‹ France MilitaireChapitre 53 sur 62 · GUERRE AVEC NAPLES · texte numérisé non relu

GUERRE AVEC NAPLES

SOMMAIRE-

Wipojition* hostile* de Naple «contre la France. — AniH-c napolitaine- — Mark, nouerai en chef. — Champtoonct prend le roranundrm&ot de l'armée h-jo-a»**. — Flan de campagne de Mark. — IneatMii dm État* romain*. — Combat d'Alcoli. - Combat de Rirll. — Entrée des Napolitain» à Ruiue. — Combat de Maffiuno. — Combat de Civil* Cactrflaiia. — Affaire de CjItI. - capitulation de Me'tcii — ftotraite du roi de Naples et de «on armée. — Rentrât; de* Français dans Rome. - tombal de Montalto. — Rrpriae de Vilerbe. — Marche de* Français •ur Naplei. — Attaque de Caponr. — Prise de Ga*tc. — Mardie et jonction de la rokmne de Ixmoioe. — Man lie cl joui lion dp la cotunua de Dubmut. - Capitulation île Capoor. - Artimlire. - ln»urrcrtmn île* U zxaronl. — Nouvelle division de Farinée. — Attaque et Pri*c «1e Naples. — CréaüoQ de la Kéjwblique parlhlnopeenoe. - Ditsrài-e de Cbampionovt.

ARMÉE FRANÇAISE. Il ARMÉE NAPOLITAINE-

Général en chef. — Cmampionaet. || Général en chef. — Maol

Dispositions hostiles de K aptes contre fa France. -*• Le cabinet de Londres, A force d’or et d'intrigues, commençait a réussir dan* non projet de coaliser encore tme partie de f’Rurope contre la République française.

— Le gouvernement napolitain, dont l'existence était devenue plu* précaire par l’ereclion de la République romaine, avait adopté avec empressement le plan d'une nouvelle coalition qui devait mettre un terme à ses craintes , en expulsant totalement les Français de l’Italie. l/audàre était revenue an ministre Àcton, par suite de Mo ig ne ment de Bonaparte et dune partie de l'armée Française; il n’hfsita pas A rompre le traité conclu Cotre Naples et la France, dès qu’il crut pouvoir le filtre Impunément. La Russie, l’Angleterre et l’Autriche entretenaient ces dispositions bostiles, d'abord assez froidement accueillies par le pacifique Ferdinand ; mais ce roi faible conrba bientôt la tête sous l’impérieuse volonté de la Reine et de son favori, (iarat, alors mi-

* nistre de France à Naples, tenta vainement de changer la résolution du cabinet des Deux-Siciles, dont les protestations devinrent moins mesurées A mesure que les préparatifs de guerre approchaient de leur terme.

— Déjà, au mépris du traité, les vaisseaux anglais avaient été admis dans les ports napolitains , et Nelson , avant son départ pour les côtes d’Égypte, y avait reçu le plus brillant accueil. Les Français et leurs partisans étaient ouvertement persécutés. Le Directoire ne sup- I portait sans doute si patiemment tant d'insultes, que pour éloigner une guerre qu’il prévoyait devoir devenir générale, et pour laquelle il n’était pas encore prêt. Les troupes réunies à Rome, qui, seules, auraient pu être dirigées sur Naples, n'étaient pas en nombre suffisant pour cette expédition. Les ministfes napolitains avaient résolu que, sans se mettre A la suite de l'Autriche, ils attendraient, pour agir, le moment où cette puissance attrait commencé la lutte sur l'Adige, ce qui devait rendre, pour eux, le succès moins improbable. — Mars ce sage projet fut changé par le retour, dans le port de Naples, de Nelson vainqueur A Aboukir. Les partisans de la guerre, enthousiasmés par cette victoire de la flotte anglaise, ne rêvèrent plus que triomphes et conquêtes.

Les ministres Ariola et Gallo et quelques conseillers d'État tentèrent en vain de faire prévaloir, auprès du rdl de Naples, des résolutions plus prudenles: on rejeta dédaigneusement leur avis, et l’ordre d’entrer en campagne fut donné, sms qu'on eût pris les moindres pré-

T. II

cautions pour assurer la subsistance de la troupe et garantir Naples des suites d‘un revers. — On prétend même, dit un auteur contemporain , que, pour triompher de l'indécision du Roi, la Reine lui fit remettre une lettre de Vienne, qui donnait le signât des ho&li- I tég. Cet auteur ajoute que la lettre était supposée et que le cabinet impérial n’en eut connaissance qu'après l’entière déconfiture des Napolitains.

Armée napolitaine. — Mark , générât en chef. — On croira peut-être que cette ridicule présomption de la cour de Naples était justifiée par d'immense* moyens d’agression — L'armée se serait élevé en effet à 100,000 hommes, si l’on eût pu mettre à exécution toutes les mesures projetées pour en augmenter les forces, mais elle ne monta réellement qu’à 80,000, dont les deux tiers environ formèrent l’armée active. Le reste se composait des garnisons des places fortes et des dépôts des corps. Les officiers ne devant, la plupart, leurs grades qu’à la vénalité ou à l’intrigue, étaient sans mérite militaire , comme 1rs soldats sans courage. Les généraux suisses Salis et Bourcard avaient tenté vainement de retremper le moral de l’armée. Afin de se créer des ressources extraordinaires, on dépouilla les églises et les corporations religieuses; on imposa aux particuliers des contributions plus ou moins fortes, sous le nom de I dons patriotiques; des billets royaux furent échangés contre l’argent de toutes les caisses publiques qui fut versé au trésor royal.

On n'avait pas trouvé, dans l’état-major napolitain, un officier digne de commander l'armée. «Salandra et Miehefovx, dit Jomini, ne savaient que les minutie* de leur métier, le tacticien Bourcard n'avait pas fait It guerre; le comte de Damas avait de la bravoure et de l'expérience, mais cet émigré français, A peine arrivé dans le royaume, ne s’était signalé par aucun exploit assez éclatant pour lui faire décerner le commandement en chef.» En conséquence, on demanda un général A l’Empereur. L'Autriche désigna le général Mack, officier beau parleur, tacticien de cabinet grandement apte à combiner des minuties, espèce de charlatan militaire, enfin homme A systèmes qui déjà avaient souvent avorté sur le champ de bataille.

Champlonnet prend te commandement de l'armée française. — Aussitôt que le Directoire fut convaincu des intentions hostiles du cabinet de Naples cl prévenu

du rassemblement des soldats napolitains sur la frontière des États romains, il envoya Championne! prendre le commandement des troupes stationnées autour de Rome. Ce général, vu la faiblesse numérique de son armée , avait l’ordre de ne rien compromettre et de rétrograder sur le corps de Joubert , établi dans la République cisalpine. L’armée française se trouvait ainsi divisée sous deux chefs principaux, inconvénient qui aurait pu l’exposer à être battue en détail.

L'armée de Rome, dont les corps étaient incomplets, 1rs canons mal allelés et les magasins vides, ne s'élevait qu’à environ 18,000 hommes dispersés sur une ligne de plus de 60 lieues, depuis Ancône, sur l’Adriatique, jusqu’à Termine, sur la Méditerranée. — Cette dernière ville ( ainsi que Piserno , Prossedi , Fropinone, Veroli et Tivoli ) se trouvait occupée par la droite, forte d’environ 6,000 hommes, aux ordres de Macdonald. Lemoine, dont le quartier général était à Terni , commandait le centre et couvrait , avec environ

3.000 hommes, l’espace compris entre les débouchés de Rieli et de Carsoli. La gauche, composée d’environ

5.000 hommes, sous les ordres du général Casa-Bianca, gardait le pays depuis l’Adriatique jusqu’au revers de la chaîne de Leonessa, occupant Ancône, Macerata,Fermo et Ascoli. Rome était défendue par une petite réserve. Ces différents corps étaient séparés par des chaînes de montagnes, qui rendaient leurs communications mutuelles très difficiles. L’armée, ainsi éparpillée et sans point d’appui, fut encore affaiblie de 3,000 hommes, qui, sur un ordre du Directoire, durent, peu de temps avant l’attaque, aller renforcer la garnison de Corfou.

Dans une situation aussi précaire, cette armée allait se trouver engagée avec des forces presque quadruples, et ce qui augmentait encore les chances favorables à l’ennemi, c’est que les Français, sans défiance, ne pouvant croire à la guerre avec Naples, tant qu’on négociait la paix avec l’Autriche, allaient être surpris dans leurs cantonnements, au milieu de populations qui, sourdement excitées , n’atteudaient qu’une occasion pour s’armer aussi contre eux, et se joindre à leurs ennemis.

Plan de campagne de. Mack.— Mack , dans le plan de campagne qu'il fit adopter, sembla n’avoir d'autre but que de faire évacuer Rome; encore s’y prit-il d’une manière maladroite. Au lieu de profiter du disséminement des Français, pour percer leur centre et accabler successivement leurs ailes, dont l’éloignement et les montagnes rendaient les communications très difficiles, il partagea son armée en cinq colonnes, pour entrer dans l'État romain par autant de débouchés. Douze bataillons et huit escadrons, commandés par le lieutenant général Micheroux, devaient marcher sur Ancône en longeant l’Adriatique, après avoir passé le Tronto près d’ Ascoli. Une seconde colonne, forte de trois bataillons et d’une centaine de chevaux , eut ordre de déboucher, sous la conduite du colonel San- Filippo, par Introdoco, sur Terni et Foligno. Le colonel Giustmi, avec une colonne de pareille force, reçut l’instruction de se porter de Tagliacozzo rapidement sur Magliano, et de s’y lier avec la précédente. Le

corps de bataille à la tête duquel se trouvait le Roi avec Mack, composé de trente-deux bataillons et de vingt-quatre escadrons, devait se diriger par Valmontone sur Frascati. Eufin le chevalier de Saxe , avec douze bataillons et quatre escadrons, avait l’ordre de marcher de Fondi, par Terracine et les marais Pontins, sur Albano; d’où , après avoir effectué sa jonction avec le corps de bataille, les deux colonnes eussent marché sur Rome par la voie Appienne. C’était peu , pour Mack, de disséminer ainsi scs troupes sur la frontière de l’État romain : il voulut aussi qu’un corps de huit bataillons fût débarqué à Livourne, pour effectuer, conjointement avec les troupes du grand-duc de Toscane, une diversion sur les derrières des Français. Cette petite division fut transportée sur des bâtiments de l’escadre de lord Nelson. Le général Naseiii, qui la commandait, eut pour instructions de chercher à rejoindre l'armée Napolitaine, lorsqu’elle serait à la hauteur de Bologne.

Invasion des États romains. — Les tètes de colonne de l’armée napolitaine débouchèrent, le 24 novembre, par trois points différents sur les États romains. L’aile droite se dirigea sur Porto - di - Fereuo , après avoir chassé d’ Ascoli un détachement français. L’aile gauche, où se trouvaient Mack et le Roi , se porta directement sur Rome par les marais Poutins , après avoir passé le Garigliano sur trois colonnes, à Isola, Ceprano et Santa Agata. Le centre descendit les Apennins par Aquila , et marcha sur Rieli.— Ce mouvement hostile avait été précédé d’une espèce de manifeste, dans lequel le roi de Naples déclarait ne vouloir pas faire la guerre à la France, mais seulement rendre au Pape ses États.

Championnat prit à la bâte toutes les mesures que permettait l’imminence du danger; il eut le temps de rassembler tous ses postes, par suite de l’extrême lenteur de Mack, qui, embarrassé d’immenses équipages, ne s’avançait qu’à petites journées sur des routes qu’il n’avait pas même fait reconnaître, manquant de vivres avec une armée sans discipline, et forcée de cheminer par des pluies affreuses. — La colonne du chevalier de Saxe n’alleignit Albano et le corps de bataille à Valmontone que le 27. — Leurs avant-gardes communiquèrent le même jour à Frascati.

Combat d' Ascoli. — Le premier engagement entre les deux armées donna lieu à un écbec pour les Napolitains, malgré leur immense supériorité numérique. — La colonne de l’extrême droite, dirigée sur Ancône, s’était d’abord emparée d’ Ascoli , mal défendu par un bataillon cisalpin, et la gauche des Français s’était repliée sur Fermo. Mais les généraux Casablanca, Rusca et Monnier, ayant rassemblé les détachements dispersés dans les montagnes, reprirent l’offensive, et arrêtèrent les Napolitains qu’ils ramenèrent sur la frontière avec perte d’yne partie de leur artillerie. — Ascoli | fut repris; si l'ennemi n essuya pas un plus grand re- | vers, il ne le dut qu'à la circonspection des généraux | fiançais, qui, avant de pénétrer sur le territoire napolitain, crurent devoir attendre les ordres de Cbam- I pionnet.

ComlMt de Rieti. — Le centre de l'ennemi ne fut pas plus heureux que l'extrême droite. Le colonel 8an-Ftlippo enleva d'abord Rietl ; puis il fut tenu eu échec dans l'étroite plaine deTern», par une poignée de braves aux ordres du général Lemoine. Lemoine allait cepeudanl être forcé, lorsque le général Dufresne lui amena de Spolette, le 27, un renfort de trois bataillons. L'ennemi, chargé A la baïonnette, fut alors culbuté et obligé, en abandonnant toute son artillerie, d’évacuer Rieti.

b: colonel Giustini , ayant rencontré Kellertnann en avant de Vlcovero, rétrograda pour se réunir S San- Filippo; mais après une marche de trois jours, dans •<les sentiers presque impraticables, il fut arrêté devaul Rieti, et n’ayant pu forcer ce passage, il tenta de se réunir au gros de l'armée, en se jetant â gauche daus les montagnes, pour gagner les bords du Tibre.

Soirée des Napolitains à Home. — La droite de l’armée française, qui occupait Terracine et Veroii, aurait eu une retraite assez difficile A opérer devant les 40,000 hommes commandés par Mack. Elle se trouva dégagée par les succès de Terni et de Rieti. Néanmoins Championne! ne crut pas pouvoir garder Rome. Après avoir rappelé les détachements des généraux Mathieu et ke llermaon , et avoir1 jeté 800 hommes dans le château Saint-Ange, il se retira sur CiviU-Casteilana , abandonnant la capitale des États romains au roi de Naples qui y fit, le 29, une entrée triomphale. Ferdinand créa aussitôt un gouvernement provisoire , et rappela le Pape dans la cité sainte.

Combat de Magliano. — Au premier bruit de l'échec éprouvé par ses deux petites colonnes du centre, Mack, afin de les railler et de nettoyer la gauche du Tibre , détacha trois bataillons et quatre escadrons aux ordres du maréchal de camp Melsch. Ce dernier fut rejoint le 0 par Giustini et quelques fuyards de San-Filippo, avec lesquels il marcha sur Magliano, pour s'emparer du pont de Borghetto. — Macdonald porta aussitôt le gros de ses forces sur le poiut menacé, après avoir replié ses postes de Nepi et de Rignauo sur CiviU-Ca*tellaoa. Déjà Magliano était au pouvoir de Metseh, mais A la vue des Français en bataille en avant du Tibre , ce général battit en retraite. Son arrière-garde ne put échapper A un massacre général daus Magliano. Le reste se réfugia dans les montagnes de Calvi.

Au lieu de poursuivre vivement Championne!, Mack perdit plusieurs jours à sommer inutilement le château Saint-Ange.

Combat de Civita- Cas te/lana. — Championne!, instruit des succès de Casablanca et de Lemoine , sut mieux utiliser son temps, et s’établit sur le revers méridional de l’Apennin, la droite A Civita-Castellana et la gauche A Ci vi ta- Ducale, le centre A Cantalupo: mais celle position exigeant des forces doubles de celles dont il pouvait d sposer, Casablanca eut ordre de faire filer la 17® de ligne à Terni, quartier général de l'armée , et Macdonald, relui de camper A Ci vila-Castellana, avec le gros de ses forces, d’occuper Nepi , Rignano et Magliano, et de couvrir par des retranchements le pont de Borghetto. — Civita-Castellana, située entre deux

ravins profonds, est une position extrêmement forte. C'est l'ancienne Vt-Tes. — Mack résolut d’eulever cette position avec 'e gros de ses troupes, et de forcer le pont de Borghetto. Une attaque générale sur Terni et une démonstration sur Civita-Castellana eussent été plus convenables. Mais le général autrichien ne sut pas se départir du vicieux système de multiplier ses colonnes et de les faire battre en détail. Il négligea ainsi découper en deui la petite armée française, et de se réunir A Naselli que des vaisseaux anglais avaient porté A Livourne, pour insurger la Toscane, et couper les communications des Français avec le nord de l’Italie.

Championuet , après avoir fait placer des éclaireurs A Perugia (Pérouse) pour protéger ses derrières, était parti pour Ancône , afin d'accélérer l’arrivée de l’artillerie; il était résolu d’attendre l’ennemi dans les positions qu’il venait de faire occuper A son armée.

Les 40,000 hommes de la gauche de Mack se |K>rtèrent, le 4 décembre, en cinq colonnes, sur la droite des Français qui ne s’élevait guère qu’A 6,000 hommes , aux ordre» de Macdonald.— Les Républicains ne s’épouvantèrent pas à la vue des masses profondes qui s’avançaient sur eux. Le chevalier de Saxe avait partagé sa division en deux colonnes, l’une se dirigeant sur Nepi, l'autre filant A gauche par le chemin qui va de Santa - Maria-di-Fallari A Borghetto, afin de tourner Civita- Castellana.

La première attaque, quoique conduite avec beaucoup de résolution, fut vivement repoussée par Kellermaun fils, qui commandait l’avant-garde eu avant du village de Nepi. Les 8,000 hommes qui la composaient se dispersèrent sur la route de Monterosi , poussés le sabre aux reins par les dragons français ; 500 hommes tués ou blessés, 2,500 prisonniers, quinze pièces de canon, 3,000 fusils et tous les bagages restèrent sur le champ de bataille.

Le chevalier de Saxe dirigeait en personne l’attaque sur le pont de Borghetto. Le chef de brigade polonais kniazewitz, l’attaqua avec 2,500 fantassins, 200 chevaux et trois pièces de cauon , au moment où U débouchait de Saota-Maria. Grièvement blessé au début de l’action , le chevalier de Saxe eut la douleur de voir toute sa colonne s'enfuir épouvantée sur la route de Viterbe, A l'apparition de l’infanterie de Kellermann, qui se montra sur ses derrières. Toute l'artillerie fut abandonnée.

Une troisième eolonne remontant la rive gauche du Tibre pour se porter sur Magliano, fut informée des échecs de la gauche et ne poursuivit pas sa marche. Elle vint repasser le Tibre à Ponzano, pour se réunir au corps de bataille.— La quatrième colonne devait, pendant ce temps, se diriger de Nepi sur la route de Viterbe et se lier avec la division débarquée A Livourne.

Le poste de Rignano fut d'abord forcé parla colonne que commandait le maréchal de camp Bourcard; mais ce général échoua contre Civita-Castellana, et essaya en vain de forcer le pont de la roule de Rome qui conduit A l'ancienne V» Tes.— Dès que la défaite du cheval ier de Saxe fut connue , M ick fit passer à Bourcard l’ordre de se tenir en observation hors de la portée de l’artillerie de Civita-Castellana. — Pour rallier les fuyards et

couvrir la route de Home, le maréchal de camp de Damas Tut dirigé sur Monterosi avec cinq bataillons cl six escadrons.

affaire de Osdvi. — Capitulation de Melsck. — Le général Mark se décida enfin à attaquer Terni, mais sans renoncer a son système de morcellement. Le lieutenant général Salaodra dut passer le Tibre avec quatorze bataillons et six escadrons pour occuper les hauteurs deCantaiupo. Damas eut l ordre de se porter sur Borghelto, et Bourcard fut laissé en observation devant Givita-CêstcRana avec cinq bataillons et deux escadrons. Metscb, occupant les hauteurs de Calvi, eut l'ordre d’enlever Otncoli, afin de couper le* communications des Français. Le général autrichien perdit plusieurs jours à toutes ces dispositions , dont une extrême célérité auiail seule pu assurer le succès, et l’attaque de Terni w put avoir lieu que le IL — Champion net était de retour d'Ancône.

Macdonald, ayant laissé une petite garnison I Ci vita- Castellana, passa le pont de Borghelto avec ses principales forces et porta le Polonais Kmazewitx sur Ma- ; gliano. Lemoine, renforcé par trois bataillons et deux régiments de chasseurs aux ordres du général Rey, se porta sur Rieti rt Civita-Ducale. 1rs postes de l'ennemi à Cantaiupo furent inquiétés par un fort détache ment jeté dans Cotitigliano.

Sur ces entrefaites, la colonne de Mctsrh . qui n’aurait dii s’ébranler que le 10 d’-i-embre, trompée par de faux reuaegnctnenl s, surprit Otncoli dans la nuit du? au 8. et y égorgea les ina ades rt les bleys^s. Le général Mathieu la chassa peu après de ce poste et la rejeta sur Calvi ; mais comme et le menaçait encore de ce point , le* communications et le» flanrs de l’armée. Mathieu et Kniazewilz l’y attaquèrent le 9, au point du jour, pat les routes d'Olrfonti et de Magliano. Metxch se réfugia avec sa colonue dans la ville de Olvi et ne tarda pas A y capituler, quoiqu’il ne fût attaqué que par deux colonnes dont la force n’excédait pas 3 500 hommes. On fit ain»i 4,000 prisonniers, et on prit cinq pièces de canon avec un camp muni de ses tentes et de tous les objeta nécessaires. — Les plans de Mack étaient bouleversés par la prise de Calvi ; ce général résolut de se retirer au pied des monts de Frascati et d’Albauo, et d’y attendre de* renforts. Damas et Bourcard durent rétro grader, le 12. par les deux routes qui longent la rive droite du Tibre, et Salandra par celle de Terni. Ces trois colonnes ne devaient traverser Rome que la nuit . afin d’éviter d’être inquiétées par une sortie de la garnison du château Saint- Ange.

Retraite du roi de Naples et de son armée. — Toutes ccs mesures ne purent être suffisamment tenues secrètes; le roi de Naples qui, peu de temps auparavant, avait montré une confiance si indiscrète dans la force de ses armes, fut aussi le premier à s’alarmer.

Il supposa que les Français voulaient l’enlever, et gagna secrètement, avec le ducd’Ascoli, la porte de Saint- Jean, oit se trouvait uue voiture qui le transporta d'une seule traite A Naples.

Macdonald s’était porté dans la direction de Canlalupo, après avoir laissé dans Borghctto quatre batail-

lons et douze pièces de canon , aux ordres de Kelleruiano, Rey marchait de Terni sur Yaccone.et Lemoine de Rieti vers Corrse pour couper la retraite â l'ennemi contre lequel Cbampionoet méditait une attaque générale.

La marche de Salandra, couverte par un rideau de troupes légères, ne fut pas inquiétée, et le corps de bataille rejoignit ainsi, le 13 décembre, la brigade Bourcard dan* Albaoo. Le prince de iiesse-Philipsiadl regagna péniblement Rome avec l’arrierc-garde. Rey eut l’ordre de passer le Tibre à Ponte - Molle, pouy amuser le comte de Damas pendant que l'infanterie , qui avait déjà passé la Farfa, viendrait s’établir entre ce dernier et Rome, afin de lui couper la retraite. Les tètes de colonne se rencontrèrent bientôt, ce qui étonna Damas qui attendait de Mack un renfort. Il entra eu pourparlers et demanda une suspension d’armes de deux hi-uresque Bey lui accorda. Chacun deux croyait tromper son adversaire; Rey n’ayant qu'une faible avant-garde, et comptant être secouru pendant ce irmpx; Damas, quoique avec une colonne de 7,000 hommes, espérait aussi nue diversion de Mack, ignorant à quelles forces il avait affaire. Le temps de la suspension d'armes s'étant écoulé sans qu'aucun des deux partis fut snouru, Damas profita de la nmt. et de sa < omiaiMumre des lieux , pour rétrograder par la roule dürbitello, la seule qui lui ftH encore ouverte. Néanmoins, pendant cette retraite, sou arrière-garde fui atiaquée, et il perdit, près de Slorta, une partie de son artillerie.

Rentrée des Français dans Rome. — Le jour même où Rainas faillit être pris avec sa colonne , les Français rentrèrent dans Rome A onze heure* du soin mai* s peine eurent-il* pénétré dans la ville, que la porte Latine fut attaquée par une nouvelle colonne napolitaine. C'était Pignatelti , qui amenait A Damas le renfort sur lequel ce général avait compté pour être dégagé. La onzième demi-brigade de ligne et quelque* escadrons républicain* reçurent l’ennemi avec la plus grande vigueur. Le général napolitain se décida d’autant plus aisément A la retraite qu’il fut dans le même moment informédu mouvement de Damassur Orbitelfo.

Championnet rétablit A Rome le gouvernement républicain et fit tracer, en avant de la ville, un camp destiné A en garantir les avenues et où Macdonald fut établi, tin corps d’observation fut posté sur la rive droite du Teverone. et la réserve prit position sur les hauteurs de Ponte Molle. Le corps établi A Tivoli fut aussi renforcé; Rey eut ordre de poursuivre l’ennemi qui avait abandonné les positions d’Albauo et de Frascati.

Mack s’enfuyait en toute bâte dans la direction du Garigliano et du Volturno, abandonnant sa conquête, et laissant à découvert les frontières du royaume napolitain.— Le fâcheux résultat de la campagne pouvait être attribué autant à l’inbabileté de ce général, qu'à l’indiscipline et la couardise de ses soldats. — Les Français rentraient dans Rome dix-sept jours après en être sortis. Ils avaient détruit ou fait prisonniers près de 20,000 Napolitains, s’étaient emparés de quarante

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canons, de vingi drapeaux et de presque tou* te» équipages de l'ennemi.

Combat de Monlallo.— Cependant Kcl le rinanu, toujours * Borghello, reçut l'ordre de se mettre à la poursuite de la colonne de Damas , qu’il ni teignit près de Moutalto. Après un combat sanglant de deux heures v dans lequel Damas fut grièvement blessé par un éclat de milfailie, la victoire se décida enfin pour les Français. De gros de la colonne napolitaine, fort de 3,01)0 hommes, atteignit néanmoins ürbilclto. Damas en fil fermer les portes; mais la place ne pouvant tenir long -temps, il capitula avec kdlcrroanïi qui consentit A 1e laisser embarquer avec armes et bagages, sans être considéré comme prisonnier. Suivant quelquesauteurs, la clause capitale de cette capitulation fut la remise de toute l’artillerie napolitaine entre les mains des Français.

Reprise de l'Herbe. — Viterbe, loin de prévoir le sort d»* Tarmée napolitaine s’était insurgée contre 1rs Français, et avait pillé les équipages de l’armée, qui s ’y trouvaient en dépôt; on n’avait pas, d’ailleurs, A reprocher aux habitants des excès pareils A ceux de la populace romaine L’approche de hellennann terrifia cette ville, qui ne fit pas de résistance, quoiqu’elle s’attendit A de terrible représailles. Le général français se borna * ordoouer (a festiUitiou des objets volés. Il fit arrêter seulement tes pmicipaux chef* de la révolte , et après avoir pus toutes te-» mesure» propres A assurer la tranquillité publique , il rejoignit l'armée aux environs de Foodi.

Marche des Français sur Xnp’es. - La conquêîc du royaume de N.*ples semblait être devenue nécessaire A la sûreté de la R publi ;u • romaine; mais avant de comment er cette entreprise, Championne! crut devoir s'arrêter quelque» jours A Rome, tant pour donner un peu de repos A ses troupes, que pour al tendre des nouvelles du Piémont et de la Toscane. Il apprit bientôt que Jouberl avait contraint le roi Charles Emmanuel A abdiquer, et que 1e grand -dur de Toscane ayant renouvelé scs protestations d’attachement à la France, toute l’Italie .septentrionale se trouvait pacifiée. Joubert , en transmettant ers nouvelles A Championne!, lui envoya de* renforts; dès lors celui-ci put prendre â son tour l’offensive et marcher sur Naples, conformément aux insTuetions du Directoire.

Ferdinand, de retour A Naples, avait ordonné une levée en masse contre les Français; mais il paralysa lui-même l'effet de cette mesure, en refusant départager les dangers auxquels il appelait ses sujets, ou même d'encourager ceux-ci par sa présence. En effet, cédant â de pusillanimes instigation», il résolut de se réfugier en Sicile. La population napolitaine apprit, le 21 décembre, par des placards affichés dans les rues, ce départ qui ressemblait A une fuite. Des navires anglais et portugais avaient transporté A Païenne, avec la cour , tes meubles précieux des palais de Naples et de Caserte,ceq«K renfermaient de plus rare les musées de Portici et de Capo-di-Monte, et enfin tout l’argent qui restait dans les caisses publiques, environ 20.000,000 en numéraire.

Le prince Pignatcili était nommé vicaire -général jusqu’au relou r du Roi. La Cütà (autorité municipale choisie par les notable» ; se mit en opposition avec ce vice-roi. Le gouvernement fut dès lors livré aux intrigues des partis, et par cela même, impuissant A se défendra.

Toutes tes rapines qui avaient signalé le premier séjour des Français A Rome s'y renouvelèrent après U retraite des Napolitains. Championne! tenta vainement de s'y oppose r. Le Directoire refusa de l’autoriser A sévir contre tes concussionnaires, et devint ainsi, eu quelque sorte , leur complice.

Les renforts que l’armée avait reçu» avaient élevé sou effectif A vingt-m uf bat lillons et vingt-et-un escadrons, c’était une force de 24.000 fantassins, de 2,000 chevaux, de 2,000 bouillies de troupes de (artillerie et du génie : en tout 2îi, 000 combat tant» , y compris les garnisons d’Ancône et du cbAleau Saint-Ange. — Le 2ü décembre, cette armée quitta Homc,dunt te désarmer ment avait été ordonné, et s'avança sur Naples en cinq colouue*. Rev, déj.l à la poursuite de l'eunemi, occupait la droite avec douze escadron» cl douze bataillons; il avait ordre de s'avancer jusqu’à Tet racine par le$ marais Poulin». Macdonald , avec huit bataillons et trois escadious. devait s’avancer par Frosinoneel Ceprano. Championnel et te quarteur général suivaient telle colonne. La division Lemoine, forte de six baladions et «le trois escadron», avait ordre de pousser sur Sulmoua. Enfin onze bataillons et tro s escadrons urinant l’cxlrèi ne gauche, sou» Icsordnsdc Dobcsmc, devaient, après avoir refoulé l’ennemi sur I*. scara, remonter la rivière de ce nom jusqu’A Popolp, et s’y réunir A Lemoine. Il y avait une trop grande d. stance entre les deux tolunucs de droite et de gauche. Pour y remédier. Championne! dirigea une colonne deMKJ hommes, aux ordres du chef de bataillon Maréchal, par la route qui, de Tivoli cl dç Yicovero, débouche sur Sulmoua eu lougeaui te lac de t x'ano.

L'ariuée se mit en mouvement dans cet ordre. L’n camp avait été établi A Foteguo, pour la recevoir en cas d'échec.

Le mauvais état des chemins fut A peu près la seule difficulté que trouva Macdonald. L'n léger engagement eut lieu te 27 cl k 28 déiembre. au passage du (iarigliano, entre ses troupes et tes troupes ennemies; mais au premirr choc les Napolitains •’fflfuiren! en désordre, abandonnant (ouïe leur aitilterir. Macdonald s'établit. le 30, entre Vcuafro et la roule de San-Ltrmaoo A Capoue, A hauteur de Cajandio.

Cette faible résistance inspira A Championne! U pensée de tenter quelque opération décisive sur l’armée ennemie. Eu ce moment , d'ailleurs. Mark, en sollirilant un armistice, laissait voir son embarras et ses irrésolutions. Le général français ne recevait cependant pas de nouvelles de ses colonnes de gauche, les communications étant interceptées par les neiges. Après être arrivé à Cepraoo, il avait rappelé* lui la cavalerie de Rey. Lorsqu'il te l'eut rejoint, il sc décida * pousser jusqu’* Calvi, sur te Yolturno, derrière lequel s'étaient réfugiés tes débris des colonnes de Mack.

Attaque de Capoue. — La ligne napolitaine s’étendait de Castellamare à l’embouchure du Volturno, jusqu’à la Scafa-di-Cajazzo. Huit bataillons et dix escadrous formaient chacune des ailes ; le centre , composé du reste de l’armée, occupait la ville de Capoue et la télé de pont construite en toute bâte sur la rive droite. Une artillerie formidable garnissait toute la position, qui semblait difficile A forcer pour peu qu’elle fut défendue.

Ghampionnet, après avoir fait, le 3 janvier, au général Mack une sommation sans résultats, ordonna une reconnaissance de la ligne ennemie et particulièrement de Capoue. L'attaque des Français eût lieu sur trois colonnes, l'une à gauche, l’autre sur la grande route et la troisième à droite des retranchements. Quoique la première de ces colonnes eut devant elle une forte redoute , dite de San-Autonio, elle fit plier les Napolitains : Mack, pour contraindre les fuyards à rester A leur poste, dut les meuacer de les faire mitrailler.

Macdonald obtint d'abord du succès à la faveur de ce désordre, et allait ordonner d'enlever les derniers retranchements à la baïonnette, lorsque Mack ,cra igna n t de voir Capoue emportée dans cette attaque, eut recours à la ruse; il fil demander à Macdonald une suspension d’armes pour le libre passage de l’ambassadeur de la République cisalpine retournant de Naples à Milan. Le général français, quoique avec répugnance, crut devoir accorder cette suspension , et le général ennemi en profita pour rallier ses troupes et se poster plus avantageusement. L’attaque recommença vivement après le passage de l’ambassadeur. La redoute San-Antonio et tous les retranchements furent emportés; mais le feu des rempart» , auquel les Français ne pouvaient opposer que des pièces de campagne, fut si soutenu et si meurtrier, que Macdonald fut contraint de sc retirer. Dans cette action, le général Maurice Mathieu eut le bras fracassé par un biscaïen. Macdonald , en revenant prendre ses positions du matin, emmena l'artillerie napolitaine enlevée dans les retranchements. Sa perle avait été de près de 300 hommes tués.

Prise de Gaête. — Le général Rey, dont la petite colonne d'infaulerie avait été renforcée à Fondi par celle de Kellermann, avait forcé les gorges d’Itri défendues assez opinâtréineul, et rejeté dans Gaëte une division napolitaine. — Ce succès le décida â tenter un coup dej main sur cette ville défendue par 4,000 hommes , armée de soixante-douze pièces de canon, de douze mortiers, abondamment fournie de munitions et de vivres, et dont le port contenait en outre sept felouques armées en guerre. Après une sommation inutile , les Français lancèrent dans la place quelques obus qui mirent le feu en divers endroits, cl qui épouvantèrent si fort les habitants et même la garnison , que le gouverneur Tsebudi , général octogénaire, demanda à capituler. 63 officiers, ainsi que le gouverneur, eurent le honteux privilège d’être renvoyés chez eux jusqu’à parfait échange. La garnison resta prisonnière. Outre l’artillerie et les navires, on prit dans Gaêtc 20,000 fusils, et un équipage de pont qui servit aussitôt au général Rey pour franchir le Garigliaoo.

Marche et jonction de ta cotonne Lemoine. — L’arrivée de la colonne de Rey devant Capoue, dont le siège paraissait devoir être entrepris , ne suffisait pas encore à Cbampionnet pour les opérations que comportait cette attaque décisive. Il était inquiet de Lemoine et de Duhesme, dont il n’avait reçu aucune nouvelle drpuis dix jours, non plus que des 800 hommes de Maréchal. Un parti de 200 chevaux fut dirigé vers Sulmona pour tâcher de communiquer avec eux. Pendant ce temps, le général Éblé organisait à Gaête un équipage de siège.

Le 5 janvier, on sut enfin , au quartier général, que Lemoine approchait de Vcnafro, harcelé par des nuées de paysans révoltés ; il n’avait soutenu qu'un seul combat contre les soldats napolitains. Ceux-ci, après un engagement meurtrier dont l’occupation de Popolo avait été la suite, s’étaient repliés sur Sulmona puis sur Rénévent. Lemoine, maître de Popolo, y avait attendu quelques jours des nouvelles de Duhesme, mais le cercle des paysans insurgés qui l’enveloppaient grossissant chaque jour autour de lui, il s'était dirigé sur Sulmona où il avait rejoint, le 4, la colonne de Maréchal et le dernier parti de 200 hommes envoyé à sa rencontre.— Le blocus de Capoue fut resserré à l’arrivée de Lemoine.

Marche et jonction de la colonne de Duhesme. — Cependant Dghesme après s’étre emparé de Civita-del- Tronto, avait marché sur le Vomano et sur Scuzzane où il battit dans deux rencontres les troupes de Micheroux. H partagea ensuite sa division en trois colonnes : deux colonnes furent destinées à disperser les paysans insurgés au nombre de 7 à 8,000, qui venaient de s'emparer de Terano et de brûler le pont de Tronto. La troisième se dirigea sur Pescara. Elle arriva, le 23, devaut cette place située à l’embouchure de la rivière du même nom , et d’autant plus importante qu’elle commande le seul chemin praticable pour l’artillerie dans les Abruzzes. Pescara, défendue par d’assez bonnes fortifications garnies d’une forte artillerie, munie de vivres abondants et ayant une garnison de 2,000 hommes, semblait devoir exiger un siège en règle que les Français ne pouvaient tenter faute d’arlilicrie et d'un équipage de pont pour passer la Pescara. L’adjudant général Monnier, resté devant la place, fut néanmoins assez heureux pour y entrer pendant que Duhesme et le chef de brigade, Chariot, soumettaient les insurgés. Le gouverneur, intimidé par la retraite de Micheroux et par la première sommation qui lui fut faite, se rendit aussitôt. Duhesme fut ainsi tiré d’embarras, par un coup de fortune qui approvisionna ses troupes de tout ce dont elles manquaient. — Après avoir laissé une faible garnison dans Pescara , Duhesme se porta par Sulmona et Isernia sur le Yollurne afin de se réunir au reste de l’armée.

Capitulation de Capoue. — Armistice. — Les intrigues des nobles et les exhortations drs prêtres étendaient chaque jour l’insurrection napo itaine contre les Français. Des Abruzzes, elle gagna le Labour. Sessa I fut lé lieu principal de rassemblement des bandes in- I surgées, qui, d’après l’ordre de la cour, devaient faire

aux Français et leur faisaient réellement une guerre d'extermination. L'armée française qui bloquait Capoue était entourée elle-même de ces innombrables insurgés. Néanmoins, afin d’imposer à l'ennemi, Championnet, près de manquer de munitions et de vivres , et quoique dans une situation si critique, refusa d’écouter Mark qui offrait de lui rendre Capoue sous la seule condition d’un armistice. Il fit renforcer la division Lemoine, de la cavalerie légère du général Forest, qui passa le Volturno au gué de Lago ; et la cavalerie de Venafro vint renforcer la réserve. Toute la ligne française, prise comme entre deux feux, était sur le qui vive. — Mack , dans cette position qui semblait lui promettre tant de chances de succès , n’osa néanmoins rien entreprendre. Il aurait voulu évacuer Capoue, pour armer les lazzaroni et former un camp retranché sous les murs de Naples. Le vice-roi Pigna tel li, auquel il s'adressait, était sans pouvoir; hal de la populace, méprisé par les partis, bientôt celui-ci ne crut voir de salut possible qu'en négociant avec les Français: il envoya à Championnet deux fondés de pouvoir qui devaient consentir â tout, excepté à l’évacuation de Naples.

Championnet reçut les envoyés de Piguatelli k Terano, dans un moment où sa situation empirait, et où il regrettait de n'avoir pas traité avec Mack. En effet, le général Santa-Agatha et la division Gambs, renforcée de trois bataillons, menaçaient de jeter dans le Volturno ta faible division Lemoine, qui leur tenait tête sur la rive gauche, et de prendre ensuite l’armée française à revers. Les divisions Naselli et Damas, retenues en mer par les vents contraires, allaient aussi, disait-on, débarquer k l’embouchure du Garigliano. Il ne savait ce qu’était devenu Duhesme. Il se décida donc à accepter les propositions des deux envoyés napolitains.— Le 11 janvier, le général Bonnami, représentant de Championnet, et les princes de Miliano et le duc de Gesso, mandataires du vice-rot, arrêtèrent une convention dont les principaux articles étaient, la cession aux Français de Capoue avec ses magasins, son artillerie, le paiement d’une contribution de deux millions et demi dans le délai de 1 & jours, l’expulsion des ports du royaume des ennemis de la République française , etc.

Insurrection des lazzaroni. — Le peuple de Naples entra en fureur lorsqu’il connut cet armistice et courut aux armes, se croyant trahi k la fois par le vice-roi, parle général Mack et par laCilta.— Il désarma la division de Damas, lors de son débarquement. La brigade Dillon , que Mack envoyait k Piguatelli pour apaiser l’insurrectioD , fut aussi désarmée. Le vice-roi s'enfuit en Sicile , et Mack , qui avait cru d’abord pouvoir réorganiser l’armée napolitaine, fut également contraint de se soustraire par la fuite à la fureur populaire.

Naples se trouva dès lors entièrement au pouvoir des insurgés, et pendant trois jours fut en proie â la plus épouvantable anarchie. Le prince Moliterno et le duc de Rocca-Romana ayant enfin , grkee à leur grande popularité, été nommés chefs de l’insurrection, purent du moins en arrêter les désordres. Les débris de l’armée napolitaine, menacés par les lazzaroni révoltés, cherchèrent un refuge dans le camp français. Tout ce qui

existait encore, de cette armée levée k si grands frais, fut ainsi dispersé en deux jours.

Nouvelle division de V armée française. — Cependant la colonne de Duhesme s’était réunie sur le Volturno au reste de l’armée, qui fut alors partagée en trois divisions. Dufresne, k la droite, garda la ligne de Regi-Lagni. La réserve, sous Rey, s’établit â Caserte, où fut transporté le quartier général , et où Mack se réfugia auprès de Championnet. Acerra et Arirozo, â la gauche, furent occupés par la troisième division aux ordres de Duhesme. Le général Lemoine avait été chargé de porter au Directoire le traité d’armistice, et le général Macdonald, parsuite d’une mésintelligence survenue entre lui et Championnet, avait donné sa démission.

.4 1 toque et prise de Naples. — Après la fuite de Mack , les lazzaroni attaquèrent les avant-postes français k Aversa et sur quelques autres points. Cette attaque parut k Championnet une rupture de l’ar.i.iatice*, l'autorité du vice-roi, avec qui il l’avait conclu, se trouvant ainsi méconnue, il résolut d’attaquer luimême Naples. Cette résolution hautement manifestée lui attira une députation des principaux meneurs, qui s'offrirent d’observer fidèlement l'armistice et de payer une forte somme, s’il voulait renoncer à l’occupation de la ville; mais ces conditions lui paraissant sans garantie, il les refusa. Les agents de la cour absente profitèrent de cette circonstance pour augmenter l’exaspération des insurgés. Ceux-ci se donnèrent deux nouveaux chefs, simples lazzaroni, Pazzio et Michel-le-Fou. Cependant Championnet, pressé par la population paisible qui se trouvait dans Naples, exposée aux fureurs des lazzaroni, d’occuper cette place pour faire cesser le désordre, y consentit, à condition que ceux qui l’appelaient dans cette ville s'empareraient du fort Saint -Elme. Son armée se mit en marche vers Naples, le 20 janvier.

La division Duhesme eut la tkebe difficile d’enlever la porte Capuana et le pont de la Madeleine. Le colonel Broussier De s'empara de ce dernier poste qu’après un combat opiniâtre de six heures. Le général Monnier fut repoussé dans une première atlaqoe sur la porte Capuana. Le capitaine Urdonneau échoua dans une seconde tentative; mais le chef d’étal-major Thiébault attaqua une troisième fois et réussit à la faveur d’une ruse de Duhesme, qui, par une fuite simulée des assaillants , attira les Napolitains dans une embuscade. Les grenadiers et les chasseurs embusqués, s’élançant A la baïonnette au moment où les prétendus fuyards firent volte-face , repoussèrent les lazzaroni épouvantés et traversèrent la porte pêle-mêle avec eux. Toute l’artillerie ennemie fut prise dans cette affaire. «Voilà ce qui s’appelle arriver â un beau grade par une belle porte,» dit Duhesme à Thiébault, au moment où Championnet le nomma adjudant général sur le champ de bataille.

Championnet essaya alors une démarche pacifique; elle fut mal accueillie par les insurgés. Duhesme , vers 6 heures du soir, fit sauter, avec touxses défenseurs, une maison qui lui barrait le passage. Au même instant, Moliterno et Rocca-Romana, à l’aide de 600

ifiï FRANCE MILiTAlttE:

jeunes gms, s’emparaient du fort Saint-Rime. Championnet envoya aussitôt drut bataillons prendre possession de ce fort. Les derniers préparatifs de l'attaque de Naples furent faits pendant la nuit. A b pointe du jour, le fort Saint-Rime donna, ea mitraillant les bandes de laz/.aroni rassemblés sur les places, le signal de la marche de cinq colonnes , qui devaient pénétrer par différents points dans la ville, Rusca et Brou&sier placés à la gauche, avec les deux tiers de la division Duhesme en deux colonnes, débouchèrent par le faubourg de Capoue et le pont de la Madeleine , et se réunirent en repoussant la foule devant eux , visà-vis le fort d‘El-Carmine, qu’ils avaient ordre d'escalader, mais qui se rendit sans résistance. Le rassemblement de la porte Nola mit bas les armes presque sans résistance.

Kellrrmann, partant du Serrnglio, détail se porter sur h* Port-Neuf, mais il rencontra une vive résistance de la pari de Poggio qui . Soutenu par d’habiles canonniers et par quelques centaines d'Albanals, hii disputa le terrain pied à pied jusqu’au Largo-del-Casfello. Le ebef de brigade fiai vin , quoique protégé par une sortie dn port, n’était guère plus heureux. Il avait drt filer par les rues qui bordent le pied du fort Saint-Rime, pour se rabattre sur le fort de l'Œuf , et il était tenu en échec par deux colonnes napolitaines.

Sur ces entrefaites, Michel -le- Foo fait prisonnier par Ruses, fut conduit à Championnet. Ce général ayant bien traité le chef des iazzaroni et lui ayant promis de respecter Sa Int- Janvier (San Genuaro), patron de Naples, Michel servit d'intermédiaire auprès du peuple et le calma. — U né garde d’honneur donnée à Saint - Janvier, circonstance dont quelques lazzarotri s'assurèrent par leurs yeux, produisit surtout un incroyable effet, et les cris de mort se changèrent en celui de vivent les Français! Championnet profita de ce changement soudain de sentiment pour faire occuper tous les forts. Des résertes bivouaquèrent sur les places, et le reste de l’armée, sur les hauteurs qui dominait la ville.

Le* Français eurent «00 hommes tués, dans les diverses attaques de Naples. La perte des Napolitains fut immense. La priae de Naples valut à l’année 60 pièces de canon , 6 drapeaux et 4000 prisonniers de troupes (

réglées, Albanais ou Saisscs, qui étaient restés dan* Naples , après la dispersion de l’armée napolitaine. L'armée française reçut de son général le titre d 'armée de yaples , dans une cérémonie qui eut lieu, le 25 janvier, avec toute la solennité possible. Un Te Deum fut chanté dans toutes les églises , et une proclamation du général en chef appela les Napolitains à la liberté, en les rassurant sur 1rs vues du gouvernement français.

Duhesme, nommé commandant de Naples, opéra, sans éprouver de résistance, le désarmement des lazzaroni.

Création de kt République parthénopéenne. — Disgrâve de Championne/. — Sans attendré le* instructions dü Directoire, Championnet tranforma le royaume de Naples Ch ühè République, qui prit le nom de République parthénopéenne. Le nouveau gouvernement fut représenté pat- un comité de 21 membres, qui dut rénnir les pouvoirs législatif et exécutif, jusqu’à l'organisation complète et définitive de la future république. - Championne* arrêta néanmoins que les décrets de ce comité recevriüént la sanction du général en chef de l'armée française, ce qui soumettait toutes les autorités de Naples au pouvoir militaire. — le Directoire, déjà mécontent de ce général , se formalisa de Cette mesure.

A Naples comme à Rome, l'armée avait été suivie par relié tourbe d'administrateurs concussionnaires qui avaient déjà exercé tant de déprédations. Le même pillage fut organisé à Naples et produisit les mêmes plaintes. Championnet voulut s'y opposer, et il s’établit, entre lui et les commissaires du Directoire, qui soutenaient leurs employés , uue lutte dans laquelle le général s’emporta au point de chasser de Naples la commission et *■» agents. Le Directoire, heureux de trouvef le général en chef en collision avec ce qufl appelait son pouvoir légitimé, le fit arrêter à Naples, lé fB mars, et amener prisonnier en France, pour être jugé par on eonseil de guerre. Afin de mieux constater sa disgrâce, le Directoire lui donna pour successeur Macdonald, avec qui il était brouillé par suite de fa capitulation de Capotie. — L’armée rencontra dans son nouveau général un digne chef, mais les déprédateurs et les i concussionnaires n’y trouvèrent pas un appui.

RESUME CHRONOLOGIQUE

24 sovtviRE Invasion des Étal* romains par les Napolitains.

27 — Combat <f Ascoli.

28 — Combat de Terni et de Ricti.

2t> — Entrée des Napolitains à Borne, cic IMBUE Combat de Magliano.

5 — Combat de Civiu-Castcllana.

II — Combat de Ca!»i.

15 — Rentrée de» Français dans Rome.

1 6 — Combat de Monta Ito

21 DfcmsHB. Départ do roi de Naples pour Palero*.

24 — Marche des Français sur Naples.

3 u.iun. Combat de Capoue.

1 1 — Capitulation de Caftie. — Armistice.

22 — Attaque de Naples.

23 — Prise de Naples.

25 — Création de la République parthéniopéenue.

16 mars. Arrestation de Cham|donnd, remplacé par Macdonald.

A. lll’GO.

On «Muent chez DELLOYK , Éditeur, place de la Bourse, nie des Fillca-S. -Thomas. 13.

Parts. — foipndwri» <1 Foudcile de Rtr.iruvx et C*, tue de* PriSfi-Burrgtoi» Saiut-üftrlii'! . À

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