TRAVAUX D'ADMINISTRATION ET DE CIVILISATION
SOUMJIKt.
Nomination de rfoWr-Hedjy. — Fête du NiL — Fête du Prophète. — Vte iDtèrieurp det f gyptieni. — InilituUOB el trartax de Bonaparte- — lnalilul d'Égypte. - Serf area rendu» par le» aaranta. — Fètc de l'AQUtreraalrc de U République. - Création de* Hôpitaux et de» Lararete. — Mesure» u'almima'daiaon et de police militaires. — fcsèajüoa du cbarif koraun. — Heuoioo du Grand-Dieu.
La destruction de l'eacadre française à Aboukir changeait toutes les chances de l'expédition ; cependant ce désastre ne devait pas Oter tout espoir. Si l’on était privé des moyens de sortir de l’Egypte, il était possible de t'y maintenir en rattachant les habitants a la cause française. Avec de l'argent des armes et des officiers , nos régiments pouvaient se recruter dans le paya : les Mamelucka y avaient réussi. Toutes les pensées du général en chef se tournèrent donc vers les moyens de conquérir, par une bonne administration, l’affection des Egyptiens. C'est dans ce but politique d'une conciliation nécessaire qu'il assista i leurs fêtes nationales et parut t'intéresser i ce qui les intéressait. Il accueillait avec bienveillance les cheiks et les imans , causait fréquemment aveo eux, cherchait k s’instruire des besoins du pays et des moyens d'amélioration; et même parfois , pour flatter leurs préjugés religieux, il leur laissait entrevoir que l'armée républicaine ne serait pas éloignée d'embrasser le culte de Mahomet.
Nomination de l'Émir- Hadjy. — Un des premiers actes de son administration i son retour au Kaire, fut de nommer un Émir-Htdjy (prince des pèlerins), haute fonction dont Mourad-Bey avait été revêtu et qui constatait principalement à escorter, depuis le Kaire jusqu'à la Mecque , la caravane africaine qui allait chaque année visiter le tombeau du prophète. Cette caravane avait à la foit un but religieux et un but commercial. Elle partait des extrémités de l’empire de Maroc, recueillait dans sa route les pèlerins d’Alger, de Tunis et de Tripoli, et venait au Kaire pour achever ion voyage avec la caravane d’Egypte, dont elle précédait ou «uivait la marche, à une journée de distance. Il s’y joignait des négociants qui portaient en Arabie dei marchandises fines, telles que des draps, de la cochenille, du girofle , ete. , et en rapportaient du café, réputé le meilleur parce qu’il ne paasait pas la mer; des cbàles, des essences , et généralement tont ce qui a une grande valeur et peu de poids — Cette caravane transportait à la Mecque des présents produits de fondations faites par les anciens souverains de l'Egypte; c'étaient, outre des tentures fabriquées dans la citadelle du Kaire, et destinées à revêtir le temple de la Mecque , et à décorer le tombeau de Fatmeh à Médine, des sommes assez considérables affectées au paiement de rentes et de pensions, dont leebérif de la Mecque avait la disposition. — Le général en chef nomma Émir-Hadjy, Mustapha-Bey, kiaya du pacba d'Egypte. Il le décora d'une superbe pelisse verte, en présence du divan et des chérifs, et lai fit présent d'une aigrette de diamants et d'un cheval harnaché. A sa sortie du palais du général
en chef, le nouvel Émir-Hadjy fut reconduit par plusieurs aides de camp , et salué de six coups de canon, que répétèrent les batteries de la citadelle.
Fête du Nil. — La fête du Nil, qui fut célébrée ensuite, est la fête populaire de l’Égypte; car ce fleuve en est pour ainsi dire le père nourricier ; l'Égypte n'existe que par lui. Les eaux commencent à s’élever vers In solstice d’été, l'inondation croit ensuite jusqu'à l’équinoxe et diminue ensuite progressivement, — L'importance de la crue des eaux a fait confier à un cheik la garde et le soin du Mêlùak, bâtiment qui renferme le Nilomètre destiné à mesurer les eanx. Ce cheik fait annoncer journellement aux habitants du Kairp les progrès qu'elles font. Le Kaire , ainsi que nous l’avons dit, est traversé par un canal qui a sou embouchure dans le fleuve, au-dessous du vieux Kaire, et par ofi le Nil épanche ses eaux dans la ville et dans les campagnes voisines, Un fonctionnaire arabe, le Walt , est chargé dq faire élever une digue à cinquante pas de cette embouchure, en dedans du canal , pour empêcher les eaux d'y péoétrer , jusqu’à ce qu'elles soient suffisamment élevées. La rupture de cette digne e lieu du 16 au 20 août ; c'est une fête à laquelle le peuple asaiste. Las eaux se couvrent de barques nombreuses, les femmes ellesmêmes cachées dans le barem pendant le reste de l’année, participent à l'allégresse commune, et voguent, séparées des hommes , dans des bateaux ofi se font entendre de la musique et des chants.— Le 17 août, un peu avant la nuit, une barque décorée de pavillons et de banderoles tricolores, armée de quatre canoës qui, de cinq eu cinq minuta, tiraient des salves d’honneur, vint se placer à l’entrée du cane). Un feu d'artifice préparé par la artilleurs fut tiré à la grande joie de la multitude.
Le lendemain 18. k six heures du matin, le général en chef, accompagné des généraux, des officiera de ion état-major, de l'Êmir-Hadjy, des membres du divan du Kaire, des cbeilu et da principaux fonctionnaires turcs et araba , se rendit à l'entrée du canal. Un peuple immense couronnait la monticula qui bordent le Nil. La flottille était pavoiaée , la garnison sous la arma, la musiques française et arabe exécutaient différents airs. — Des salves d'artillerie annoncèrent l’arrivée du cortège; bientôt le cheik du Mékiah déclara que le Nil touchait la quinzième coudée (25 pieds). Ira aux avaient atteint ainsi le degré plus favorable pour la navigation et l'arrosement. — Le général en ehef ordonna découper la digne, qoi céda promptement aux efforts réunis da travailleurs et da eaux du fleuve. La barque du Wali vogua la première sur la aux qui
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roulèrent en torrent dan» le canal. Homme», femmes et enfant», tou» l’y précipitèrent tumultueusement; le» femmes y jetaient de» mèches de cheveux , de» morceau» d'étoffe» et d'autre» offrande» , dans l'e»poir d'obtenir, ou la fécondité, on la conservation de leur jeunesse et de leur beauté. En retournant an Kaire, le cortège fut suivi par le peuple qui chantait les louanges du Prophète et de l’armée française et disait à Bonaparte ; • Nous voyons bien que vous êtes l’envoyé du Prophète, car vous avez pour vous la victoire et le plus beau Nil qu'il y ait eu depuis un siècle. » Des présents •tu principaux de la ville , des pelisses d'honneur à quelques fonctionnaire», et une distribution d’argent au peuple , achevèrent de porter l’enthousiasme au comble.
a La fêle qu’on a célébrée ici pour l’ouverture du canal du Nil , écrivit Bonaparte aux généraux Vial et Menou , a été très belle , et a paru faire plaisir aux habitants. Celle du Prophète le sera encore davantage. »
Fête du Prophète, — Celle fête devait commencer le lendemain, mais le Mupbti, qui cachait sous des formes adulatrices une haine profonde pour les Français, espérait que le peuple les rendrait responsables de la non célébration de cette grande solennité de l’Islamisme et n’avait fait aucuns préparatifs. Bonaparte avait déjà donné ses ordres aux commandants des provinces, il fut étonné d’avoir au Kaire à employer la menace pour contraindre le Mupbti à célébrer la fête d’une manière convenable. Celui-ci cherchait des prétextes de ne pas assister à la cérémonie. La crainte de la mort lui rendit son zèle et ta ferveur. Se» dispositions furent bientôt prises ; jamais le Prophète ne fut honoré avec plus de pompe et de magnificence.
La fête commença le 19 août et dora quatre jours ; il y «ut grande parade des troupes de la garnison ; tons les officier» généraux et supérieurs allèrent faire visite ' et présenter leurs félicitations au cheik El-Bekry, descendant reconnu de Mahomet, qui avait été nommé le matin chef des Cheiks, en remplacement d’Osman- Bffendi qui avait suivi Ibrahim-Bey.
Ce Cheik offrit le même jour un festin à Bonaparte. •Le général en chef, dit Napoléon daos ses Mémoires, alla célébrer la fête du Prophète cfaes le cheik El-Bekry. On commença par réciter une espèce de litanie qui comprenait la vie de Mahomet, depuis sa naissance jusqu'à ta mort. L’oe centaine de Cheiks, assis en cercle sur des tapis et les jambes croisées , en récitaient tous les versets en balançant fortement le corps en avant et en arrière et tous ensemble.— Après cela, on servit un grand dîner, pendant lequel on fut assis sur des coussins , les jambes croisées. Il y avait une vingtaine de tables et cinq ou six personnes à chaque table. Celle du général en chef et du cheik El-Bekry était au milieu; un petit plateau, d’un bois pêécieux et de marqueterie, fut placé à dix-buit pouces de terre et couvert successivement d’un grand nombre de plais. C'était des pilau» de ris, des rêtis d’une espèce particulière, des entrées, des pâtisseries, le tout fort épicé. Les Cheiks dépeçaient tout avré leurs doigts. Aussi offrit-on pendant le dîner trois fois à laver les mains. On servit pour boisson de l'eau de groseille, de la limonade et plusieurs
autres espèces de sorbets, et au dessert, beaucoup de compotes et de confitures. Au total, le dloer n'était point désagréable; il n'y avait que la manière de le prendre qui nous parût étrange. — Le soir, toute la ville fut illuminée : on alla après le dîner sur la place El-Bekry, dont l'illumination en verres de couleur était fort belle. Il s'y trouvait un peuple immense. Tou» étaient placés en ordre par rangs de vingt à cent personnes , lesquelles , debout et Ica unes contre les autres, récitaient les prières et les litanies du prophète avec dca mouvements qui allaient toujours en augmentent , ail point qu'à la fin ils paraissaient convulsifs, et que quelques-uns tombaient en faiblssse.a
' Pie intérieure des Égyptiens.— Les Français profitèrent de l'occasion pour prendre une idée de la vie intérieure du pays. Les msisons des Egyptiens, dont 1rs dehors sont si tMsles, renferment quelques disposition» commodes, des recherches de loae et d'agrément, de jolis bains en marbre, des étuves voluptueuses , des salons pavés en mosaïque, an milieu desquels sont des bassins et drs jets d'eau ; de grands divans, composés de tapis peluché*, de large» estrades matelassées, couvertes de riches étoffes et entourées de magnifiqurs coussins; les fenêtres ne s'ouvrent jamais, et la lumière n’y pénètre qu'avec peine à travers des vitres de couleur et des grilles réticulaires très serrée»; un dhoie à jour, pratiqué au milieu du plafond, éclaire l'appartement. — Le» maisons sont à plusieurs étages et ont toutes une terrasse, sur laquelle on se promène; il y a même de ces terrasses oh l’on prend drs bains. Au rezde-chaussée, est une espèce de parloir oh le maître reçoit les étrangers et donne S manger. Au premier, est le harem , avec lequel on ne communique que par de petits escaliers dérobés. Le maître a dans ton appartement une petite porte qui y conduit. - Le harem conaiate en une grande salle en forme de croix , voiaine d'an corridor oh se trouvent un grand nombre de chambres. Autour du salon sont des divans plus ou moins riches, et au milieu un petit bassin en marbre d’oh s’échappe un jet d’eau. Souvent ce sont des eaux de rose ou d’autres essences qui en jaillissent et parfument l’appartement. Toutes les fenêtres sont couvertes d’une jalousie en treillages.— Il n’y a point de lits dans les maisons ; les Orientaux couchent sur les divans ou sur des tapis. Quand ils n’ont point d’étrangers , ils mangent dans leur harem , ils y dorment et y passent leurs moments de repos. Dès que le maître arrive, les femmes s’empressent à le servir; l’une lui présente sa pipe, l'autre son coussin , etc. Toute* sont attentives à ce qui peut lui être nécessaire on agréable. — Le» jardins n'ont point d’allées-, ce sont des berceaux de gros arbres, oh l'on prend le frais et oh l'on fume aussi. L'Egyptien , comme tou» les Orientaux, passe à fumer une grande partie de la journée ; sa pipe est pour lui une contenance et une occupation.
Institutions et travaux de Bonaparte. — li ne faut pas croire néanmoins que le temps du général en chef se passât en plaisirs et en fêtes. Le* besoins et la ahrelé de son armée avaient droit à sa première sollicitude ; il mettait de l’ordre dans l'administration des finances,
améliorait le système de la perception des impdta, organisait une police régulière dans le pays, instituait des tribunaux équitables pour rendre à chacun bonne et prompte justice, traçait des chemins militaires, faisait nettoyer et réparer les canaux, ordonnait des essais de cultures coloniales, établissait au Kaire une imprimerie arabe, turque et française, créait les fabriques nécessaires A l'habillement de l’armée, les usines et les fonderies propres A la confection des munitions de guerre, fondait, pour travailler efficacement A la civilisation du pays, cet Institut d’Égypte dont les travaux ont laissé de si honorables souvenirs; et enfin célébrait, avec une pompe qui frappa singulièrement les habitants du Kaire, l’anniversaire de la République.
Institut d'Égypte. — L'Institut d’Égypte fut créé le 21 juillet, pendant la célébration des fêles du Prophète. L’arrêté portait qu’il serait établi au Kaire un Institut pour les sciences et pour les arts, qui s’occuperait principalement du progrès et de la propagation des lumières en Égypte, ainsi que de la recherche, de l'étude et de la publication des faits naturels et historiques. — Le général en chef en nomma d’abord membres Monge, Uerlbollet, Cafard li, Geoffroi, Drsgenettes et Andréossy; il les invita A se réunir pour désigner les autres personnes qui devaieot compléter l’Institut (le nombre drs membres était fixé à 36; et pour faire un règlement d'organisation. — L'Institut fut divisé en quatre sections et composé comme il suit :
Qasse de mathématiques. — And réossy , Bona pa rte , Costaz, Fouriçr, Girard, Le père, Leroi, Malus, Monge, Nouet, Quesnot, et Say, que remplaça depuis Lancret.
dusse de physique et d'histoire nature, le. — Berthoilet, Champy, Conté, Delisle, Descoiilz, Dtugenettes, Dolomieu, Dubois, Geoffroi , Savigny. Dubois fut remplacé depuis par Larrey.
dusse d'économie politique. — Cafarelli , Gloulier, Poussielgue, Sulkowski. Sucy, Tallien. Sucy fut remplacé depuis par Bourienne.
dusse de littérature et des arts. — Denon, Du ter Ire, Norry, Parscval-Grandmaison . Redouté, Rigel, Voulu re, don Raphaël ; ce dernier était un prêtre grec.
A la première séance de l’Institut, le 24 août, Monge fut nommé président, Bonaparte, vice-président, et Fourior, secrétaire perpétuel.
L’Institut d’Égypte renfermait ainsi des membres de l’Institut de France, des savants et des artistes de la commission, étrangers à ce corps, ainsi que plusieurs officiers d’artillerie, d'état-major et autres qui avaient cultivé les sciences et les lettres. — Un des palais des beys fut désigné pour ses réunions. La grande salle du harem devint, au moyen de quelques changements, le lieu des séances, et le reste du palais servit d’habitation aux savants. — Devant ce bàlimeul était un vaslc jardin qui donnait dans la campagne, et près duquel on éleva sur un monticule le fort dit de l’Institut. — Un grand nombre de machines et d’instruments de physique, d'astronomie et de chimie, apportés de France, furent distribués dans les diverses salles, qui se remplirent aussi successivement de diverses curiosités naturelles du pays du règne auimal, du règne végétal et
du règne minéral. —Le jardin fut transformé en jardin de botanique. — Un laboratoire de chimie fut placé au quartier générai; plusieurs fois par semaine, Berthollet y faisait des expériences, auxquelles assistaieut le général en chef et un grand nombre d’officiers.
a L’établissement de l'Institut, dit Napoléon, excita vivement la curiosité des habitants du Kaire, laslruits que ces assemblées n’avaient |iour objet aucune affaire religieuse, ils se persuadèrent que c'étaient des réunions d'alchimistes, où l’on cherchait le moyen de faire de l'or.
— Les mœurs simples des savants, leurs constantes occupations, les égards que leur témoignait l’armée, leur utilité pour U fabrication des objets d'art et de manufactures, pour lesquels ils se trouvaient en relation avec les artistes du pays, leur acquirent bientôt la considération et le respect de toute la population.»
Services rendus par les savants.— Ces savants rendaient d’ailleurs à l’expédition d'autres services dont le général en chef a parlé avec éloges.
« Les membres de l'Institut furent aussi employés dans l'administration civile. Monge et Berthollet furent nommés commissaires près du grand divan, le mathématicien Fourier, près du divan du Kaire. Costaz fut mis A la tête de la rédaction d’un journal *, les astronomes Nourris et Noël parcoururent les points principaux de l'Égypte pour en fixer la position géographique, et surtout celle des anciens monuments. On voulait par-IA réaccorder la géographie ancienne et nouvelle.
— L'ingénieur des ponts et chaussées Lepeyre , fut chargé de niveler et de faire le projet du canal de Suez, et l'ingénieur Girard, d’étudier le système de navigation du Nil. — Un des membres de l’Institut eut la direction de la monnaie du Kaire. Il fit fabriquer une grande quantité de paras, petite monnaie de cuivre ». C'était une opération avantageuse: le trésor y gagnait plus de 60 pour cent. Les paras se répandaient nonseulement en Égypte, mais encore en Afrique et dans les déserts d’Arabie; et au lieu de gêoer la circulation et de nuire au chaogc, inconvénient des monnaies de cuivre, elles les favorisaient. Conté établit plusieurs manufactures et usines. — Les fours pour faire éclore les poulets, que l'Égypte possède de toute antiquité, excitèrent vivement l'attention de l’Institut. — Dans plusieurs autres pratiques que ce pays tenait de tradition,
' Feu de temps après l’occupation du Kaire, on publiait deux journaux en Égypte, l’un tout le nom de Décade Égyptienne , contenant le* travaux de l'Institut et de la Commission des Sriencrs et Art» ; l’autre, intitulé Courrier d' Égypte , faisait connaître la siluatioa politique intérieure du pay» ; c'était le journal officiel.
• Ou oc frappa pai seulement de» paras, mais ainsi de» médias : la fabrtcaiion de la monnaie pour compte de l’armée commença le 26 juillet. Cette monnaie était au coin du Urand -Seigneur, au même titre et au même poid* que ceux qu’elle avait auparavant. I** procédé» imparfait» de» Turc» furent perfectionnés, les matière» étaient fourmes par le» particulier» rl *ui tout par les Juifs. On faisait un bénéfice considérable sur le médin , pièce d’argent forl atlérée . très mince cl Iré» menue, liî général en chef fit baürc des pièces de 20 et 40 médius , on n’en avait frappé au Kaire que sous Aly-Bey. Ce bey avait ajouté les deux lettre» initiales de sou nom aux chiffres H aux qiuliflralions du Sultan, ce qui fit dire qu’il axait battu monnaie d ion coin. L’admiuistration française supprima ces deux lettm. Cette suppression et le millésime indspierom à la poslétilé l'époque où 1rs Français gouvernaient l’Égypte. La fabrication des pièces de 20 cl de 40 médin» fut abandonnée au bout de cinq uiou, rémission dit médius étant plu» lucrative.
on reconnut des traces qui furent précieusement recueillies comme utiles à l'histoire des arts et pouvant faire retrouver d'anciens procédés perdus.— Le général "Aodréossy reçut la mission scientifique et militaire de reconnaître les lacs Menzaleh , Rourloset Natron (nous reviendrons sur ces expéditions). Geoffroi s'occupa de l'histoire naturelle. Les dessinateurs Dutertre et Rigo dessinaient tout ce qui pouvait donner une idée des coutumes et des monuments de l'antiquité. Ils firent les portraits de tous les hommes du pays qui s'étalent dévoués au général en chef ; cette distinction les flattât beaucoup. — Le général Cafarelli, le colonel Sulkowski, lurent souvent â l'Institut des mémoires curieux, qui ont été recueillis parmi ceux de cette Société. — Lorsque la Haute-Égypte fut conquise, ce qui n'eut lieu que dans la seconde année, toute la commission des savants s'y rendit pour s’occuper de la recherche des antiquités. — Ces divers travaux ont donné lieu au magnifique ouvrage sur l’Égypte, rédigé et gravé dans les quinze premières années de ce siècle, et qui a coûté plusieurs millions
Fêle de l 'anniversaire de la République.— A près avoir célébré avec magn licence les fêtes nationales des Égyptiens, Bonaparte ne pouvait manquer d’apporter un éclat pareil â celle qui était devenue nationale pour les Français. — Un drapeau tricolore, arboré le 22 septembre, sur la plus haute des pyramides, annonça â l'armée et aux habitants de l'Égypte la commémoration de la fondatiou de la République. — Le général en chef avait ordonné que cet anniversaire serait célébré par une fête civique dans tous les lieux occupés par l'armée française, et il en avait tracé le programme.
A Alexandrie, on devait graver sur la colonne de Pompée, conformément i l’ordre du jour du 5 juillet,
• • Tout W savants qui ont accompagné l’armée, dit Ber l hier dan* an Mémoires, aout occupé* à de* travaux analogue* à leur* (alcnu et à leur* oon»ui**aii<e*
«Nouet et Méchain déterminent la latitude d’Alexandrie , celle du Kaire, de Salébiéb , de Damiette et de Snei. — le'èvre et Ma lui font ta rrconnauaatM'c du canal de Mué* ; le premier accompagna a»ec Bouchard , le général Andréa** y d.m* la reconnaissance du lac Mcnzaleb ; Peyre et Girard font le [dan d'Alexandrie ; Lanorey fait la re connaissance d’Abou-Menedgé ; il e*l , de plu», chargé de diriger le* travaux da canal d'Alexandrie. — Geoffroi examine les anlmrux du lac Menzaleh et le* poitauus du Ntl; DcluJr, les plantes qui ie trouvent dan* U Basse - Égypte. - ArnoU t et Champy DU *ont chargé* d’observer le* minéraux de la iner Bouge et d'y faire de» reconnaissaurr*. — Girard est • bargé d'un travail sur tou* le* canaux de la Haute - Égypte. — Dcnon voyage dan* le Faioum et dan» la Haule- Égypfc . pour en deamer le* monument*. — Saviguy fait une collée tion de* insecte* du désert et de la Syrie. — Brauchamp et Noürt dressent un almanach coolrnant cinq calendrier*, relui de la Répu bJrqtic française, et ceux des église* romaine , grecque , copble et musulmane. »
Le* Français avaient élé fort étonné* , i leur arrivée en Egypte , de trouver le peuple privé de la plupart de* choses utiles ou agréjblc* à ta vie, et luttant, faute de* instrument* le* plut simple*, contre de* difficulté* de toute espèce. Ils étaient eux-méme» bien loin de posséder tout rc qu’il aurait fallu avoir pour transporter les arU de l'Europe en Afrique. Le peu de temps consacré aux préparatif* de fexpéditkxi le voi le poli tique qui en cachait le but , le désastre de la flotte A Aboukir, concoururent i te* priver d'un grand nombre d’objet* nécessaire*. Mai* heureusement la conimiMton de* Science» et de* Art* renferma II de* hommes dont le génie inventif el 1 habileté étaient capable* de réparer le* perte* et de suppléer i tout.
Une compagnie d'aérostier* , attachée i l'expédition , était composée presque tout entière d’habiles artistes et d’ouvrier* intelligents ; ou les utilisa , et on organisa , sou* la direction des chefs el-
les noms des braves tués à la prise de cette viile, arborer le pavillon tricolore au haut de la colonne, et illuminer l’aiguille de Cléopâtre.
Au Kaire, au milieu de la place d’Esbekieh, sur une pyramide â sept faces, devaient être inscrits les uoms des Français de tous les corps, morts pendant la conquête de l’Égypte, dans les cinq divisions de l’armée et dans la marine. Une députation de chaque bataillon était désignée pour assister à la plantation du drapeau national sur les pyramides. Des manœuvres, des courses, des illuminations devaient concourir A la solennité de cette journée.— Dans la Haute-Égypte, c'était sur les ruines de Thèbes que les troupes de Desaix devaient célébrer la République. Enfin, dans toutes les provinces, on devait lire aux troupes celte proclamation du général en chef :
«Soldats !
« Nous célébrons le premier jour de l’an vu de 1a République.
«Il y a cinq ans, l’indépendance du peuple français était menacée , mais vous prîtes Toulon : ce fut le présage de la ruine de nos ennemis.
«Un an après , vous battiez les Autrichiens à Dégo.
«L'année suivante, vous étiez sur le sommet des Alpes. Vous luttiez contre Mantoue il y a deux ans, et vous remportiez la célèbre victoire de Saint-Georges.
«Lan passé, vous étiez aux sources de la Drave et de risonzo, de retour de l'Allemagne.
«Qui eût dit alors que vous seriez aujourd’hui sur les bords du Nil , au centre de l'ancien continent?
«Depuis l'Anglais, célèbre dans les arts et le commerce , jusqu'au hideux Bédouin , vous fixez les regards du monde.
«Soldats ! votre destinée est belle parce que vous êtes dignes de ce que vous avez fait et de l’opinion qu’on
après nommé*, le* atelier* dont l’armée et le paya avaient besoin :
Chef: Aon». — Travaux de forge*, tour en fer et forte* machine*. — Chef: Ataé. — r.harprntr , menuiserie et mécanique* en bot*.
— Chef: H0UOLT. — Machine* de précision , de géométrie , d'boi loger» et dorfévrrne. — Chef: Cou vun. — Armes précieuses et autres objets de oc genre. — Chef : CSaor, — Instruments de géographie et de topographie.-- Chef: Lemh*.- Instruments d'astronomie.
— Chef: Fotiqtisrr.- Gravure.— Chef: Cnu.iv.— Tour en bois et machines de IT genre.— Chef: Itocau. — Imprimerie en taille douce.
Les ateliers étaient dirigé* par Conté, qui Joignait au zèle le plus désintéressé un talent ingénieux el féeood en ressources malt radar*. Il av.iit enrichi la France de phwteur* iiivrnlloni , H dota fÉgypt* de quelques uns des art* I s plus importants de l'Europe. Obligé de tout créer, Jusqu'aux outils, il établit des moulins à vent , des machines pour la fabrication de la poudre, d’autres pour la monnaie, pour l’imprimerie orieutale , des fonderies |>oor le* canon* et le* mortier» ; il fit fabriquer dan* ses ateliers , I acier, le carton , les iodes vernis*» f». les draps . les arme* pour le» troupes , 1rs ustensile* pour les bhpiiaux , les instruments pour les ingénieurs , le* lunettes pour h** astronomes, le* loupe* pour le* naiuralities , les crayon* pour les dessinateur* , eotiu jusqu’à de* tambour* et de* trompettes. Se* atr. lier* fournirent pendant le cours de l'expéd lion une multitude d'objet* propre* à contribuer au sucré* de la guerre et aux jouissance* de la paix. Il observa 1rs manufactures des Égyptiens, dessina leurs mi. tiers, leurs niacbines, leurs instrument», et perfectionna les procédé* dont il* faisan ni usage.
lai fabrication de la poudre fut l'objet d'une administration particutière, qui fut confiée avec succès au «avant Champy.
L'imprimerie arabe et française fut confiée à Marcel, qui la dirigea avec un zèle actif et éclairé ; l'ait de l'imprimerie, alors presque entièrement inconnu des Orientaux , excitait vivement l'attention de* Égyptiens, et par les communications multipliées que les écrits imprimés établi*** lent entre les Français et les habitants, favorisait à la fou le* succès de l’armée et le* progrès de U dviluaboo.
a de vous. Vous mourrez avec honneur comme le* brave* dont le* nom* sont inscrit* sur cette pyramide, ou vous retournerez dans votre patrie couverts de lauriers et de l'admiration de tous les peuples.
«Depuis cinq mois que nous sommes Joignis de l’Europe, nous avons été l’objet des sollicitudes de nos compatriotes. Dans ce jour, quarante millions de citoyens célèbrent Père des gouvernements représentatifs. Quarante millions de citoyens pensent à vous. Tous disent : «C'est a leurs travaux, à leur sang que nous «devons la paix générale , le repos , la prospérité du «commerce et les bienfaits de la liberté civile. »
Le 21 septembre, au soleil couchant, la fête fut annoncée au Kaire par trois salve* d'artillerie.— Le lendemain, au lever du soleil, trois autres salves donnèrent le signal. — La générale battit dans la ville, les troupes en grande tenue prirent le* armes et se rendirent sur la place d'Esbekieh.
Là, s’étendait un cirque de deux cents toises de diamètre, dont le pourtour était orné de cent cinq colonnes, décorées chacune d’un drapeau tricolore, portant le nom d’un des départements de la République. Ces colonnes étaient réunies par une double guirlande, emblème de l’unité et de l'indivisibilité de toutes les parties de la France républicaine. — L’une des entrées du cirque était un arc de triomphe, sur lequel Un voyait représentée la bataille des Pyramides; l’autre était un portique au dessus duquel, parmi plusieurs inscriptions, on en remarquait une ainsi conçue : 11 n 'y a de Dieu que Dieu , et Mahomet est son prophète. — Au milieu du cirque s’élevait, sur un tertre central et posé sur un socle décoré de bas-reliefs, un obélisque de soixante-dix pieds de hauteur, dont les faces portaient en lettres d’or ces mots en caractères français et en langue arabe : A la République Française, l'an vu. A l’expulsion des Mame/ucks, l’an vi.— Sept autels de forme antique, entremêlés de candélabres, entouraient l’obélisque, et supportaient des trophées surmontés de drapeaux tricolores et de couronnes civiques. Au milieu de chacun des trophées était placée une des sept listes des braves morts en Égypte. Quand toutes les troupes furent réunies sur la place d’Esbekieh, le général en chef s’y rendit, accompagné de son étatmajor général , des généraux de division, de leur étatmajor, du commissaire ordonnateur en chef, des commissaires des guerres, des administrateurs et des savants, ainsi que de l'Émir-Haéyy, et des membres du Divan, tant du Kaire que des provinces. — Le général en chef et sou cortège se placèrent sur. la plate-forme environnant l’obélisque. De superbes lapis couvraient le tertre; les musiques réunies des demi-brigades faisaient entendre des marches guerrières, des airs patriotiques et des chants de victoire.
Les troupes exécutèrent avec précision diverses manœuvres et des exercices A feu ordonnés par le général en chef, puis elles se rangèrent autour de l’obélisque. Un adjudant général prit la parole, et d’une voix sonore lut aux soldats la proclamation du général en chef, qui fut écoutée en silence, et accueillie par les cris répétés de Five la République ! L’orchestre exécuta ensuite une hymne de la Composition de Paraeval,
musique de Riguel, la Marche des Marseillais, le Chant du Départ et d’autres airs patriotiques. Puis, toutes les troupes défilèrent devant le général en chef, qui, suivi de son cortège, se retira dans son palais.
Une table de cent cinquante couverts, somptueusement servie, y était dressée. Tous les membres du cortège y prirent place. Les couleurs françaises y flottaient réunies aux couleurs turques ; le bonnet de la liberté et le croissant, la table des droits de l’homme et le Koran s’y montraient dans une alliance fraternelle. La musique et les chants animaieut ce festin. On voyais pêlemêle le turban et le chapeau , les pelisses et les épaulettes, l’ample caftan asiatique et le frac européen. La gaîté française était modérée par la gavité turque. On laissa aux Musulmans la liberté des mets , des boissons, et ils parurent très satisfaits des égards que, A l’exemple du général en chef, tous les officiers leur témoignèrent. — Plusieurs toasts furent portés au dessert. Celui de Bonaparte fut : A l'an trois cent de ta République. Des courses A pied et à cheval’, terminèrent lajouroée, et la nuit, la ville fut brillamment illuminée.
Création des hôpitaux et des lazarets. — Le Climat de l’Égypte est généralement sain ; néanmoins une des premières sollicitudes du général en chef fut ta formation des hôpitaux. La maison d’Ibrahim-Bey , située au bord du canal de Rodah, & un quart de lieue du Kaire, reçut le grand hôpital qui fut disposé pour contenir cinq cents malades. Au Heu de bois de lit, on se servit de grands paniers d’osier, sur lesquels on plaça des matelas de coton ou de laine, et des paillasses remplies de paille de Hé ou de mats. En peu de temps cet hôpital fut parfaitement organisé et abondamment fourni de médicaments et d’ustensiles. On en établit de semblables â Alexandrie, h Rosette et à Damiette, et l’on donna une grande étendue aux hôpitaux régimentaires. Du 5 juillet au 21 septembre, l’année eut 1,909 malades, et seulement dans le nombre, GO morts.
L’ophtalmie fut la première maladie qui attaqua les troupes; plus de la moitié des soldats en fut atteinte. Cette maladie, fréquente en Égypte, y provient , diton, de deux causes ; des sels qui , mêlés au sable et à la poussière, affectent nécessairement la vue, et de l’irritation produite par le manque de transpira lion durant des nuits fraîches succédant A de brôlanles journées. Dans les anciennes guerres , les Croisés français en avaient été également atteints. L’hospice des
1 Le* courte* de choraux liaient l'objet <1'un vif intérêt pour tous le* tpecialeiir* . militaires et habitant*. Do tarait qu'un chetal français disputerait le prit avec de» chevaux arabes. La réputation de ce* derniers était grande . et le* pari* étaient rn leur faveur. L'espace â parcourir était de 1,350 toise*. Au lignai donné, lit chevaux , dont cinq arabe* , s'élancèrent dan* la carrière; le cheval français eut (^instamment l'avantage. Il arriva le premier ait but tant être fatigué , tandis que le» autres étaient hors d'haleine, i'n conséquence , le premier prix fut donné au commissaire' ordonnateur en cbef. Sucy , propriétaire du cbcval , qui avait parcouru en quatre minutes I espace déterminé ; le second prix au général Berthier. propriétaire d’un choral arabe arrivé le trcood en quatre minute* dix secoude* , et le troisième A Jutiol, aide de champ du général eu cbef, propriétaire d'un cheval arabe arrivé le troisième ail but , eu quatre munîtes quinze seconde*.— Le* chevaux vainqueurs furent promenés en triomphe autour du cirque, et salués de vive* acclamations surtout pir lw Arabes qui étaient venus eu foule assister k ce spectacle nouveau pour eux.
Qu inxe-V ingts A Paris doit sa fondation à la nécessité où se trouva saint Louis d’offrir un asile aux nombreux aveugles qu'il ramenait de son expédition d’Orient. — En Égypte, la peste arrive toujours des côtes et jamais du haut pays. On plaça des lazarets A Alexandrie, A Rosette et à Damiette ; on en construisit aussi un très beau dans nie de Uodah. On créa au Kaire un bureau de santé et de salubrité ; et dautf la suite, lorsque U peste parut, on mit en vigueur tout le système des lois sanitaires de Marseille. Ces précautions furent très utiles A l'armée. Elles étaient tout-A-fait inconnues aux habitants, qui s’y soumirent d’abord avec répugnance, mais qui finirent par en apprécier l’utilité.
Mesures d’administration et de police militaires. — Us dispositions du général en chef, relatives à l'armée, étaient multipliées comme les besoins et tendaient A assurer tous les services, ainsi qu'à établir une rigoureuse discipline.
Des chevaux et des chameaux furent mis en réquisition pour monter la cavalerie et organiser les transporta; tous eaux qui appartenaient aux Mamelucks ou qui avaient été pris à l'ennemi furent affectés à ces services. - En même temps, un ordre du jour prononçait la peine de mort contre tout soldat qui entrerait dans les maisons des habitants pour voler des chevaux et des chameaux, — Afin de diminuer le nombre des CSuious d’artillerie, les chameaux furent spécialement destinés à porter les pièces de canon de trois, leurs munitions, les cartouches de l’infanterie et les outils des pionniers. — Chaque bataillon reçut deux chameaux pour porter ses bagages; et en outre, on accorda un chameau A chique brigade pour le transport de la caisse et des registres du conseil d’administration.
Les particuliers qui avaient recueilli de jeunes Mametucks ayant plus de huit ans et moins de seize, ainsi que des esclaves noirs ou blancs de même Age, appartenant aux Mamelocks, eurent ordre de les faire conduire devant le commandant du Kaire, qui les fit incorporer dans l’armée A raison de neuf par bataillon et de quatre par escadron ; ceux au-dessous de quatorze ans furent employés comme tambours; ce fut un renfort pour l'armée.
Un créa dix compagnies de garde nstionale, composées de tous les employés, de tous les individus A la suite de l'armée, et de tous les Européens résidaut au Kaire. Os compagnies ne faisaieut pas de service, mais en cas d’alerte, elles devaient se rendre à des points déterminés d’avance.
Les provinces furent divisées en arrondissements , afin de subvenir aux approvisionnements des places . des villes et des coi pa de troupes. — Le général en chef ordunna de ne fabriquer qu’une seule espèce de pain de munition pour toute l’armée. Les hôpitaux seuls eurent du pain hla> c ; mais il fut défendu aux garde-magasins d’en donner, sous aucun prétexte, aux généraux, au munitioiinaire général et même au général en chef; ce pain fut spécialement destiné aux malades et aux blessés. — Tous les soldats furent astreints A se procurer pour leurs marches uu bidon en fer-blanc assez grand pour contenir l'eau qui leur était nécessaire pour un
T. II
jour.— La ration du café, qui suppléait au vin, fut fixée à une demi-once, mais il n’en devait être distribué A la troupe que par ordre du général en chef. 0
Les habitants de l'Égypte curent l’ordre de porter la cocarde tricolore; tous les bâtiments naviguant sur le Nil , celui d’arborer le pavillon aux trois couleurs. Il fut défendu aux généraux d’admettre A leur parler aucun individu du pays sans cocarde. Les commandants de la marine durent empêcher de naviguer les bâtiments sans pavillon. Les membres du divan eurent comme distinction le drqjt de porter un schall tricolore sur l'épaule.
Des portes étaient placées à toutes les rues du Kaire dans le but d’cmpêcher les incursions des Arabes. Bonaparte les fil enlever, pensant qu’elles pourraient être dangereuses A la garnison en cas de révolte des habitants. Cette mesure fut en effet très utile plus tard.
La police de l’armée était rigoureuse. — Il fut défendu aux soldats montés sur des Anes de courir dans les rues du Kaire.— Des peines graves furent prononcées contre ceux qui chercheraient A s'introduire dans les maisons des Égyptiens, qui insulteraient les femmes égyptiennes, ou même qui tenteraient violemment de soulever leur voile. Le général en chef voulait que les habitudes et les moeurs du pays fussent respectées.
Bonaparte munirait aussi une grande sévérité envers I ceux dont les paroles inconsidérées pouvaient ébranler : le moral de l’armée, — Un adjoint aux adjudaots généraux fut destitué et renvoyé en France pour avoir quitté sou poste et tenu des propos propres à décourager le sol- ; dat — L'adjudant géueral Beauvais ayant donné sa démission, Bonaparte l’accepta en ces termes: a Un soldat I qui , se portant bien, offre sa démission au milieu ! d’une campagne, ne peut pas être venu dans l'intention d’acquérir de la gloire et de concourir au grand but de la paix générale; il a été conduit ici par tout i autre motif , et dès lors n’est point digne des soldats que je commande.» Cette réponse fut mise A l’ordre du jour de l'année.
Exécution du chérit Koralm. — La sévérité n'étit pas moins nécessaire envers les naturels du pays qui se prêtaient â servir d'émissaires et d’espions aux Mamelucks. Le général en chef était obligé de faire à leur égard la police A la manière des Turcs. «Faites couper , écrivit-il au général Dupuis, la tête aux deux espions, et faites-ies promener dans la ville, avec un écriteau qui appreunc que cc sont des espions du pays. Faites savoir A l'Aga , que je suis très mécontent des propos que l’on tient daus la ville contre les chrétiens.»
Un exemple de cette justice expéditive fut fait sur la personne du chérif Koraîm. Cc chérif d’Alexandrie, après avoir obtenu du général français la confirmation de son emploi, avait profité de sa mission pour entretenir des intelligences avec l’ennemi. Il fut arrêté et conduit au Kaire. —Le général en chef le fit mettre en jugement. On eut la preuve que, depuis qu’il avait juré fidélité A la République, il avait écrit A Mourad- Bey et aux Mamelucks, et correspondu avec les Arabre du Bahireh. Il fut condamné A mort et décapité, le 2,3 août , sur la place de la citadelle. Sa tête fut promc-
Franck militaire.
née dans les rurs du Kaire avec un écriteau portant : Kurm ni, chéri f d' Alexandrie , condamné à mort pour avoir trahi le serment de fidélité qu'il avait fait à la République française , et avoir continué ses relations avec les Namehuks auxquels il servait d'espion ; ainsi seront punis les parjures et les traîtres,
La mort de ce chérif est un des nombreux griefs reprochés à Bonaparte par les Anglais pendant la guerre d'Égypte. Ils cherchèrent d exciter l’intérêt des peuples de l’Europe pour cet honnête musulman, si injuste ment immolé par le général en chef. .Bonaparte, en effet, le fit juger, mais ce fut Kléber qui, convaincu de trahison, le fit arrêter et le dénonça au général en chef.
Réunion du Grand- Divan— Tout en punissant sévèrement les habitants qui se montraient disposés à favoriser les anciens oppresseurs de l’Égypte, Bonaparte cherchait à intéresser les hommes les plus éclairés A l'établissement de la domination française, en les appelant à décider eux-mêmes sur de nombreuses questions relatives à l’administra lioa , à la législation et à la prospérité du pays *. ('.'est dans ce but qu'il convoqua au K:;ire une assemblée générale des notables. Chaque province devait y être représentée par 9 députés, savoir: 3 hommes de loi, 3 négociants, trois fellàhs.cbeiks-elbeled et chefs d’Arabes. La députation du Cbarkieh et
1 Pour comprendre avec quels soins et avec quelle supériorité de rues le général en chef étudiait les insu talions et le* mreurn du peuple qu'il avait à gouverner, il faut lire ter réflexions sur la religion fondée |i.ir Mahomet et sur la cause première qui . malgré I ex. Meure de l'esclavage , niainiirnl parmi le* peuples orientaux l'égaillé sociale et politique des rates de routeurs différentes , égalité qui n'existe pas daru les pays litres des f.-ats Unis d'Amérique, où la loi , cependant , bc reconnaît pas d'csrlavcs.
« L'Islamisme , d l il , est la religion d'on peuple dans I enfance ; il naquit dans un pays pauvre et manquant des choses les plus néors Mires à la vie. Mahomet a pari/1 aux sens; il n’eùl point été entendu par sa nation s'il n'eût parie quM l’esprit. Il promit A ses sénateurs des bains odoriférants, de* fleuves de lait , des huons blanches aux yeux noirs, et l'ombre perpétuelle de» bosquets. L’Arabe, qui manquait d’eau et était -brûlé par un soleil ardent, soupirail pour l'ombrage et la fraîcheur, et Ht tout pour obtenir une pareille récompense. Ainsi l'on ptul dire , par opposition au cbntlianiime , que la religion de Mabomel est une promesse. — L'Islamisme attaque spécialement les idolâtries ; /'/ n'y a point d'autre Dieu que Dieu , et Maltome t est son prophète : voilà le fondement de la religion mu-ulmanr ; c'élail , dans le point le plus essentiel . rousacrer la grande vérité annoncée par Moise cl confirmée par Jésus-Christ. Ou sait que Mahomet avait été Instruit par des Juifs el des cdréliens. Ces derniers étaient une espèce dUdoUlre» à se* yeux. Il entendait mal le mystère de la Trinité cl l'expliquait comme la reconnaissance de trois dieux, Qikm qu’il en soit , U persécuta les chrétiens avec braui-oup moins d'acharnrnirnt que les païens, la-s premiers pouvaient se racheter en payant un tri- ' but. Le dogme de l umlé de Dieu, que Jésus-Cbrisi el Moue avaient si répandu , le Kuran le porta dans F Arabie, l'Afrique et jusqu'aux ex- i trémilés îles Inde*. Considérée , sous ce point de vue, la rriigtort maborne i an e a été la succession de* deux autres ; toutes les trois ont déraciné le paganisme.
«Mabomel restreignit à quaire le nombre des femmes que chaque musulman pouvait épouser. Aurnn législateur d’orient n’en avait permis aussi peu. On se demande pourquoi il ne supprima point la polygamie, comme l avait fait la religion chrétienne ; car il est bien
du Menoufîch était double, et celte du Kaire, triple. — Cet députés, dont le général en chef se proposait de confier plus tard le choix aux populations, furent désignés par les généraux commandants des provinces, parmi les hommes influents, les plus distingués par leurs lumières et leurs talents, et qui ne s’étaieut pas prononcés hostilement contre les Français.
Les députés de toutes les provinces se réunirent an Kaire, sons le litre de Divan général , et tinrent leur première séance le 7 octobre. La richesse du costume musulman, la gravité des personnages, leur nombreuse suite donnaient une grande majesté à celte assemblée. — Le cbeik AbdaUah-RI-CharkaouT en fut nommé président. Monge et Berthollel, comme nous l’avons dit, remplissaient les fonctions de commissaires et avaient l'initiative des proposition. — On y délibéra sur l’établissement et la répartition des impôts, sur l'organisation définitive des divans, sur les lois pénales, sur les lois relatives aux successions, el sur divers objets de police générale et d’administration. — Le ton des orateurs arabes fui également grave et digne: l'assemblée se montra toujours à leur égard attentive et bienveillante; les délibérations avaient lieu sans trouble ni précipitation, avec une entière liberté. Tous les députés paraissaient pénétrés de l'importance de leurs decisionset de la nécmitéd’y mettre de la sagesscelde l'impartialité.
confiant que le nombre des femme* , en Orient , n’esl nulle part supérieur à relui des hommes. Il était donc aaturel de n'en permettre qu'une , afin que tous pussent en avoir.
«C'csl encore un sujet de méditation que ce contraste entre TA*ie et l'Europe. Chez nous . les législateurs n 'autorisent qu'une seule femme l.recs ou Romains, Ganloi* ou Germains, Espagnol* ou Brrlons, tuas enfla ont adopté cet usage. En Asie, au contraire, la polygamie fut constamment permise; Juifs ou Assyrien*, Tari ares ou Firsaot, Égyptien* ou Turcomans purent toujours avoir plusieurs femmes.
« Peut Aire faut- il chercher la raitoo de cette différence dans la nature de* circonstances géographiques de l’Afrique et de FAùe. Ces pays étant habités par de* hommes de plusieurs routeurs, la polyga-' mie esl le seul moyen d’empèchcr qu’ils ne se persécutent. Le* législateur* oui pensé que pour que les Manet ne fussent pat ennemis Jet noirs , tes noirs des blancs , tes cuivré* de* un* et df* autre* , il fallait les faire tou* membres d'une même famille, el lutter ainsi (outre ce penchant de l'homme, de baïr tout ce qui u’est pat lui. Mahomet pensa que quatre femme* étaient suffisantes pour a' teindre et but, parce que chaque homme pourrait en avoir une blanche, une noire, une cuivi éc et une d'une aulic routeur. Sans doute, détail aussi dan* la nature d’une retig'on sensuelle de favoriser les puisions de ses sectateurs ; ri en cela la politique et le Prophéteonl pu te trouver d'accord.
■ Lorsqu'on voudra , dan* nos colonies, donner la liberté aux noirs et y établir une égalité parfaite, il faudra que te législateur autorise la polygamie et permette d'avoir à la foi* une femme blanche , une noire i l une mulâtre. Dès lors les différente* routeurs faisant partie d’une même famille seront confondues dans l'opinion de chacune ; sans cria , on n'obtiendra jamais des résultats tausfaisaotf. ias noir* seront ou plus nombreux ou plu* habiles, el alors ils tiendront le* blancs dans rabaissement ri vice versé.
« Par tune de ce principe général de l’égalité des routeurs qu’a établi la polygamie , il n'y avait aucune différence entre tes individus coinpou ni la maison de* Mamriurks. Un esclave noir, qu'un brjr avait acheté d’une caravane d'Afrique, devenait Kalrhcf et élait égal au beau Mamelurk- blanc originaire de Cirraatie; et l’on oc soupçonnait même pas qu'il en pût être autrement.»