EGLISE
ZlfTRODUCTIOir.
« Une preuve qu'au dixième siècle }« régime féodal était nécessaire et le seul état social pssible, c'est, dit M. Guizol(**), 1 universalité de son établissement. Partout où cessa la barbarie, tout prit la forme féodale. Au premier D3oment, les hommes n'y virent que le triomphe du chaos ; toute unité, toute civilisation générale disparaissait; on voyait de tous côtés la société se démembrer, on voyait s'élever Une multitude de petites sociétés obscures, isolées, incohérentes, (^ela parut aux contemporains la dissolution de toutes choses, Tanarchie universelle. Consultez soit les poètes du temps, soit les chroniqueurs, ils se croient tous à la fin du monde. C'était cependant une société nouvelle et réelle qui commençait, la société féodale, si nécessaire, si inévitable, si bien la seule conséquence possible df.
rétat antérieur, que tout y entra , tout adopta sa forme. Les éléments mêmes les plus étrangers à ce système, l'Egl ise , les communes , la royauté , furent
(*'') Histoire générale delà civilisation eu Ëuroj^e. (Cours de i8a8, le^on xv, p. 7).
IM
L'UNIVËftS.
contraints de s'y acconimodcr : les églises devinrent suzeraines et vassales, les villes eurent des seigneurs et des vassaux, la royauté se cacha sous la suzeraineté. Toutes choses furent don* nées en fief, non-seulement les terres , mais certains droits, le droit de coupe dans les forêts, le droit de pèche; les églises donnèrent en fief leur casuel , les revenus des baptêmes, des relevailles des femmes en couche; on donna en fief de Tenu , de Targent. De même que tous les élémefits généraux de la société entraient dans le cadre féodal , de même les moindres détails, les moindres faits de la vie commune devenaient matière de féodalité. »
Ainsi ritglise devint une puissance temporelle; les archevêques, les évêques, les abbés se partagèrent la France avec les ducs et les comtes. Ils eurent des vassaux astreints à leur rendre tous les devoirs dus alors au suzerain : les aides féodales, le service militaire, l'obligation à comparaître à leur cour, etc. ; ils eurent leurs vicomtes ou vidâmes, leurs officiers civils pour rendre en leur nom la justice, administrer leurs domaines et leurs revenus, etc.; ils prirent rang, en un mot, dans la hiérarchie féodale, et eurent tous les droits usurpés par les plus puissants seigneurs. Ils doivent donc prendre aussi leur place dans ce tableau de la France, durant le règne féodal, à côté des barons dont nous venons de nous occuper. Nous aurons soin de marquer l'étendue de leur juridiction épiscopale, la plupart de leurs droits féodaux, la somme de leurs revenus, et ce qu'ils étaient obligés de payer à la cour de Kome. L'impossibilité de trouver pour les temps antérieurs au dix-huitième siècle une, appréciation exacte (les revenus de rKglise et des sonnnes tirées de France pur le saint-siége, ne nous a pas permis de remonter plus haut que cette époque ; mais h«1tonsnous de dire qu'elle ne peut nous donner qu'une faible idée des richesses et du pouvoir du clergé au moyen âge.
En outre le tableau qui va suivre montrera ce qu'était encore l'Église de France avant la révolution de 178*J,
et la place qu'elle tenait dans l'État, malgré toutes les pertes qu'elle avait déjà faites.
S I'^ Sud-ouest de la France. Sièges de V ancien royaume d'Aquitaine y entre la Loire, le Khôtie inférieur, les Pyrénées et l'Océan,