assez froidement ccs messagers, en les prévenant qu’ils ne devaient pas compter sur l'appui du Directoire, et il les engagea à se tenir tranquilles.— Le lendemain, le chevalier d’Azzara, ambassadeur d’Espagne, lui apprit de nouveau qu’il se préparait une insurrection, niais que le gouvernement romain prévenu à l'avance, paraissait peu s’en inquiéter. On a dit à ce sujet, que les ministres du Pape voulaient laisser éclater ce mouvement, afin de trouver dans sa répression un moyen de dégoûter les Français de pareilles tentatives. Celte conduite déjà si
peu apostolique dc fut pas même alors celle des cardinaux, qui poussèrent l'astuce beaucoup plus loin ; car au lieu de se borner h profiter de l'avantage que les insurgés en échouant auraient laissé prendre sur eux, les ministres de S. S. organisèrent contre les Français une conspiration qui devait éclater en même temps qpe l’insurrection républicaine, et se disposèrent à diriger le mouvement, de façon à ce que tous les excès cômmis par leurs agens , pussent être imputés au parti républicain.
Insurrection. — Assassinat du général Duphol. — Un premier rassemblement, formé d’individus portant la cocarde tricolore, eut lieu , le 27 décembre, A la Villa Medicis. Ce n’était qu’un essai, afin de sonder les dispositions du peuple , et les soldats du Pa|>c le dispersèrent aisément. L’ambassadeur français, instruit de ce mouvement, le désavoua aussitôt et demanda au secrétaire d’État qu'on s'assunU de tous ceux qui, sans être Français, avaient pris la cocarde française.
A peine l’ambassadeur avait-il quitté le secrétaire d’État, dont la sécurité ne paraissait pas ébranlée par cet événement, qu'un nouveau rassemblement se forma devant le palais de France en poussant les cris de : Vive fa République ! Vive te peuple ronutin ! Un des insurgés, c’était un artiste, se présenta devant Joseph Bonaparte, et réclama pour lui et ses camarades l’appui dc la France. Joseph Bonaparte lui enjoignit aussitôt de sortir, ainsi que ceux qui l’accompagnaient, hors du territoire de la juridiction de France; mais déjà l'attroupement s’était considérablement grossi, et on y remarquait un grand nombre d'espions du gouvernement qui excitaient les insurgés de la voix et du geste. L’ambassadeur, éclairé par celte remarque, se conduisit de manière A ne donner aucun prétexte de récrimination au Pape et A ses ministres. Il se revêtit de son costume officiel , et suivi des gens de l'ambassade et de quelques officiers, sortit pour haranguer les séditieux. Au même instant, on entendit une violente décharge de mousqueterie ; c’étaient des cavaliers du Pape qui, ayant forcé la juridiction dc l’ambassade, l'avaient traversée ad galop, et faisaient feu à la fois par les trois portiques du palais. La foule épouvantée sc ruait dans les cours, sur le passage de Joseph Bonaparte; elle était toujours guidée par 1rs Instigateurs vendus A la police romaine. Une compagnie d’infanterie , ayant suivi de près la cavalerie, s’arrêta A la vue de l'ambassadeur, devant qui le capitaine refusa de paraître. Quelques-uns des insurgés républicains voulaient attaquer celte troupe, Joseph Bonaparte s’y opposa et leur défendit aussi, jusqü’A nouvel ordre, dc sortir dc la juridiction française. En ce moment eut lieu une nouvelle décharge de inousqueteric dont les balles tuèrent quelques hommes des derniers rangs : aucune n’atteignit l'ambassadeur ni ceux qui étaient auprès de lui.
Les soldats du Pape ayant reculé pour charger de nouveau leurs armes, Joseph Bonaparte ordonna au jeune Bcauharuais, aide de camp de son frère, et A l’adjoint Arrighi, dc retenir les insurgés qui semblaient aussi de nouveau vouloir s’élancer sur les soldats, puis il s’avança vers ccs derniers pour les engager à cesser .
I le feu. Il était accompagné du général Duphot et de l’adjudant générai Sherlock.
Duphot, à peine en présence des soldats , s’élança sur , les baïonnettes pour empêcher les uns de charger, les autres, de tirer; mais il fut enveloppé et entraîné par les soldais jusque vers la porte nommée Septiminiana , où il tomba la poitrine percée d’une balle , sous les yeux de Joseph Honapartcit de Sherlock, qui cherchaient a le rejoindre. Le malheureux général put $e relever néanmoins, et soutenu sur sou épée, fit quelques pas pour se rapprocher de Joseph*, mais un Second coup le renversa de nouveau , et plus de cinquante fusils furent en un instant déchargés sur son cadavre.
Sherlock, A cette vue, entraîna vivement l’ambassadeur par un chemin détourné qui conduisait aux jardins du palais, où ils arrivèrent sains et saufs, malgré la fusillade dirigée de toutes parts sur les groupes sans défense. LA, ils se réunirent A Beauharnais et A Arrighi et regnagnèrent le palais, où madame Joseph Bonaparte et sa sœur étaient en proie A la terreur. On parvint à refermer les trois portes de la façade dc la rue; mais la fusillade continuait, et les balles brisaient â chaque instant les vitres des croisées. Les appartemens étaient remplis d'individus que l'on ne pouvait mettre dehors, et parmi lesquels il s’en trouvait dont les intentions étaient plus que suspectes, circonstances qui rendaient plus cruelle encore la position de l’ambassadeur et des Français réunis autour de lui.
Dès que les soldats qui avaient attaqué le palais de France commencèrent A s’en éloigner, quelques officiers allèrent, par'des chemins détournés, relever le corps du malheureux Duphol. Us trouvèrent le cadavre entièrement dépouillé de scs vêlements, criblé de balles et couvert de pierres. Le ceinturon et l’épée du général étaient restés en fa possession d'un nommé Àmedeà, le ehef des assassins. Le corps fut transporté au palais. On sc figurera facilement le désespoir qui accabla tout le monde, et particulièrement la famille dc l’ambassadeur, lorsqu’on saura que la sœur dc madame Joseph Bonaparte (aujourd'hui reine de Suède) devait, te lendemain même, devenir l’épouse du brave général.
L’ambassadeur français quitte Rome. — La fusillade avait duré environ cinq heures sans interruption. On ne pouvait pas douter de la part que le gouvernement papal avait prise aux scènes qui venaient de placer la légation française dans une Si horrible position, puisque, pendant ce temps , il n’avai rien fait pour les faire cesser. L’ambassadeur résolut de quitter Rome. Néanmoins, avant d’exécuter cette résolution, il demanda au secrétaire dÊ’tat, Doria Pamphili, des explications sur ce qui venait de se passer. On ne lui répondit pas. tl écrivit de nouveau au ministère papal, le soir A 1 1 heures, pour réclamer un passe-port et des chevaux de poste, afin de quitter la ville sans délai. Cette seconde lettrt étant encore restée sans réponse, il en écrivit une troisième plus énergique, où H menaçait le gouvernement romain de toute lavengeance de la République française. Cette dernière réclamation eut un plein effet ; Doria, en envoyant les passe-ports demandés, chercha, après un sileuce de douze heures , à excuser ce qui s’était passé.
Joseph Bonaparte résista inflexiblement aux sollicitations par lesquelles Doria chercha A le retenir, il recommanda aux ministres d'Espagne et de Toscane, les Français qui restaient A Rome, et quitta cette ville, le 29 décembre, & six heures du matin. --De Florence , oïl il s'arrêta cher, le ministre français Carault , il adressa au Directoire un rapport sur les causes de son départ.
Déjà les ministres du Pape étaient eux-mêmes épouvantés des suites de l'insurrection qu'ils avaient suscitée. Gomme toutes les administrations faibles et irrésolues , ils se montrèrent aussi bas dans les moyens par lesquels ils cherchèrent à conjurer le courroux de la République, qu'ils avaieut été lâches et cruels dans leur provocation. Doria sollicita la médiation du chevalier d'Azzara pour engager l’ambassadeur français à revenir à Rome. Puis, cette démarche étant restée inutile, il ht passer au marquis Massimi , plénipotentiaire de la cour de Rome à Paris, une note qui avait pour but d'excuser la conduite des Romains, aux yeux du gouvernement français. Le Pape se décida de lui- même à envoyer à Paris un légat â latere, afin d’offrir au Directoire toutes les réparations qu’il exigerait. Toutes ces démarches restèrent sans effet. L'assassinat de Duphot devait avoir des suites autrement graves que celui de Basseviile. — Les considérations qui avaient arrêté le Directoire dans son projet de création d’une Répuhlir j que romaine, avaient disparu devant la gravité de l’offense dont le gouvernement pontifical s’était rendu coupable envers la France, et la destructiou de ce gouvernement était résolue.
Instructions du Directoire au rom mandant en chef de formée d'Italie. — Le générai Alexandre Be’rthier, qui commandait les troupes restées eu Italie après le départ de Bonaparte, reçut du Directoire l'ordre de quitter Milan, et marcher sur Rome; les troupes qui revenaient en Fraucc rentrèrent eu Lombardie. D'après scs iustruclions, Berthicr, pour mieux épouvanter le Pape, et s’il était possible, le décider à fuir, ne devait lancer sop manifeste qu’à Ilacerata. Il avait ordre de favoriser secrètement le projet des provinces de Pezaro, d’Lrbin et de Sinigaglia , qui désiraient se n'unir à Ancône pour fortper une République; et comme on craignait un mouvement des Napolitains, il devait aussi, dans le cas où un corps considérable de troupes napolitaines aurait occupé Rome', négocier pour obtenir la partie des États romains eu deçà de l’Apennin cl la province de Perugia. Enfin, dans ce cas, il était autorisé à traiter avec le Pape, pour ramener à reconnaître la nouvelle République formée par la réunion d'Ancône et des provinces dont nous avons parlé. Dans le cas où Rome resterait, comme il semblait probable, abandonnée à ses défenseurs naturels, c'est-à-dire à la milice papale, Berlhier, arrivé devant cette ville, devait se borner à occuper le château Saint-Ange, puis user de toute son influence pour délermiuer les habitants à se constituer en République. La République proclamée, les Français pouvaient alors entrer dans Rqme, mais seulement comme alliés, et non comme vainqueurs ou conquérants.
pressa d’exécuter les ordres du Directoire. Les troupes stationnées sur la gauche du Pô furent destinées, sous les ordres de Serrurier , à contenir les Autrichiens, dans le cas où ceux-ci voudraient sc mêler de ce qui allait sc passer. — Un corps de réserve , aux ordres du général Rey,qui établit son quartier généra! à Tolentino devant le débouché d’Ascoli, occupa 1rs communications et lesdéfilésdes Apennins, entre Foligno et Tolentino. — La République cisalpine fut couverte par 0,000 italiens et Polonais campés à Riminl. — Enfin un corps d’environ 18,000 hommes, formé de huit demi -brigades d'infanterie et de trois régiments de cavalerie, se dirigea sur Ancône, où Berthicr était arrivé dès le ^janvier. Après avoir laissé dans celte place le général Dessoles, avec des troupes suffisantes pour contenir, en cas de révolte, le duché d'Urbin , le général en chef se mit A la tète de l'armée et poursuivit sa marché sur Rome. Dallemagnc commandait le corps de bataille et Cervoni l’avant-garde, qui , dès le 29 janvier, occupa le poste de Macerata , d’eù , conformément A scs instructions, le général en chef publia son manifeste contre le gouvernement romain.
Les troupes papales qui s’étalent montrées si braves A Rome, le jour de l’insurrection, contre des hommes désarmés, avaient partout pris la Fuite A l’approche des Français. 200 hommes de ecltc pitoyable milice attendirent â Lorctte les soldats de Berthicr, mais ils n’eurent garde, crainte de représailles , de faire feu sur les Français, et sans coup férir, ils se laissèrent faire prisonniers. — L’armée se trouva enfin, le 10 février 1798, réunie sous les murs de Rome.
Consternation dans Home. — La consternation régnait danscette capitale du monde chrétien. Après avoir en vain tenté do désarmer la colère directoriale, Ica ministres du Pape s'adressèrent A la cour de Naples, espérant qu’elle ne 1rs abandonnerait pas dans le danger où ils l’étaient mis, eu quelque sorte, A son instigation. Mais le ministre napolitain Actuu n’avail pas encore achevé ses préparatifs de guerre, et ue put venir A l’aide de scs alliés que par des protesta (ions de zèle et par desconseils qui auraient eu pour résultats, si l'exécution en eût été praticable, d’amuser le Directoire jusqu'au moment où Naples sc fût trouvé en mesure d'agir hostilement.
L'espoir du parti républicain croissait en raison de rabattement où tombait le gouvernement pontifical, et de l'approche des troupes françaises. La plupart de ceux qui tenaient encore A ce gouvernement , ou qui croyaient avoir quelque chose A redouter de la vengeance des Français, avaient pris la fuite, et la vdlc ne semblait plus habitée que par les Républicains ci par ces clashs populaires qui n’oul absolument rien A perdre à une révolution.
Occupation du château Saint-. Inge par les Français.—Rua ne s’opposait à ce que Berlhier entrât dan» Rome, où les Républicains désiraient ardemment sa présence; mais obéissant â ses instructions, il resta campé hors des inurs, faisant seulement occuper par une avant-garde le château Saint-Ange, que les soldats du l'apc n'osèrent pas défendre. Là, il attendit le ré*
Marche des Français sur Home. — Berthicr s’em-
sultat des efforts qu'allaient faire les habitants républicains pour organiser un gouvernement. Les principaux meneurs avaient été prévenus secrètement qu’ils pouvaient compter sur sa protection. Ceux-ci l’invitèrent à entrer, mais il leur répondit qu'il ne voulait pas paraître influencer leur détermination par sa présence , et qu’il n’entrerait dans Home, que comme allié, et lorsque la révolution serait achevée.
Révolution. — Fondation de la nouvelle République Romaine. — Ce fut le 1 5 février, jour anniversaire de ia 23® année du pontificat de Pie VI , qu’eut lieu le mouvement insurrectionnel qui abolit dans Rome le gouvernement pontifical. Un rassemblement considérable se forma dans leCampo-Vaccino , l'ancien Forum romanum, aux cris de Five ta République / et A bas le Pape! Au moment où l'on hurlait ainsi daus les rues la déchéance du Souverain Pontife, celui-ci recevait les félicitations du petit nombre de serviteurs qui lui étaient restés fidèles. Les insurgés n’entrèrent pas néanmoins dans le palais pontifical , on il leur eût été facile de pénétrer. Le grand Age de Pie VI et le respect involontaire que leur inspirait encore son caractère religieux les continrent.
Lorsque les principaux meneurs se trouvèrent tous réunis dans le Campo-Vaccino, ils lurent au jicuple assemblé un acte préparé d'avance { Alto del popolo so vrano ), dans lequel , après lin désaveu formel de l'attentat du 27 décembre , il était dit :« Ou'cn abolissant aies autorités politiques, économiques et civiles du «gouvernement sacerdotal, le peuple se Constituait lui- «mêtne en souverain libre et indépendant; qu’il reprenait les pouvoirs législatif et exécutif; qu’il les exer- «cerait par ses représentants, suivant les droits de «l’homme, qui sont imprescriptibles, et d’après les «principes qui fondent la justice, la vérité, la liberté, «l égalité , etc.» Puis, cet acte installait sept consuls , des préfets, des édiles et d’autres magistrats. C’était un renouvellement des magistratures de l’ancienne Rome ; on avait cherché à calquer, autant que possible, le gouvernement moderne sur l’ancien; mais il n’en était et ne pouvait en être que la parodie. Il aurait fallu toute l’austérité de vertus et de mœurs des premiers temps de Rome, pour aimer et apprécier la liberté. La corruption des Romains modernes les livrera toujours à quiconque voudra les asservir et les amuser.
’ Entrée des Français à Rome . — Une députation , composée de huit des principaux fondateurs de la nouvelle république, vint rendre compte à Berlhier de ce qui s’était passé. Le général français se décida aussitôt à entrer solennellement dans Rome. Il était accompagué d’un nombreux état-major, de détachements pris dans chacun des corps de cavalerie et des grenadiers de l’armée. Arrivé au Capitole à travers une foule immense, il salua, au nom du peuple français, la nouvelle République Romaine qui . reconnue libre et indépendante par la France, devait se composer de tout le territoire laissé au Pape par le traité de Toleulino.
Berlhier prononça ensuite un discours où il invitait les Romain! à reprendre les vertus de leurs pères , A se
montrer dignes de leur antique grandeur, et i prouver A l’Europe qu’il était encore panai eux des âmes qui n’avaient pas dégénéré , etc. , etc. Un Te Deuni fut chanté le lendemain dans la basilique de Saint-Pierre, par quatorze cardinaux qui avaient signé l’acte d’affranchissement du peuple, et une rénonciation A leurs droits politiques.
Le Pape, iguorantencorc la révolution qui s’était opérée autour de lui, était resté en prières, sans qu’aucun de ses serviteurs eût osé lui apprendre que, comme le Christ, son royaume n’était plus de ce monde. Le général Cervoni lui fit connaître la vérité, en l’invitant A sc retirer en Toscane. Pie VI quitta Rome, le 20 février, cl alla chercher un asile dans la chartreuse de Pise.
L’exemple de Rome fut rapidement imité par les autres villes des États romains , qui adhérèrent A ce qui venait de se passer. Mais en détruisant le pouvoir temporel du Pape, le peuple romain conserva la religion catholique à laquelle il était attaché, et laissa intact le pouvoir spirituel du Saint-Père.
Après le départ de ce dernier , les scellés furent apposés au Vatican et sur tous les papiers de la cour de Rome. Le droit d’asile fut aboli dans les églises et dans les juridictions civiles et criminelles des ambassadeurs. Un arrêté de Berlhier ordonna A tous les émigrés , spécialement au cardinal Maury , de quitter Rome et son territoire dans les vingt-quatre heures. Uurs biens devaient être saisis et vendus au profit de la République. Les prêtres frauçais exilés ou déportés, seuls [lurent rester provisoirement où ils se tiouvaient , jusqu’à ce qu’on eût définitivement statué sur leur sort.
Honneurs funèbres rendus à Duphot Une cérémonie expiatoire eut lieu, le 23 février, en mémoire du général Duphot si lAchcment assassiné. La place Saint- Pierre, sur laquelle le catafalque fut élevé près de l’obélisque, était occupée par les soldats français. Le peuple romain était répandu sous les colonnades et aux fenêtres du Vatican. Après les discours prononcés A la louange de Duphot, par quelques officiers français, un Romain, le sieur Kauslino-Gagliaffi, fit entendre l’oraison funèbre du général assassiné ; puis le cortège se dirigea vers le Capitole au son d’une musique triste et guerrière. Un grenadier, un carabinier d’infanterie légère, un chasseur et un dragon portaient l’urne funéraire. Elle fut déposée sur la place même du Capitole, au sommet d’une colonne antique, lorsque le cortège, pour sc rendre A cette place, fut arrivé sur le lieu qui avait été le théâtre de l’assassinat, et par oit on le fil passer A dessein, tous les pelotons firent successivement une décharge. Une colonne avait été placée sur ce lieu, avec une inscription rappelant le crime et la réparation qui en avait été obtenue.
Concussions. — Révolte de l'année.— Rcrtbier ayant été appelé aux fonctions de chef d’état-major général de l’armée d’Égypte qui s’organisait alors activement , sans qu’on eût encore fait connaître sa destination , fut remplacé, dans les derniers jours de février, par Masséna. Ce général sembla d’abord s'occuper avec zèle à consolider la nouvelle République Romaine. Il était
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aidé dans cette tâche politique par trois commissaires du Directoire, le législateur Daunou , le savant Mouge Ct le citoyen Florent.
Mais s’il faut en croire la voix de l’armée , le successeur de Ben hier, celui qu’on surnomma plus tard V Enfant gâté delà victoire, quoiqu'un des plus braves Ct plus habiles généraux de l’époque, ne possédait pas également toutes les qualités qui fout un administrateur désintéressé. Pour sou malheur, il était alors environné par une foule d'individus qui, dés 1 origine de la guerre, étaient accourus eu Italie, attirés par le désir d'y faire fortune. C’étaient des administrateurs de tous grades, des fournisseurs qui, sans mœurs cl sans délicatesse, pour la plupart, ne rougissaient pas, pour s'enrichir , d'avoir recours au pillage et aux plus odieuses concussions.
Berthier avait ordonné la saisie de toutes les propriétés des Anglais et des émigrés. Les agens à qui Masséna confia l’exécution de celle mesure, organn*èreal impudemment des espèces de bureaux où ils exercèrent d’affreux brigandages , soutenus par quelques officiers avec lesquels ils partageaient le butin, fruit de leurs rapines. Ils dévastèrent les palais, les hôtels et les riches maisons, s’emparant de l'or, de l’argent, des bijoux et de tous les objets précieux, las propriétaires des objets ainsi volés réclamèrent vainement auprès des généraux.
Une telle conduite indignait les Romains les plus dévoués aux Français ct les navrait de douleur. Le mécontentement se manifesta bientôt à Rome et dans les campagnes voisines; les ennemis de la République en profilèrent pour fomenter la révolte dans l'armée et affaiblir la discipline , en offrant les chefs au mépris des soldats. On ne peut nier, en effet , que la conduite de certains généraux ne fôl celle d’avides concussionnaires '. Au récit de leurs exactions, qui imprimaient une tache au nom français , l’armée en masse poussa un cri d'indignation. Les officiers furent les interprètes des sentiments des soldats, sentiments qui étaient aussi les leurs. Ils envoyèrent une députa -
1 • Masséna fut accusé d’avoir donné If premier exemple. Il fui bientôt imité. On k mit à dépouiller le» palais, le» couvent», le» riches col lecl ions. Des Juif», A la tuile de l'armée, achetaient à vil prix les magnifique» objets que leur livraient les déprédateurs, lagaspillage Tut révoltant. Il faut le dire : ce n’étaient pas les officier* subalternes ni les soldais qui se livraient k ce* désordres . c'étaient les Officier» supérieurs. • flblcn , Hist de (a Révolution.'
Paul Courrier , alors capitaine d’artillerie, vint à Rome peu de temps après; il fut indigné de ce qui s’y était passé, et de ce qui s*y passait encore ; il exprima son indignation dans une lettre adressée A son tmi Chlewaski . et dont voici quelque* cv traits :
• ..* Dites à ceux qui veulent voir Rouie qu'ils se hâtent ; car cha-
que Jour le fer du soldat ct la serre des agents français flétrissent ses bcaulés naturelles , et la dépouillent de sa parure. Permis à vous , monsieur, qui êtes accoutume au langage naturel et noble de l’antiquité. de trouver ces expressions trop fleuries ou même trop fardées; mais Je n'en sais pas d'assez tristes pour vous peindre l’état de déta bmncm, de msérc et d’opprobre oû est tombée cette pauvre Rome que vous avez vue si pompeuse , et de laquelle à prêtent ou détruit Jusqu'aux ruines. On s’y rendait autrefois de fou» les pays du monde. Combien d'étrangers, qui n’y étaient venus que pour un hiver, y ont passé toute leur vie! Maintenant H n'y reste que ceux qui n'ont pu fuir, ou qui , le poignard A la main , ehcnlicul encure, dans 1rs haillons d’un peuple mourant de faim , quelque pi*ve échappée à tant d extorsions et de rapines
• Le pain n’rst phw an rang de» choses qui se vendent ici. rbacuu garde pour soi ce qu’il en peut avoir. ... Tout homme qui u'est ni cow-
tiou â M asséna pour l'engager à mettre un terme aux pillages et aux désordres. Le général en chef accueillit fort mal cette manifestation.
L’irritation augmenta dans l'année; malgré l’abondance qui régnait autour deux, les soldats se trouvaient dans leplus complet dénôment, sans souliers,sans habillement». Tandis que des voleurs privilégiés s'enrichissaient de tout l'or qu'avait laissé dans Rome le traité deTolentino , les troupes étaient sans solde depuis cinq mois. Leur nrmérable état faisait pitié aux Romains eux -mêmes, étonnés de la discipline rigoureuse qu’elles observaient encore au milieu de taut de privations et de besoins. Le mécontrntcmeul de l’armée était cependant porté au comble. Le 27 février, le* officiers et sous-officiers de tous les corps se réunirent dans le Panthéon pour y rédiger une adresse tendant â appeler la sévérité du Directoire sur les concussionnaires. Avec de la modération cl quelques ménagements, Masséna aurait aisément décidé les mécontents ù se dissoudre sans tumulte. Mais il agit avec emportement, et non content de désapprouver le but qui avait déterminé la réunion et qui n'était autre que de convaincre le peuple romain que l’armée française était étrangère aux rapines dont il était la victime, il leur ordonna impérieusement de se séparer, meuaçant de les faire punir en cas de non obéissauce. On se soumit à cet ordre et on n’alla pas plus loin ce jour-la. Afin de prévenir de nouvelles scènes, Masséna, le lendemain 28 , crut devoir donner l’ordre de faire sortir de Rome la plus grande partie des troupes.
Mais dès que les officiers furent instruits de celle mesure, ils se rassemblèrent de nouveau , et le résultat d'une courte délibération fut un refus unanime d'obéir. Le prétexte de leur refus fut la connaissance d’une insurrection populaire, qui ne devait pas tarder à éclater contre les troupes; personne n'ignorait, en effet, le* menées de quelques homme* pour ameuter la populace contre les Français. Masséna, voyant son pouvoir si unanimement méconnu , craignit les suites d’un pareil état de choses, et se relira précipitamment à Ancône,
1 missaire , ni général , ni valpt nu rourlisan des uns ou des autres ,
I ne peut manger un n-uf. Toute* les denrée* les plu» nécessaire» A la vie sont également inaccessible» aux Romains , tandis que plusieurs Français, non des p|u» hupés, tiennent table ouverte A ton» venants. Allez ! nous vengeons bien V univers vaincu!
«le» monuments de Rnine ne sont guère mieux traités que le pruple. Ln colonne Trajanc est cependant â peu prés telle que vous l’avez vue, et nos curieux , qtu n'estimeut que ce qu’on peut emporter et vendre , n'y font heureusement aucune attention. D'ailleurs , les bas-reliefs dont elle est ornée sont hors de la portée du sabre , et pourront par conséquent être conservés. Il n’en r*t pas de même des sculptures de la villa Borgfaése et de la villa Pamptnli... .le pleure encore un joli Hennis enfant , que j’avai* vu dans ' son cutter , vêtu et encapuchonné d’une peau de lion . et portant sur son épaule une petite massue. C’était un Cupidon dérobant les armes «T llem île . morceau d’un travail exquis. Il n’eu reste que la base , sur laquelle j'ai écrit avec un crayon : Luge te veneres Cupidine que, et les morcraux dispersés....
• Tout ce qui était aux Chartreux , â la villa Alton! , chez les l'arnese, les Oncsti . au Muséum clément m . ail (.apitoie, est emporté , pillé . perdu ou vendu. La* Anglais en ont ru leur part . et de» co:n- -fnittaires français . soupçonnés de oc commerce , vont arrêtés ic*. Mais celle affaire n’aura pas de suite. Des soldats, qui sonlenlris dans la biblknhfque du Vatican , ont détruit , entre aulrrt raretés . le fameux Tércnce du Rcmbo, manuscrit des plus estimés, pour avoir quelque» dorures dont U était orné....»
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et d’Ancûne A Paris. Avant de partir, il remit au général Dallemagne le commandement en chef de l'armée.
Insurrection à Home. — La prévision des officiers ne tarda pas a se vérifier. — Instruits de la désunion qui régnait entre l’armée et son général en chef, les meneurs de la populace crurent le moment favorable pour l’explosion de l’insurrection qu'ils avaient préparée.—Par leurs soins, les habitants du quartier dcTranstevere, un des faubourgs populeux et turbulents de Rome, se levèrent en masse à la voix d’un prêtre qui se constitua leur chef, et après avoir rallié tous ceux qui pouvaient gagner à une contre-révolution, se dirigèrent vers le château Saint-Ange, massacrant tous les Français qu’ils rencontraient sur leur passage. — Ils s'emparèrent de plusieurs postes dout ils égorgèrent ta garde. — Ou vit ainsi se renouveler dans Rome les scènes d’horreur qu’avait offertes, peu de temps auparavant, uneautre ville d’Italie. Mais comme les bandes de Vérone, celles de Rome n’avaient de remarquable que leur férocité et leur lâcheté.
Répression de l’insurrection. — Punition des concussionnaires. — Le général Dallemagnc ayant rassemblé â la bâte quelques troupes, soutenues par une partie de la garde civique romaine nouvellement organisée, marcha contre les Traosteverins. A l’approche des Français, ceux-ci se dispersèrent en quelque instants , quoique la révolte eût été préparée de longue main avec l'intention de la rendre décisive, et bien qu’elle eût de nombreuses ramifications. — En effet, pendant la marche des Transteverins sur le château Saint-Ange, d’autres villes du territoire romain s'étaient aussi insurgées. Rocca di Papa , Vellctri, Castcl- Gandolfo envoyèrent des rassemblements au secours des révoltés romains. Mural marcha contre ces rassemblements. avec une colonne mobile de cavalerie, et les dispersa. Il enleva des étages dans tous les lieux qui avaient pris part à la révolte, et fit arrêter les meneurs, qui, presque tous, appartenaient au Clergé.
Le général Dallemagne comprit beaucoup mieux que Masséna l’esprit de son armée. Il sévit d’abord contre {es auteur; 4e l'insurrection, et prit les mesures nécessaires pour en prévenir une nouvelle. Il fit arrêter divers personnages dont la conduite avait été suspecte et parmi lesquels sç trouvaient çiqq cardjpaux T outre l’pxsecrétaire d'ÉUl Qona- Les Transteverins furent désarmés. On établit dans la ville de nombreux corps-degarde avpc du caqon, et 2-1 rebelles, pris les armes A la main, furent exécutés sur la place Saint-Pierre.
Le général en chef ordonna ensuite les plus sévères investigations sur les vols dont se plaignaient les Romanis. Il fit connaître, par un manifeste, l’indignation naturelle de l’armée contre les déprédateurs, et invita les habitants à les dénoncer, afin qu’il en fût fait une prompte justice. Des officiers et des administrateurs, désignés comme coupables par la voix publique, furent livrés aux tribunaux, et leur châtiment, eu rassurant les Romains contre de nouvelles malversations , calma aussi l’effervescence des troupes. — Dallemagne eut pour successeur, dans sou commandement de l’ar-
mée, le général Gouvion Saint-Cyr, qui, par la sagesse de ses mesures et la probité de sa conduite, ne tarda pas â se concilier la bienveillance et l’estime de l'armée et des habitants de Rome.
Héi'offe de la garnison de Manloue Rome ne fut pas la seule ville de l'Italie .oû éclata une insurrection militaire. Aucun des généraux qui commandaient dans les diverses provinces de la Péninsule ne paraissait comprendre les intérêts et les besoins de l'armée. Au milieu des pays les plus fertiles et 1rs plus riches, les soldats manquaient de tout , et retombaient dans cet état de dénùincnt déplorable oû Bonaparte les avait trouvés en 1796. (Quoique toutes les principautés italiennes eussent été presque, épuisées d'or par les contributions militaire;, il ne se trouvait dans aucune caisse les sommes nécessaires pour acquitter la solde. I/arméc semblait avoir tout perdu avec le général à qui elle devait sa gloire.
Au nombre de ces garnisons dont chaque jpür augmentait le dénûment et la misère, sc trouvait celle de Mantoue. Vers la fin de février, les soldats, poussés à bout par le désespoir, prirent les armes sans leurs officiers , et commençaient â briser le» portes pour revenir en France, lorsque le général Miollis parvint à Ici calmer, en s'engageant formellement â faire renouveler l’habillement, la chaussure et à faire acquitter la solde arriérée.
Nous devrions commencer maintenant le récit de la mémorable expédition d’Égypte j mais, pour ne pas interrompre la narration de ces faits presque merveilleux qui sont , si l'on peut s’exprimer ainsi, le roman de notre histoire militaire, nous avons pensé qu’il était plusconvrnable de raconter auparavant les événements divers qui remplirent en Europe la fin de l'année 1798. et ta guerre inattendue qui amena la conquête de Naples et la création de la République Part /un o prenne ?
Insurrection en Corse. — La Corse devint, au commencement de 1798, le théâtre d’une insurrection qui faillit enlever cetlc Ile A la France, événement qui serait inévitablement arrivé, $i J’Angleferrp eût alors eurvoyé aux insurgés les secours qu’elle leur avait promis.
Des partisans de Paoli, des émigrés et des prêtres réfractaires, furent les principaux instigateurs dçce soulèvement. Il éclata d’abord dans quelques communes du Golo, qui, dès les premiers jours de janvier, mirent f> A 600 hommes en campagne Le général Casalta fut chargé par le gouverneur Yauboia d’arrêter ce mouvement insurrectionnel ; mais au lieu de marcher contre les rebelles avec toute; les fyrces dont il pouvait disposer, il sc contenta de faire occuper un pont sur le Golo par un faible détachement de 60 hommes, qui fut enlevé et lui-même sc trouva enveloppé La confiance des insurgés s'accrut par ce succès. Liur nombre grossit considérablement. Ils publièrent un manifeste. d’après lequel ils étaient censés ue s’armer que contre l’administration départementale.
Un renfort de 1,600 hommes , reçu par Vaubois, permit A ce général, néanmoins, de prendre les mesures
nécessaires pour empêcher la révolte de s’étendre jusque dans le Lianionc. Le château de Corlc cl la garnison de Saint- Florent furent renforcés el ravitaillés. Néanmoins, les troupes républicaines eSsUférenl encore un échec vers Lento. Ge succès détermina de nouveaux districts â se joindre aux insurgés. Rien ne semblait plus pouvoir arrêter leur marche, cl l’Ile efitièrr, à la grande joie des émigrés et des Paolisles, semblait près d’échapper â la domination française.
Mais tandis qu’il* se flattaient d'un espoir que le débarquement de quelques compagnies anglaises ertt Suffi pour réaliser, le Directoire, effrayé des progrès de l’insurrection, avait envoyé au général Ménard l'ordre de se rendre immédiatement en Corse, avec quelques demi-brigades. Il ne fallut que peu de temps à Ménard, officier de distinction , brave, capable et ferme, pour dissiper totalemeut les insurgés et pour rétablir eu Corse l'administration républicaine.
Troubles A tienne.— Pendant que le Directoire était ainsi heureux sur tous les points, Bernadette, envoyé à Vienne comme plénipotentiaire, faillit, par suite d'un sentiment d’orgueil national assez mal entendu , amener prématurément une rupture entre l'Autriche et la France. Les habitants de Vienne tou lu refit célébrer, le 14 atril, l’anniversaire de l’ahnemetit des volontaires impériaux , en 1796. Il n’y avait IA, Certes, rien qui pût offenser la susceptibilité de l’ambassadeur français. Cette fête, après de si nombreuses et si récentes défaites, devait être pour 1rs Autrichiens un Sujet de douleur, plutôt que de triomphe. Le ministre français voulut s'y opposer; et comme on ne tint pas compte j de ses représentations, il résolut d’opposer une fête a une autre, et filcélébrer dans son bôtcl l’anniversaire d’une victoire remportée sur les Autrichiens par les Français, et eu signe de réjouissance, fil arborer A sa porte un drapeau tricolore avec ces mots: Liberté, égalité. Cette raillerie imprudente et déplacée irrita le peuple dfe Vienne. Des groupes se formèrent devant l’hôtel dit ministre français. On s'excita mutuellement â la vengeance; et la foule grossissant toujours, on brisa tes vitres, on arracha le drapeau, qui fut brûlé 4 l'instant, et la populace, pénétrant dans les appartetnents, y commit quelques dégâts.
Bernadette quilia Vienue le lendemain, malgré les prières du gouvernement autrichien, qui, épouvanté de ce qui venait de se passer à Rome, essaya, auprès du ministre français, toutes les démarches par lesquelles il crut pouvoir le retenir. On regardait une rupture comme inévitable, le cabinet de Vienne efiêfchait A la prévenir sans oser l’espérer. Le Directoire, néanmoins, se montra modéré pour la première fois, sans doute afin de n’êlrc pas obligé de confier A Bonaparte le soin de tirer vengeance de cette injure
• D'âpre* r histoire de ta Hépotùttdh par Thiers, ce fut Bonaparte lui-même «loi dissuada te ttrectofrê tfatiacfcet a ne grande importance â cet événement :
« Le Directoire , dit ect historien . crut voir dans l'événement de Vienne une rupture. U donna sur-le champ contre- ordre i Bonaparte , et il voulait même qu'il partit pour Rasladt , afin d'imposer A l’Empereur . et de le forcer ou h donner des satisfaction* , ou A recevoir la guerre. Bonaparte , fort mécontent du retard apporté à
Élec tions de l’an yi. — Le coup d’état du 18 fructidor avait donné en France aux Républicains exaltés , une grande influence sur l’adm in isl ration. Ils comptaient sur une victoire complète et décisive, au renouvellement du nouveau tiers du corps législatif. Mais le Directoire, qui les avait jusqu’alors caressés, commençait A les craindre, et sentait le besoin de lès réprimer pour ne pas en être victime. Ce n’était pas une œuvré facile, et pour sauver le gouvernement il fallait encore violer la Constitution , c'est-à-dire employer l'arbitraire. Le Directoire fit fermer tout les cercles politiques. Celte mesure était incomplète sans la suppresion des journaux du parti , qui ne pouvait être prononcée que par les deux conseils; elle fut aussi san9 résultat*. Les menée des Républicains extrêmes n’en devinrent que plus actives. Ils cherchèrent, par tous les moyens possibles, à maîtriser les élections.
Le Directoire ne pouvait plus espérer de se maintenir par des demi-mesures. Il y avait eu scission dans là plupart des assemblées électorales, et élection doublé. — La majorité et la minorité avaient fait séparément leur choix.— Le Directoire obtint, le 1 1 mai , des Conseils* une loi qui cassa les élections de plusieurs départs* ments, et nomma, sans autre cérémonie, des déptt* tés qu’il désigna lui -même au Corps législatif. Cette
ses projets , ne voulut poiul aller A Rastadt . et , jugeant mieux la situation que le Directoire , attinna que l'événement n’avait pas la gravité qu'on lai supposait. F.n effet . l'Autriche êcrivtt sur-lechamp qu'elle allât! envoyer enfin un ministre i Paris .XI. de Ifegrimanu ; elle paru! congédier le ministre dirigeant Tbogul ; die annonça que M. de Cobculzel se rendrait dans un lieu fixé par le Directoire . pour s'expliquer avec un envoyé de la France , sur l'événement de Vienne , et sur les changements survenu* en Europe depuis le traité de Campo-Forinio. ■
Lies conférences eurent effectivement Bru A Scia pré* Wcissrmbourg . entre l'ex- directeur François de Ncufctütcau et le comte de Cobcntact. U silence qui a élé gardé sur ta marche de ce* conférences donna lien 1 mille conjectures. On prétendit qu’elles servaient de prétextes pour cacher des négociations plus importantes , et cela est vraisemblable; car il ne fallait pas deux mots de pourparlers pour justifier la cour de Vienne d un accident tamulioeux qu’il lot suffisait de désavouer. La France avait d'ailleurs de* explications A donner sur l'invasion de la Suisse et des fiais Humains , événement* trop grave* puor n’avoir pas attiré l\menllon de l'Empereur. EnlM l'Autriche avait à réclamer l’Innviertel , qu'on faisait difficulté dé lui céder malgré les stipulations de Lampo-Formio.
Ces négociations mystérieuses ne furcut pas les «mies que le Directoire suivit 1 cet le époque. Le traité d'alfiarfre et de ncutnriit! conclu par 1rs États Unis avec l'Angleterre . lai ayant offert un prétexte de rupture avec les Républicains d’Amérique, il avait délivré A prit d’argent, sans délibération préalable, des lettres de marque, et un grand nombre de bdftimcufs améneain* avaient été en conséquence capturé* par les corsaires français. Avant d’user de représailles , le Uougrê* envoya en France trois plénipotentiaires pour terminer , s'il était possible , 1rs différens A l'amiable. Fan Directeurs interprétèrent mal celte démarché , et mirent le Congrès effrayé ; ils refusèrent de recevoir le* plénipotentiaire* , et leur firent insinuer, par des agents subalternes , que si 1rs filait Un» n'étaieiit pal disposés A prêter 86, 000,000 de francs â la France, le seul moyen d'obtenir une audicaccct d'être favorablement écouté* était de verser, entre le* mains du ministre des affaires étrangères, une somme de 1,500 000 francs, destinée A être répartie entre lui et quatre Directeur*. Celte proposition révolta les plénipotentiaire* américains, qui quittèrent aussitôt Farit , préférant la guerre à la honte de marchander l'honneur de lenr pays ; i!» rendirent public* le* motifs de leur départ. Le ministre essaya de se justifier en désavouant dé* agents qui avaient parlé en son nom , et qui oc forent pourtant point punis.
1rs villes anséatiques furent moin» sévères ou plus généreuses que les États-Unis . el payèrent clandestinement au Directoire plusieurs militons pour avoir le droit de trafiquer lûrcmcut avec la France,
complaisance fut payée par une autre , moins importante pour les Conseils. Le Directoire leur permit de vérifier la nomination de Treilhard au Directoire. Treilhard, ami de Merlin de Douai , et partageant les mêmes principes , ne devait apporter aucun changement dans la marche des affaires. Il résulta de ces secousses, que le Directoire, au moins pour le moment, conserva i peu prés son omnipotence sur les Conseils, et put à son gré s'occuper des affaires du dehors.
Discussions avec la République cisalpine. — Ce gouvernement qui ne se soutenait qu’A l’aide de la violation continuelle de la Constitution . et qui , en déshabituant ainsi 1rs Français des idées de liberté, préparait la révolution militaire qui devait mettre fin A son existence, était loin de racheter, par la sagesse de sa politique extérieure, les faute» que l'on pouvait justement reprocher A son administration intérieure. Enivré des triomphes de ses généraux , il ne semblait agir que pour se rendre l'objet de la haine de voisins dont il lui eût été facile de concilier le dévouement à la France. La République Cisalpine et la Suisse eurent particulièrement A souffrir des prétentions du Directoire. Les agents du gouvernement français en vinrent au point de traiter les nouvelles républiques d'Italie plutôt en pays conquis qu'en alliés. Ainsi la République cisalpine dut recevoir garnison dans scs places fortes, solder un corps de 22,000 Français, et tenir, en cas de guerre, son armée A la disposition de la France. L’ancienne Ligurie, qui s’étend A peu prés eu suivant la côte, depuis le littoral de Gènes jusqu’au Var, dut aussi fournir au gouvernement directorial un corps de 3,000 hommes de toutes armes.
La Cisalpine cessait de |>ouvoir être considérée comme République indépendante, par suite de cette condescendance contraire aux stipulations du traité de Campo-Formio. L’Autriche mécontente refusa de recevoir Marescalcbi comme plénipotentiaire d'un État qui n’était pas libre. Ce procédé , ou plutôt les causes qui y avaient donné lieu , indignèrent les Lombards, et leur conseil des anciens refusa de sanctionner le pacte qui les asservissait.
Le Directoire français, outré de colèref, ordonna l’arrestation de vmgt-un membres des plus récalcitrants, et frappa le pays, à titre de punition, d'une contribution de plusieurs millions. On ne sait ce qui serait arrivé si Bcrlhicr, de ^retour A Milan, n'avait
pas décidé les conseils A souscrire au traité, et désarmé ainsi la fureur directoriale.
Affaires du Piémont. — Occupation de Turin. — L’existence du royaume sardo-piémontais, au milieu de quatre républiques démocratiques, offrait une anomalie singulière; il n'était pas difficile de prévoir le sort qui lui était réservé. Une active propagande cherchait A répandre A Turin, et dans les villes voisines des Alpes les doctrines républicaines; mais ce moyen n’ayant pas des résultats assez prompts, au gré de» directeurs , ils suscitèrent au roi de Sardaigne pour ennemis les Liguriens, aux quels ils donnèrent l’espoir de partager les dépouilles de Charles Emmanuel. Cet expédient eut un succès complet. Les libéraux piémoutais, silr» d’être appuyés par les Génois et par le» Français, se réunirent, au nombre d’environ 6,000 hommes, dans les vallées du Tanaro et de la Rormida, battirent à Carossio un corps envoyé contre eux, et s’emparèrent de Serravalle , d’où ils se mirent en communication avec les Liguriens. (Quelques engagements pareils eurent aussi lieu A Loauo et à Oneille.
Le roi de Sardaigne, épouvanté de ces échecs, et feignant de ne pas reconnaître la part qu’y avaient les Français, sollicita l’appui du général Brune, qui commandait en Italie. De son côté, le général feignit de ne pas croire au danger que courait Emmanuel IV, et ne voulut promettre son assistance qu’A la condition d'occuper la citadelle de Turin , comme gage de I» bonne foi de la cour. Cette occupation fut accordée par un traité du 28 juin. Le roi de Sardaigne, grâce A cette concession, put encore jouir d’un calme de quelques mois.
État des négociations de Rastadt. — Le ccwgrés de Rastadt, sous la présidence du comte de Aletlernich, avait enfin consenti à admettre le principal objet de sa réunion, c’est-A-dire la cession de la rive gauche du Rhin A la France. La voix des députés des cercle» de l’antique Germanie était, comme on le pense, peu de chose auprès de celle des deux grandes puissance» qui s’en partageaient les dépouilles. L’ultimatum du ministre français, relatif à la navigation du Rhin, à la démolition de Cassel et de Kehl était accepté; les sécularisations avaient été admises en principe, et tout semblait tendre A l’étal ligament de la paix; mais l'Angleterre , profitant de /absence de Bonaparte, intriguait pour renouer contre la France une seconde coalition.
RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE
27 frëcfiws. Insurrection h Rome. - Assassinat du général Duphot. 29 — L'ambassadeur français Joseph Bonaparte quitte Rome.
2Ü j s* visa. Marche des Français sur Rome. — Entrée i Ancône. 10 f t: vu im. Occupation du château Saint- Ange.
15 FtvRiKx. Proclamation delà République Romaine. — Entrée des Français à Rome. ,
23 — Honneurs funèbres rendus à Duphot 27 — Révolte de l'armée. — Départ de Masséna.
29 — Insurrection des Transie vérins. — Soumission de* Romains.
A. HUGO
On souscrit dm DEI.bOYF, Éditeur, plane de ta Bourse , rue des Filies-Saiot-Tbomas , 13.
Pan». -- Imprimerie et Fonderie de Rtonoux et C*, me de* Franrs-Boorgrois-SaiDt-Micbel , 8.