IBRAHIM- BEY EST EXPULSÉ D’ÉGYPTE
SOMMAIRE
Séjour à Alexandrie. — Départ pour le Kaire. — Marche dam te désert. — Privations. — Danger couru par Bonaparte. — Mort du général Mirenr. — Combat de Ramaufili. — Mmirad - Bey et Ibrahim - Br y. — Générosité de la femme d'ibrahim. — Combat de Cbébn-ii. — Suite de la marche sur te Kaire. — Découragement de l’armée. — Bataille de* Pyramide». — Ibrabim.Rey et le Pacha d’Égypte quittent te Kaire. — le quartier général à Embabeb.— Description du Kaire. — Proclamation aux habitants. — Occupation du Kaire. — Mesures militaires. — Entrée de Bonaparte au Kaire.— Organisation du Divan du Kaire et de l'administration des provinces.— Expédition contre Ibrahim. — Déli vranre de la caravane de la Mecque. — Combat <te Satehieh.'— Ibrahim est expulsé d'Égypte. — Retour au Kaire. — Nouvelles de la flotte.
AIXÊI »'o*IK*r. Il MA1RLUCKS.
Général en chef. — BotupjUte. || Baya. — Motuuo. — I nas mu
Séjour à Alexandrie.— Dr part pour le Kaire. — Dès que Bonaparte fut maître d'Alexandrie, il ordonna de faire entrer dans le port les bâtiments du convoi cl de procéder au débarquement des chevaux , de l'artillerie, des munitions et de tous les objets dont ils étaient chargés. Les jours et 1rs nuits furent employés A cette opération. Les vaisseaux de guerre , que les pilotes du pays disaient ne pas pouvoir entrer dans le port, étaient restés dans la rade; ce qui rendit le débarquement de l’artillerie de siège long et pénible.
Bonaparte convint, avec l’amiral Brueys , que la flotte irait mouiller à Aboukir, où la rade était bonne et le débarquement facile, et d’où l'on pouvait également communiquer avec Rosette et Alexandrie; il lui ordonna en même temps de faire souder avec précision la passe du vieux port d'Alexandrie , son intention étant que l'escadre y entrât , s'il était possible , ou que, dans le cas contraire, elle se rendit à Corfou. Tout commandait de presser le débarquement avec activité; les Anglais pouvaient se présenter d'uu instant à l’autre: il était donc nécessaire que l'escadre se rendit indépendante de l’armée. D’uu autre côté, tant pour prévenir les dispositions hostiles des Mamelucks, que pour ne pas leur laisser le temps d'évacuer les magasins, il fallait se porter sur le Kaire avec rapidité.
Peodant le débarquement, Bonaparte visitait la ville et les forts, dont H donna en parlant le commandement au général Kléber , que sa blessure empêchait de suivre l’armée. H ordonnait de nouveaux travaux, prenait les mesures civiles et militaires pour assurer la défense et la tranquillité de la ville, y organisait un Divan (conseil municipal], cl disposait tout pour que l’armée fût bientôt en état de rejoindre la division du général Desaix , qui, formant l’avant-garde , était déjà en marche dans le désert sur la route du Kaire.
Deux routes conduisent d’Alexandrie dans la capitale de l’Égypte : la première est celle qui passe par le désert et Danunhour, en suivant jusqu’à Kamanieh le canal qui, lors des inondations, conduit les eaux du Nil à Alexandt ie, et qui est à sec le reste de l'année. — Pour atteindre l’autre, qui remonte la rive du Nil, il aurait fallu gagner Rosette en côtoyant la mer, et traverser, à une lieue d’Aboukir, le détroit de deux cents torses de large qui joint le lac Madieh à la mer, passage au quel on n’était pas préparé. — Le général en chef avait fait équiper une petite flottille destinée à remonter lo Nil.
Celle flottille, commandée par le chef de division Pérée, était composée de plusieurs chaloupes canonnières et d’un chebec ; elle aurait été d’un grand secours pour l’armée, si on eût suivi la route de Rosette, en portant les équipages et les vivres des troupes, et eq suivant tous leurs mouvements. Mais les Français n’avaient pas encore pris possession de Rosette, et cette route aurait d'ailleurs retarde de huit A dix jours la marche de l’armée sur le Kaire. Bonaparte se décida à prendre celle de Damanhour.
Le commandement d’Alexandrie confié à Kléber laissait sans chef sa division ; Bonaparte la plaça provisoirement sous les ordres du général Dugua, qui eut l’ordre de partir avec les cavaliers non montés, de protéger l'entrée de la flottille dans le Nil, de s'emparer de Rosette, d’y établir un Divan provisoire et d’y laisser une garnison ; puis de remonter la rive gauche du Nil , afia de rejoindre l’armée à Kamanieh.
Marche dans le désert. — Privations. — L’armée partit d’Alexandrie, les 6 et 7 juillet , avec son artillerie de campagne et un petit corps de cavalerie, si toutefois on peut donner ce nom A trois cents hommes montés sur des chevaux épuisés par une traversée de deux mois et pouvant A peine porter leur cavalier. L’artillerie , par la même raison , était mal attelée. Le 8 juillet, lés diverses divisions arrivèrent à Damanhour, où elles séjournèrent un jour, et d’où elles partirent, le 10, pour continuer leur mouvement sur Ramanicb: La marche dans le désert fut très pénible; les Arabes avaient comblé les puits de Reda et de Birket, de sorte que le soldat, brûlé par l’ardeur du soleil et en proie à une soif dévorante, ne pouvait trouver A se désaltérer.
La division Desaix , qui formait l’avant-garde , eut tellement à souffrir du manque d’eau et de l’ardeur du soleil, que Desaix lui-même, si difficile A émouvoir dans les plus grands dangers, partagea l’abattement de ses soldats. Il écrivit au général en chef: «Si l’armée ne traverse pas le désert avec la rapidité de l'éclair; elle périra.»— Les troupes supportaient avec impatience des fatigues si nouvelles pour des hommrs habitués à combattre dans les plaines fertiles de l’Italie et de l’Allemagne. Leur soif ne pouvait être suffisamment étanchée par l’eau saumâtre du petit nombre de puits qu’il» rencontraient sur leur route. Elle s'augmentait au
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contraire par le$ illusions décevantes du mirage , qui changeait en une eau fraîche et limpide les vapeurs brûlantes exhalées du sein de la terre. C’était le supplice de Tantale renouvelé chaque jour : l’onde fuyait \ mesure qu’on cherchait k s’avancer vers elle. Un grand nombre de soldats succombèrent ainsi , abattus par la soif. Pour comble de malheur, ensuite, quand on s’approcha du Nil et quand l'eau devint abondante, les troupes, qui avaient reçu du pain pour plusieurs jours, et qui l’avaient gaspillé avec l’imprévoyance naturelle au soldat, manquèrent de vivres et furent réduites à se nourrir de pastèques (melons d’eau) aliment aqueux, malsain et affaiblissant. «Néanmoins, dit Bonaparte, ce fruit rafraîchissant était si agréable aux soldats accablés par la chaleur, qu’à l’exemple des anciens Égyptiens qui l’avaient divinisé, ils finirent par le nommer sainte Pastèque .»
Danger couru par Bonaparte. — Mort du général Jfireur. — Pendant la marche, les flancs de l’armée furent couverts d'une nuée de cavaliers arabes qui pillaient et assassinaient les traînards. Les Français, privés de cavalerie, ne pouvaient les poursuivre. Le général en chef lui-même faillit être enlevé par les Bédouins : un pli du terrain le cacha heureusement à leur vue. En reconnaissant le péril auquel il venait d’échapper, Bonaparte s'écria gatment : «Il n’est point écrit là-haut que je doive être pris par les Arabes.»
Le général Mireur ne fut pas aussi heureux à Damanhour; il acheta un cheval, voulut l’essayer et sortit du camp, malgré les représentations qui lui furent faites de ne pas s'éloigner. Trois Arabes, accroupis et cachés derrière des monticules de sable, le tuèrent et le dépouillèrent avant qu’on pût venir i son secours. Le général en chef le regretta vivement. 11 le regardait comme un des plus braves généraux de son armée. «C’était, disait-il, l’homme des dangers et des avantpostes; son sommeil était inquiet si l'ennemi ne se trouvait pas en face.»
Combat de Ramanieh. — L’ennemi attendit pour la première fois les soldats français en avant de Raraanieh. Environ 800 Mamelucks , en ordre de bataille, se présentèrent devant la division du général Desaix et la chargèrent; quelques volées de mitraille suffirent pour les disperser.
L’armée sc reposa deux jours à Kamanieb , où les soldats oublièrent leurs fatigues en sc baignant dans ks eaux désirées du Nil. F.JIc y fut rejointe par la division Kléber, aux ordres de Dugua, qui, conformément à srs instructions, s’était emparé de Rosette. Ce général annonça à Bonaparte 1 que la flottille était entrée dans le Nil , mais qu’à cause de* basse* eaux elle remontait le fleuve avec d-fOculté. Cependant elle arriva dans la nuit du 11 au 12 juillet. Le 12, l’armée, longtemps avant le lever du soleil, continua sa marche sur le Kr.irc et coucha à Mihict-.^lameh , village au-delà duquel elle devait rencontrer les Mameiucks.
• A A-imanteti , k général en chef reçut un coup de pied de cheval qui lui fit à la Jambe droite une contusion Grave : Larrey en prévint ** tuiles, et vint i bout de la guérir en peu de temps, ma'fp-s le* fttigue* de la ourdie et rwtviw du géQérai.
Mourad-Bey et lbrahim-Bey. — Générosité de ta femme d’ibrahim. — Les souverains réels de FÉgypte, les chefs principaux des Mameiucks étaient, k l'époque de l’expédition française, deux beys qui, long-temps ennemis, avaient fini par faire la paix et par se partager le pouvoir. — Ibrahim , sous le titre de CheiA-cbBeted, dirigeait l’administration, et Mourad, en qualité d ’ Êmir-Hadjy, était à la tête de l’armée. L’nis par l’intérêt, mais toujours rivaux, ces dominateurs de l’Égypte avaient, depuis douze ans qu’ils possédaient k pouvoir, déjoué un grand nombre de trames ourdies contre eux par les anciens beys, et battu les armées que la Porle-Ottomanc avait envoyées pour ressaisir son autorité.
Mourad-Bey avait une taille ordinaire; son visage,* coupé par une large balafre, était imposant, son regard vif et perçant , sa physionomie intelligente et spirituelle. La nature l’avait doué d’une grande énergie et d’une force de corps extraordinaire. Il possédait ce maintien et cet air de dignité que donne ordinairement l’exercice d’un grand pouvoir. Il était somptueux dans ses habits, et sa magnificence égalait quelquefois celle des anciens despote* de l’Asie. On lui reprochait plusieurs actes de cruauté , commandés peut-être par les habitude* orientales; mais on convenait généralement que la fermeté , la franchise et la loyauté formaient le fond de son caractère.
Au moment où la nouvelle du débarquement de l’armée française était arrivée au Kaire, les Français établis dans cette ville avaient couru de grands dangers. Avant de partir pour aller combattre, Mourad-Bey avait résolu de leur faire couper la tête; les conseils d’un Italien qui possédait sa confiance, lui firent ajourner cet atroce projet. Les Français curent seulement à payer, à titre d’avanie, une somme de 6,000 pataquès (20.000 fr.); mais ils avaient encore tout & craindre de la fureur d’un peuple fanatique, l’ne vertueuse musulmane, la femme d’Ibrabim-Bey , entreprit de les sauver; elle obtint de son ntari et de Mourad-Bey lui-même la permission de leur donner asile dans son palais. Elle eut pour eux les plus grands soins, et pouvut à tout ce qui leur était nécessaire; aucune vue d’intérêt personnel, ne dirigeait dans sa conduite cette femme généreuse , car elle était décidée à suivre son mari partout où le sort le conduirait *.
’ Pour bien comprendre tout ce que celte résolution de la femme dn bey de* Marne loris avait de rare et de noble, il Faut «avoir que, chez Ira Orientaux, le* femme* tout sacrées, et que dans les guerres intestines, même les plus acharnées, ou lei épargne constamment. Bonaparte n’axait uns doute pas besoin de cet usage du pays . pour les traiter avec ménagement. La femme de Mourad-Bey était restée au Kaire, ainsi que d'au 1res Femmes de* Mameiucks. qui conservèrent leurs maison* pendant que leur* maris faisaient la guerre aux Français. -- Le général en chef, peu de lemps après son entrée au Kaire, envoya Eugène Branbarnai* , son beau rtlset son aide de eamp, complimenter la femme de Mourad-Bey. Elle avait aupré* d’elle et sous scs ordres une cinquantaine de femmes esclavri appartenant 1 «on mari et à des katche's. Elle recul Eugène sur son grand divan , dans le harem , où il entra |>ar exception , et comme envoyé du Suitan- Kébir (nom sous lequel le» Arabe* désignaient Bonaparte). Tout» 1» femmes voulurent voir le jeune Français , et I» esclaves curent beau roup de peine 1 contenir leur curiosité et leur impatience. L'épouse de Mourad-Bey était une femme de cinquante ans encore assez belle, et qui passait pour avoir beaucoup cf intelligence et de mérite. Elle fit , suivant l'usage, apporter du café et des sorbets, et Ota de son doigt i «ne bague de mille louis qu'elle donna au jeune officier. — Sserent,
Cependant Mourad-Bey, ayant réuni un corps de Mamelucks, s'avança A la rencontre des Français. Il commandait lui-même celte avant-garde qui attaqua Desaix à Bamanieh , et avec laquelle il &e replia sur Chébrels où il avait donné rendes -vous aux beys et aux iatchefs qui devaient combattre sous scs ordres.
Combat de Chébrels. — Les Mamelucks, qui avaient pris position A une lieue au-delà de Mioiel-Salatneh , étaient au nombre de 4,000. — Leur droite s’appuyait au village de Chébrels, dans lequel [ils avaient placé quelques pièces de canon, et au Nil, sur lequel ils avaient une flottille composée de chaloupes canonnières et de fermes armées.
Bonaparte avait ordonné A la flottille française de continuer sa marche, en se dirigeant de manière à pouvoir appuyer la gauche de l'armée sur le Nil , et attaquer la flotte ennemie au moment où il ferait attaquer les Mamelucks et le village de Chébrels : malheureusement la violence des vents poussa à une lieue au-delà de l’armée la flottille , qui se trouva eu présence de l’ennemi , et fut obligée d’engager un combat d'autant plus inégal, qu’elle avait A la fois A soutenir le feu des Mamelucks et à se défendre contre leur flottille. — Des Arabes et des FeliAbs, conduits par quelques Mamelucks, parvinrent A prendre à l’abordage une galère et une chaloupe canonnière. — Le chef de division Pérée, après un rude combat, réussit A reprendre ces bâtiments et brûla plusieurs chaloupes ennemies. U fut puissamment secondé par l’intrépidité et le sang-froid du général Andréossy et des citoyens Monge, Bertbollet, Juuut, Payeur, et Bourrienne, secrétaire du général en chef, qui se trouvaicut A bord du cbebec.
Le bruit du canon avait fait connaître au général eu chai que U flottille était engagée; il ht avancer l'armée au pas de charge; elle s’approcha de Chébrels et aperçut les Mamelucks rangés eu bataille en avant de ce village. Bonaparte reconnut la position et donna ses ordres aux généraux. L'armée était composée de cinq divisions; chaque division se forma en carré sur une profondeur de six b '.-mines A chaque face, l’artillerie fut placée aux angles; au centre, étaient les équipages et la cavalerie. Les grenadiers de chaque carré formaient des pelotons flanquant les divisions, et destinés A renforcer les points d'attaque. — Les sapeurs, les dépôts d’artillerie prirent position, et sc barricadèrent dans deux villages en arrière, afin de servir, au besoin , de point de retraite.
L’armée n’était plus qu'à une demi-lieue des Mamelucks, quand tout à coup ils s’ébranlèrent par masses, sans aucun ordre de formation; et tandis qu’une partie d’entre eux voltigeaient sur les flancs et Air les derrières
dépoli, cite adressa Je» réclamations au général en chef, qui lui conserva l’i nlLigcs qui formaient scs doimmu'* et la protégea constamment. — U* femmes ticiUisicut vile en Égypte , on y trouve plus de brunes que de blondt». Généralement , leur visage c*( peu coloré et s une temie cuivreuse. lx» plus belles sont des Hrcrquc» ou des C<rcauieones. On y voit aussi de fort beite* Régresses aqicnéc» du Parfour et de l'intérieur de l'Afr que.
Bonaparte eut plusieurs fuis occasion d'oUwrvtr quelques- unrs Un femmes les plus distinguées du pays, auxquelles il accorda des audMoœs- * (. étau-ut . dit-il, ou des veuves de beys ou de kalcbeft , ou leur» épouses, qui, pendant leur absence, venaient implorer ma pru-
de l’armée, d’autres fondirent avec impétuosité sur la droite cl le front d<» carrés. Cette cavalerie africaine offrait uu coup d’œil magnifique. C'étaient de beaux chevaux arabes richement harnachés, piaffant, hennissant, caracolant avec grâce et légèreté ; c’étaient des cavaliers A l’air martial ,.cou verts d'armures étincelante* , enrichies d’or et de pierreries, de costume* divers brillamment bigarrés, la tète ornée de turbans à aigrettes, ou de casques doré*, armés de sabres, de lances, de flèches, de carabines. Ce spectacle frappa vivement nos soldats, sans cependant leur inspirer aucune crainte. On les laissa approcher jusqu’à portée de mitraille. Alors l'artillerie fut démasquée et son feu les mit en fuile. Quelques pelotons des plus braves attaquèrent avec intrépidité les flanqueurs. On les attendit de pied ferme, ei presque tous furent tués, ou par le feu de (a mousquelerie, ou par la baïonnette. — Animée par ce premier succès, l’armée s’ébranla au pas de charge, et marcha sur le vfllage de Chébrels qui fut emporté. La déroule des Mamelucks fut dès lors complète, leur flottille prit aussi la fuite. Le combat avait duré deux heures avec un égal acharnement. L'ennemi avait eu 600 hommes tués ou blessés, la perte des Français ne s’élevait qu'A 70 hommes environ.
Suite de la marche sur le htiire. — /découragement de l'armée. - Après le combat de Chébrels, l'armée atteignit Chabonr le même jour, 13 juillet. Cette journée était forte, mais rien ne repose le soldat comme une victoire; ou marcha eu ordre de bataille et au pas accéléré, dans l’espérance de couper quelques bâtiments de la flottille ennemie. En effet, les Mamelucks furent obligés d’en brûler plusieurs.
Le 14 , on coucha à Kom-cl-Cbérif , et le 15, à Alkam. LA, le général Zayonscheek passa sur la rive droite du Nil avec les cavaliers démoulés, afin de se porter sur Ménouf et à la pointe du Délia. Comme le Delta i/était pas infesté par les Arabes, Zayonscheek pouvait facilement s’y procurer des vivres, qui furent d’un grand secours A l’armée; ce général prit position A la pointe du Delta, dite le Ventre de la Vache, où le Ni! se partage en deux branches, celle de Damiette et celle de Rosette. Le 17, l’armée campa A Abou-Nichabeck ; le 18, elle arriva à üuardan, où les troupes séjournèrent le lendemain; on y bivouaqua dans une grande forêt de palmiers. Le 20, l’armée coucha A Omm-el-Dinar.
Afin d’élrc toujours en état de recevoir l'ennemi, et en raison de la nécessité où elle sc trouvait de se procurer des subsistances, l'année ne pouvait faire que do petites marches. - Elle était sans cesse harcelée par ks Arabes. On ne pouvait s’éloigner A une portée de canon sans tomber dans quelque embuscade. Si les Arabes
tertio». I j riehetae «K* leur habillement . la doUnk de leur démarche , de petites mains douer» , de beau* yeux, un mainlien noble rt gracieux rt de» mam*i es tré» élégante», dénota <rnt en t Iles de» fr mine» d'un rang cl d’une éducation au dcuui du vulgaire MU» t umiurnçalciit toujours par b- user la ouln du Sullnn-Kébir, qu'elle» portaient ensuite â i ur front . pui» à leur ntomae. Plusieurs exprimaient leur* di mande* avec une grâce parfaite, un ton <lc voix enchanteur. Cl développaient tous ks talents, toute l'aménité J*» pin» «pirtlucUef Européenne». La décence de Ihir maintien, la mode* tic de ltur* vc tenienl» y ajoutaient de» grâces nouvelle* ; et l’imagmalioa «c plantait à deviner des charme» qu'elle» ne laissaient pa» même entrevoir.»
étaient les plu* nombreux, iU assassinaient cl pillaient; à nombre égal et lorsqu'il fallait combattre, ili prenaient la fuite. L'adjoint aux adjudants généraux, Gallois, officier distingué, fut tué par eux eu portant uu ordre du général en chef. — L’adjudaul Desuauol», neveu du savant Laccpêde , tomba cotre leurs mains et fut emmené A leur camp. Bonaparte envoya au chef de la tribu un messager avec 100 piastres, pour le rachat de ce jeune homme. Le partage de cette somme suscita une vive querelle entre ceux qui l’avaient pris, lis allaient en venir aux mains, quand leur chef, pour terminer la contestation, tira un pistolet de sa ceinture, fit sauter le crâne au malheureux officier, et rendit les 100 piastres au messager, pour qu’il les rapportât au général en chef.
Tous les villages où arrivait l'armée étaient abandonnés, on n’y trouvait ni hommes ni bestiaux. Cet abandon, les privations et les fatigues affectèrent le moral des troupes. — «La mélancolie et la tristesse, a écrit, depuis. Napoléon, régnaient dans l'armée. Si les Hébreux , dans le désert de l'Égarement, se plaignaient et demandaient avec humeur â Moïse les oignons et les marmites pleines de viande de l'Égypte, les soldats français regrettaient sans cesse les délices de l’Italie. CVst en vain qu'on leur assurait que le pays était le plus fertile du monde, qu’il l’emportait même sur la Lombardie, le moyen de les persuader ! Us ne pouvaient avoir ni pain ni vin. Nous campions sur des tas immenses de blé, mais il n’y avait ni moulin ni four. Le biscuit apporté d’Alexandrie était mangé depuis long-temps; le soldat était réduit â piler le blé entre deux pierres, et â faire des galettes cuites sous les cendres. Plusieurs grillaient le blé dans uue poêle, après quoi ils le faisaient bouillir. C’était la meilleure mauière de tirer parti du grain, mais tout cela n'était pas du pain. Chaque jour leurs craintes augmentaient, au point qu’une foule d'entre eux disaient qu'il n'y avait pas de grande ville du Kaire; que celle qui portait ce nom , était, comme Damanhour, une vaste réunion de huttes, privées de tout ce qni peut rendre la vie commode et agréable. Leur imagination était tellement tourmentée, que deux dragons se jetèrent tout habillés dans le Nil et se noyèrent. Pourtant , si on n'avait ni pain ni vin , les ressources qu’on se procurait avec du blé, des lentilles, de la viande et quelquefois de» pigeons, fournissaient du moins â la nourriture de l'armée. Mais le mal était dans l’exaltation des têtes. Les officiers se plaignaient plus haut que les soldats, parce que le terme de comparaison était plus â leur désavantage. Ils ne trouvaient pas en Égypte les logements, les bonnes tables et tout le luxe de l'Italie. Le général en chef, voulant donner l’exemple, avait l'habitude de prendre son bivouac an milieu de l’armée et dans les endroits les moins commodes. Personne n’avait ni tente ni provisions, le dtocr de Napoléon et de IV-tat-major consistait dans un plat de lentilles.»
Bonaparte, en effet, partagent les privations de ses soldats et supportait patiemment leurs murmures, eertain, comme Christophe Colomb au milieu de ses marins irrités, d'atteindre bientôt le but de son expédition; mai» il n'avait pas le» même» ménagement# inuir
ses généraux, et en entendant les imprécations qu'un d’entre eux (Alex. Dumas) sc permettait de faire publiquement. «Taisez-vous, général , lui dit-il ; vos six pieds de haut ne m’effrayent pas. Si vous continuez à exciter l'irritation de l’armée, avant une heure je vous fais fusiller. » Le général se lui : il savait que Bonaparte était homme â exécuter sa menace.
Les heures de balle el la soirée du soldat se passaient en conversations politiques, en raisonnements ét en plaintes. — aQue sommes-nous venus faire ici? disaient les uns; le Directoire nous a déportés.» — «Caffardll, disaient les autres, est l’ageDl dont on s’est servi pour tromper le général en chef.» — Plusieurs s’étant aperçus que partout les vestiges d’antiquités étaient examinés avec soin, sc répandaient en invectives contre les savants , qui , pour faire leurs fouilles, avaient, disaient-ils, donné l’idée de l’expédition. Les quolibet» pouvaient sur eux, même en leur présence. Les soldats appelaient un âne un savant, el disaient de Caffarelli Du Falga , en faisant allusion â sa jambe de bois : « U se moque bien de cela, lui, il a toujours un pied en Frauce.» Du Falga et les savants ne tardèrent pas â reconquérir l’estime de l’armée.— Bonaparte protégeait les hommes de la science contre les brutalités des homme» de guerre. Ou remarque même que, pour apprendre à son armée â respecter ceux qui sc consacrent à l’accroissement et à la propagation des connaissance^ humaines, il fit toujours, en Égypte, dans ses proclamations et dans ses ordres, précéder son titre de générât eu chef, du titre de Membre de l'Institut.
Bataille des Pyramides. — Omm-el-üinar n’est qu’A une journée de marche du Kaire. Là, Bonaparte fut informé que Mourad-Rey, avec toutes ses forces réunies , l’attendait pour lui livrer une bataille décisive. — Les Mamclucks avaient, en effet, résolu de tenter un dernier effort sous les murs de leur capitale. Il s’agissait pour eux de vaincre ou de mourir. Üne défaite devait entraîner la chute de leur domination.
Leur armée, rassemblée sur la rive gauche du Nil, au nombre de plus de 60,000 homme», était adossée au fleuve, couvrant le Kaire qui est situé sur la rive droite, el s’étendait depuis Embabeh jusqu’aux Pyramides. La droite, appuyée sur ce village, était couverte par de» retranchements garnis de 40 pièces de canon, et défendus par l’iufantcric turque au nombre de 20,000 hommes, janissaires et spahis. — Un corps de 10,000 Mamelucks, servis chacun par trois Fellâhs armés A la légère, occupait le centre. — L’aile gauche était formée de 3,000 cavaliers arabes.
L’armée française, après une marche commencée pendant la nuit , arriva au point du jour devant l’ennemi. Cette ligne formidable, l’éclat des armes qui brillaient au soleil levant, l’aspect des trois cents minarets du Kaire, des bosquets de palmiers qui bordaient le fleuve, celui des larges el massives Pyramides qui paraissaient comme assises â l'horizon , pour assister A la lutte qui allait s'engager, tout ce tableau imposant et sublime excitait parmi les soldats uu sentiment de surprise, d’admiration el d’enthousiasme. — L’enthousiasme augmenta, lorsque le général eu chef, parcou-
rant le front de son armée et montrant du doigt l'horizon , prononça cette courte harangue, qui vivra sans doute autant que les Pyramides qui en furent les témoins :
«Soldats! vous êtes venus dans ces contrées pour les arracher à la barbarie, porter la civilisation dans l'Orient, et soustraire cette belle partie du monde au joug de l'Angleterre. Nous allons combattre. Songez que du haut de ces monuments quarante siècles vous contemplent.»
Les paroles de Bonaparte, soudainement répétées jusque dans les rangs les plus éloignés, animèrent les soldats d'un noble orgueil et d'un indomptable courage. Ils allaient avoir l’occasion de se montrer clignes à la fois du passé et de l’avenir.
L’armée fut bientôt disposée en carrés comme à Cbébreïs. Desaix commandait la droite, formée de deux di visions, Vial, la gauche, composée également de deux divisions; Bonaparte était au centre avec la division Kléber, qu'en l’absence de ce brave général , retenu â Alexandrie par ses blessures, commandait, ainsi que nous l’avons dit, le général Dugua.
Bonaparte, examinant avec soin les dispositions de l’ennemi, avait remarque que les pièces qui garantissaient le camp d'Embabeh n'étaient pas montées sur des affûts de campagne: il comprit que les fantassins turcs n’oseraient pas s’en éloigner. Il ordonna à Desaix de prolonger sa droite pour se mettre hors de la portée de cette artillerie, et d'attaquer ensuite les Mamelucks, tandis que Vial, de son côté, attaquerait de front les retranchements d’Embabeh : celte manœuvre devait placer l’ennemi entre deux feux.
Mourad était doué d'un coup d’œil pénétrant et de beaucoup de résolution; il avait le génie militaire. Il s’aperçut du mouvement des Français et en devina l’intention. Aussitôt il donna ordre à sa cavalerie de charger nos colonnes pendant leur marche. Le choc fut si rapide , si impétueux , que nos carrés furent un moment ébranlés; mais ils se reformèrent promptement. Les charges de l'ennemi se multiplièrent en vain ; leurs attaques désespérées n’eurent aucun succès. Vainement un bey, audacieux et héroïque guerrier, voyant tous ses efforts échouer contre ces remparts hérissés de fer, se dévoua-t-il avec 40 Mamelucks pour ouvrir un passage à Mourad -Bey. Ils acculèrent aux baïonnettes des grenadiers leurs chevaux qu’ils obligèrent à se renverser sur eux, et parvinrent ainsi A ouvrir une brèche, mais elle se referma aussitôt. Ils périrent tous, quelques-uns vinrent mourir aux pieds de Desaix. — Le courage discipliné triompha de la valeur désordonnée. - Écrasés par la mitraille et par le feu soutenu de l’infanterie française, les plus braves parmi les Mamelucks trouvèrent la mort autour de ces carrés, devant lesquels venaient se briser tous leurs efforts. Bonaparte avait saisi ce moment décisif pour faire attaquer Bmbabeh. Les généraux Bon et Vial enlevèrent à la baïonnette ce village et ses retranchements. La division turque et les Fcllâhs, ainsi qu’une partie des Mamelucks, se virent alors resserrés entre nos carrés, leurs propres batteries devenues les nôtres, et le fleuve. Ils furent entièrement dispersés ou détruits. Mourad-Bcy, séparé
de ses troupes , se retira vers Giseb avec 2,600 cavaliers, seuls débris de sa nombreuse armée ; la majeure partie de l’infanterie turque et des Fellâhs se sauva à la nage en traversant le Nil : ceux des Mamelucks qni voulurent tenter cette voie désespérée de salut , se noyèrent, entraînés par le poids de leurs armures. Le camp de l'ennemi, 1,000 prisonniers, 900 chameaux chargés de bagages, 40 canons, plusieurs milliers de chevaux arabes et la possession assurée du Kaire, furent les résultats de celte glorieuse victoire, qui reçut le nom de Bataille des Pyramides. L’ennemi avait perdu 10,000 hommes, mamelucks, janissaires et fellâhs; Mourad- Bey, lui-même, avait été blessé â la joue d’un coup de sabre. Les Français n’eurent que 30 hommes tués et 200 blessés *.
Au moment de la bataille, les Mamelucks avaient sur le Nil soixante .bâtiments chargés de toutes leurs richesses. La fatale issue du combat, et les canons français déjà braqués sur le fleuve, au-delà des débouchés de l’ile de Rodah , leur ôtèrent l'espérance de les sauver et ils y mirent le feu. Cet incendie fut considérable et d’un effet magnifique; â travers les tourbillons de flamme et de fumée, on apercevait les minarets et les édifices du Kaire, rouges de la lueur qui illuminait au loin l’horizon et atteignait même les massives pyramides.
La flottille française n’avait pas pu, faute de vent, suivre le mouvement de l’armée. Elle n’aurait pas rendu la journée plus décisive, mais elle eût aidé probablement à faire un plus grand nombre de prisonniers, et elle eût sauvé des flammes les richesses de la flottille arabe. Quoique le vent du nord soufflât avec violence, les marins Français avaient entendu le canon; le vent se calma, et le bruit du canon augmentant paraissait s’ètre rapproché d’eux le soir. Ils crurent un moment que la bataille était perdue ; mais la vue des nombreux cadavres de Mamelucks entraînés par les flots près de leurs bâtiments, les rassura bientôt.
Ibrahim-liey et le Pacha d'Égypte quittent le Kaire. — Le 21 juillet au matin, tandis que Mourad- Bey se préparait â livrer bataille, le pacha d’Égypte, Seid-Abou-Beker qui , n’ayant point reçu la lettre de Bonaparte, ignorait les motifs de l’invasion française, et qui se trouvait fort embarassé sur la conduite qu’il avait à tenir, s'était entendu avec Ibrahim-Bey et avait chargé un des principaux négociants français établis au Kaire, d’aller trouver Bonaparte pour connaître ses desseins. La bataille qui s’engagea aussitôt empêcha celle négociation d’avoir lien. — Ibrahim avait avec lui, sur la rive droite du Nil , 2,000 Mamelucks. Il eut soin de faire transporter dans leur camp tout ce qu’il avait de précieux. Témoin de la bataille des Pyramides et de la défaite de Mourad, il prit aussitôt un parti, fit replier ses tentes, et emmenant ses trésors et ses esclaves , se retira dans la nuit du 21 au 22 , vers Belbeïs sur la route de Syrie. — Le pacha se décida à le suivre.
Après leur départ, la populace du Kaire livrée â elleméme se porla à tous les excès. Le# palais des beys furent dévastés , celui de Mourad fut incendié ; on vou-
* Larrey. Relation chirurgicale de t’armée d‘ Orient ,pagl3.
Int attaquer la maison de la femme d’ibrahim , o(l les négociants français étaient réfugiés ; mais leur bonne Contenance arrêta les assaillants. — Les Cheiks des mosquées et les divers agas des janissaires et de la police, après de longs efforts, parvinrent enfin à rétablit l'ordre.
rLe quartier général s'établit à Bmbabeh. — Pendant la nuit la division Menou avait passé un bras du fleuve et pris posi lion dans nie de Rodab. — Les divisions Reynier, Dugua et Desaix, après avoir poursuivi les Mamelucks jusqu'au-delà des Pyramides, étaient revenues à Gizefa, dunt les divisions Bon et Menou occupaient déjà le camp retranché ; on y avait trouvé de ■ombreuses provisions de bouche et des bagages; l'espoir d’un riche butin avait ranimé les forces des soldats, •I ta plupart étaient déjà occupés à repêcher les cadavresdea ennemis quis’étaieol noyés dans le fleuve. Les MShimsd 'argent considérables que les Mamelucks ont la aéutsmedeportersureux, leurs vêtements magnifiques, leurs armes précieuses garnies d’or et d'argent, ornées de belles ciselures, encourageaient les troupes A cette recherche. «— On mettait en vente le* dépouilles conquises dans le combat : le champ de bataille était devenu un matvhé. Au milieu de» cadavres, on vendait des chevaux , des armes, des vdfmdflta , des selles, des housses, des chameaux. Il régnait une joie bruyante; Ms Uns mangeaient et buvaient, d’autres se paraient de turbans et de pelisses ; personne ne songeait plus aux souffrances qu'il avait endurées.
i Le général en chef avait établi son quartier général AGizeh , dans la maison de campagne de Mourad-Bcy, dette habitation ne ressemblait en rien aux châteaux d’Europe « Nous eûmes , dit Napoléon, beaucoup de peine A nous y loger-et à reconnaître la distribution des différentes pièces: mais ce qui frappa le plusagréablement les officiers, ee fut une grande quantité de anouins et de divans, couverts des plut beaux damas, des plus belles soieries de Lyon , et ornés de franges for» Pour-la première fois nous trouvâmes en Égypte te lois et les arts de l’Europe. Line partie de la nuit se passa A parcourir dans tous les sens cette singulière maison. Les jardins étaient rempli* d’arbres magniflque? , tnâU ils étaient sans ailées et ressemblaient asset toi jardins des religieuses d’Italie. Ge qui fit le plus de ptoisir aux soldats, car chacun y accourut, ce furent tè grands berceaux de vignes , chargés des plus beaux ttitîDs du monde. La vendange fut bientôt faite.»
Description du Kaire. — Le Kaire, dont l’armée française n'était séparée que par le Nil, eat situé à une demi-lieue du fleuve, où Ses ports sont le vieux Kaire et Boulac. U est traversé par un canal A sec la plua grande partie de l’année, mais qui se remplit pendant l’inondation et se ramifie en de nombreux canaux secondaires. Alors la place d’El-Békir, la plupart des places et des jardins du Kaire sont couverts d'eau, et tous les quartiers communiquent entre eux avec des bateaux. Le Kaire est dominé par une citadelle placée sur Ain mamelon, et à laquelle un aquéduc,ouvragc remarquable , porte de l’eau. — Il y a A cet effet , au vieux £pire, une grosse tour octogone, très haute, renfermant un réservoir où les eaux du Nil sout élevées par T. U.
une machine hydraulique, et d’où elles coulent dans faquédoc. Lorsque les Français entrèrent an Kaire, cette forteresse était négligée, sans défense , et tombait en ruines. Bonaparte la fit immédiatement réparer. La ville est entourée de hautes murailles bâtie* par les Arabes, surmontées de tours énormes; ces murailles étaient en mauvais état et tombaient de vétusté; elles furent également remises en Aat de défense. — L* Kaire est une ville très-grande, la moitié de son en» ceinte confine avec le désert, on trouve des sables arides en sortant par la porte de Suez. Sa population était considérable : on y comptait 210,000 habitants. «Les maisons, dit Napoléon, sont fort élevées et les rues étroites, afin d’être A l’abri du soleil. C'est pour le même motif que les bazars ou marchés publics sont couverts de toiles ou de paillassons. Les Beys ont de très beaux palais d'une architecture orientale, qui tient plutôt de celle des Indes que de la nôtre Les Cheiks ont aussi de très belles maisons. Les okels sont de grand» bâtiments carrés qui ont de vastes cours intérieures et où sont renfermées des corporation» entières de marchands. Ainsi, il y a l'okel du riz, l’okel des marchands de Suez , de Syrie. Tous ont A l’extérieur, et donnant sur 1rs rues , de petites boutiques de douze A quinze pieds carrés, où se" tient le marchand avec te» échantillons de ses marchandises. Le Kaire a un grand nombre de mosquée* les plu» bol Us du inonde; les minarets sont riches et nombreux. Les mosquées servent cil général A recevoir les pèlerin» qui y couchent» Il en est qui en contiennent quelquefois jusqu’à 3,000; de ce nombre est celle de Djcntti-Azar, qu’on cite comme la plus grande de l'Orient. Les mosquées se composent d'ordinaire, de cours dont le pourtour est environné de colonnes énormes, couvertes par des terrasses; dans l'intérieur se trouvent une foule de bassins ou réservoirs d'eau pour boire «t pour se laver. — - Il y a dans un quartier quelques familles européennes; c'est le quartier des f rancs ; l’on y rencontre uu certain nombre de maisons, comme celle que peut avoir en Europe un négociant de 30 AdOAWO livres de rente; elles sont meublées A l'européenne avec des chaises et des lits; des églises pour les Cophtes, et quelques couvents pour les catholiques Syriens. — A côté de la villé du Kairé.ducôté du désert, se trouve la vVte dei morts. Cette ville est plus grande que le Kaire même; c'est là que toutes tes famille* ont leur sépulture. Une multitude de mosquées , de tombeaux , de minarets et de dômes conservent le souvenir des grands qui y ont été enterrés, et quMes ont fait bâtir. Beaucoup dè tombeaux ont des gardiens qui y entretiennent dèt lampes allumées et en font Voir l'intérieur aûx curieux. Les familles des morts, ou des fondations, pourvoient à ces dépenses. Le peuple lui- même a det tombeaux distingués par famille ou par quartier, qui s'élèvent A deux pieds de terre. — Il y a au Kaire unt foule de cafés; on y prend du caFé, des sorbets ou dè l'opium, et on y disserte sur les affaires publique*. — Autour de cette ville, ainsi qu’auprès d’Alexandrie, Rosette, etc., on trouve des monticule* assez élevés; Ift sont formés de ruines et de décorabrc* , et S'accroissent tous les jour» parce que tou» les débris dè la vltté y
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sont portés; cela produit un effet désagréable. Les Français avaient établi des lois de police pour arrêter le mal, et l’Institut discuta les moyens de le faire entièrement disparaître; mais il se présenta des difficultés. L’expérience avait prouvé aux gens du pays qu’il était dangereux de jeter ces débris dans le Nil , parce qu’ils encombraient les canaux, ou se répandaient dans 1a campagne avec l’inondation.»
Proclamation aux habitants. — Une vieille tradition des Arabes accorde l’empire de l’Égypte à celui qui se rend maître du Kaire. — Le sort de cette ville avait été décidé par la victoire des Pyramides. — Bonaparte adressa cette proclamation aux habitants :
« Peuple du Kaire, je suis content de votre conduite; vous avez bien fait de ne pas prendre parti contre moi; jp suis venu pour détruire la race des Mamelucks, protéger le commerce et les naturels du pays. Que tous ceux qui ont peur se tranquillisent ; que ceux qui se sont éloignés rentrent dans leurs maisons; que la prière ait lieu comme à l’ordinaire, comme je veux qu’elle continue toujours. Ne craignez rien pour vos familles, vos maisons, vos propriétés, et surtout pour la religion du Prophète, que j’aime. Comme il est urgent qu’il y ait des hommes chargés de la police, afin que la tranquillité ne soit pas troublée, il y aura un divan composé de sept personnes qui se réuniront a la mosquée de Ver. Il y en aura toujours deux près du commandant de la place, et quatre seront occupés à maintenir la tranquillité publique et à veiller A la police.»
En envoyant aux Cheiks et aux notables cette proclamation et celle qu’il avait adressée aux Égyptiens , en débarquant A Alexandrie, le général en chef les invita A faire passer de son c6lé tous les bateaux qu’ils avaient sur la rive droite, à lui envoyer une députation en témoignage de leur soumission, et A faire préparer des vivres pour l’armée. Ignorant le départ du pacha d'Égypte, il lui écrivit de nouveau, pour l'assurer des intentions pacifiques de la République française envers la Porte-Ottomane.
Occupation du Kaire. — Le même jour, une députation des Cheicks, accompagnée de quelques négociants français, se présenta devant le général en chef pour lui annoncer la soumission de la ville, et implorer sa clémence. Bonaparte répondit A cette députation que le désir des Français était de rester amis du peuple égyptien et de 1a Porte- Ottomane; que les mœurs, les usages et la religion du pays seraient religieusement respectés. Il envoya ensuite prendre possession de la citadelle du Kaire, un détachement commandé par le brave Dupuy, ex-chef de brigade de 1x32", qui, ainsi que I)e8taing, autre chef de brigade, avait été nommé général de brigade sur le champ de bataille d’Aboukir. Le détachement qui allait occuper une ville peuplée de 210,000 habitants, n'était que de 250 hommes ; il accomplit néanmoins heureusement celte mission délicate.
«Le général Dupuy , l'adjudant général Beauvais, le nouveau chef de la 32" demi-brigade, Darmagoac, et les compagnies de grenadiers, écrit un témoin oculaire, montèrent dans la soirée A bord de la barque qui avait amené le# négociants français , et de quelques autres ,
djermes. Les négociants accompagnaient le détachement pour lui servir de guides. — La nuit était close, lorsque après avoir traversé le Nil , il arriva sous les murs du Kaire. Les Français entrèrent dans la ville sans rencontrer un seul habitant. Cette poignée de soldats parcourait, en bon ordre et sans crainte, les rues étroites et silencieuses de l'immense capitale de l’Égypte, pour aller chercher un gîte au centre même de cette ville. La confiance du général Dupuy et de ceux qui l’accompagnaient était telle , que pour indiquer A ceux qui marchaient A la queue de la colonne, et qui pouvaient rester un peu en arrière, la direction que prenait la tète, un tambour battait la marche. Ce bruit inusité, loin de faire sortir les habitants de leur torpeur leur inspirait encore une terreur plus profonde. — L’obscurité ne permettait pas aux guides qui accompagnaient la colonne de la mener par le chemin le plus direct, au quartier où elle devait s’arrêter et passer le reste de la nuit. — Il était une heure du matin ; les Français étaient fatigués d’une marche difficile sur un sol inégal, rocailleux et sablonneux des rues du Kaire: la chaleur et le besoin impérieux du sommeil commandaient un repos nécessaire. Le général Dupuy prit le parti de faire enfoncer la porte d’une grande maison inhabitée, appartenant A un des katchefs (chef subalterne des Mamelucks). Les Français s’y reposèrent, et y attendirent le jour. Alors ils allèrent occuper la citadelle.»
Mesures militaires. — Bonaparte resta deux jours à Gizch, pour y prendre les mesures nécessaires A la sûreté de l’armée. L’enceinte de cette ville était assez vaste pour renfermer tous les établissements militaires, et assez forte pour résister aux Arabes. On s'empressa de la meure en état et de l’armer d’artillerie. — Un fort A étoile, capable de contenir 250 A 300 hommes et deux pièces de canon , fut tracé près des Pyramides. — La division Desaix, que Bonaparte destinait A poursuivre dans la Haute-Égypte les Mamelucks qui avaient suivi Mourad-Bey, eut ordre de se porter à deux lieues au-dessus de Gizeh, en suivant les bords du Nil ; Desaix devait choisir près du fleuve un emplacement qui fût A l’abri de l’inondation pendant les crues, et propre A établir un camp retranché triangulaire, assez grand pour contenir sa division, et que devaient former trois redoutes se flanquant entre elles , réunies par de* courtines et des fossés : chaque redoute devait être défendue par 100 hommes et deux pièces de canon.
Avant de donner à Desaix l’ordre de poursuivre les Mamelucks , Bonaparte essaya d’entrer en négociation avec Mourad: il parait que celui-ci lui avait déjà fait faire quelques ouvertures. Bonaparte lui fit offrir par un négociant italien qu’il chargea de conclure et de signer une convention pour mettre fin aux hostilités, des conditions analogues A celles qui servirent plus tard de base A l’alliance que Kléber conclut avec ca bey, c’est-à-dire qu’il lui offrit de lui laisser, sous la suzeraineté de la France, le gouvernement de la province de Girgeb dans la Haute-Égypte. — Cinq jours seulement étaient laissés au chef des Mamelucks pour qu’il fit connaître sa résolution. Cette négociation fut sans résultats.
Entrée de Bonaparte au Kaire . — Eofio , le 25 jtillet, le géuéral en chef fit à quatre heures de i’après midi son entrée solennelle dans la capitale de l'Égypte. — Un grand nombre d'habitants que la modération dm Français, si différente de la conduite altière et tyranniqne des Mamelucks, avait fait reveoir de leur première frayeur, s’étaient portés a la rencontre du cortège. Accoutumés à la marche sombre, menaçante et rapide des beys et de leurs katchefs, il ne pouvaient voir sans étonnement Bonaparte suivi de ses généraux, marchant au milieu de la foule et lui souriant avec bienveillance. La singularité des vêtements, le luxe de quelques uniformes, la simplicité des armes, l'air guerrier, et néanmoins la physionomie douce de tous les visages , la jeunesse surtout de ces vainqueurs des Mamelucks , contribuaient à augmenter la surprise. — En effet, l’armée d’Égypte, quoique composée de soldats qui avaient fait Les guerres ditalie , n’était , à quelques rares exceptions près, qu’une armée de jeunes gens. On nommait un ancien un homme de trente ans. Le générai en chef alla loger sur la place Esbekieh , dans la maison d’Eify-fiey, et y établit son quartier général. Cette maison, située à une extrémité de la ville, avait un jardin communiquant avec la campagne. Dès le soir même de son entrée au Kaire , Bonaparte écrivit à son frère Joseph, député au conseil des Cinq-Cents, une lettre publiée à Londres dans la Correspondance interceptée de rarméed' Orient, et qui, à notre avis, semble prouver que, comme il en avait frit la promesse au Directoire, ii songeait encore au projet de descente en Angleterre. On lit dans cette lettre : Je pense être en France dans deux mois. La perte de la flotte k Aboukir, et la déclaration de guerre de la Porte changèrent forcément cette résolution.
Les vainqueurs trouvent souvent des adulateurs et des poêles même parmi les peuples qu’ils ont vaincus. Le jour ou le général Français prit possession du Kaire on chanta dans la grande mosquée un cantique de louanges. Cette espèce de Te Deum oriental célébrait le triomphe des braves de l'Occident et du favori de la victoire sur les Mamelucks '.
Organisation du Divan du Kaire et de l’administration des provinces. — Un des premiers soins de Bonaparte , après son entrée au Kaire, fut de constituer définitivement le divan , et d’organiser l’administration des provinces. — Le divan du Kaire se composa
» Vo*d le* première* «tropbe* de cet hymne poétique :
• Legrand Allah n‘e*t pta* Irrité contre doo* ï R a oublié no* faute* aaan punie* par ta longue oppretuoa de* Mametocfc* ’ Chaaton* le* murfncorde* du grand Allah !
• Quel e*i celui qui a utrré de* danger* de la mer et de la fureur de •es ennemi* le tarori de la victoire ? Quel e*l celui qui a conduit «uni et sauf* tur le* rive* du Nil le* brave* de l'Occident ?
•Ce*t le grand Allah ! le grand Allah qui n'c*t plu* irrité contre nom ! Cbantooi le* mitérirorde* du grand Allah I
• Le* Beyi-Matnetork» avaient mi* leur couflpnce dan» leur* chevaux; le* Bey t Mameiuriu avalent rangé leur infanterie en bataille.
• Mau le favori de U victoire . I ta Me des braves de l'Occident, a détruit l'infanterie rt le* chevaux de* Mamehick*.
•De même que le* vapeur* qui «'élèvent le malin du Nil aonl dM péa* par Ma rayon* On aoietl , de même l'armée de* Mametocà* a SU dlMipée par Ma.hravm de rOorident, parce que te grand Allah e*t •doc Ile meut irrité contre le* Mamdock* ; parce que le* brave* de rOccfcteat «ont la pruntete droite du grand Allah. >
de neuf de* principaux Cheiks ; il eut le droit de choisir son président dans son sein. Un interprète et deux secrétairesonterprètes , sachant le français et l’arabe , lui furent attache*. Il eut la nomination de» deux agat chargés de la police , et de* trois membres de le commission de surveillance des marchés et de celle d’inhumation des cadavres : il dut s'assembler tons le* jours à midi ; trois de tes membres restaient constamment en surveillance. Une sentinelle française et une sentinelle turque gardaient le lieu de ses séance*. Lé général Berthier , chef de Pétat-mijor général , et le général Dupuia, commandant du Kaire , installèrent le divan, et reçurent ton serment de ne rien faire contre les intérêts de l’armée
L’administration des provinces fut organisée conformément aux avia exprimés par le divan du Kaire . auquel le général en chef adressa plusieurs questions sur la formation , la composition et les appointements des divsns provinciaux , sur les successions, anr la manière de rendre la justice , tur les propriétés et le* impositions. Les réponses du divan furent pleines de sagacité , rappelèrent les lois et le* usages qui régissaient l’Égypte , et satisfirent complètement le général en chef. En conséquence , celui-ci arrêta qu’il y aurait dans chaque province :
1° Un divan composé de sept notables , enargés de veiller aux intérêts de la province , de transmettre les plaintes au général, d empécber les guerres entre les villages et d'éclairer le peuple , toutes Ici fois que cela serait nécessaire ;
2° Un aga des janissaires attaché au commandant français, et qni , avec une compagnie de 60 homme* du pays armés, aurait la charge de maintenir l'ordre , et de contenir chacun dans l’obéissance et la tranquillité ;
3° Un intendant , chargé de la perception du miry et du feddam , et de tous les revenus appartenant aux Mamelucks, et qui étaient devenus propriétés de Ia République;
é° Un agent français placé près de cet intendant , tant pour correspondra avec l'administration des finances que pour faire exécuter ses ordres et se trouver toujours au fait de l’administration.
Enfin le général en chef arrêta que tous les propriétaires d'Égypte seraient confirmés dans leurs propriétés ; que les fondations pieuses affectées aux mosquées seraient conservées ; que toutes les transactions civiles et commercial» continueraient à avoir lieu, et que la jostice continuerait à être administrée comme par le passé.
Kléber commandait à Alexandrie , Menou I Rosette, et Dumuy à Damanhour, dans le Bahireh. Bonaparte nomma d’autres généraux pour gouverner les provinces déjà occupées par les troupes françaises. Zayonachek fut envoyé dans le Menoufieh, Murat daus le Kelioub, Vial à Damiette, Fugièrea dans le Garbieh , et Belliard à Gizefa. Le général en chef leur donna pour instruction d'organiser les divans et les compagnies de janissaires, de désarmer les habitants, de requérir des chevaux pour la cavalerie , de bâtir des fours pour la troupe, d’établir des hôpitaux , d’activer
li travail des commission» pour l'inveotaire des biens appartenant aux Mamelucks, d'étudier cl de faire connaître l’esprit des habitant* , U population et ira ressources pécuniaires des provinces , d’y répandre des proclamations, et enfin d'en faire lever, aussi bien que possible , le plan par les officiers du génie ou de Fétat-major. Afin de con tenir les ennemis de l’année , Bonaparte recommandait a ses lieutenants la plus grande sévérité, ail faut , écrivait-il , prendre avec ces peuples le ton nécessaire pour qu'ils obéissent ; et pour eux , obéir c'cst craindre. a
Expédition contre Ibrahim. — Délivrance, de la caravane de la Mecque. — Cependant Ibrahim-Bey c’était retiré A Belbeis , d’où il cherchait A soulever les Fellàht du Ddta, où il attendait le retour de la earavane de la Mecque , dans l’intention de rallier A ku les Mamelucks de l’escorte , et de profiter de ce renfort pour exécuter contre les Français un plan d’attaque combiné avec Mourad-Bey et les Arabes.
L’armée avait beaucoup souffert de la marche , des chaleurs excessives , de la mauvaise nourriture; elle avait besoin de repos avant de se mettre A la poursuite des Mamelucks et de les chasser entièrement de l'Égypte. Bonaparte sentait d’ailleurs la nécessité d’organiser un gouvernement dans la capitale et le reste du peys , d’assurer la subsistance du peuple et de l’armée , d'organiser tous les services , et de se mettre , par des positions retranchées, A l’abri de toute surprise, soit de la part des Mamelucks, soit de la part des habitants. Néanmoins , comme le voisinage d'ibrahim était le plus dangereux , il avait ordonné , le 2 août, au général de brigade Leclerc d’aller, avec 30U hommes de cavalerie, trois compagnies de grenadiers, un bataillon et deux pièces d’artillerie légère , prendre position au village d’El-Hanka, pour observer Ibrahim-Bey. Leclerc y fut attaqué, le 8, par 4000 Mamelucks et Arabes , que plusieurs décharges d’artillerie mirent en fuite ; mais les Fellâbs soulevés se représentaient tous les Jours et harcelaient les avant-postes.
Le 7 août l’armée, composée des trois divisions. Bon , Reynier et Menou , partit du Kaire pour joindre Ibrahim-Bey, lui livrer bataille, détruire son corps et le chasser de FÉgypte ; elle se réunit le 8 A l’avantgarde de Leclerc , et coucha le 9 A Belbeis. — Ibrabim- Bev n’avait pas cru prudent de l’attendre et s’était retiré vers Saiehieh. — Le 10, l’armée, continuant sa marche , était encore à quelques lieues de ce village , lorsque dans le désert on aperçut une earavane , escortée par une troupe d'Arabes. La cavalerie française t’avança aussitôt, chargea les Arabes , les mit eu fuite et arrÎHa la caravane : c’était celle de la Mecque , qu'lbrahim avait fait rétrograder sur Saiehieh. La plus grande partie de ceux qui la composaient y avaient consenti , et il emmenait avec lui une foule de marchands avec leurs marchandises; les autres avaient demandé A suivre leur route vers le Kaire, sous l’escorte de quelques Arabes; mais A peine cette portion de la caravane avait-elle été abandonnée par les Mamelucks, que les Arabes , qui devaient l’escorter et la protéger, avaient pillé eux-mêmes toutes les marchan-
dises, sous prétexte que les marchands ne pouvaient éviter d'ètre pillés par les Français. La cavalerie délivra ainsi environ six cents chameaux , chargés d’hommes , de femmes et d'enfants , que Bonaparte fit conduire au Kaire , sous une escorte de troupes françaises.
— Dans presque tous In villages que l’armée tra ver- ' sait , die rencontrait des marchands et des pèlerins de la caravane qui avaient pris la fuite ; Bonaparte chercha A les rassurer et leur promit sûreté et protection. Pour leur prouver que les promesses des Français ne ressemblaient pas A celles des Arabes , dès qu’il fut arrivé A Korain, village arabe qui avait fourni l’es» corte, il en fil arrêter le Cheik, et le mit eu présence des principaux marchands avec lesquels il avait traité * de l’escorte qui les avait pillés. Le Cheik, menacé d'être fusillé, retrouva sur-le-champ la plus grande partie des objet» volés, et fit rendre aux marchands leurs femmes et leurs esclaves. Le pillage des Arabes devait avoir été considérable. «Un seul négociant , dit Bonaparte dans sou rapport au Directoire , m’assura qu’il perdait 200,000 érus en châles et autres marchandises des Indes. Il avait avec lui toutes ses femmes. Je leur donnai A souper et leur procurai les chameaux nécessaires pour leur voyage au Kaire. Plusieurs d’euue elles paraissaient avoir une assez bonne tournure . mais leur visage était couvert, selon l’usage du pays, usage auquel l'armée s'accoutumait le plus difficilement.»
Combat tle Saiehieh. — ibrahim est expulsé ff gypte. — L’aruiée continuait sa marche à grand* s journées, pour atteindre Ibrahim-Bey. Le 11 août , A quatre heures de l'après-midi, l'avaoL-gande, composte d'environ 300 hommes de cavalerie , arriva ep vue de Saiehieh. Au moment où elle entrait dans le village* Ibrahim-Bey surpris fuyait A la hâte, couvrant s* n arrière-garde d'environ mille MamlucL?.
L’infanterie française était encore A une lieue et demie en arrière; les chevaux étaient harassés de fatigue, des nuées d’Arabes couvraient la plaine, attendant l’issue du combat pour tomber sur les vaincus La seule arrière-garde dlbrahinj-Bcy était trois fois plus nombreuse que l’avaut-garde française. Malgré l’infériorité du uombre, Bonaparte , A la tète de cette avant-garde, n’hésita pas A le poursuivre dans le désert. Deux cents braves, tant du 7e régiment de hussards que du 22* de chasseurs , et des guides à cheval emportés par leur fougue , et sans doute aussi par l’espoir de s’emparer des trésors du Bey, chargèrent avec impétuosité les Mamelucks. Us furent enveloppés ; la charge devint générale , les guides suivirent les hussards ; les aides de camp, les généraux, se jetèrent dans 1a mêlée. Bonaparte resta presque seul, lies deux côtés on se battit en désespérés. Chaque officier, chaque soldat , eut A soutenir un combat particulier. Enfin le 8e de dragons s’avança, et par une fusillade bien dirigée, força les Mamelucks A se retirer, abandonnant deux pièces de canon et une cinquantaine de chameaux
* Au moment où le» F rinçai* w préparaient à «Uaqwr le» Msok*lueki , un parti d'Arabes de ISO homme* , qui Ju»qu alow anàol nM tbrabim . proposa à 8ooj parte de charger are u laralme, à condition d'aroir pari au boUu. CM* propoUlk* a*eul pmdeimll, mai» elle caracteroe te* Arabes. * *■ WV
Digiti. i'^ v ïoogle
KKA.MR MILITAIRE.
Combat .\avoi d'Aboukir
KRAMK MILITAIRE
chargés de tente» et d’autre» effet». — Mai» Ibrabim- Bey parvint A sauver avec lui ses équipages, dans lesquel» étaient ses femmes , celles de ses Mamelucks , •es trésors et les plus riches marchandises de la caravane. Il avait disparu quand l’infanterie française arriva A Salehieh , où elle prit position. Ibrahim continua à fuir vers la Syrie» dont le séparaient neuf jours de marche à travers le désert
Les Mamelucks se battirent avec I» plu» grand courage. Deslrée, chef d’escadron du .7* 4e hussards, reçut quatorze coups de sabre , et vécut malgré l’arrêt des chirurgiens qui avaient déclaré ses blessures mortelles. L'aide de camp Sulkowski fut blessé de sept à huit coups de sabre et de plusieurs coups de feu. Lasalle, chef de brigade du 12e de chasseurs, ayant, dans il charge , laissé tombé son sabre , mit pied A terre, le ramassa 7 remonta & cheval, et attaqua un des Mamelucks les plus intrépides. Le général Murat , l’aide de campDuroc, l*adjudant Arrighi, l’adjudant général Leturcq f engagé» trop avant par leur ardeur, couru- !$qt les 'plus grands dangers. Les Français perdirent plps de monde que les Mamelucks.
pt Salehieh , Bonaparte, jugeant le moment favorite pqur eptamer une négociation, écrivit à Ibrahim : supériorité des forces que je commande ne peut pjpf fjye çonteslép : vous voilà hors de l’Égypte et pfeUgé 4.Ç MfKT te déserf. — Vous pouvez trouver dans jp» générosité la fprtune et le bonheur que le sort yjegt ^e ?9Ji| ôler. Faites-moi de suite connaître votre jyffîUjffi — jf pacha du Grand-vSeigneur est avec yous, jenvçyez-le-moi porteur de votre réponse ; je /’êWPlf yqlonliefs comme médiateur.»
Qefte |e(tref par laquelle le général en chef espérait fjnener |e pacha Said-Abou-Beker à revenir en Égypte, ■'eut aucun résultat et n’obtint pas même de réponse.
Le» Mamelucks d’ibrahim étant rejetés hors d’Égypte , H fallait les eûjpêcher d’y rentrer et se mettre en mesure de défendre en outre la frontière de Syrie , pi elle était attaquée. Bonaparte laissa à Salehieh la division Reypier, avec J’ordre de travailler sur-le-champ ) ia construcüon d’un fort propre à recevoir les magasins qu’il se proposait d’y foi mer. — Le général Reynier fut nommé gouverneur de la province de Cbartriefa.
Retour çu Kaire.— Nouvelles de /q flotte.— Le général en chef, avec le reste de l’armée, se mit en marche Je 14 aoiit . pour revenir au Kaire. Ce fut dans ce retour et à deux lieues seulement de Salehieh. qu’il reçut la première nouvelle du désastre d'Aboukir. - L’aide de camp de KJéber qui lui apporta le rapport du contreamiral Qaptbeaume, contrarié par les difficultés des
CQfntnupipatipo», avait mis onze jours pour faire le trajet d’Alexandrie à Salehieh. — En parcourant la dépêche, Bonaparte ne laissa paraître sur son visage rien qui pût faire connaître combien le désastre qu’on lui annonçait devait l’affecter. Il prit à part l’envoyé de Kléber et lui demanda quelque» détails de yivp voix. Ensuite il lui dit avec l'apparence d'une froide indifférence : «Nous n'avons plus de vaisseaux , eh bien! il faut rester dan» ces contrées ou en sortir grands comme les anciens.»
L’armée connut bientôt la destruction de la flotte ; Bonaparte fut le premier à communiquer la nouvelle à ceux qui l’entouraient, mais son calme. Je tou d’inspiré avec lequel il développa aux yeux de tous un avenir de gloire et de prospérité, écartèrent des esprill toute pensée sinistre. L’armée d 'Orient avait confiance en Bonaparte. «Le désastre d’Aboukir, écrivait le commissaire des guerres Miot, à son frère, rend notre situation embarrassante dans ce pays; elle enlèverait l'espérance à toute l’armée, si l'on ne connaissait pas le génie du général en chef. » Kléber avait été un instant alarmé de la prépondérance maritime dm Anglais. Il témoigna ses inquiétudes à Bonaparte, quf lui écrivit : «ils nous obligeront peut-être à faire de plus grandes choses que nous n'en voulions faire.» Et Kléber, complètement rassuré, répondit: «Oui, nous les entreprendrons ces grandes choses, et je prépare déjà toutes mes facultés. » — Les troupes du Kaire étaient plongées dans l'abattement , lorsque Bonaparte y rentra : mais bientôt sa confiance apparente passa dans toutes les âmes. Puisqu’il ne désespérait de rien, on crut qu’on pouvait encore tout eapérer. Le désastre d’Aboukir fut considéré avec une sorte d’indifférence. On eut à peine, pour tes victimes de cel événement récent , la tiède pitié qu’inspirent celles dont on est séparé par un grand espace de temps on de liens. On discuta avec tranquillité d'esprit comment les marins avaient été vaincus, par quels moyens Us auraient pu remporter la victoire, ou seulement éviter la défaits. Quelques hommes , le nombre en fut peu considérable, osèrent même railler amèrement cens qui avaient survécu ô la catastrophe. En réalité, et bien qu’aux yeux de l’armée il affectât un calme stoïque, le général en chef avait été profondément ému de la fatale issue du combat naval. Lorsqu’il se trouvait seul ou entouré de quelques serviteurs intimes, il déplorait amèrement l'inexécution de ses ordres et l’obstination de Brueys , obstination que l’amiral avait d’ailleurs expiée par une mort glorieuse. Son chagrin s’exhalait en plaintes involontaires : c’éUit Auguste redemandant à Varus «es légions.
RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE
6 xrrLtrr. Marche sur le Kaire.
» — ïr* de lUweUc.
19 — Corohat de fUmaniab.
là — Combat de Chebreïi.
‘Tl - Bataille des Pyramide*
26 j ci lui t. Entrée du général Bonaparte sa K$ire.
1er p sct. Combat naval d’Aboukir.
7 — Marche sur Belbîes à b poursuite dlbrahim-Bey.
10 — Combat de Manaourab. — Délivrance de la caravane
11 — Combat de Salehieh.— Ibrabim-Bey est expulaé é'tsjft*. 16 — Rentrée de Bonaparte au Kaire.